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γ. La vraie liberté et l’esclavage du péché. 8, 31-59.

 

 



 

31Jésus disait donc aux Juifs qui avaient cru en lui : Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, 32et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. 33Ils lui répondirent : Nous sommes les descendants d'Abraham, et nous n'avons jamais été esclaves de personne ; comment dites-vous : Vous serez libres ? 34Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché est esclave du péché. 35Or l'esclave ne demeure pas toujours dans la maison ; mais le fils y demeure toujours. 36Si donc le fils vous affranchit, vous serez vraiment libres. 37Je sais que vous êtes la descendance d'Abraham ; mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole ne trouve pas d’entrée en vous. 38Moi, je dis ce que j'ai vu chez mon Père ; et vous, vous faites ce que vous avez vu chez votre père. 39Ils lui répondirent : Notre père, c'est Abraham. Jésus leur dit : Si vous êtes fils d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham. 40Mais maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi, un homme qui vous ai dit la vérité, que j'ai entendue de Dieu ; cela, Abraham ne l'a pas fait. 41Vous faites les œuvres de votre père. Ils lui dirent : Nous ne sommes pas nés de la prostitution ; nous avons un seul père, Dieu. 42Jésus leur dit donc : Si Dieu était votre père, vous m'aimeriez, car c'est de Dieu que je suis sorti et que je suis venu ; je ne suis pas venu de moi-même, mais c'est lui qui m'a envoyé. 43Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez entendre ma parole. 44Vous avez le diable pour père, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dès le commencement, et il n'est pas demeuré dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il dit le mensonge, il dit ce qu’il trouve en lui-même, car il est menteur, et père du mensonge. 45Mais moi, quand je dis la vérité, vous ne me croyez pas. 46Qui d’entre vous pourra prouver que j’ai péché ? Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? 47Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. C'est pour cela que vous n'écoutez pas, parce que vous n'êtes pas de Dieu. 48Les Juifs lui répondirent donc, et lui dirent : N'avons-nous pas raison de dire que vous êtes un Samaritain et un possédé du démon ? 49Jésus répondit : Je ne suis pas possédé du démon, mais j'honore mon Père ; et vous, vous me déshonorez. 50Pour moi, je ne cherche pas ma propre gloire ; il est quelqu'un qui la cherche, et qui juge. 51En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. 52Les Juifs lui dirent : Maintenant nous savons que vous êtes possédé du démon. Abraham est mort, et les prophètes aussi ; et vous dites : Si quelqu'un garde ma parole, il ne mourra jamais. 53Etes-vous plus grand que notre père Abraham, qui est mort, et que les prophètes, qui sont morts aussi ? Qui prétendez-vous être ? 54Jésus répondit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien ; c'est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites qu'il est votre Dieu. 55Et vous ne le connaissez pas ; mais moi, je le connais ; et si je disais que je ne le connais pas, je serais comme vous, un menteur. Mais je le connais, et je garde sa parole. 56Abraham, votre père, a tressailli de joie, désirant voir mon jour ; il l'a vu, et il s'est réjoui. 57Les Juifs lui dirent : Vous n'avez pas encore cinquante ans, et vous avez vu Abraham ? 58Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis. 59Ils prirent donc des pierres, pour les jeter sur lui ; mais Jésus se cacha, et sortit du temple.

Tout s’enchaîne parfaitement dans ces discours. Jésus va maintenant porter sur les Juifs quelques-uns de ces jugements dont il a parlé au verset 26. Ses auditeurs l’interrompront jusqu’à six fois, d’abord afin d’insister sur leurs propres privilèges (versets 33, 39, 41), puis pour contester avec une vigueur toujours croissante les prérogatives auxquelles il disait lui-même implicitement qu’il avait droit (versets  48, 52 et 53, 57).

 

