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2° Ministère préliminaire de N.-S. Jésus-Christ en Judée, et le dernier témoignage de S. Jean-Baptiste, 3, 22-36.

 

22Après cela Jésus vint avec ses disciples dans le pays de Judée ; et il y demeurait avec eux, et baptisait. 23Jean baptisait aussi à Ennon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau. On y venait et on y était baptisé. 24Car Jean n’avait pas encore été mis en prison. 25Or il s’éleva une question entre les disciples de Jean et les Juifs, touchant au sujet de la purification. 26Et ils vinrent à Jean, et lui dirent : Maître, celui qui était avec toi au-delà du Jourdain et auquel tu as rendu témoignage, baptise maintenant, et tous vont à lui. 27Jean répondit : L’homme ne peut rien recevoir, qui ne lui a été donné du ciel. 28Vous-mêmes vous me rendez témoignage que j’ai dit : Je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. 29Celui qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui se tient là et l’écoute, est ravi de joie à cause de la voix de l’époux : Cette joie qui est la mienne est complète. 30Il faut qu’il croisse et que je diminue. 31Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous. Celui qui vient de la terre est de la terre, et parle de la terre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous. 32Et il rend témoignage de ce qu’il a vu et entendu, et personne ne reçoit son témoignage. 33Celui qui reçoit son témoignage certifie que Dieu est véridique. 34Car celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, parce que ce n'est pas avec mesure que Dieu donne l’Esprit. 35Le Père aime le Fils, et a tout mis entre ses mains. 36Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne croit pas au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui.

Sur le point de disparaître de la scène évangélique, le Précurseur rend en faveur du Messie le plus éclatant de ses témoignages. Il a d’abord présenté Jésus comme le souverain Juge (Matth. 3, 12 et parall.) ; puis il l’a manifesté comme la victime propitiatoire qui devait expier nos crimes (Joan. 1, 36) : ici, il nous le montre sous les traits d’un époux mystique dont les noces avec l’Église vont bientôt se célébrer ; bien plus, sous les traits même du Fils de Dieu. - Les versets 22-26 forment une introduction historique ; le témoignage est ensuite assez longuement exposé (versets 27-36).

 

Jean chap. 3 verset 22. - Après cela Jésus vint avec ses disciples dans le pays de Judée ; et il y demeurait avec eux, et baptisait. - Après cela désigne d’une manière vague la circonstance de temps. “ Ces choses ”, c'est-à-dire, non seulement l’entretien avec Nicodème, mais en général tous les événements du séjour à Jérusalem racontés ci-dessus (2, 14-3, 21). Jésus quitta sans doute la ville sainte vers la fin des solennités pascales, en même temps que la foule des pèlerins. La locution  grecque correspondante est fréquemment employée dans le quatrième évangile par mode de transition. Cf. 2, 12 ; 5, 1, 14 ; 6, 1 ; 11, 7, 11, 19, 28 ; 19, 38 ; 21, 1. - Jésus… avec ses disciples : les disciples mentionnés aux chapitres 1 et 2 : Pierre, André, Jacques, Philippe, Nathanael, et l’évangéliste lui-même. - Dans le pays de Judée. C’est la circonstance de lieu ; elle sera précisée davantage au verset suivant. Jérusalem étant située dans la Judée, cette désignation a créé aux vieux commentateurs, dont la géographie n’était pas le côté fort, de curieux embarras, très bien décrits par Maldonat (h. l.). Il est évident qu’elle oppose simplement la province à la capitale, les districts ruraux à la cité. On ne la trouve nulle part ailleurs sous cette forme ; mais on en peut rapprocher l’expression analogue “ la Judée ” Cf. S. Marc, 1, 5, et Actes 26,20. Sur les limites de cette province, voyez l’Evang. selon S. Matth., p. 66 et 67. Voici que la sphère dans laquelle Jésus déploie son activité de Messie s’agrandit peu à peu : le temple, la ville sainte, la province de Judée, bientôt la Galilée. - Et il y demeurait. Cet imparfait semble impliquer un séjour notable, que de nombreux exégètes évaluent à plusieurs mois. Voir, dans l’Introduction générale aux SS. Évangiles, le chapitre consacré à la chronologie. - Et baptizabat. Autre imparfait, pour indiquer la réitération de l’acte. Cf. Winer, Grammat., § 40, 3. Nous trouverons plus bas, 4, 2, un important correctif à cette assertion : “ Quoique ce n'était pas Jésus qui baptisait, mais ses disciples ”. En grec, volontiers “ on attribue l’action à celui au nom de qui elle est exécutée par d’autres ” (Baeumlein, p. 43). Jésus est donc censé faire personnellement ce que ses disciples accomplissaient par son autorité. - On a beaucoup discuté, depuis l’époque des Pères, sur la nature du baptême signalé ici  et 4, 1, 2. Était-ce déjà le “ baptême de feu ”, le baptême chrétien, sacramentel ? N’aurait-ce pas été plutôt une imitation du “ baptême d’eau ” conféré par le Précurseur ? La première opinion a été plus communément admise dans l’antiquité comme dans les temps modernes, et ce motif d’autorité plaide puissamment en sa faveur. La seconde compte néanmoins, à travers les âges, d’illustres défenseurs, entre autres S. Jean Chrysostome, S. Léon, Théophylacte, et un grand nombre de commentateurs contemporains (notamment Mgr Haneberg), et plusieurs raisons nous portent à l’adopter de préférence : 1° la nature préparatoire du ministère de Notre Seigneur durant cette période de sa vie ; 2° le texte si expressif, 7, 39, “ il ne pouvait y avoir l’Esprit, puisque Jésus n’avait pas encore été glorifié ”, rapproché des paroles “ Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu ”, Matth. 3, 11 ; 3° cet autre message du premier évangile, qui semblerait s’appliquer beaucoup mieux à l’institution du sacrement, “ Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ”, Matth. 28, 19 ; 4° l’absence de toute autre mention relative à cette collation du baptême par les disciples de Jésus jusqu’après la résurrection, d’où l’on peut inférer qu’elle fut abandonnée bientôt. - Il ressort du moins de ce trait, et la suite du récit le montrera plus clairement encore, que la prédication du Sauveur produisait déjà de précieux résultats.

