Jean chap. 3 verset 13. - Personne n'est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme, qui est dans le ciel. - Comment me croirez-vous si je vous révèle les choses du ciel (verset 12) ? Et cependant je puis seul vous en parler avec une autorité absolue, puisque seul j’ai habité le ciel et contemplé ses secrets à découvert. Ou, plus brièvement : Celui-là seul peut exposer les choses célestes, qui est lui même du ciel. - “ Qui est monté aux cieux et en est descendu ” ? est-il dit au livre des Proverbes, 3, 4. N.-S. Jésus-Christ fait en ce moment la réponse : personne n’est monté au ciel, si ce n’est … “ Personne ”, pas même Moïse, ni aucun des grands Prophètes. “ n’est monté ” : dans le texte grec est à un parfait très énergique, que l’on doit prendre dans le sens strict et littéral ; on ne saurait nier plus vivement le fait en question. “ Au ciel ”, c'est-à-dire dans le royaume de la vérité absolue, éternelle, de manière à la contempler face à face. Non toutefois que Jésus ait voulu marquer son Ascension par les mots “ monté au ciel ”, comme l’ont pensé S. Augustin, le Vén. Bède et quelques autres ; car ce glorieux mystère appartenait encore à l’avenir. C’est simplement une locution elliptique. “ Tolet et Lucas Brugensis ont raison de dire que quand le Christ dit qu’il monte, il s’adapte à la façon des hommes de parler, lesquels ne peuvent imaginer qu’on puisse se rendre au ciel sans monter ”, Corluy, p. 81. - Qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme Cette descente du ciel avait eu lieu au jour de l’Incarnation, quand le Verbe s’était fait chair dans le sein virginal de Marie. Cf. Luc. 1, 26 et ss. Les Pères s’arrêtent volontiers, pour les expliquer et pour les admirer, sur ces termes si étonnamment juxtaposés : “ Le Fils de l’homme est descendu du ciel ”. “ C’est le Verbe qui est descendu ”, s’écrie S. Cyrille d’Alexandrie, et cependant, “ Il dit que le fils de l’homme est descendu, ne voulant pas, après l’incarnation, séparer le Christ en deux personnes, ne permettant à personne de dire qu’autre est le Fils, simple temple assumé de la Vierge, et autre le Verbe, qui procède du Père comme une lumière, sauf en ce qui concerne la distinction qui provient de leur nature ”. “ La dénomination de Fils de l'homme ici ne comprend pas seulement la chair du Sauveur, mais désigne toute sa personne par celle des deux natures qui est inférieure. Maintes fois Notre Seigneur la désigne tout entière sous le nom de sa divinité, ou sous celui de son humanité ”, S. Jean Chrysostôme. “ Bien que ce soit sur la terre qu'il soit devenu Fils de l'homme, il n'a point jugé indigne de sa divinité qui est descendue jusqu'à nous de porter le nom de Fils de l'homme, tout en restant dans le ciel, de même qu'il a honoré son humanité du nom de Fils de Dieu, car l'unité de personne qui existe entre les deux natures fait qu'il n'y a qu'un seul Christ et fils de Dieu qui s'est rendu visible sur la terre, de même que le Fils de l'homme demeurait dans les deux ”, S. Augustin (voyez la Chaîne de S. Thomas). Voilà bien le dogme catholique dans toute sa précision. - La majestueuse réflexion de la fin, qui est dans le ciel, est omise par les manuscrits B, L, Sinaïtique, par les traductions memphitique et éthiopienne et par plusieurs Pères. Sa présence dans tous les autres “ Codices ”, y compris celui du Vatican, dans les versions antiques les plus célèbres et chez la plupart des écrivains des premiers siècles, prouve suffisamment son authenticité. Des paroles de ce genre peuvent tomber par l’erreur d’un copiste, mais elles ne s’ajoutent guère : aussi ne croyons-nous pas la critique en droit de les supprimer. Elles contiennent une nouvelle révélation pleine d’importance. Le Verbe de Dieu, même en se faisant homme, n’avait pas quitté le ciel ; mais il continuait d’être en communion perpétuelle et intime avec le ciel ; il y résidait comme dans sa patrie. “ Jésus-Christ était sur la terre et il était au ciel; sur la terre par son corps, au ciel par sa divinité, ou plutôt en tous lieux par sa divinité. Il était sorti du sein de sa mère, sans quitter celui de son Père ”, S. Augustin, Traité 12 sur S. Jean, 8. Les rationalistes rejettent naturellement ce sens, pour ne voir ici qu’une “ métaphore hébraïque ”, laquelle attribuerait vaguement à Jésus je ne sais quelle nature “ supérieure ”. M. Alford leur riposte à bon droit que de pareilles tentatives sont futiles et ridicules. Olshausen réfute de même par une vigoureuse parole les interprètes qui voudraient donner à qui est la signification : qui était. Ce serait là, dit-il, un pléonasme insupportable. - Quelle richesse dogmatique dans ce verset ! On peut en rapprocher Matth. 11, 27, où Jésus exprime une idée parallèle.