Jean chap. 8 verset 31. - Jésus disait donc aux Juifs qui avaient cru en lui : Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples - Jésus disait donc… Malgré l’avis  contraire de divers commentateurs, nous ne voyons pas de raison suffisante pour admettre ici un changement de temps ou de lieux. C’est la suite d’un seul et même épisode. Cf. versets 2 et 12. - Aux Juifs qui avaient cru en lui. Quoique légère, cette modification de la formule est significative, car c’est l’indice d’une foi moins énergique. Cf. verset 30. Notez en outre le nom de Juifs donné à des hommes devenus croyants ; on ne trouve nulle part ailleurs cette association qui équivaut presque, dans le quatrième évangile, à “ une contradiction dans les termes ” (Plummer), puisque les croyants sont des amis de Jésus, tandis que, pour S. Jean, les “ juifs ” sont habituellement ses adversaires les plus acharnés. Du reste, dans toute la suite de l’entretien, ces Juifs devenus fidèles  traitent Jésus en ennemi. Ils différaient donc des beaucoup mentionnés au verset précédent. En réalité ils avaient commencé à croire, mais ils retenaient encore la plupart de leurs anciens préjugés ; ils étaient tout ensemble des chrétiens et des Juifs, et c’est ce que l’évangile a ainsi délicatement exprimé. Notre Seigneur Jésus-Christ  essaie d’élever plus haut leur foi ; mais elle fléchit presque aussitôt et se brise, ne pouvant supporter l’épreuve à laquelle il la soumettait. - Si vous demeurez… La conjonction grecque indique que Jésus veut leur imposer une condition. Leur foi n’était qu’à son début, et, en cette matière, “ il ne suffit pas de commencer ” (Bengel) car tout dépend de la persévérance. A une émotion passagère le divin Maître oppose donc ce qu’il appelle d’une manière énergique et pittoresque “ demeurer dans sa parole ”, y établir en quelque sorte un domicile perpétuel. L’expression est tout à fait dans le style du quatrième évangile (Préface, § 6, 2). - Dans ma parole. (avec emphase sur le pronom grec : “ la doctrine qui est mienne ”). La parole de Jésus a été la base de leur foi naissante, il faut qu’elle le demeure toujours. Voyez, 5, 38, une pensée analogue, avec un renversement des expressions : “ vous n’avez pas sa parole demeurant en vous ”. - Cette condition étant remplie, vous serez vraiment mes disciples. Le mot “ vraiment ” est visiblement le mot principal : en toute vérité, d’une façon sérieuse, et pas seulement en apparence. Dans le grec, le verbe est au présent (de même dans quelques manuscrits de l’Itala) ; dès cet instant vous êtes des disciples parfaits, si vous êtes décidés à prendre totalement pour guide ma parole infaillible.

 

Jean chap. 8 verset 32. - Et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. - Autre avantage que leur procurera la doctrine de Jésus acceptée avec foi, pratiquée avec obéissance : Et vous connaîtrez la vérité… Ces hommes connaissaient déjà la vérité révélée dans l’Ancien Testament, mais c’était une vérité imparfaite ; de là l’emploi de l’article grec pour marquer la vérité complète, essentielle, qui est contenue dans l’enseignement de Jésus, ou plutôt qui est Jésus lui-même. Cf. verset 36 ; 14, 6. Nous aimons en effet à voir ici, à la suite de S. Cyrille et de S. Jean Chrysostome, la vérité concrète et vivante, plutôt que la vérité abstraite, envisagée en général (S. Augustin, le Vén. Bède, Rupert de Deutz, etc.). - Et la vérité vous rendra libres. Les heureux effets vont se multipliant, grandissant. C’est le quatrième qui est mentionné depuis le verset 31 : le début de la foi, la croyance affermie qui demeure, le  progrès dans la connaissance de la vérité, une sainte et glorieuse liberté ! Bientôt (versets 34-36) nous apprendrons plus complètement en quoi consiste la liberté promise par Jésus comme une récompense de la foi.

 

Jean chap. 8 verset 33. - Ils lui répondirent : Nous sommes les descendants d'Abraham, et nous n'avons jamais été esclaves de personne ; comment dites-vous : Vous serez libres ? - Ils lui répondirent… Le sujet clairement indiqué par le récit est les Juifs qui avaient cru en lui du verset 31. Ces disciples imparfaits sont déjà blessés par la réflexion cependant si encourageante du Seigneur Jésus. La vérité vous délivrera ! Ils n’étaient donc pas libres, d’après lui. Cela suffit pour surexciter leur orgueil national, et faire reprendre le dessus aux sentiments hostiles qu’ils venaient à peine de dominer et de refouler. - Le lecteur supposera aisément avec quelle fierté ils durent s’écrier : Nous sommes les descendants d’Abraham ; fierté jusqu’à un certain point légitime, puisque Abraham et sa race avaient été particulièrement bénis du ciel. - Ils ajoutent, en accumulant les négations : et (en conséquence de notre glorieuse naissance) nous n’avons jamais été esclaves de personne. Ils croient que Jésus leur parle de liberté sous le rapport politique, et la servitude politique n’était-elle  pas incompatible avec leur titre de descendants d’Abraham ? Mais, comme la passion les aveugle de nouveau (Cf. 7, 52), et quel pouvoir illimité a l’esprit humain de se faire illusion ! Ils oubliaient tout à la fois l’esclavage de leurs pères en Égypte, l’oppression si humiliante que les Philistins et les Chananéens avaient fait sentir à Israël au temps des Juges, la captivité de Babylone, le joug des Grecs, et surtout le joug de Rome, qui en ce moment même pesait si douloureusement sur leurs têtes. “ La Judée fut la partie la plus méprisable des esclaves des Assyriens, des Mèdes et des Perses ”, écrit d’eux Tacites avec une mordante ironie, Hist. lib. 5. Voilà bien ces hommes dont l’historien Josèphe disait à son tour, Ant. 18, 1, 6 : “ Ils ont une passion inébranlable pour la liberté, et ils maintiennent que Dieu est leur seul gouverneur et maître ”. C’était un principe de l’école pharisaïque que “ tous les Israélites sont des enfants de rois ” (Sabbath, f. 67, a), et aujourd’hui encore, chaque Israélite répète à sa prière du matin cette bénédiction : “ Soyez loué (Seigneur) de ce que vous ne m’avez pas créé esclave ”. L’erreur historique où tombaient alors les interlocuteurs de Jésus a paru impossible à quelques exégètes modernes (Tholuck, J. P. Lange, etc.) ; aussi a-t-on pensé qu’ils songeaient seulement à revendiquer la liberté de droit, en vertu de laquelle ils demeuraient un peuple libre malgré les circonstances extérieures, et point la liberté de fait ; mais cette interprétation est forcée et peu rationnelle. - Comment dites-vous … Le souvenir de sa parole les révolte. Ne sommes-nous pas libres suffisamment ?