 

Jean chap. 3 verset 23. - Jean baptisait aussi à Ennon, près de Salim, parce qu’il y avait là beaucoup d’eau. On y venait et on y était baptisé. - Jean baptisait aussi. Plus encore que le simple imparfait cette tournure désigne la fréquence et la durée de l’acte. Voyez Winer, Grammat. Il baptisait et baptisait encore. Pendant quelque temps, le Précurseur et le Messie travaillent simultanément, à peu de distance l’un de l’autre et de la même manière, prêchant en termes identiques (Cf. Matth. 3, 2 et Marc. 1, 14, 15) et employant le même rite préparatoire. Jean-Baptiste continue son œuvre jusqu’au dernier instant. Samuel ne cessa pas immédiatement après la consécration du Saül d’exercer les fonctions de juge en Israël ; Jean attend aussi l’heure de la Providence pour mettre un terme à sa prédication, à son baptême (voyez le verset 34). Les rationalistes, qui ne comprennent rien au plan divin, se scandalisent à tort de voir que le Précurseur ne se retire pas dès la première manifestation du Christ. - À Ennon, près de Salim. La seconde de ces localités devait être plus considérable et plus connue, puisqu’elle sert à déterminer l’emplacement de la première. Mais où étaient-elles l’une et l’autre ? Problème géographique impossible à résoudre pour le moment. Ce ne sont pourtant pas les hypothèses qui manquent, Salim ou Salem et Ennon (pluriel de source, par conséquent : “ les sources ”) étant des noms très communs, qu’on retrouve sur divers points du territoire palestinien. 1°Eusèbe et S. Jérôme (Onomasticon, s. v. Aenon et Salem), qui nous donnent les renseignements les plus anciens, placent Salim à huit mille romains (8000 pas) au sud de Bethéan ou Scythopolis, dans la vallée du Jourdain et Ennon tout auprès. Van de Velde, Karte von Palaestina, 2° édit. (comparez le Mémoire explicatif), affirme précisément avoir trouvé dans ces parages différentes sources dont l’une serait nommée “ Scheick Salim ”. Caspari, Chronolog. geograph. Einleitung in das Leben Jesu Christi, Hambourg 1869, p. 105, et Smith, Dictionary of the Bible, au mot Salim, adoptent cette même opinion. Mais on objecte très justement que, d’après le contexte, S. Jean, aussi bien que N.-S. Jésus-Christ, paraît avoir été alors en Judée ; en outre, que le Précurseur n’aura vraisemblablement pas fixé le lieu de son séjour et de son ministère dans la province de Samarie, si détestée des Juifs (voyez 4, 9 et le commentaire). 2° Le célèbre palestinologue américain Robinson, qui a fait des recherches spéciales dans l’intention de découvrir Salim  et Ennon (Neuere biblische Forschungen in Palaestina, p. 400 et ss.), les identifie avec deux villages situés aux environs de Naplouse, et pareillement appelés Salim (Cf. Judith 4, 4) et Ainoûn, qui contiendraient des sources d’eau vive. Ce sentiment, qu’adoptait déjà S. Épiphane, présente les mêmes difficultés que celui d’Eusèbe. 3° D’après la “ ferme conviction ” du Dr Barclay, City of the great King, 1858, p. 558-579, nos deux localités ne sont autres que le Séleim et l’Ainoûn rencontrés par lui dans l’ouadi Farah, vallée profonde  et ravinée, remplie de sources, qu’on rencontre à quelques kilomètres au N. E. de Jérusalem. Cf. Palestine Exploration Report, 1874, p. 141 et s. Cette fois nous sommes bien dans la Judée. 4° Nous demeurons pareillement en Judée, mais à la condition d’aller tout à fait au sud de cette province, si nous admettons avec le docteur Sepp (Jerusalem und das h. Land, 1864, t. 1, p. 520 et ss. Cf. Riehm, Handwoerterbuch des bibl. Alterthums, p. 33) et quelques autres auteurs modernes (Ewald, Wieseler, etc.) que ces noms, illustrés par le baptême de S. Jean, apparaissent déjà dans la nomenclature du livre de Josué, 15, 12, sous la forme de “ Selim ” et “ Aïn ”. -  Parce qu’il...  introduit le motif pour lequel le Précurseur s’était transporté spécialement en ce lieu : il y avait là beaucoup d’eau, et il en fallait beaucoup pour le baptême d’immersion. Cette locution désigne des sources, des ruisseaux, et non une rivière unique comme serait le Jourdain. Du reste, la remarque de l’évangéliste serait bien naïve, si nous devions chercher Aenon au bord du fleuve. - On y venait et on y était baptisé. Encore des imparfaits, qui marquent la répétition des actes. Il y a en outre ici l’indication d’un grand concours de peuple.

