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ÉVANGILE SELON SAINT JEAN CHAPITRE 4

 

Jésus va de Judée à Sichar en Samarie (v. 1-6). Entretien avec la Samaritaine auprès du puits de Jacob (v. 7-30). Entretien du Sauveur avec ses disciples sur la nourriture et la moisson spirituelles (v. 31-38). Séjour à Sichar (V. 39-42). Les Galiléens accueillent Jésus avec foi (v. 43-45). Guérison du fils d'un officier royal (v. 46-54).

3° Ministère de Jésus en Samarie. 4, 1-42.

L'évangéliste continue d'exposer les débuts du ministère de N.S. Jésus-Christ; toutefois, c'est en Samarie qu'il nous conduit par le présent récit. Un rapide séjour du divin Maître à Sichar nous a valu cette admirable page, qui compte parmi les plus fraîches, les plus touchantes et les plus pittoresques de l’Évangile. Ajoutons: parmi les plus évidemment authentiques; car elle porte au front pour ainsi dire, plus d'un rationaliste en convient, les marques vivantes de son origine apostolique. Rien de plus frappant, sous ce rapport, que les menus détails d'histoire, de topographie, et surtout de psychologie qu'elle contient. Les versets 26 et 42, où Jésus nous est ouvertement présenté comme le Messie, le Sauveur du monde, suffisent pour montrer que cet épisode avait sa place toute marquée dans le quatrième évangile. Cf. Préface, § 5. Nulle part ailleurs nous ne voyons N.S. Jésus-Christ prêcher en Samarie. On peut diviser cette belle narration en quatre parties : 1° les préliminaires, v. 1-6; 2° l'entretien de Jésus avec la Samaritaine, v. 7-26; 3° l'entretien de Jésus avec ses disciples, v. 27-38; 4° le séjour de Jésus à Sichar, v. 39-42.

a. Détails préliminaires. v. 1-6.

1Jésus, ayant su que les pharisiens avaient appris qu'il faisait plus de disciples et baptisait plus que Jean 2quoique Jésus ne baptisât pas lui-même ; c'étaient ses disciples qui baptisaient, 3quitta la Judée, et s'en alla de nouveau en Galilée. 4Or il fallait qu'il passât par la Samarie. 5Il vint donc dans une ville de Samarie, nommée Sichar, près du champ que Jacob avait donné à son fils Joseph. 6Or là était le puits de Jacob. Et Jésus, fatigué du chemin, était assis sur le puits. Il était environ la sixième heure.

L'occasion générale est d'abord indiquée dans les quatre premiers versets; le narrateur décrit ensuite en quelques mots (v. 5-6), mais “ con amore ”, l'occasion plus spéciale.

