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Jean chap. 13 verset 16. - En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni l'envoyé plus grand que celui qui l'a envoyé. - Jésus insiste encore sur la leçon qui ressort de son exemple ; de plus en plus il inculque la nécessité, entre chrétiens, d'un amour qui s'humilie pour se mieux manifester. - Le serviteur n’est pas... S. Matthieu, 10, 24, et S. Luc, 6, 40, avaient déjà cité cet axiome ; Jésus le réitérera une quatrième fois un peu plus bas, 15, 20. Il l'accommode chaque fois à de nouvelles conclusions. - Ni l’envoyé... Il y a une sorte de jeu de mots entre ce substantif et le verbe a envoyé, puisque apôtre signifie  envoyé.

Jean chap. 13 verset 17. - Si vous savez ces choses, vous serez heureux, pourvu que vous les pratiquiez. - Ces choses, c'est-à-dire, ce que Jésus a exposé dans les versets 13-16. Il semble parler en termes hypothétiques, comme on le fait souvent dans le langage ordinaire pour donner plus de force à la pensée. - Vous serez heureux... Il ne suffit pas de connaître : avant tout il faut agir, accomplir ; mais c'est déjà un immense avantage de savoir, car la science provoque l'action. Nouvelle et précieuse béatitude ajoutée à celles qui avaient ouvert le discours sur la montagne ; par là même, fécond encouragement que Jésus donne à ses disciples. Évidemment, “ heureux ” ne porte pas sur le simple accomplissement de la bonne œuvre prescrite, mais sur la récompense qui lui sera réservée par Dieu. Les Rabbins disent aussi : “ Ce n'est pas la science qui importe, mais l'action ”. Cf. Wünsche, l. c.

Jean chap. 13 verset 18. - Je ne parle pas de vous tous. Je connais ceux que j'ai choisis ; mais il faut que l’Écriture s'accomplisse : Celui qui mange du pain avec moi, lèvera son talon contre moi. - Les phrases deviennent plus courtes dans ce verset, comme si elles étaient entrecoupées par suite d'une vive émotion. C'est que Jésus se rappelle de nouveau (comp. le v. 10) et va mentionner plus au long l'odieuse présence du traître parmi les Douze.  - Je ne parle pas de vous touts : ces mots se rattachent à la promesse du v. 17 : “ Vous serez heureux ”. Ce n'est pas à vous tous que s'applique ma Béatitude.  - Je connais ceux que j’ai choisis. En grec, Οίδ : je les connais à fond. Cf. vv. 1 et 3. Ceux que j'ai choisis entre tous. Voyez 6, 70, et 15, 16. Le choix de Jésus n'a donc pas été inconscient, mais extrêmement lucide ; dès le début il connaissait Judas : les événements ne l'ont ni trompé ni surpris. - Mais il faut que l’écriture s’accomplisse... Ellipse comme plus bas, 15, 25 ; comp. Marc. 14, 49, etc. Rangé au nombre des apôtres, Judas restait entièrement libre, et les avertissements affectueux ne lui manquèrent pas. Néanmoins, par sa trahison il devait réaliser les plans divins, signalés tout au long dans l’Écriture. - Celui qui mange du pain... Ce passage est emprunté au Ρs. 40. (hébr. 41), 10 ; Jésus en fait une citation libre, qui diffère toutefois de l'hébreu et des Septante. L'expression “ manger du pain avec quelqu’un ” est tout orientale et biblique, pour désigner un commensal habituel, un ami très intime. Elle exprime un fait réel dans le cas présent, puisque Judas était assis à la table de Jésus et mangeait avec lui. La locution lèvera son talon contre moi (littéralement, d'après l'hébreu : Il a élevé bien haut son talon contre moi), exprime un violent coup de pied, ou la ruade d'un cheval. Le contraste entre les deux circonstances mentionnées ne saurait être plus frappant : l'amour généreux et la haine brutale. Ainsi qu’on l'apprend dans les bons commentaires du psautier (voyez en particulier, parmi les plus récents, ceux de ΜM. Delitzsch, Rοhling, Lecêtre), ce douloureux  passage n'est messianique que d'une manière indirecte et typique. C'est-à-dire qu'avant de se réaliser finalement et intégralement dans l'infâme conduite de Judas envers N.-S Jésus-Christ, il avait eu un premier accomplissement historique, quoique d'une façon transitoire et incomplète. David faisait surtout allusion au lâche et cruel abandon où le laissa son ami intime Achitophel, lorsqu’éclata la révolte d’Absalom (Cf. 2 Reg. 15, 31-17, 23) ; mais, dans la pensée de l’Esprit Saint, sa description lugubre allait bien au-delà des temps actuels, et concernait la passion du Messie. Voyez Hoffmann, Weissagung und Erfüllung, t. 2, p. 122. Notez que la désignation du traître est voilée comme précédemment (v. 10) ; mais elle ne tardera pas à devenir plus claire pour quelques-uns des apôtres (vv. 23-27).

