Ressources Catholiques Missel Romain
c. La haine du monde pour Jésus et pour les apôtres. 15, 18-27.

18Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous. 19Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait à lui ; mais, parce que vous n'êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait. 20Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. 21Mais ils vous feront toutes ces choses à cause de mon nom, parce qu'ils ne connaissent pas celui qui m'a envoyé. 22Si je n'étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant, ils n'ont pas d'excuse de leur péché. 23Celui qui me hait, hait aussi mon Père. 24Si je n'avais pas fait parmi eux des œuvres qu'aucun autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant, ils ont vu, et ils ont haï et moi et mon Père, 25afin que la parole qui est écrite dans leur Loi soit accomplie : Ils m'ont haï sans raison. 26Mais, lorsque le Défenseur  que je vous enverrai de la part du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. 27Et vous aussi vous rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement.

Quel contraste avec le tableau qui précède (versets 12-17) ! Mais il  fallait  fortifier d’avance les apôtres contre la haine du monde. Et, au fond, pour des disciples fidèles, rien de plus consolant que cette série de pensées : avant de les haïr, le monde a persécuté leur Maître ; la haine du monde prouvera qu’ils ne sont pas du monde ; c’est pour Jésus lui-même qu’ils souffriront, etc.

Jean chap. 15 verset 18. - Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous. - Si le monde vous hait. Hypothèse qui ne devait que trop se réaliser ; ou plutôt, ainsi qu’en d’autres endroits, “ si ” suppose un événement des plus certains. Cf. 7, 14, etc. Le temps présent exprime un fait constamment actuel et renouvelé. Par “ monde ” il faut entendre, selon ce qui a lieu le plus souvent dans le quatrième évangile, les hommes pécheurs et incrédules, soit juifs, soit païens, par opposition aux amis du Sauveur. - Sachez... (ce verbe est accentué). Les disciples ne devront pas alors s’étonner, se décourager ; qu’ils se souviennent, qu’ils sachent bien ! - Il  m’a haï : au parfait, exprime une chose accomplie. - Avant vous. Tous ces mots sont encore accentués. Non seulement avant eux (comme dit le grec), mais beaucoup plus qu’eux. Sur la pensée, voyez 1 Tite 4, 12 et s.

Jean chap. 15 verset 19. - Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui serait à lui ; mais, parce que vous n'êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait. - Raison pour laquelle les apôtres doivent s’attendre, aux aussi, à être l’objet de la haine du monde. Cf. 1  Joan. 3, 13 ; 4, 5. - Si vous étiez du monde : sortis de lui, ayant par conséquent son esprit et ses tendances. - Le monde aimerait ce qui serait à lui  Cf. 7, 7. En vous, le monde se retrouverait et s’aimerait, car tout est égoïsme dans ses affections. Remarquez ici l’emploi du verbe grec έφίλει : nous n’avons plus le noble et relevé άγάπαν des versets 12-17. - Mais parce que vous n’êtes pas du monde : Jésus adressait un grand éloge à ses apôtres quand il leur tenait ce langage. - Je vous ai choisis du milieu du monde. Autrefois pourtant, ils avaient aussi fait partie du monde ; mais le divin Maître les en avait visiblement arrachés en les appelant à lui. Cf. verset 16. - À cause de cela (avec emphase ; pour ce motif spécial) le monde vous hait. La quintuple répétition du mot “ monde ” est d’un grand effet dans ce verset ; elle met très bien en saillie l’antagonisme du  monde et de l’Église de Jésus. Cf. 3, 17, 31 ; 12, 36 ; 17, 14.