 

Jean chap. 3 verset 24. - Car Jean n’avait pas encore été mis en prison. - Car Jean n’avait pas encore… Ce verset forme une sorte de parenthèse explicative, qui montre la rigoureuse exactitude du narrateur. C’est une date importante pour l’harmonie des évangiles. Elle fixe en effet la place précise de Matth. 4, 12-17 et des passages parallèles (voyez notre Synopsis evangelica, p. 15-17), qui, dans le cours de la biographie de Jésus, doivent venir seulement à la suite de ce ministère préparatoire, accompli en Judée. On voit, par ce détail et d’autres semblables, que S. Jean  n’écrivit qu’après les synoptiques, et qu’un de ses desseins fut de compléter leur œuvre. Cf. Eusèbe de Césarée, Hist. Eccl. 3, 24, qui faisait déjà cette remarque. C’est donc sans aucun fondement que les rationalistes trouvent la chronologie de S. Jean “ inconciliable avec celle du premier évangile ” (Reuss, La Théologie johannique, p. 150). - Mis en prison. Simple assertion du fait, parce que les lecteurs sont supposés le connaître plus à fond par les relations antérieures. La formule implique que l’incarcération devait être prochaine.

 

Jean chap. 3 verset 25. - Or il s’éleva une question entre les disciples de Jean et les Juifs, touchant au sujet de la purification. - Or il s’éleva. La particule grecque correspondant à “ or ”, aimée de notre évangéliste, signifie plutôt : en conséquence. C’est une transition, qui a pour but de nous faire passer de ces données générales à l’occasion particulière du dernier témoignage de Jean-Baptiste. Ce qui résulta de l’administration simultanée du baptême par Jésus et par son Précurseur, ce fut une question, c'est-à-dire  une discussion, une contestation assez vive entre les disciples de S. Jean d’une part et “ un Juif ” d’autre part. La Vulgate porte, il est vrai, et les Juifs au pluriel (de même que les versions copte, syr., armén., Origène et la Récepta grecque) ; mais la leçon “ avec un Juif ”, est tellement accréditée auprès des manuscrits les meilleurs et les plus nombreux (A, B, E, F, H, K, L, M, S, etc. ; seuls, parmi les manuscrits dits majuscules, N et G ont “ les Juifs ” au pluriel), que seul son authenticité ne saurait être douteuse. Le trait gagne ainsi en pittoresque. - La tournure entre les disciples (en grec, de la part de)  semble signifier que les disciples du Précurseur furent les premiers à soulever la discussion. - Touchant au sujet de la purification. Cette expression, souvent employée d’une manière générale par les Juifs pour désigner les ablutions et lustrations religieuses (Cf. 2, 6), représente plus spécialement ici le baptême, dont elle relève le caractère symbolique. L’historien Josèphe emploie de même le verbe  grec ϰαθαίρειν pour décrire le rite qui a valu au Précurseur le surnom de Baptiste. Le baptême qu’administraient de concert Jésus et S. Jean, telle fut donc la cause déterminante du litige : toutefois, on ne saurait déterminer le point précis du débat. Vraisemblablement, selon l’antique conjecture de S. Jean Chrysostome, le “ Juif ” s’était vanté  d’avoir été baptisé par les disciples de Notre Seigneur, et ceux de S. Jean avaient riposté en affirmant que le baptême conféré par leur maître était meilleur, plus efficace : du moins ils recourent aussitôt à lui pour faire trancher la question.