Jean chap. 4 verset 1. - Jésus, ayant su que les pharisiens avaient appris qu'il faisait plus de disciples et baptisait plus que Jean. - Nous sommes ramenés vers le milieu du précédent chapitre, 3, 22-26. Plusieurs interprètes (même protestants), alléguant l'opposition qui semble, de prime abord, avoir été établie par l'écrivain sacré entre le verbe su et la locution avaient appris, pensent qu'il s'agit ici d'une connaissance miraculeuse (Cf. 2, 25); toutefois, comme rien, dans le texte, ne signale directement un effet surnaturel, il est possible aussi que Jésus ait été averti par ses amis des craintes qu'il inspirait aux Pharisiens. A la place des mots ό 'ησους admis dans le texte par Tischendorf (dernière édition) sur le témoignage des manuscrits, de la Vulgate, d'Origène, etc…, il est probable qu'il faut lire ό ϰύριος (Seigneur) avec la Recepta, d'après A, B, C, L, T, etc. Ce noble titre est assez rarement donné à Jésus avant sa résurrection, si ce n'est dans le troisième évangile (Luc 10, 1; 11, 39; 12, 42; 17, 5, 6 etc.). Comp. pourtant Joan 6, 23; 11, 2. - Le motif pour lequel Notre Seigneur va changer tout à coup de résidence est clairement indiqué dans ce passage. Les Pharisiens, ce parti si remuant, si puissant du Judaïsme, ces farouches zélotes sous le rapport religieux, ont appris à leur tour la nouvelle qui avait causé tant de peine aux disciples du Précurseur (3, 25-26) ; et voici que leur jalousie contre Jésus est pareillement excitée de la façon la plus vive. Déjà ils s'étaient inquiétés de S. Jean et de son baptême (1, 19 et ss.); à plus forte raison durent-ils se troubler de la popularité rapide de Jésus, soit parce qu'ils le connaissaient moins, soit parce qu'ils redoutaient ses réformes (Cf. 2, 14 et ss.), soit parce qu'il ajoutait l'autorité des miracles à celle de ses discours, etc. Ils manifestaient sans doute par de violentes paroles leur haine et leur envie. - Plus de disciples. C'était beaucoup dire, vu le concours énorme qui s'était fait durant des mois entiers autour de S. Jean-Baptiste. Cf. Matth. 3, 5 et les passages parallèles (Synopsis évangel., p. 9 et 10). - Les verbes faisait et baptisait  sont expressifs et pittoresques : ils indiquent des actions réitérées. Peut-être faut-il, avec la plupart des interprètes contemporains, regarder la phrase comme une reproduction littérale de la nouvelle, telle qu'elle fut apportée aux Pharisiens. La répétition du sujet (“ Jésus ”) est un fondement sérieux pour cette hypothèse. Voyez, Gal. 1, 23, une citation analogue.

Jean chap. 4 verset 2. - Quoique Jésus ne baptisât pas lui-même ; c'étaient ses disciples qui baptisaient. - La parenthèse que l'on trouve ici dans la plupart des éditions grecques et latines est tout à fait inutile, puisque la phrase continue régulièrement et même élégamment son cours. L'équivalent grec n'apparaît qu'en cet endroit du Nouveau Testament. - Quoique Jésus ne baptisât pas. Voyez 3, 22, et le commentaire. Nonnus, dans sa paraphrase, exprime d'une manière concise et énergique le motif pour lequel Jésus ne conférait point personnellement le baptême. Tertullien, De Bapt., c. 11, avait déjà développé la même pensée en disant que, ce baptême n'étant encore que préparatoire, il ne convenait pas à Notre Seigneur de l'administrer. Voyez aussi Haneberg-Schegg, Evang. nach Johannes, t. 1, p. 224-225.

Jean chap. 4 verset 3. - Quitta la Judée, et s'en alla de nouveau en Galilée. - Quitta. Expression forte et pittoresque; littér. “ il laissa aller ”. Le départ du Sauveur fut immédiat, ainsi qu'il résulte du contexte. Nous verrons souvent, dans l’Évangile, Jésus-Christ se retirer ainsi devant ses ennemis, tant que son “ heure ”, comme il l'appelle, ne sera pas venue. Comp. 7, 1; 10, 39 et 40; 11, 54, etc. Lorsqu'un terrain a cessé d'être propice à son ministère, ou est devenu dangereux pour sa personne, il l'abandonne lui-même et s'en va en d'autres parages, pratiquant ainsi la recommandation qu'il fit un jour à ses apôtres (Matth. 10, 23). - Et s'en alla de nouveau. Quoique l'adverbe soit omis par quelques manuscrits, sa présence dans C, D, L, T, et dans la plupart des versions antiques, suffit pour garantir son authenticité. Notre évangéliste avait mentionné plus haut, 1, 43, un premier retour de Jésus en Galilée; il en signale maintenant un second avec son exactitude accoutumée, en vue de compléter la narration des synoptiques. En effet, il est tout à fait vraisemblable que le voyage de Notre Seigneur raconté ici par S. Jean ne diffère en rien de celui qu'on lit dans S. Matth., 4, 12, dans S. Marc, 1, 14-15, et dans S. Luc, 4, 14-15. Voyez notre Synopsis evangelica, p. 17, et Mgr Fleck, SS, quatuor evangeliorum Concordia, p. 19. - En Galilée. En combinant les quatre récits sacrés, on voit que deux raisons s'unirent pour éloigner Notre Seigneur de Jérusalem et de la Judée, où régnaient en maîtres des hiérarques jaloux, et pour le conduire dans la tranquille Galilée : 1° S. Jean-Baptiste ayant été incarcéré par Hérode Antipas, le ministère de Jésus allait commencer; 2° ce ministère, qui eût été alors infructueux aux alentours de la capitale juive, devait pour un temps réussir à merveille chez les bons Galiléens.