 

Jean chap. 8 verset 34. - Jésus leur répondit : En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché est esclave du péché. - Jésus leur répondit… Non, ils ne le sont pas, dira Jésus dans sa réponse (versets 34-36), et il le démontrera clairement. - En vérité, en vérité je vous le dis (dans le grec avec la répétition accoutumée). Par cette formule solennelle, qui équivaut à un serment (“ ces paroles sont un jurement ”, S. Aug., Traité sur S. Jean 41, 3), le Sauveur amène ses auditeurs au vrai point de vue de la question. Ils pensent à un esclavage politique, tandis qu’il pensait, lui, à des chaînes autrement honteuses et lourdes. - Quiconque commet le péché (avec l’article en grec). Expression opposée à “ faire la vérité ” (3, 21), et à “ faire la justice ” (1 Joan. 2, 29 ; 3, 7). Quiconque est accentué : tout homme sans exception, fût-il Israélite. La tournure grecque, “ commettant ”, désigne très bien l’habitude du péché, une vie passée dans le mal. - Est esclave du péché. (quelques manuscrits omettent à tort les mots du péché, qui sont suffisamment garantis). Et c’est là le plus dégradant de tous les esclavages. Cf. Prov. 5, 22 ; Rom. 6, 16 et ss. ; 7, 14 et ss. ; 2 Petr. 2, 19. “ O la misérable servitude ! Le plus souvent, quand les hommes ont de méchants maîtres, ils cherchent à se vendre : non qu’ils ne veuillent avoir aucun supérieur, mais parce qu’ils désirent en changer. Mais l’esclave du péché, quelle ressource a-t-il à sa disposition ? Qui peut-il appeler à son secours ? Devant qui porter ses plaintes ? A quel maître se vendre ? Parfois, l’esclave d’un homme, fatigué des exigences exorbitantes de son maître, trouve le repos dans la fuite. Mais où peut fuir l’esclave du péché ? Partout où il dirige sa course, il se trouve avec lui. Une conscience mauvaise n’échappe jamais à elle-même... ”, S. Aug., Traité sur S. Jean 41, 4). Vérité si manifeste, que les païens eux-mêmes l’ont souvent et énergiquement exprimée. “ D’autant de maîtres que de vices ”, disait un proverbe romain. “ Seul est libre celui qui n’est soumis à aucune domination, et qui n’est l’esclave d’aucune cupidité ”, Cicéron.

 

Jean chap. 8 verset 35. - Or l'esclave ne demeure pas toujours dans la maison ; mais le fils y demeure toujours. - Quand on est tombé dans cette misérable servitude, il reste pourtant un espoir de délivrance, qui n’est autre que Jésus lui-même (versets 35-36). Notre Seigneur énonce cette consolante vérité, d’abord au moyen d’un fait général qui sert de transition (verset 35), puis par une application directe de ce fait (verset 36). - Le fait consiste en un exemple emprunté à la vie civile : Or l’esclave… C’est-à-dire, tout esclave en général, et pas seulement l’esclave du péché. - Ne demeure pas toujours dans la maison… Cf. 14, 2 ; Hebr. 3, 6. Sans droits reconnus, les esclaves étaient complètement livrés aux caprices de leurs maîtres, qui pouvaient les donner, les vendre, les échanger, les expulser quand bon leur semblait. Pas de domicile permanent pour ces malheureux. - Mais le fils… Tout fils en général, par opposition à l’esclave. Ce serait une erreur de restreindre ici l’expression, pour ne l’appliquer qu’au Fils de Dieu. - Y demeure toujours. En sa qualité d’héritier, le fils demeure toute sa vie dans la maison paternelle. Et c’est ainsi que s’étaient passées les choses sous la tente d’Abraham lui-même, pour Isaac, le vrai fils, et pour Ismaël, l’enfant de l’esclave. Cf. Gen. 21, 10 et ss. ; Gal. 4, 22-31.

