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Luc chap. 12 versets 39 et 40. - Or sachez que, si le père de famille savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait certainement, et ne laisserait pas percer sa maison. 40Vous aussi, soyez prêts ; car, à l’heure que vous ne pensez pas, le Fils de l’homme viendra. - Seconde comparaison pour exhorter les disciples à la vigilance : le père de famille qui fait le guet afin de surprendre les voleurs au moment où ils viendront piller sa demeure. Voyez notre commentaire sur S. Matthieu, 24, 43-44. Le v. 39 propose la comparaison, le v. 40 indique la conclusion que nous en devons tirer pour notre conduite pratique : être toujours prêts à voir apparaître le « jour du Seigneur », puisqu'il doit survenir « comme un voleur dans la nuit », 1 Thess. 5, 2.

Luc chap. 12 verset 41. - Alors Pierre lui dit : Seigneur, est-ce à nous que vous adressez cette parabole, ou est-ce à tous ? - A son tour S. Pierre interrompt Notre-Seigneur pour lui adresser une question. Ces détails minutieux (Cfr. vv. 1, 13, 22), soigneusement conservés par S. Luc, montrent combien il tenait à l'ordre historique des faits, et réfutent mieux que tout autre argument l'opinion étrange, signalée déjà à plusieurs reprises, d'après laquelle il aurait compilé à son gré les instructions de Jésus. - A nous… ou à tous ? Le pronom nous désigne évidemment les disciples (vv. 1 et 22), par opposition à la masse du peuple qui entourait alors le divin Maître. Jésus, dans sa première comparaison, avait parlé de serviteurs ; or, les Apôtres et les disciples étaient par antonomase ses serviteurs personnels. S. Pierre voudrait donc savoir si la parabole les concernait exclusivement, ou bien si elle était universelle dans son application. Tel sera le point de départ de la troisième comparaison annoncée plus haut (note du v. 35), celle du majordome récompensé ou puni selon que son maître, arrivant à l'improviste, le trouvera fidèle ou infidèle.

Luc chap. 12 verset 42. - Et le Seigneur lui dit : Quel est, penses-tu, le dispensateur fidèle et prudent, que le maître a établi sur ses serviteurs pour leur donner, au temps fixé, leur mesure de blé ? - Jésus ne répond pas directement à la demande du prince des Apôtres ; il semble même continuer son discours comme s'il n'en tenait aucun compte. Et pourtant il fait en réalité une réponse claire, quoique indirecte, puisqu'il se met à parler, non plus d'un serviteur en général, mais d'un intendant préposé à tous les domestiques de la maison. « L’exemple suivant semble être proposé aux dispensateurs, c'est-à-dire aux prêtres », S. Ambroise, h. l. Cfr. Théophylacte. Dans les vv. 42-44 il s'agit des bons majordomes et de leur récompense ; dans les vv. 45-48, des mauvais intendants et de leur punition. - Quel est, penses-tu… La forme interrogative rend la pensée plus piquante. Pierre et les autres disciples sont ainsi invités à réfléchir attentivement, pour voir s'ils ne seraient pas eux-mêmes figurés par celui dont Jésus va décrire la conduite bonne ou mauvaise. - Dispensateur. On nommait ainsi, chez les Grecs et les Latins, un esclave supérieur, à qui l'on confiait la juridiction sur les autres esclaves, et parfois diverses fonctions non moins délicates, telles que la comptabilité en tout ou en partie. Les adjectifs fidèle, prudent, désignent fort bien les deux qualités principales d'un majordome. « Tout ce que l’on demande aux intendants, c’est d’être trouvés dignes de confiance », disait S. Paul au sujet de la première, 1 Cor. 4, 2. Xénophon paraît les commenter l'une et l'autre quand il écrit, Mem. 3, 4 : « Les bons intendants sont comme les bons généraux. Leurs obligations consistent à commander et à rendre leurs inférieurs bien disposés et obéissants, à distribuer les récompenses et les châtiments, à être les gardiens fidèles des possessions, à se montrer soigneux et industrieux, à procurer des auxiliaires et des alliés, enfin à vaincre tous les ennemis ». - Ses serviteurs. Le substantif grec correspondant désigne en premier lieu les soins, les services que des serviteurs rendent à leur maître, puis, au concret, les serviteurs eux-mêmes. - Pour leur donner au temps fixé… Expression qu'on ne trouve pas ailleurs dans le Nouveau Testament. Nouvelle allusion aux coutumes anciennes. Au lieu de distribuer journellement aux esclaves leur nourriture, en la leur donnait parfois pour tout un mois, et tel était en particulier le cas à Rome, du moins en ce qui concerne le pain. La portion mensuelle consistait en quatre boisseaux de blé, ce qui correspondait par jour à un peu plus de deux livres. Voyez Schegg, h. l.