 

Jean chap. 3 verset 26. - Et ils vinrent à Jean, et lui dirent : Maître, celui qui était avec toi au-delà du Jourdain, et auquel tu as rendu témoignage, baptise maintenant, et tous vont à lui. - Et lui dirent. Leur langage est vivant, tout à fait naturel. C’est bien ainsi que durent parler des disciples tendrement dévoués à leur maître, jaloux de sa gloire, peinés de voir un rival surgir tout à coup à ses côtés et lui enlever une partie de ses admirateurs. De pareils détails ne s’inventent guère. - Maître,  est le titre respectueux qui était ordinairement conféré à Jean-Baptiste comme à Jésus. Cf. Luc. 3, 12. - Celui qui était avec toi… Dans leur amer dépit, les amis du Précurseur ne daignent pas même appeler Jésus par son nom ; mais ils se servent, pour le désigner, de deux circonstances qui donnaient en apparence l’avantage à S. Jean relativement à lui. Première circonstance : “ Celui qui était avec toi au-delà du Jourdain ” (à Béthanie ou Béthabara. Cf. I, 28-36). La formule est très expressive : c’est Jésus qui était avec Jean comme l’on est avec un personnage distingué, supérieur. Deuxième circonstance : Auquel tu as rendu témoignage : A toi donc il doit sa mission ; il ne serait rien sans toi ! - Après ce contraste rapide, qui établit la supériorité du Précurseur, la conduite de Jésus, conduite non moins ingrate qu’illégitime dans la pensée des disciples, est exposée en deux mots énergiques : baptise maintenant. Il baptise ! comme si ce n’était pas ta prérogative ! de quel droit ose-t-il usurper tes fonctions ? - La passion éclate davantage encore dans la phrase finale : Et tous vont à lui. Il y a ici une exagération considérable ; mais la jalousie ne s’exprime pas autrement : les plus petits succès d’un rival lui semblent être des conquêtes gigantesques. Voilà donc la manière dont le rôle de Jean-Baptiste a été compris par ses propres disciples ! Comparez Matth. 9, 14, où nous retrouvons un certain nombre d’entre eux dans les mêmes sentiments.

Jean chap. 3 verset 27. - Jean répondit : L’homme ne peut rien recevoir, qui ne lui a été donné du ciel. - Jean répondit … Le Précurseur va leur rappeler magnifiquement son rôle subordonné. Deux parties dans cette belle et noble réponse : versets 27-30, Jésus et Jean-Baptiste ; versets 31-36, Jésus et le monde. - Une idée générale sert d’introduction (verset 27) : L’homme ne peut rien … C’est la vérité bien connue, que la Providence gouverne toutes choses ; que, par suite, tout succès vient de Dieu (du ciel ; métonymie. Peut exprime une véritable impossibilité ; Rien ne permet pas une seule exception). Cf. 21, 11, et des dires analogues des Rabbins dans Wünsche, Neue Beitraege zur Erlaeuterung der Evangelien nach Talmud und Midrasch, p. 509. Mais à qui faut-il appliquer ici ce principe ? A Jésus ou à Jean-Baptiste ? Les exégètes ont été constamment divisés là-dessus. S. Jean Chrysostome, Théophylacte, Euthymius, Bisping, Watkins, Plummer, B. Weisse, etc., sont pour la première hypothèse ; S. Cyrille. S. Augustin, Jansenius, Bengel, Lücke, A. Maier, Alford, etc., pour la seconde. Dites de Jésus, ces paroles signifient : Vous êtes attristés de son influence croissante ; mais le succès même qu’il obtient devrait plutôt vous démontrer que sa mission est divine. Appliquées au Précurseur, elles reviennent à la pensée suivante : Je ne saurais accepter la suprématie que souhaiterait pour moi votre faux zèle, car cela n’entre pas dans les desseins du  ciel. La première interprétation nous paraît s’harmoniser mieux avec le contexte. Tous viennent à lui, s’étaient écriés les disciples (verset 26). Oui, répond leur maître, et c’est Dieu même qui le veut ainsi. Plusieurs commentateurs modernes (notamment Kuinoel, Luthardt, J. P. Lange, Westcott, M. Fouard) laissent le principe dans la généralité, sans distinguer entre Jésus, et Jean. Peut-être est-ce encore ce qu’il y a de meilleur.