 

Jean chap. 8 verset 36. - Si donc le fils vous affranchit, vous serez vraiment libres. - Jésus applique maintenant à sa propre personne et aux Juifs cette vérité universelle. - Si donc (déduction) le fils vous affranchit. Ici, nous croyons qu’il est préférable de ne voir dans “ le fils ” que Notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu par conséquent, l’auteur unique de toute émancipation morale. - Vraiment. Fortement accentué, oppose la vraie liberté à celle que les Juifs se vantaient si faussement de posséder (verset 33). “ Libertas pleine et parfaite ”, dit S. Augustin. Au lieu de l’adverbe grec qu’il emploie si fréquemment, S. Jean se sert ici de “ réellement ”. Cf. Luc. 23, 47 ; 24, 34 ; 1 Tim. 5, 3, 5 et 15. - Serez … libres. Des “ affranchis ” dans la plus noble des significations. “ En effet, la loi de l’esprit de vie t’a libéré dans le Christ Jésus de la loi du péché et de la mort ”, Rom. 8, 2. 

 

Jean chap. 8 verset 37. - Je sais que vous êtes la descendance d'Abraham ; mais vous cherchez à me faire mourir, parce que ma parole ne trouve pas d’entrée en vous. - Jésus revient à l’objection de ses interlocuteurs (verset 33), pour la réfuter encore d’une autre manière. Laissant de côté les notions corrélatives de liberté et d’esclavage dont il avait fait un si frappant usage (versets 31-36), il passe à l’idée connexe de filiation. Par une série d’arguments irréfutables, il démontre aux Juifs de plus en plus irrités que, bien loin d’être les enfants d’Abraham et de Dieu, ils sont au contraire les fils du démon, versets 37-47. - Je sais que vous êtes la descendance d’Abraham. Le grec porte “ postérité d’Abraham ”, comme au verset 33. Jésus leur concède ce privilège, mais uniquement sous le rapport extérieur, et dans le sens étroit auquel ils s’arrêtaient eux-mêmes. Soit, vous êtes, historiquement et naturellement, les descendants d’Abraham ; mais vous n’êtes pas plus que cela. “ Pour être postérité d’Abraham, ils n’en sont pas tous les enfants ”, Rom. 9, 7. - Mais… Le Sauveur fait immédiatement une grave restriction. La preuve que vous n’êtes pas les vrais fils d’Abraham, c’est que vous cherchez à me faire mourir. Cf. 7, 1, 25, 30, 32, etc. Et Jésus indique le motif de leur haine cruelle et homicide : parce que ma parole ne trouve pas d’entrée en vous. Littéralement : “ ma parole ne prend pas en vous ”, comme nous disons en français ; mais la locution équivalente du grec a plus de force encore, le verbe signifiant plutôt “ pénétrer ”. Donc, “ mon langage ne fait pas de progrès en vous ”. La divine doctrine est en effet un germe déposé dans les cœurs, pour qu’il y croisse à la façon du sénevé dont Notre Seigneur Jésus-Christ  raconte ailleurs l’intéressante histoire.

 

Jean chap. 8 verset 38. -  Moi, je dis ce que j'ai vu chez mon Père ; et vous, vous faites ce que vous avez vu chez votre père. - Et pourquoi les Juifs, après avoir reçu la parole du Sauveur (verset 31), ne lui laissaient-ils pas gagner en eux le moindre espace ? C’est à cause de la différence fondamentale qui régnait entre eux et Jésus-Christ. Remarquez, dans ce verset et les suivants, l’opposition perpétuelle et saisissante des pronoms “ je ” et “ vous ”, déjà mentionnée antérieurement, et le fréquent parallélisme, soit des pensées, soit des expressions. - Moi, je dis ce que… Si la leçon ο de la Recepta est authentique, cet emploi du singulier désignerait collectivement toutes les choses saintes, et sublimes, et parfaites, que Jésus contemplait auprès de son Père céleste, réunies dans une adorable unité. Mais le pluriel α (“ quae ”) est mieux garanti (א, B, C, D, X). - Ce que j’ai vu chez mon Père. Concept tout à fait caractéristique du quatrième évangile. Cf. 3, 11, 32 ; 5, 19. Le pronom grec μου (de moi, traduit par mon) a été probablement ajouté (il est omis dans B, C, L, T, X). - Je dis : il proclamait cela et seulement cela, ainsi qu’il l’a déjà dit à plusieurs reprises. Cf. 5 et 7, en plusieurs endroits. - Et vous, (le grec ajoute donc, si vous êtes conséquents avec vous-mêmes). “ antithèse pleine de vie ”, s’écrie le P. Patrizi. - Vous faites ce que vous avez chez en votre père. La multiplicité des choses mauvaises qu’ils ont contemplées à leur tour auprès de leur père. Le grec a de nouveau quelques variantes instructives. C’est ainsi que la plupart des meilleurs manuscrits lisent “ avez entendu ” : ce qui est beaucoup plus exact, car les Juifs n’avaient pas à proprement parler le démon pour père ; mais ils avaient entendu ses suggestions malsaines. - Vous faites. Est aussi un changement notable. En parlant de lui-même, Jésus avait dit : je déclare et j’annonce ce que je vois auprès de mon Père ; car la prédication formait la partie centrale de sa vie publique. Maintenant il fait allusion aux œuvres malignes et perfides de ses ennemis : voilà pourquoi il dit : vous faites. - Quelques auteurs anciens et modernes traitent le verbe faire comme un impératif, ce qui est possible grammaticalement ; dans ce cas c’est Abraham qui serait désigné par Jésus  comme un modèle : Vous aussi, imitez votre Père et ses œuvres excellentes. Mais le contexte (Cf. verset 44) montre qu’il vaut mieux traduire comme l’a fait la Vulgate, et croire que dès ce verset Jésus avait en vue le démon comme le père des Juifs au point de vue moral. “ Un peu auparavant, il a parlé d’Abraham, mais comme source de leur existence charnelle, et non comme modèle de leur vie spirituelle ; il nommera leur autre père, celui qui ne les a pas engendrés, celui qui ne les a pas faits hommes, mais dont ils étaient les fils, sinon en tant qu’hommes, du moins en tant qu’hommes méchants ; sinon en tant que sa race, du moins en tant que ses imitateurs. ” S. Augustin, Traité 42, 2 sur S. Jean.