Jean chap. 15 verset 20. - Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite : Le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi ; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre. - Il est nécessaire que les disciples s’attendent à la persécution afin de la pouvoir mieux supporter : c’est pourquoi Notre Seigneur leur présente sous toutes ses faces ce sombre avenir. - Souvenez-vous (verbe accentué comme au verset 18 “ sachez ”) de la parole que je …La parole en question avait été tout récemment prononcée, 13, 16 ; mais elle remontait aussi à une date antérieure, car nous l’avons déjà trouvée dans S. Matthieu, 10, 24. - Le serviteur n’est pas plus grand que son maître.  Partant de ce principe incontestable, présenté même sous la forme d’une litote, Jésus fait deux applications, l’une menaçante, l’autre rassurante pour le collège apostolique. La forme hypothétique ajoute à la force des prédictions. Première application : S’ils m’ont persécuté... (moi, le Maître !). Et les disciples savaient par expérience si leur Maître avait été persécuté par le monde ! Ils devaient le savoir mieux encore le lendemain. - Ils vous persécuteront aussi.  Vous aussi, les serviteurs. “ Tu refuses de faire partie du corps, si tu ne veux pas t'exposer, comme ton modèle, à la haine du monde ”  S. Augustin. - Deuxième application : S’ils ont gardé ma parole... Cette ligne n’a pas le sens ironique que divers interprètes lui ont attribuée à la suite de Grotius (d’après eux, le verbe signifierait “ épier avec malignité ”). En réalité, beaucoup d’âmes croyantes avaient accepté l’enseignement de Jésus et s’y étaient conformées : c’était là un heureux indice pour les apôtres appelés à continuer la même prédication : Ils garderont aussi la vôtre. “ Leur ” parole est distinguée ici de celle de Notre Seigneur, “ qui serait transmis par divers ministres ”, Maldonat. En résumé, les disciples partageront le sort de leur Maître en bien et en mal ; ils auront des succès et des échecs analogues aux siens.

Jean chap. 15 verset 21. - Mais ils vous feront toutes ces choses à cause de mon nom, parce qu'ils ne connaissent pas celui qui m'a envoyé. - Mais... Cette particule introduit une grande consolation : non seulement les apôtres auront à souffrir comme Jésus, mais c’est pour lui qu’ils souffriront. - Ils vous : toutes les persécutions qui les attendent. Voyez-en le détail un peu plus bas (16, 2) et surtout dans S. Matthieu, 10, 16 et ss. - Vous feront. Le langage a cessé d’être conjectural : ce sont des choses certaines que Jésus prophétise à ses amis. - À cause de mon nom. Son nom représente ici sa personne même ; au reste, le monde les a toujours eux l’un et l’autre en horreur. Cf. Act. 4, 17-18 ; 9, 5, etc. L’histoire du premier siècle montre que les apôtres se souvinrent de cette précieuse leçon ; partout, nous les voyons souffrir avec joie pour le nom sacré de leur Maître. Cf. Act. 5, 41 ; 21, 13 ; 2 Cor. 12, 19 ; Gal. 6, 17 ; 1 Petr. 4, 12 et ss. - Parce qu’ils… Le Sauveur signale un des motifs spéciaux de la haine que lui porte le monde : c’est une grande ignorance de Dieu et des choses de Dieu : ils ne connaissent pas celui qui m’a envoyé. Voyez 7, 28, où Jésus adressait directement aux Juifs ce même reproche. Si le monde avait eu de Dieu une connaissance pratique, s’il l’avait aimé, servi, il aurait facilement reconnu, servi, aimé N.-S. Jésus-Christ, qui donnait des preuves si manifestes de sa mission céleste. Rempli d’idées fausses sur Dieu, le monde avait été aveugle relativement au vrai rôle de Jésus.

Jean chap. 15 verset 22. - Si je n'étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant, ils n'ont pas d'excuse de leur péché. - Cette ignorance du monde ne saurait l’excuser, car elle est volontaire et grandement coupable. Dans ces versets (versets 22-25) qui contiennent quelques-unes des plus terribles paroles qu’il ait prononcées, le Sauveur met en relief toute l’étendue du crime des mondains incrédules : ils sont demeurés insensibles à ses divins enseignements, détestant son père aussi bien que lui (versets 22-23) ; ils n’ont pas même accepté la démonstration, plus saisissante pour des âmes grossières, de ses œuvres incomparables (verset 24) ; en eux, du reste, s’accomplit une terrible prophétie des saints Livres (verset 25). - 1° Insensibilité du  monde à la prédication de Jésus-Christ. - Si je n’étais pas venu : sur la terre, au milieu des hommes, par l’Incarnation. - Et que je ne leur eusse pas parlé (pronom accentué) : ces mots sont également dominés par la négation “ non ”. Nous savons tout ce que le simple verbe grec traduit ici par parlé exprime de beautés et de perfections. Cf. 7, 16. Comment le monde n’avait-il pas compris ? - Ils n’auraient pas de péché. C’est évident ; car si cette double hypothèse se fût réalisée, l’ignorance aurait été involontaire. La locution pas de péché est propre à S. Jean. Cf. verset 24 ; 9, 41 ; 19, 11 ; 1 Joan. 1, 8. - Mais maintenant. Avec beaucoup d’emphase ; cette formule introduit une antithèse frappante. De même  au verset 24. Maintenant que ma parole leur a si clairement manifesté ce que je suis. - Ils n’ont pas d’excuse de leur péché. Leur péché est un péché contre l’Esprit Saint, qui ne saurait mériter de pardon. Le substantif grec πρόφασιν (excuse, prétexte) n’est employé qu’en cet endroit du Nouveau Testament.

