Les Sanhédristes interrogent Notre-Seigneur sur l'origine de ses pouvoirs (vv. 1-8). - Parabole des vignerons rebelles (vv. 9-19). - Question relative à l'impôt (vv. 20-26). - Les Sadducéens défaits à leur tour (vv. 27-40). - David et le Messie (vv. 41-44). - Jésus dénonce les vices des Scribes (vv. 45-47).
1Et il arriva qu’un de ces jours-là, comme il enseignait le peuple dans le temple et lui annonçait l’Évangile, les princes des prêtres et les scribes survinrent avec les anciens, 2et lui parlèrent en ces termes : Dites-nous par quelle autorité vous faites ces choses, ou quel est celui qui vous a donné ce pouvoir. 3Jésus, répondant, leur dit : Je vous adresserai, moi aussi, une question. Répondez-moi : 4Le baptême de Jean était-il du ciel, ou des hommes ? 5Mais ils pensaient en eux-mêmes, disant : Si nous répondons : Du ciel, il dira : Pourquoi donc n’avez-vous pas cru en lui ? 6Et si nous répondons : Des hommes, tout le peuple nous lapidera ; car il est persuadé que Jean était un prophète. 7Ils répondirent donc qu’ils ne savaient d’où il était. 8Et Jésus leur dit : Moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité je fais ces choses.
Luc chap. 20 verset 1. - Et il arriva qu’un de ces jours-là, comme il enseignait le peuple dans le temple et lui annonçait l’Évangile, les princes des prêtres et les scribes survinrent avec les anciens. - « Saint Luc semble ne pas distinguer les jours : il trace l'histoire des vendeurs et des acheteurs chassés du temple, mais il passe sous silence les différentes courses de la ville à Béthanie, et de Béthanie à la ville, le figuier maudit, l'étonnement des disciples et la réponse sur la puissance de la foi ; il dit seulement ceci : Il enseignait tous les jours dans le temple » S. August. de Cons. Evang. 2, 69. Ces jours représentent les derniers jours que Notre-Seigneur passa à Jérusalem entre son triomphe et sa mort ; « un » de ces jours fut le mardi saint, d'après S. Marc, 11, 20 (voyez le commentaire). Nous avons déjà rencontré à plusieurs reprises dans le troisième Évangile (5, 17 ; 8, 22) cette formule générale. - Il enseignait le peuple. Le mot suivant, annonçait l'évangile, tant aimé de notre évangéliste et de S. Paul (ils l'emploient à eux deux jusqu'à 45 fois), précise la nature de l'enseignement actuel du Sauveur dans le temple : il prêchait l'Évangile, la bonne nouvelle ; il parlait du royaume messianique. - Survinrent. Le verbe grec signifie souvent : arriver à l'improviste, avec des intentions hostiles. Il caractérise beaucoup mieux que les expressions parallèles de S. Matthieu et de S. Marc le but que se proposait la députation du Sanhédrin, quand elle vint tout à coup interrompre le discours de Jésus.
Luc chap. 20 verset 2. - Et lui parlèrent en ces termes : Dites-nous par quelle autorité vous faites ces choses, ou quel est celui qui vous a donné ce pouvoir. - La question a deux parties bien distinctes : 1° Par quelle autorité… Quelle est la nature de votre mandat ? 2° (avec la particule ou pour servir de transition) par quel intermédiaire vous a-t-il été transmis, d'où vient-il ? Les Sanhédristes avaient autrefois adressé une demande du même genre à S. Jean -Baptiste, mais dans un esprit moins hostile, Joan. 1, 19 et ss. Elle est si parfaitement conforme à toutes les habitudes rabbiniques, telles qu'elles nous sont dévoilées par le Talmud, que Strauss lui-même n'hésite pas à admettre l'authenticité de cette scène.
Luc chap. 20 versets 3 et 4. - Jésus, répondant, leur dit : Je vous adresserai, moi aussi, une question. Répondez-moi : 4Le baptême de Jean était-il du ciel, ou des hommes ? - Quelle majesté, quel calme, quelle douceur dans la réponse de Jésus ! Mais aussi quel à propos tout divin pour confondre ses adversaires pendant cette « journée des tentations » ! Cfr. vv. 20 et ss., 27 et ss. ; Marc. 12, 28 et ss. - Répondez-moi. Les paroles du Sauveur sont citées plus complètement dans les deux autres récits. - Le baptême de Jean… En d'autres termes, Jean-Baptiste était-il un prophète ou un imposteur ?
Luc chap. 20 versets 5 et 6. - Mais ils pensaient en eux-mêmes, disant : Si nous répondons : Du ciel, il dira : Pourquoi donc n’avez-vous pas cru en lui ? 6Et si nous répondons : Des hommes, tout le peuple nous lapidera ; car il est persuadé que Jean était un prophète. - Ils pensaient en eux-mêmes. Embarrassés par ce tour inattendu donné à l'entretien, ils délibèrent entre eux pour chercher une échappatoire. - Si nous répondons… Comme ils pèsent habilement toutes les éventualités possibles ! Mais en vain ; ils ne réussiront pas à trouver une issue honorable, dès lors qu'ils ne s'inquiètent que de leur vanité personnelle, et nullement des droits de la vérité. - Tout le peuple nous lapidera. Mot très fort, employé en ce seul endroit du N. T. La réflexion des Sanhédristes est spéciale à S. Luc sous cette forme énergique (comparez S. Matth. et S. Marc). La crainte qu'ils expriment était d'ailleurs très sérieuse, comme le démontrent divers faits du Nouveau Testament, relatifs soit à N.S. Jésus-Christ, Joan. 10, 31, soit à S. Étienne, Act. 7, 56-59. La lapidation était le supplice légal pour les délits religieux, et les foules juives ne craignaient pas à l'occasion de l'infliger sommairement. - Car il est persuadé que Jean était un prophète. Encore une expression vigoureuse, propre à S. Luc. Le temps du verbe grec indique une certitude parfaite, immuable. Et c'était vrai ! Josèphe affirme également que la foi du peuple à la mission divine de S. Jean était aussi ardente qu'unanime. Ant. 18, 5, 2.
Luc chap. 20 verset 7. - Ils répondirent donc qu’ils ne savaient d’où il était. - S. Matthieu et S. Marc emploient le langage direct : « nous ne savons pas ». D'après un beau proverbe talmudique, l'homme doit apprendre à sa langue à dire « je ne sais pas », et en effet, dans bien des cas, une pareille réponse est noble parce parce qu'elle est humble ; mais c'était ici un lâche mensonge.
Luc chap. 20 verset 8. - Et Jésus leur dit : Moi non plus, je ne vous dis pas par quelle autorité je fais ces choses. - Parfaite application de l'axiome : « Réponds à l’insensé selon sa folie, sinon il va se prendre pour un sage ! », Prov. 26, 5. Si vous êtes incompétents pour porter un jugement sur l'autorité de S. Jean-Baptiste, vous l'êtes aussi au sujet de la mienne. - Voyez du reste l'explication détaillée de tout ce passage dans nos commentaires sur S. Matthieu et sur S. Marc.