34Prenez donc garde à vous, de peur que vos cœurs ne s’appesantissent par l’excès du manger et du boire, et par les soucis de cette vie, et que ce jour ne vienne sur vous à l’improviste ; 35car il viendra comme un filet sur tous ceux qui habitent sur la face de toute la terre. 36Veillez donc, priant en tout temps, afin que vous soyez trouvés dignes d’échapper à tous ces maux qui arriveront, et de paraître devant le Fils de l’homme.
C'est une péroraison pleine d'énergie, consistant en exhortations pratiques qui varient, pour les détails, dans chacun de nos évangélistes, mais qui se résument chez tous dans cette importante leçon : « Veillez ». S. Luc est encore le moins complet des trois.
Luc chap. 21 verset 34. - Prenez donc garde à vous, de peur que vos cœurs ne s’appesantissent par l’excès du manger et du boire, et par les soucis de cette vie, et que ce jour ne vienne sur vous à l’improviste ; - Prenez garde à vous. Le pronom est emphatique. Des phénomènes extérieurs qu'il vient d'annoncer pour un avenir plus ou moins lointain, Jésus ramène l'attention des disciples sur leur propre personne. - De peur que vos cœurs ne s'appesantissent. Locution très expressive. Un cœur alourdi est entraîné vers la terre par son propre poids ; il est incapable de s'élever vers les hautes sphères où Jésus voudrait le conduire. - Par l'excès du manger et du boire : deux substantifs fréquemment associés par les classiques grecs et latins. Le vice de l'ébriété était poussé à ses dernières limites chez les peuples de l'antiquité. Comparez Cicéron, Att. 13, 52 ; Phil. 2, 25 ; Verr. 5, 11 ; Sénèque, ad Helvid. 9 ; Juvénal, 6, 427, etc. S’enivrer n'avait rien d'humiliant, même dans la haute société, mais faisait partie du « bon ton ». Jésus met ses disciples en garde contre toutes ces horreurs. Cfr. 1 Thess. 5, 6 ; 1 Petr. 4, 7 : soyez sobres ! - Jésus ajoute : une inquiétude exagérée, toute mondaine, relativement aux nécessités quotidiennes de la vie, est bien capable aussi de rendre le cœur pesant, incapable de vraie vertu. Cfr. 8, 14. - Et que ce jour ne vienne sur vous à l'improviste… Si le cœur est ainsi gâté ou préoccupé, comment serait-il attentif ? Et, s'il n'est pas attentif, il sera inévitablement surpris par le dernier jour, nommé ce jour par antonomase.
Luc chap. 21 verset 35. - Car il viendra comme un filet sur tous ceux qui habitent sur la face de toute la terre. - Belle et vivante image d'une ruine qui survient à l'improviste. Nous retrouvons la même métaphore dans Is. 24, 17 ; Rom. 11, 9 ; 1 Tim. 3, 7, et tout particulièrement Eccl. 9, 12 : « L’homme ne connaît même pas son heure : comme le poisson pris au filet fatal, comme l’oiseau pris au piège, ainsi en est-il des fils d’Adam surpris par le moment fatal qui tombe sur eux à l’improviste. » D'autres fois, 12, 39, 40 ; 1 Thess. 6, 3 ; Apoc. 3, 3 ; 16, 15, etc. la mort et le jugement sont représentés sous la figure d'un voleur qui arrive également quand on s'y attend le moins. - Il viendra comme un filet sur tous… Jésus désigne ainsi l'universalité du jugement. Remarquez l'emphase de tous, toute.
Luc chap. 21 verset 36. - Veillez donc, priant en tout temps, afin que vous soyez trouvés dignes d’échapper à tous ces maux qui arriveront, et de paraître devant le Fils de l’homme. - Veillez : mot principal de cette exhortation pratique. - Priant en tout temps. Dans le texte grec, le verbe prier n'est pas celui que les autres évangélistes emploient habituellement pour exprimer l'idée de la prière : S. Matthieu seul en fait une fois usage (9, 38) ; mais nous le trouvons quinze fois dans les écrits de S. Luc, et six fois dans ceux de S. Paul. Notez cette association de la vigilance et de la prière (Cfr. 18, 1 ; Eph. 6, 18) : la prudence humaine serait insuffisante sans les divins secours que la prière nous obtient. - Afin que vous soyez trouvés dignes d'échapper… Comp. 20, 26. - Paraître devant le Fils de l'homme : c'est-à-dire, d'après Ps. 1, 5 et Mal. 3, 2, vous tenir avec confiance pour louer et aimer éternellement Dieu dans le ciel. C'est là un doux et consolant horizon que nous ouvre Jésus.