Jean chap. 10 verset 27 et 28. - Mes brebis écoutent ma voix, et je les connais, et elles me suivent. 28Je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. - Contraste saisissant. Ces deux versets sont étroitement unis. Ils contiennent six propositions accouplées deux à deux, de manière à former trois petits groupes, avec une belle symétrie et gradation dans les pensées.
Mes brebis écoutent ma voix,
Et je les connais,
Et elles me suivent.
Je leur donne la vie éternelle,
Et elles ne périront jamais,
Et personne ne les ravira de ma main.
Quelle simplicité de style (notez les cinq και forment tout l'enchaînement), et pourtant quelle force étonnante ! - Mes brebis écoutent ma voix... Jésus répète ici les principaux détails de son allégorie, modifiant à peine quelques expressions. Cf. les vv. 3 (les brebis entendent sa voix), 4 (les brebis le suivent), 14 (je connais mes brebis). - Je leur donne la vie éternelle : δίδωμι au présent, comme aux passages analogues, 3, 15 ; 5, 34, etc. “ Ce n'est pas une promesse, dont l'accomplissement dépend de la conduite d'un autre ; c'est un vrai cadeau, dont la conservation dépend de nous ”. Plummer, h. l. - Elles ne périront jamais. Dans le grec, la négation est encore plus énergique : ού μη άπόλωνται είς τον αίωνα, Cf. 8, 51. Il est impossible qu'elles ne périssent jamais. - Personne (qui que ce soit ; Personne ne sera assez puissant pour cela) ne les ravira, άρπάσει : même expression qu'au v. 12, où elle servait à dépeindre la violence brutale des loups. - De ma main. Cette main, si douce pour conduire les brebis, pour les caresser et les porter ; si forte pour les défendre contre les ennemis. Ainsi donc, jamais le bon pasteur n'abandonnera son troupeau !
Jean chap. 10 verset 29. - Ce que mon Père m'a donné est plus grand que toutes choses, et personne ne peut le ravir de la main de mon Père. - Mais pourquoi les brebis de Jésus peuvent-elles vivre dans une telle sécurité ? C'est parce qu'il est “ un ” lui-même avec Dieu (vv. 29-30). - Ce que mon Père m’a donné... Construction irrégulière, qui a pour but d'appuyer sur les mots “ mon Père ”, ainsi placés en tête de la phrase. - Est plus grand... La leçon primitive est incertaine. Le neutre, “ce que mon Père m’a donné”, ο δέδωκέν μοι, μείζων πάντων έστίν (B, L, les versions latines, le gothique, les Pères latins), est moins accrédité extérieurement que le masculin, ος μείζων έστίν (“ mon Père… est plus grand que tous ” ; la plupart des manuscrits et des versions, presque tous les Pères grecs), et présente plus de difficultés pour l'interprétation ; toutefois, cette dernière circonstance est en réalité un argument favorable, d'après le principe: “ il faut privilégier l’interprétation difficile ”. Et alors, que doit-on se représenter par “ ce don supérieur à tout le reste ” ? Suivant les uns, la participation à la divinité, l'essence divine elle-même (voyez S. Augustin, in h, l.) ; plus probablement, selon les autres, car ils ont le contexte pour eux, les brebis confiées par Dieu à N.-S. Jésus-Christ. Elles sont, en effet, supérieures à tous leurs adversaires, ainsi qu'il a été déjà dit et comme on va le répéter encore, à cause de la double protection du Père et de son Fils. - Et personne ne peut le ravir. C'est, avec une légère modification, le second hémistiche du v. 28. Au lieu du futur “ personne ne les ravira ”, nous lisons le présent, et Jésus insiste davantage sur l'impuissance des ennemis de son troupeau. - De la main de mon Père équivaut à “ de ma main ”. Qui donc pourrait ravir par force un objet que Dieu tient dans sa main ? Cf. Sap. 3, 1.
Jean chap. 10 verset 30. - Moi et le Père, nous ne sommes qu'un. - Quelle parole ! si brève et si majestueuse ! Les Juifs ont demandé à Jésus de leur révéler clairement et sans ambages sa nature et son rôle : seront-ils satisfaits maintenant ? - Moi et le Père. Moi et Dieu, comme toutes les fois que Notre Seigneur emploie ainsi le mot Père. - Nous sommes un (εν έσμεν). Il ne dit pas εις, “ un ”, ce qui signifierait qu'il forme avec Dieu une seule et même personne ; mais εν au neutre, une seule chose, une substance identique, un Dieu unique. Que pourrions-nous ajouter de plus ? Voilà le dogme fondamental du christianisme énoncé avec la plus grande netteté et la plus grande énergie. C'est le point culminant de la prédication de N.-S. Jésus-Christ. Le Sauveur va bientôt quitter la terre ; mais auparavant, il aura déclaré sa divinité en termes aussi lumineux que le jour. Sur ce beau texte, rendu plus célèbre encore par les controverses qu'il suscita dans l'antiquité, voyez Tertullien, Adv. Prax., 22 ; Hippol. c. Noct. 7 ; S. Ambroise, De Spiritu sancto, 1, 111, 116 ; S. Aug. Coll. c. Max. 14, etc. Les Ariens osèrent prétendre qu'il désignait seulement une union morale ; mais il fut aisé de mettre en relief l'absurdité d'une pareille interprétation.