Jean chap. 13 verset 19. - Dès maintenant je vous le dis, avant que la chose arrive, afin que, lorsqu'elle sera arrivée, vous croyiez à ce que je suis. - Dès maintenant... Dès cet instant, avant la réalisation. Et dans quel but fait-il une déclaration si triste ? Pour exciter leur foi en sa mission : afin que... vous croyiez. Quelques heures plus tard, lorsque cet oracle aura été accompli à la lettre, jusque dans une ignominieuse identité de mort pour les deux traîtres (Judas se pendit comme Achitophel), les apôtres ne devront pas se laisser décourager par la fin douloureuse de leur Maître, mais au contraire redoubler de confiance en lui. C'est ainsi qu'il les prépare à sa Passion prochaine. - Ce que je suis, c’est-à-dire le Christus. Cf. 4, 26 ; 8, 24, 28.

Jean chap. 13 verset 20. - En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque reçoit celui que j'aurai envoyé, me reçoit ; et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé. - Jésus emploie encore sa formule solennelle, en vérité, en vérité, je vous le dis, pour introduire une autre pensée, que nous avons également rencontrée dans les évangiles synoptiques (Cf. Matth. 10, 40 ; Luc. 9, 48), mais d'après un enchaînement tout divin : Quiconque reçoit... Recevoir un apôtre du Messie, c'est recevoir le Messie lui-même ; et recevoir le Messie, c'est recevoir Dieu, duquel il tient sa mission. Cette parole est très claire en elle-même, l'ambassadeur formant une seule et même personne morale avec celui qui l'envoie ; toutefois, la liaison avec le contexte est vraiment difficile à établir : si difficile, qu'on l'a parfois niée purement et simplement, soit que l'évangéliste, a-t-on dit, ait omis les idées qui marquaient la transition (Corluy), soit que ce verset ne contienne qu'une glose insérée à tort dans le texte (opinion contredite par la présence du v. 20 dans tous les anciens documents). D'après Μ. Godet, N.-S. Jésus-Christ compléterait ici l'adage du v. 16. Le disciple n'est pas plus grand que son maître, était-il dit là-haut ; et maintenant : Le disciple, d'autre part, n'est pas inférieur à son maître. Suivant le Dr J.-P. Lange, Jésus oppose à la destinée misérable de Judas la gloire et le bonheur des apôtres fidèles. Un autre commentateur allemand, H. A. W. Meyer, établit la connexion suivante : L'humilité que le Sauveur exige de ses disciples n'empêchera pas ceux-ci d'être partout noblement reçus, attendu qu'ils seront à bon droit regardés comme d'autres lui-même. Selon le Dr Keil, il serait question, non pas de la manière dont les apôtres seront traités, mais de la réception qu'ils devront accorder eux-mêmes aux simples fidèles. Ces petits aussi vous sont envoyés par moi, telle serait la pensée de Jésus ; honorez-les donc, me considérant en leur personne par les yeux de la foi. Etc., etc. Le sentiment le plus commun envisage cette parole du divin Maître comme une consolation qu'il donnerait à ses onze vrais apôtres, après leur avoir annoncé la triste défection de Judas : le crime du traître n'enlèvera au reste du corps apostolique rien de sa dignité ; l'infamie d'un seul ne fera point disparaître le privilège de tous les autres ; qu'ils travaillent donc avec zèle. Cette liaison nous semble être la meilleure, car elle tient compte pour le mieux des versets 18, 19 et 21, qui parlent tous successivement soit de Judas, soit des onze autres disciples. Au besoin, du reste, on pourrait attribuer à l'émotion du Sauveur ce qu'il y a d'abrupt extérieurement dans le va-et-vient des idées.

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