 

Jean chap. 8 verset 39. - Ils lui répondirent : Notre père, c'est Abraham. Jésus leur dit : Si vous êtes fils d'Abraham, faites les œuvres d'Abraham. - Ils lui répondirent (les meilleurs documents ajoutent “ lui ”). Ils ont compris que Jésus a parlé d’un père différent d’Abraham ; mais, n’ayant pas d’autre réponse à donner, ils se contentent de réitérer leur première assertion (verset 33), en insistant sur leur glorieuse origine : Notre père, c’est Abraham. - Jésus leur dit. Le Sauveur aussi revient sur son affirmation antérieure (verset 37), pour la développer et la mieux démontrer. Sa parole revêt ici la forme d’un vrai syllogisme, dont le verset 39 contient la majeure, et le verset 40 la mineure. Les enfants d’Abraham doivent agir comme ce saint patriarche ; or, vous cherchez à me donner la mort, ce qu’Abraham n’eût jamais fait… - Si vous êtes fils d’Abraham (plus haut, versets 33 et 37, nous lisions “ semen : semence ”), faites les œuvres d’Abraham. Tel père, tel fils ! C’est du moins ce qui devrait être, quand le père est si recommandable qu’Abraham l’avait été. Jésus rappelle aux Juifs ce principe moral, pour en tirer une triste conclusion.

 

Jean chap. 8 verset 40. - Mais maintenant vous cherchez à me faire mourir, moi, un homme qui vous ai dit la vérité, que j'ai entendue de Dieu ; cela, Abraham ne l'a pas fait. - Mais maintenant… De ce bel idéal qu’il vient de leur proposer, Notre Seigneur passe à la réalité des choses, qui contrastait si vivement avec la conduite du père des croyants : vous cherchez à me faire mourir. - Et pour établir leur crime dans un relief plus saisissant encore, il indique l’unique raison qui a suscité contre sa propre personne leur haine mortelle : moi qui vous ai dit la vérité. Voilà tout son crime ; il leur a dit la vérité en toute franchise. - Et cette vérité qui aurait pu leur faire tant de bien, elle était aussi sainte qu’authentique dans sa source : que j’ai entendue de Dieu. Il y a une forte gradation dans ce reproche : Vous, les prétendus fils d’Abraham, me tuer, moi qui vous dis la vérité, la vérité que j’ai puisée en Dieu. “ Elle monte la prière, elle monte de plus en plus ”, Grotius. Remarquez aussi dans le texte grec l’expression si humble, ανθρωπον, “ homme ”, par laquelle Jésus définit l’un des côtés de sa nature ; c’est l’unique fois qu’il parle ainsi de lui. - Cela est en avant d’une manière très emphatique : ce meurtre de la pire espèce. - Abraham (votre père !) ne l’a pas fait ! Quelle énergique litote ! Abraham n’a pas été homicide !

 

