Jean chap. 6 verset 52. - Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde. - Dans les éditions grecques, tout ce verset de la Vulgate est regardé comme partie intégrante du précédent ; la version latine est ainsi en avance d’un verset jusqu’à la fin du chapitre : elle en compte 72 au lieu de 71. - Si quelqu’un mange… La promesse qui naguère avait été faite en termes négatifs (verset 50) est actuellement renouvelée d’une manière positive, avec une grande vigueur. - Il vivra éternellement dit en effet beaucoup plus que “ ne mourra pas ”. - Mais quel est-il donc au juste, ce pain qui crée des immortels ? Jésus va le définir avec une grande clarté. C’est un pain qu’il donnera lui-même, c’est sa propre chair, ce sera le salut du monde. Chaque expression mérite un bref commentaire. - Et le pain que je... Je, le Fils de Dieu, et pas seulement Moïse. - Donnerai ; le futur, car Jésus formule une promesse qui ne sera tenue que plus tard. - C’est ma chair : en latin et en grec, inversion qui fait mieux ressortir l’expression “ ma chair ” ; dans le grec surtout, à cause de l’article. Hier, j’apaisais votre faim avec un pain matériel, quoique miraculeux ; demain je vous nourrirai de ma propre chair. Expression bien humble pour désigner le Christ tout entier, l’Homme-Dieu. Cf. 1, 14. - Pour la vie du monde : fin si aimable pour laquelle N.-S. Jésus-Christ donnera aux hommes sa chair en nourriture. La plupart des auteurs protestants appliquent tout ce passage à la Passion, durant laquelle Jésus donna sa chair, c’est-à-dire, prétendent-ils, sa vie, pour notre salut. Mais ils sont réfutés par le langage même du Sauveur, qui ne fait ici aucune allusion à ses souffrances et à sa mort, mais qui se maintient strictement dans les notions de pain et de viande à manger, de breuvage.
Jean chap. 6 verset 53. - Les Juifs débattaient donc entre eux, en disant : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? - Les Juifs débattaient donc (en conséquence de cette révélation qui dépassait toutes les autres). C’est une vraie lutte, un débat tumultueux qui succède aux murmures du verset 41. Les auditeurs combattaient les uns contre les autres (entre eux), parce que les partis déjà formés dans leurs rangs pour ou contre Jésus (verset 43) étaient allés s’accentuant davantage au fur et à mesure qu’il parlait. Tous ces détails sont pittoresques et font revivre la scène, en même temps qu’ils dénotent le témoin oculaire, comme tant d’autres traits du quatrième évangile. - En disant... C’était la faction hostile et incrédule qui tenait ce langage : Comment celui-ci (avec dédain) peut-il (ce qu’il affirme n’est-il pas impossible, ou révoltant ?) nous donner sa chair à manger ? Ils avaient donc bien saisi la proposition de Jésus ; mais ils la prenaient tout à fait à la lettre, dans son acception la plus crue, comme s’il eût voulu faire couper sa chair en morceaux et la leur donner en nourriture.
Jean chap. 6 verset 54. - Jésus leur dit donc : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. - Jésus leur dit donc… Notre Seigneur, sans s’expliquer davantage, non seulement renouvelle sa promesse sous le sceau de serment, pour ainsi dire (en vérité, en vérité, je vous le dis), mais il la transforme en un urgent précepte, affirmant de la façon la plus énergique la nécessité de la communion sacramentelle. A la mention de sa chair, il ajoute même celle de son sang ; mais il reste muet sur le mode de sa présence dans le divin sacrement, car ce devait être plus tard l’objet d’une révélation spéciale. - Si vous ne mangez … et si vous ne buvez... Ce tour négatif donné au commandement le rend plus expressif et plus universel. - La chair du Fils de l’homme … son sang. Ordre bien étrange de toutes manières, mais particulièrement lorsqu’il s’adressait à un peuple auquel le sang était interdit comme nourriture. - Vous n’aurez pas la vie en vous. (“ vous n’avez pas ” en grec ; le présent marque mieux la certitude). Comment pourraient-ils vivre sans s’approcher de la source de la vie, sans consommer le pain de vie (versets 48-52). ?
