« Comme les adversaires rougissaient et comme le peuple se réjouissait des merveilles qu’opérait le Christ, il indique, par quelques images, les progrès que fait l’évangile ». La glose antique nous paraît indiquer ainsi la meilleure de toutes les transitions. Beaucoup d'interprètes modernes prétendent, il est vrai, que ce passage a été détaché par S. Luc de son enchaînement primitif ; mais nous sommes loin d'avoir trouvé leurs preuves décisives. Il nous semble, comme à l'auteur de la glose et comme à bien d'autres, que Jésus, en voyant les heureuses dispositions de la foule, avait une occasion très naturelle d'exposer ses espérances relativement à la future diffusion du royaume des cieux. Il le fit en répétant deux paraboles qu'il avait déjà proposées antérieurement, et c'est pour cela qu'elles n'ont pas ici la même place que dans les autres synoptiques. Nous avons moins de répugnance pour les redites de ce genre que pour les bouleversements opérés à chaque instant dans le récit sacré par ceux qui ne les admettent pas.
18Il disait aussi : A quoi est semblable le royaume de Dieu, et à quoi le comparerai-je ? 19Il est semblable à un grain de sénevé, qu’un homme a pris et mis dans son jardin ; et il a crû et est devenu un grand arbre, et les oiseaux du ciel se sont reposés sur ses branches.
Luc chap. 13 verset 18. - Il disait aussi : A quoi est semblable le royaume de Dieu, et à quoi le comparerai-je ? - A quoi est semblable… C'est à une formule dramatique, destinée à rendre l'attention plus vive. La répétition à quoi le comparerai-je en grossit encore l'intérêt. Quelle sera, devait se demander l'auditeur, l'importante vérité qu'on introduit en termes si solennels ?
Luc chap. 13 verset 19. - Il est semblable à un grain de sénevé, qu’un homme a pris et mis dans son jardin ; et il a crû et est devenu un grand arbre, et les oiseaux du ciel se sont reposés sur ses branches. - S. Matthieu et S. Marc (voyez nos commentaires) développent un peu plus cette parabole. S. Luc, malgré la brièveté de son récit, a pourtant divers traits spéciaux. 1° Il nous montre le grain de moutarde semé, non pas dans un champ (S. Matth.) ou dans la terre, d'une manière encore plus générale (S. Marc), mais dans un jardin. 2° Il nous le montre ensuite, par une hyperbole hardie, non seulement devenu le plus grand de toutes les herbes potagères, mais transformé en un grand arbre (l'adjectif grand manque toutefois dans plusieurs manuscrits importants, Sinait., B, D, L, etc.). Quant à la signification, elle est absolument la même que dans les autres Évangiles. « Comme la semence de la moutarde des champs (sénevé) qui l’emporte en quantité sur les semences des autres huiles, croît au point de servir d’abri à plusieurs oiseaux, la doctrine du salut résidait, au début, en peu de personnes, et reçut par la suite de l’accroissement », S. Cyrille, l.c. Et quel accroissement ! Le monde n'est-il pas en grande partie chrétien ? Cfr. S. August. Serm. 44, 2.