Jean chap. 8 verset 41. - Vous faites les œuvres de votre père. Ils lui dirent : Nous ne sommes pas nés de la prostitution ; nous avons un seul père, Dieu. - Vous est également très accentué : vous qui prétendez être les fils d’Abraham, mais qui ne l’êtes pas en réalité. - Faites les œuvres de votre père. Leur vrai père, en effet, c’est le démon, comme Jésus l’a déjà insinué, verset 38, et comme il va le déclarer plus formellement encore, verset 44. - Ils lui dirent. (dans les versions autres que א, B, L, T : ils lui dirent donc). Ils parlent avec une indignation croissante, car ils soupçonnent maintenant quel est le père dont l’on prétend qu’ils descendent au moral. Eux aussi, ils se mettent à tenir un langage figuré, et ils ne revendiquent plus seulement Abraham, mais Dieu lui-même, pour père. - Nous ne sommes pas nés de la prostitution… Il n’existe pas le plus léger motif de supposer qu’il y avait, sous cette vive dénégation, une accusation tacite et ignoble lancée contre Notre Seigneur Jésus-Christ. Le secret de sa naissance miraculeuse avait été admirablement gardé, et tout le monde lui donnait S. Joseph pour père (Cf. Luc. 4, 22 et parall.) ; plus tard seulement, quand ils eurent entendu parler de son incarnation, les Juifs inventèrent cette grossière injure qu’ils ont si souvent répétée. Cf. Origène, Contr. Cels. 1, 32. D’après le contexte, les interlocuteurs de Jésus prennent ici prostitution comme synonyme d’idolâtrie, acception que ce mot a si fréquemment dans l’Ancien Testament. Cf. Ex. 34, 15-16 ; Lev. 17, 7 ; Jud. 2, 17 ; 4 Reg. 9, 22 ; Ps. 72, 27 ; Is. 1, 21 ; Jer. 3, 1, 9, 20 ; Ezech. 16, 15, et surtout Os. 2, 4, 5. - Nous avons un seul père, Dieu. Dans le grec, avec l’article, l’unique vrai Dieu. Noble prétention, et fondée jusqu’à un certain point, ainsi que le prouvent les passages Deut. 32, 6 ; Is. 23, 9 ; 64, 8 ; Mal. 2, 19, où Dieu daigne lui-même s’appeler le père d’Israël.

 

Jean chap. 8 verset 42. - Jésus leur dit donc : Si Dieu était votre père, vous m'aimeriez, car c'est de Dieu que je suis sorti et que je suis venu ; je ne suis pas venu de moi-même, mais c'est lui qui m'a envoyé. - Et pourtant Jésus doit la détruire encore, de même qu’il a renversé la première. La preuve très catégorique qu’ils ne sont pas les fils de Dieu, c’est qu’ils ne l’aiment point, lui qui est le “ Fils de Dieu ” par antonomase. Cf. 15, 23 ; 1 Joan. 5, 1. - Vous m’aimeriez : il leur serait impossible de n’avoir pas ce sentiment au plus profond de leur cœur, car l’amour règne entre les enfants d’un même père (c’est de Dieu que je suis sorti). - Je suis sorti et … venu Dans le grec, “ je suis sorti et je viens ”. Locution solennelle, qu’on ne retrouve qu’une autre fois dans la bible, 16, 28. Le premier verbe exprime l’origine divine de Jésus-Christ ; le second, son apparition historique en tant qu’Homme-Dieu. S. Augustin en donne un très beau commentaire : “ Il en est donc venu comme Dieu, comme son égal, comme son Fils unique, comme Verbe du Père ; et le Verbe est venu vers nous ; parce qu’il s’est fait chair pour habiter parmi nous. Son avènement, c’est son humanité ; sa permanence ; c’est sa divinité ”, Traité sur S. Jean, 42, 8. - Je ne suis pas… Jésus explique plus complètement sa venue mystérieuse en ce monde : elle est divine tout aussi bien que sa nature, car ce n’est pas de lui-même qu’il est venu. - C’est lui qui m’a envoyé. Notre Seigneur se présentait donc à la fois comme le Fils et comme l’ambassadeur du Très-Haut.

 

Jean chap. 8 verset 43. - Pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? Parce que vous ne pouvez entendre ma parole. - Les choses étant ainsi, demande-t-il maintenant à ses auditeurs, pourquoi ne comprenez-vous pas mon langage ? L’équivalent grec de “ langage ”, désigne le langage considéré dans son expression extérieure. Cf. 4, 42 ; Matth. 26, 73 (“ Certainement tu es aussi de ces gens-là car ton accent te fait reconnaître. ”), etc. - Comment donc ne reconnaissent-ils pas l’accent tout divin de Jésus ? Il va le leur dire lui-même : Parce que vous ne pouvez… Simple impossibilité morale, assurément, et dont ils sont entièrement responsables. “ Ils ne peuvent pas parce qu’ils ne veulent pas ”, S. Jean Chrysostome. - Entendre ma parole. L’organe de l’ouïe mystique leur manque, et ils ne comprennent point la prédication du Sauveur.