Jean chap. 3 verset 28. - Vous-mêmes vous me rendez témoignage que j’ai dit : Je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. - Après cette explication générale, Jean-Baptiste répond d’une manière plus directe et plus détaillée à l’observation de ses disciples. D’abord, dans ce verset, “ il leur répond en reprenant leurs propres arguments ” (Maldonat). - Vous-mêmes (avec emphase ; même vous, si jaloux de ma gloire) vous me rendez… Effectivement, ils venaient de rappeler le témoignage que S. Jean  avait naguère rendu à N.-S. Jésus-Christ. - Que j’ai dit (le texte grec avait probablement ici un moi solennel) : Je ne suis pas le Christ. Le chap. 1, versets 19-28, nous a fait assister à cette grandiose scène d’humilité. - Mais j’ai été envoyé… Voyez 1, 30. La conjonction est récitative à la façon hébraïque. Comme ses disciples, le Précurseur désigne Jésus par un simple pronom devant lui, qui est en cet endroit d’un bel effet. - Certes, il n’était pas possible à S. Jean d’affirmer en termes plus exprès son infériorité par rapport au Sauveur. Envoyé en avant du Messie, il n’a évidemment qu’un rôle préparatoire, et, ceux qui se plaignent que Jésus abuse du témoignage rendu en sa faveur, devraient voir au contraire que ce même témoignage lui attribuait un rôle tout à fait prépondérant.