Luc chap. 12 versets 43 et 44. - Heureux ce serviteur, que le maître, à son arrivée, trouvera agissant ainsi ! 44En vérité, je vous le dis, il l’établira sur tout ce qu’il possède. - Cfr. Matth. 24, 45-47 et le commentaire. Le v. 43 énonce en termes généraux la récompense de l'intendant fidèle ; le suivant la détermine d'une manière explicite : il l'établira sur tout ce qu'il possède ; rôle d'autant plus glorieux et sublime que le maître de la parabole ne diffère pas de Dieu.

Luc chap. 12 versets 45 et 46. - Mais si ce serviteur dit en son cœur : Mon maître tarde à venir, et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, 46le maître de ce serviteur viendra au jour où il ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne sait pas, et il le retranchera, et lui donnera sa part avec les infidèles. - Voyez S. Matthieu, 24, 48-51 et l'explication. Quel triste contraste ! Nous entendons ici l'odieux soliloque d'un majordome infidèle qui, spéculant sur l'absence prolongée de son maître, abuse indignement de l'autorité qu'on lui a confiée. Mais aussi, comme il sera châtié quand le père de famille, rentrant au moment où on l'attendra le moins, surprendra le coupable en flagrant délit ! Il sera condamné au plus affreux de tous les supplices (car les maîtres avaient sur leurs esclaves le droit de vie et de mort), celui de l'écartèlement : tel est le sens probable du verbe retranchera. Mais les mots et lui donnera sa part avec les infidèles représentent une peine plus terrible encore d'après ce passage parallèle de l'Apocalypse, 21, 8 : « la part qui leur revient, c’est l’étang embrasé de feu et de soufre, qui est la seconde mort. ».

Luc chap. 12 versets 47 et 48. - Le serviteur qui a connu la volonté de son maître, et n’a rien préparé, et n’a pas agi selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups ; 48mais celui qui ne l’a pas connue, et qui a fait des choses dignes de châtiment, recevra peu de coups. A quiconque beaucoup aura été donné, beaucoup sera demandé ; et de celui à qui on a confié beaucoup, on exigera davantage.  - A l'idée du châtiment infaillible qui atteint les mauvais serviteurs de Dieu, ces versets en ajoutent une autre. Ils nous apprennent que la punition sera en raison directe de la culpabilité, et que la culpabilité se mesurera d'après le degré de connaissance. Rien de plus juste, par conséquent, que les jugements divins. - Le serviteur qui a connu la volonté… Tel était l'économe mentionné précédemment, tels étaient les Apôtres et les disciples de Jésus. Cfr. Joan. 15, 15. En pareil cas, lorsqu'on désobéit on ne peut apporter aucune excuse, car l'on a commis une faute de pure malice ; aussi est-on châtié en toute rigueur de justice. On sait que le fouet était le châtiment habituel des esclaves. - Celui qui ne l'a pas connue… Au serviteur grièvement coupable, et grièvement puni parce qu'il a enfreint en pleine connaissance de cause les ordres de son maître, Notre-Seigneur Jésus-Christ en oppose un autre, qui a transgressé les mêmes ordres, mais sans le savoir, et de celui-ci encore il affirme qu'il sera châtié, quoique avec moins de sévérité. On est tout d'abord surpris de cette assertion. « Pourquoi l'ignorant est-il puni ? » se demandait déjà Théophylacte. Mais il donne aussitôt la vraie réponse : « Parce que, tandis qu'il pouvait s'instruire, il ne l'a pas voulu, et que, par sa paresse, il est lui-même la cause de son ignorance ». Il s'agit donc d'une ignorance coupable, puisque Jésus parle d'un serviteur, et qu'un serviteur ne peut guère ignorer que par sa faute la volonté de son maître. Cfr. Rom. 2, 12. Du reste, depuis la législation mosaïque jusqu'à nos jours, il n'est pas de code pénal qui n'inflige quelque punition pour les délits commis par ignorance. Cfr. Lev. 5, 17-19. - A quiconque beaucoup aura été donné… Autre règle des jugements divins. Elle est analogue à la précédente, quoique un peu plus générale. La pensée qu'elle exprime est répétée deux fois de suite dans deux phrases parallèles : les verbes donné (un don pur et simple) et confié (un dépôt) établissement seuls une légère différence, qui existe d'ailleurs beaucoup plus dans la forme que dans l'idée.

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