 

Jean chap. 8 verset 44. - Vous avez le diable pour père, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dès le commencement, et il n'est pas demeuré dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui. Lorsqu'il dit le mensonge, il dit ce qu’il trouve en lui-même, car il est menteur, et père du mensonge. - Jésus-Christ finit par dire ouvertement aux Juifs ce qu’il leur avait laissé entrevoir d’une manière implicite aux versets 38 et 41 : ils ne sont ni enfants d’Abraham, ni enfants de Dieu, mais fils du démon. - Vous (très accentué) avez le diable pour père. Le langage n’est pas moins expressif que la pensée. On ne pouvait adresser à des descendants d’Abraham, à des membres de la nation théocratique, un blâme plus sévère. Cf. 1 Joan. 3, 8, 10. Le gnostique Héracléon, voulant trouver ici un appui pour son système, rattacha autrement le second génitif au premier, de manière à pouvoir traduire : Vous descendez du père du diable ; d’où il concluait que les Juifs et le démon n’avaient pas été créés par Dieu, mais par le mauvais principe. Nous n’aurions rien dit de cette aberration étrange, si un rationaliste contemporain, Hilgenfels, ne l’eût récemment rééditée. Cf. Die Evangelien nach ihrer Entstehung und geschicht. Bedeutung, 1854, p. 289. - Et par suite. Jésus rattache naturellement leur conduite à leur origine : celle-ci est la meilleure explication de celle-là. - Vous voulez accomplir les désirs de votre père : les passions violentes ; spécialement, d’après le contexte, la haine homicide et l’envie. Les Juifs ne se contentent pas d’agir à l’instar du démon leur père ; ils l’imitent avec un plein consentement : ses exemples funestes ont toute  leur sympathie - Il a été homicide (expression grecque qu’on ne rencontre nulle part ailleurs) dès le commencement. C’est-à-dire, dès l’apparition de l’homme sur la terre, aussitôt que l’homicide fut possible. Le démon, en effet, par ses insinuations perfides, a causé la désobéissance d’Adam et d’Eve, d’où est résultée la mort pour tout le genre humain. Cf. Gen. 3 ; Sap. 2, 23-24 ; Rom. 5, 12 ; Apoc. 12, 9 ; 20, 2. Les écrits rabbiniques sont pareillement remplis de cette idée : “ L’antique serpent, qui a tué Adam ”, Sohar Chadasch. Etc. Aussi est-ce à tort qu’on a parfois appliqué ce dire de Jésus au meurtre de Caïn. Cf. 1 Joan. 3, 12. Notez l’imparfait de la continuité : l’homicide a toujours fait partie de la nature morale de Satan. Un rapprochement se fait de lui-même : il  n’est pas étonnant que les fils du démon entretiennent aussi des désirs meurtriers. Cf. verset 40. - Et il n’est pas demeuré dans la vérité (sans article dans le grec). Autre trait caractéristique du diable : il ne s’est pas tenu ferme dans la sphère de la vérité. Ces mots contiennent une allusion évidente à la chute de Satan, comme l’admettent tous les commentateurs catholiques. Cf. Judae, 6. Du reste, tout ce passage est justement classique en théologie : Notre Seigneur Jésus-Christ n’a rien dit de plus net ni de plus formel sur le chef des démons. - Parce qu’il n’y a pas de vérité (encore sans article : il n’y a pas de vérité) en lui. C’est la même pensée, exprimée en termes positifs et plus énergiques. - Lorsqu’il dit le mensonge... Jésus tire la conséquence des paroles qui précèdent. Un être qui est sorti de la vérité, ment d’une façon perpétuelle, et, quand il ment, il est tout à fait dans son rôle : il dit ce qu’il trouve en lui-même (expression grecque très forte) Cf. 1, 11 ; 2 Cor. 3, 5. - Car il est menteur et le père du mensonge. Cette répétition de la même pensée a quelque chose de saisissant.

 

Jean chap. 8 verset 45. - Mais moi, quand je dis la vérité, vous ne me croyez pas. - Du père, Jésus-Christ revient aux enfants, qui ne valaient guère mieux. - Mais moi, est une antithèse emphatique. - Quand je dis la vérité, vous ne me croyez point. Remarquez le ton tragique. D’ordinaire, on croit un homme véridique ; mais les Juifs, fils du menteur par excellence, refusaient naturellement toute créance à Jésus, quoique tout attestât sa véracité.

 

Jean chap. 8 verset 46. - Qui d’entre vous pourra prouver que j’ai péché ? Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? - Absolument et fièrement, Notre Seigneur proteste contre leur manière d’agir, et il revendique un privilège que personne autre n’a jamais songé à s’arroger. - Qui d’entre vous pourra prouver que j’ai péché ? (en grec littéralement : me convainc ; l’emploi du présent est vigoureux et pittoresque). Défi vraiment divin ! et quoique Jésus eût en face de lui des ennemis si acharnés, aucun d’eux n’osa relever le gant. Et pourtant, sa vie était publique et connue de tous. “ Jour et nuit, dans les situations les plus diverses, on pouvait l’observer et l’épier, ce que ses adversaires ne manquèrent pas de faire ; malgré cela, personne ne pouvait le convaincre d’un seul péché… En d’autres circonstances, ils l’avaient accusé, mais par derrière, d’être un gourmand, un violateur du sabbat et un révolutionnaire. Pourquoi donc en ce moment aucun de leurs anciens griefs ne leur vint-il à l’esprit ? C’est qu’ils n’osaient le faire en face même de Jésus, auquel il aurait été si facile de retourner leurs accusations contre eux avec une puissance écrasante ”. Schegg, h. l. Il faut laisser au mot “ péché ” toute son étendue : on enlèverait à la pensée presque toute sa force si on le restreignait au mensonge. - Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ? Pourquoi le traiter, lui si saint et si divinement parfait, comme le dernier des menteurs ? Voyez, 7, 18, la connexion intime qui existe entre l’innocence et la vérité, le mensonge et le péché.