Jean chap. 3 verset 29. - Celui qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui se tient là et l’écoute, est ravi de joie à cause de la voix de l’époux : Cette joie qui est la mienne est complète.  - Pour démontrer de plus en plus combien il est au-dessous de Jésus, Jean-Baptiste emploie une frappante comparaison, empruntée aux coutumes nuptiales des anciens Juifs. Cf. Matth. 9, 15 et le commentaire. - Deux personnages distincts sont notés, l’époux et l’ami de l’époux. Ce dernier, ainsi nommé parce qu’on le choisissait parmi les amis les plus intimes, ne différait guère du paranymphe des Grecs. Il était chargé, les fiançailles une fois conclues, de transmettre aux futurs époux leurs messages réciproques, la coutume ne leur permettant pas de se voir avant le mariage ; il organisait la fête des noces et y présidait, etc. : fonctions regardées tout ensemble comme très honorables et très délicates. On l’appelait en hébreu schôschben, quelquefois ôheb, ami. Voyez à ce sujet les savantes dissertations de Schoettgen et de Wetstein, dans leurs “ Horae talmud. in Evangelia ”. - La conduite extérieure du schôschben et ses sentiments intérieurs sont décrits par quelques traits caractéristiques. Qui se tient là : il a pris l’attitude d’un serviteur zélé, prêt à l’action immédiate. - et écoute : il écoute attentivement, pour saisir et exécuter aussitôt les moindres ordres de l’époux (voyez d’autres interprétations dans Meyer, etc.). - Est ravi de joie à cause de la voix … Dès qu’il entend cette voix, signe de la présence de son heureux ami, il est lui-même au comble du bonheur, sans la moindre arrière-pensée d’envie ou d’égoïsme. Sur l’hébraïsme χαρα χαίρει (se réjouit, avec répétition destinée à renforcer l’idée), voyez Winer. Grammat., § 54. 3, et Beelen, p. 484. Cf. Matth. 13, 14 ; 15, 4 ; Luc. 22, 15 ; Act. 4. 17 ; 5, 28 ; 23, 14 ; Jac. 5, 17. C’est le seul exemple de ce genre qu’on trouve dans le quatrième évangile. - Cette joie qui est la mienne… S. Jean s’applique maintenant à lui-même sa belle comparaison. Telle est, s’écrie-t-il d’une manière emphatique, ma propre joie relativement à Jésus : c’est la joie qu’éprouve le paranymphe auprès du fiancé durant les solennités nuptiales. - Est complète : rien n’y manque ; elle est aussi parfaite que possible (en grec, verbe plein d’énergie). Sur cette locution, aimée de notre évangéliste, voyez 15, 11 ; 16, 24 ; 17, 13 ; 1 Joan. 1, 4 ; 2 Joan. 12. - Bossuet, dans ses Élévations sur les mystères, 24ème semaine, 1re élévation, relève admirablement la “ suavité ” de ce verset. “ S. Jean, dit-il, nous y découvre un nouveau caractère de Jésus-Christ, le plus tendre et le plus doux de tous : c’est qu’il est l’époux. Il a épousé la nature humaine, qui lui était étrangère, il en a fait un même tout avec lui ; en elle  il a épousé sa sainte Église, épouse immortelle qui n’a ni tache ni ride… Il a épousé les âmes saintes… ; les comblant de dons, de chastes délices ; jouissant d’elles, se donnant à elles ; leur donnant non seulement tout ce qu’il a, mais encore tout ce qu’il est, son corps, son âme, sa divinité, et leur préparant dans la vie future une union incomparablement plus grande ”.  “ Nous devons au plus austère des prophètes, ajoute très bien M. Fouard, La vie de N.-S. Jésus-Christ, 2e édit., tome 2, p. 234, les plus douces images sous lesquelles les âmes pieuses aiment à contempler Jésus, celles d’Agneau de Dieu (1, 29, 36) et d’Époux. ” Au reste, déjà dans l’Ancien Testament, les rapports de Jéhova et de la nation choisie avaient plus d’une fois comparés à ceux qu’établit le mariage. Cf. Is. 54, 5 ; Ezech. 16 ; Os. 2, 19, 20, etc. Le Nouveau Testament applique plusieurs autres fois à Jésus cette forte image : Matth. 22, 1 et ss. ; 25, 1 et ss. ; Eph. 5. 32 ; Apoc.  19, 7 ; 21, 2, 9, etc. Si Notre Seigneur est le divin fiancé de l’Église, S. Jean-Baptiste fut vraiment un fidèle paranymphe, son ministère n’ayant eu d’autre but que de préparer la joyeuse fête des noces et de conduire l’époux à l’épouse. Cf. 2 Cor. 11, 2. Les foules qui commençaient à se presser autour de Jésus (verset 26) étaient une annonce évidente du prochain mariage : la voix de l’époux avait retenti, et Jean l’avait entendue avec un indicible bonheur.

Jean chap. 3 verset 30. -  Il faut qu’il croisse et que je diminue. - A chacun son rôle (verset 27). Jésus est le Christ, je ne suis que son Précurseur (verset 28) ; il est l’époux, je ne suis que le paranymphe (verset 29). Par conséquent il doit croître, et je dois diminuer. Ces quelques lignes nous paraissent bien résumer la première partie de la réponse de Jean-Baptiste. - Il est mis en avant par emphase, comme “ vous-mêmes ” au verset 28, “ voilà ” au verset 29. - Il faut exprime, d’après l’analogie d’autres nombreux passages, une nécessité basée sur les divins décrets qui, une fois portés, ne peuvent point ne pas s’accomplir. Cette nécessité concerne tout à la fois Jésus et Jean ; pour l’un et l’autre elle fixe une marche progressive, mais en sens contraire, ainsi qu’il était arrivé jadis pour David et pour Saül, 2 Reg. 3, 1 : “ David s'avançant toujours et se fortifiant de plus en plus ; et la maison de Saül au contraire s'affaiblissant de jour en jour ”. A l’un, des agrandissements quotidiens ; à l’autre, des amoindrissements successifs. D’ailleurs rien de plus juste : le ministre du schôschben  prend fin quand les noces ont été célébrées. - Ce passage est sublime d’humilité. S. Jean voit non seulement sans tristesse, sans l’ombre la plus légère de désappointement humain, mais avec une joie sincère et vive, son étoile pâlir à l’éclat du divin Soleil. Quel contraste avec les sentiments étroits et mesquins de son entourage ! Voyez dans S. Augustin, h. l., une étrange interprétation de “ croisse ” et de “ diminue ”.

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