Jean chap. 6 verset 55. - Celui qui mange ma chair, et boit mon sang, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. - Celui qui mange… Sans se lasser, Jésus continue de répondre au “ comment ” de ses interlocuteurs (verset 53), en renchérissant sur sa première affirmation. Il s’exprime maintenant sous une forme positive, et il revient à la promesse gracieuse après avoir lancé une terrible menace (verset 54). Le verbe grec correspondant à manger n’est pas ici le même qu’aux versets précédents (versets 49 à 53 du texte grec). On a fait justement observer que le temps présent est encore très significatif, car il indique qu’il ne suffirait pas de participer une fois pour toutes au corps et au sang du Christ ; il faut renouveler souvent ce festin sacré. Cf. verset. 57. - A la vie éternelle, et je le ressusciterai… Mêmes heureux effets que pour la foi, verset 40, et “ a fortiori ”, évidemment.
Jean chap. 6 verset 56. - Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment une boisson. - Car ma chair… Raison pour laquelle on trouve la vie et l’immortalité quand on vient s’asseoir à la table où Jésus s’immole et se donne. - Ma chair est vraiment nourriture. Notez l’énergie et la clarté de plus en plus grandes du discours ; la métaphore disparaît, et il ne reste que la réalité : Ma chair est une nourriture parfaite, mon sang un breuvage parfait, qui produisent une vie parfaite en ceux qui les goûtent.
Jean chap. 6 verset 57. - Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. - Autre face de la même démonstration. Par la sainte communion, le chrétien s’identifie à N.-S. Jésus-Christ ; or, Jésus-Christ est éternel. - Celui qui mange, comme au verset 55. - Demeure en moi. Remarquez de nouveau l’emploi du présent : il demeure et demeure encore. L’expression “ demeurer en quelqu’un ” est une de celles dont S. Jean se sert le plus volontiers pour marquer une union très étroite entre deux êtres, Cf. 14, 10, 20 ; 15, 4, 5 ; 17, 21 ; 1 Joan. 3, 24 ; 4, 15, 16, etc. - Et moi en lui. Réciprocité pleine de condescendance et de douceur. Le manuscrit D ajoute ici une curieuse glose : “ De même que le Père est en moi et moi dans le Père. En vérité, en vérité, je vous le dis, à moins que vous ne receviez le corps du Fils de l’homme comme le pain de vie, vous n’avez pas la vie en lui. ”
Jean chap. 6 verset 58. - Comme le Père qui m'a envoyé est vivant, et que, moi, je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra aussi par moi. - Les effets merveilleux qui viennent d’être décrits reposent sur l’intimité qui existe entre le Père et le Fils. Ce sont les mots “ vivant ” et “ vis ” qui établissent la transition. - Comme le Père qui m’a envoyé est vivant… D’une part, le Père est “ le vivant ” par excellence, c’est-à-dire l’être qui possède essentiellement la vie, qui en est la source inépuisable, éternelle (Cf. verset 26) ; d’un autre côté, Jésus vit “ par le Père ”, c’est-à-dire parce qu’il est le Fils du Père et Dieu comme lui, ce qui fait qu’il possède également la vie absolue. La conclusion est claire : celui qui me mange (c’est la condition nécessaire) vivra aussi (avec emphase : lui aussi, comme moi) par moi. (parce qu’il se sera nourri de moi, source de vie). Il est à noter que le Sauveur mentionne ici sa propre personne (me mange) et pas seulement sa chair et son sang ; car c’est son être tout entier qu’il donne au communiant. Quelle force encore dans ces paroles célestes ! et comme on en déprime le sens en les appliquant à la seule foi !
Jean chap. 6 verset 59. - C'est ici le pain qui est descendu du ciel. Ce n'est pas comme la manne, que vos pères ont mangée, après quoi ils sont morts. Celui qui mange ce pain vivra éternellement. - En terminant l’entretien, Jésus réunit dans trois propositions brèves et solennelles les pensées fondamentales qu’il avait développées. - C’est ici le pain. Voyez les versets 32-35, 48-52. “ Ici ”, ce pain dont je viens de déterminer clairement la nature. - Ce n’est pas comme la manne, que vos pères... Cf. versets 31, 32, 49. Les mots vos et manne sont omis par plusieurs anciens manuscrits. - Celui qui mange ce pain... (“ Ce pain ” qui est ma chair, qui est moi-même)… Voyez les versets 50 et ss. Celui dont l’amour ne reculait devant aucun moyen pour sauver l’humanité laisse ses auditeurs sous l’impression d’une douce parole : vivra éternellement.