Jean chap. 15 verset 23. - Celui qui me hait, hait aussi mon Père. - Ce verset est étroitement lié au précédent. Traiter Jésus-Christ d’une manière si indigne que le monde l’a fait (Celui qui me hait) ; cela résulte, d’une part, de la filiation divine de Jésus ; de l’autre, de son caractère d’ambassadeur céleste. Cf. 5, 23 ; 13, 20 ; Matth. 10, 40.

Jean chap. 15 verset 24. - Si je n'avais pas fait parmi eux des œuvres qu'aucun autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant, ils ont vu, et ils ont haï et moi et mon Père. - 2° Les œuvres merveilleuses accomplies par Notre Seigneur ne condamnent pas moins l’incrédulité du monde. - Si je n’avais pas fait parmi eux des œuvres : parmi eux, sous leurs propres yeux. Comme en d’autres endroits (Cf. 5, 20, 36 ; 10, 25 ; etc.), œuvres représente tout ensemble les miracles et la conduite générale de Jésus, quoique surtout les miracles. - Qu’aucun autre n’a faites (E, G, H, M, etc., et la Recepta ont le parfait ; il vaut mieux adopter l’aoriste, avec N, A, B, D, K, L, etc.) Cette incidente est pleine de majesté : Jésus insiste sur la grandeur unique de ses œuvres, qui formaient le plus éclatant, le plus divin des  témoignages. Et, en réalité, quel prophète avait jamais agi comme Notre Seigneur ? Cf. 5, 36 ; 9, 3-4 ; 10, 37 ; Matth. 9, 8 ; Marc. 2, 12 ; Luc. 4, 36 ; 5, 26 ; 7, 16, etc. ; et surtout Matth. 9, 33, où nous lisons ce témoignage du peuple juif : “ Jamais rien de pareil ne s’est vu en Israël  ”. - Mais maintenant ils ont vu, et ils ont haï...  La position de ces deux verbes rehausse l’énergie de la pensée. Voir tant d’œuvres divines devait conduire infailliblement, ce semble, à la foi, à l’amour : mais non ! “ Et ils ont vu et ils ont haï ” (cette fois, les verbes sont au parfait dans le grec). - Et moi et mon Père : tel est, comme plus haut, le double objet de cette haine impardonnable. Cf. 6, 36 ; 14, 10. Remarquez le parallélisme qui règne entre ce verset et les deux qui précèdent :

22Si je n'étais pas venu, et que je ne leur eusse pas parlé,

ils n'auraient pas de péché ;

mais maintenant, ils n'ont pas d'excuse de leur péché.

23Celui qui me hait, hait aussi mon Père.

24Si je n'avais pas fait parmi eux des œuvres qu'aucun autre n'a faites,

ils n'auraient pas de péché ;

mais maintenant, ils ont vu, et ils ont haï et moi et mon Père

Jean chap. 15 verset 25. - ... afin que la parole qui est écrite dans leur Loi soit accomplie : Ils m'ont haï sans raison. - Afin que la parole... Suppléez : “ Tout ceci est arrivé ”, comme eût dit S. Matthieu. Ou bien : “ Ils me haïssent… ”. - La parole qui est écrite dans leur loi. Sur ce pronom leur emphatique, voyez 5, 45 ; 8, 17 ; 10, 34, et les commentaires. La loi dont ils se glorifiaient, mais qui aurait dû mieux les instruire ! Le passage cité est tiré du psautier, Ps. 34, 19 et 68, 5 ; Jésus emploie donc le mot “ loi ” dans un sens large, comme en d’autres passages analogues, pour représenter toute la Bible juive dont la Thorah formait le début. Cf. 10, 34 ; 12, 34 ; Rom. 3, 19. - Ils m’ont haï sans raison. David disait tout d’abord cela de lui-même. Toutefois, d’après les intentions de l’Esprit Saint, il parlait en même temps comme figure du Messie. “ Sans raison ” est le mot principal de la citation. Qu’avait donc fait N.-S. Jésus-Christ pour que le monde le traitât de la sorte ? Donc, de nouveau, la conduite du monde est complètement inexcusable.

...suite