Jean chap. 4 verset 4. - Or il fallait qu'il passât par la Samarie. - Note géographique qui, de l'occasion générale du récit, nous conduit à l'occasion particulière (v. 5 et 6). Il pourrait bien avoir ici, comme en d'autres passages des évangiles, une signification intime et mystique, relative au plan divin. “ Il fallait ” que Jésus traversât la Samarie, pour exécuter les desseins miséricordieux de son Père sur les habitants de Sichar. Il est cependant beaucoup plus naturel de s'en tenir au sens immédiat des termes. Étant, ainsi qu'on l'a dit fort justement, serrée comme un îlot entre les deux grandes provinces du Judaïsme (la Judée et la Galilée), la Samarie formait en Palestine une espèce d'enclave : aussi, dans l'hypothèse où Jésus prendrait le chemin le plus court pour aller de Judée en Galilée, “ il fallait ” bien passer par la Samarie. Voyez R. Riess, Atlas de la Bible, Pl 4. L'historien Josèphe emploie la même expression dans des circonstances analogues. “ Ceux qui voulaient, dit-il, Vita, § 52, aller rapidement (de la Galilée à Jérusalem), devaient nécessairement traverser la Samarie. ” Ant. 20, 6, 1. Cette province, la plus petite des quatre qui composaient la Palestine au temps de Notre Seigneur, était bornée au N. par le Carmel et la plaine d'Esdrelon, à l'E. par le Jourdain, à l'O. par la Méditerranée, au S. par les anciennes frontières septentrionales de la tribu de Benjamin. Elle englobait donc les territoires qui avaient autrefois appartenu à la tribu d'Ephraïm et à la demi-tribu (cisjordanienne) de Manassé. Voyez R. Riess, 1. c., pl. 3 et 4. Josèphe en décrit la physionomie dans les termes suivants : “ Le caractère de la Samarie ne diffère point de celui de la Judée. L'une et l'autre, elles abondent en montagnes et en plaines, et conviennent fort bien pour l'agriculture, sont fertiles, boisées et remplies de fruits soit sauvages, soit cultivés. Elles ont peu de cours d'eau, mais il y tombe beaucoup de pluie. Les sources ont un goût extrêmement agréable, et, grâce à la quantité comme à la qualité du fourrage, le bétail y donne plus de lait que partout ailleurs. La meilleure preuve de leur richesse et de leur fécondité, c'est qu'elles sont toutes deux très peuplées. ” Bell. Jud. 3, 3, 4. Au dire des voyageurs les plus récents, cette description n'a pas cessé d'être vraie dans son ensemble; toutefois la population, la fertilité, les bois ont diminué en des proportions notables, ainsi qu'il est arrivé, du reste, dans toutes les parties de la Palestine. Voyez Riehm, Handwoerterbuch des bibl. Altertums, aux mots Ephraïm et Samaria; Stanley, Sinai and Palestine, p. 231 et ss.; Smith, Dictionary of the Bible, t. 3, p. 1101-1105; Munk, Palestine, p. 37 et 38, et surtout V. Guérin, Description de la Palestine, 2ème partie : Samarie.

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