 

Jean chap. 8 verset 47. - Celui qui est de Dieu écoute les paroles de Dieu. C'est pour cela que vous n'écoutez pas, parce que vous n'êtes pas de Dieu. - Après une courte pause, durant laquelle il attendit vainement leur réponse, Jésus  reprit, se chargeant d’indiquer lui-même le vrai motif de leur conduite si indigne à son égard : Celui qui est de Dieu, Celui dont l’être tout entier dérive de Dieu ; c’est-à-dire, le Sauveur lui-même, en tant que vrai Fils de Dieu. Cf. verset 23 ; 3, 31 ; 15, 19 ; 17, 14, 16 ; 18, 36, 37. - Écoute les paroles de Dieu (il écoute avec foi et obéissance, comme au verset 43) : et tel était bien le cas pour Notre Seigneur Jésus-Christ. Cf. 3, 34 ; 7, 16 ; 8, 26 ; 17, 8. - Après le principe, l’application : C’est pour cela que vous n’écoutez pas, parce que vous n’êtes pas de Dieu. Cette conséquence était indéniable. Donc Jésus leur a une fois de plus démontré qu’ils ne sont pas les vrais enfants de Dieu, parce qu’ils refusent d’écouter l’envoyé du ciel.

 

Jean chap. 8 verset 48. - Les Juifs lui répondirent donc, et lui dirent : N'avons-nous pas raison de dire que vous êtes un Samaritain et un possédé du démon ? - Les Juifs lui répondirent donc. Ils n’ont cependant rien de sérieux à répondre ; c’est pourquoi ils recourent à la réplique des gens grossiers et vulgaires, l’injure. - N’avons-nous pas raison de dire (Cf. 5, 17). L’emploi du présent semble marquer que l’outrage en question était fréquemment sur leurs lèvres. - Que vous êtes un Samaritain. Un suprême dédain est indiqué soit par ce pronom répété à la fin de la phrase, soit par l’épithète de Samaritain, dont nous avons vu précédemment tout le caractère odieux. Voyez la note de 4, 9, et F. Vigouroux, Mélanges bibliques, Paris 1882, p. 363 et ss. - Et un possédé du démon ? Comparez 7, 20 et le commentaire. Dans leur haine aveugle, ils en viennent jusqu’à traiter de possédé du démon Notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu.

 

Jean chap. 8 verset 49. - Jésus répondit : Je ne suis pas possédé du démon, mais j'honore mon Père ; et vous, vous me déshonorez. - Jésus répondit. Il se défend, mais avec un calme tout divin. Laissant de côté la première partie de l’injure (“ vous êtes un Samaritain ”), il se borne à protester contre la seconde, qui était plus odieuse et plus opposée à sa sainteté. - Je (pronom emphatique) ne suis pas possédé du démon. Tout au contraire (mais), de parole et d’action il honore le Seigneur (au présent de la durée), tandis qu’ils osent eux-mêmes occupés à déshonorer Dieu en maltraitant son envoyé (vous me déshonorez ; encore au présent dans le texte grec).

 

Jean chap. 8 verset 50. - Pour moi, je ne cherche pas ma propre gloire ; il est quelqu'un qui la cherche, et qui juge. - Après cette assertion majestueuse (verset 49) Jésus fait un nouvel appel à la foi des Juifs, d’abord sous la forme d’une menace implicite (verset 50), puis au moyen d’une attrayante promesse (verset 51). - Pour moi. L’antithèse se prolonge et se perpétue, comme nous l’avons dit, jusqu’à la fin du chapitre. - Je ne cherche pas ma propre gloire. Ses adversaires l’injurient et cherchent à lui enlever son honneur. S’il s’en plaint, ce n’est point qu’il tienne à la gloire. Cherchez en effet ce souci dans la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ. - Mais il y a quelqu’un qui la cherche (scil. “ ma gloire ”). La tournure grecque exprime plus fortement encore la pensée. C’est à Dieu, évidemment, que Jésus fait allusion. Pourquoi le Christ s’inquiéterait-il de sa gloire personnelle ? Il sait que son Père s’en occupe, et cela lui suffit. -  Et qui juge. (même construction au participe présent). Résultat de la divine enquête : le Seigneur prononcera comme un juge suprême entre les parties intéressées, Jésus-Christ et les Juifs, et il condamnera ces derniers, qu’il trouvera grièvement coupables. L’idée de condamnation n’est ici qu’implicite ; néanmoins elle n’en paraît que plus terrible. C’était un glaive perpétuellement suspendu sur la tête des ennemis de Jésus. Un jour le glaive tomba et les mit en pièces.

 

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