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2° Le saint vieillard Siméon, vv. 25-35.

25Et voici qu’il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon, et cet homme était juste et craignant Dieu, et il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était en lui. 26Et il lui avait été révélé par l’Esprit-Saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. 27Il vint au temple, poussé par l’Esprit de Dieu. Et comme les parents de l’enfant Jésus l’apportaient, afin d’accomplir pour lui ce que la loi ordonnait, 28il le prit entre ses bras, et bénit Dieu, et dit : 29Maintenant, Seigneur, vous laisserez votre serviteur s’en aller en paix, selon votre parole, 30puisque mes yeux ont vu le salut qui vient de vous, 31que vous avez préparé à la face de tous les peuples : 32lumière pour éclairer les nations, et gloire d’Israël votre peuple. 33Son père et sa mère étaient dans l’admiration des choses qu’on disait de lui. 34Et Siméon les bénit, et dit à Marie sa mère : Voici que cet enfant est établi pour la ruine et pour la résurrection d’un grand nombre en Israël, et comme un signe qui excitera la contradiction, 35et, à vous-même, un glaive vous percera l’âme, afin que les pensées de cœurs nombreux soient dévoilées.

Voyez, dans le Bréviaire romain, au 2 février, les leçons du second Nocturne.

Luc chap. 2 verset 25. - Et voici qu’il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon, et cet homme était juste et craignant Dieu, et il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était en lui.  - S. Luc ne donne aucun détail sur le fait même de la purification de la Sainte Vierge et de la présentation de Jésus ; mais, en revanche, il s'arrête avec amour sur deux incidents, non moins significatifs que pittoresques, qui arrivèrent en ce beau jour. Le premier incident place tout-à-coup S. Siméon au centre du tableau : Qu'était ce pieux habitant de Jérusalem ? On a parfois essayé de l'identifier avec divers personnages de l'histoire juive, qui portaient également le nom  alors si commun de Schiméôn, en particulier avec Rabbi Siméon, président du Sanhédrin vers l'an 13 de l'ère chrétienne, fils du célèbre Hillel et père du non moins célèbre Gamaliel. Voyez Lightfoot, Hor. Hebr. h. l. ; Winer, Bibl. Realwoerterb. s. v. Simeon ; Otho, Lexic. Rabbinic. , p. 698. D'autres en ont fait un grand-prêtre, à la suite de l'Évangile apocryphe de Nicodème, ch. 16. Mais toutes ces conjectures sont dénuées de fondements historiques. Il est d'ailleurs invraisemblable que S. Luc eût simplement désigné un grand-prêtre ou un grand président par le mot homme. Une tradition très légitime, appuyée sur le texte évangélique (cfr. Les vv. 26 et 29), fait de Siméon un vieillard, non toutefois nécessairement un vieillard décrépit, comme le veut la littérature apocryphe. Du reste, si l'écrivain sacré ne nous dit rien de la situation extérieure de S. Siméon, il trace en quelques lignes un magnifique portrait moral de son héros. C'était un homme juste et craignant Dieu, un homme parfait au point de vue de la religion juive. C'était surtout un homme de foi qui, au milieu des humiliations de son peuple, n'avait oublié ni les promesses faites aux patriarches, ni les oracles successifs des prophètes relativement au Messie : Il attendait la consolation d'Israël, c'est à dire le grand libérateur, consolateur par excellence (voyez Lightfoot, l. c.), celui auquel Isaïe, 61, 1-3, prête ce langage : « L'esprit du Seigneur, l'Éternel, est sur moi... Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé... Pour accorder aux affligés de Sion, pour leur donner un diadème au lieu de la cendre, une huile de joie au lieu du deuil, un vêtement de louange au lieu d'un esprit abattu ». La justice, la piété et la foi de Siméon avaient en quelque sorte fixé l'Esprit Saint dans son cœur : l'Esprit Saint était en lui. Cet imparfait, comme le font remarquer les commentateurs, désigne une habitation permanente de l'Esprit de Dieu, et pas un simple séjour transitoire.

Luc chap. 2 verset 26. - Et il lui avait été révélé par l’Esprit-Saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. - Dans un de ces moments d'intime et suave union qui accompagnent souvent la résidence du Saint-Esprit dans une âme, il avait été clairement révélé à Siméon qu'il aurait le bonheur de voir le Christ avant de mourir. L'antithèse du divin oracle est à remarquer : Il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ. Dans le quatrième Évangile, 8, 51, il est aussi question de « voir la mort ». Comp. Ps. 88, 48, et Delitzsch, System der bibl. Psychologie, Leipzig 1855, p. 190 et 191. - Le Christ du Seigneur : non plus le Christ Jéhovah, comme au v. 11, mais le Christ de Jéhovah, c'est-à-dire envoyé, donné par le Seigneur.

Luc chap. 2 verset 27. - Il vint au temple, poussé par l’Esprit de Dieu. Et comme les parents de l’enfant Jésus l’apportaient, afin d’accomplir pour lui ce que la loi ordonnait... - Il vint au temple poussé par l'Esprit, par suite d'une impulsion irrésistible qui provenait du divin Esprit. Comp. Matth. 22, 43. La promesse céleste allait enfin se réaliser pour Siméon. - Comme les parents de l'enfant Jésus l'apportaient. Les rationaliste s ont prétendu qu'il existe une contradiction entre le mot parents et la pensée antérieure du récit de S. Luc (1, 34 et ss.) ; mais les protestants eux-mêmes se chargent de les réfuter. « Quelle critique ! Le mot parents est employé tout simplement comme désignant la qualité en laquelle Joseph et Marie paraissaient en ce moment dans le temple et présentaient l'enfant » (Godet). Quand le vieillard Siméon rejoignit les saints époux, ceux-ci franchissaient donc la porte du temple pour offrir Notre Seigneur Jésus-Christ au Dieu d'Israël et payer sa rançon. Il suit de là que Marie avait été purifiée tout d'abord, car l'accès du temple lui était interdit tant qu'elle n'aurait pas été lavée de la tache légale dont elle était censée atteinte comme les mères ordinaires. Le prêtre de semaine était venu la trouver à la porte de Nicanor, ou de l'Est, réservée à cette sorte de cérémonie (voyez Lightfoot, Hor. Hebr. In Luc. 2, 22), et avait accompli sur elle les rites accoutumés. Rien n'empêchait désormais la mère du Christ d'offrir elle-même son Fils au Père céleste.

Luc chap. 2 verset 28. - Il le prit entre ses bras, et bénit Dieu, et dit... - Depuis son Incarnation, Jésus avait eu divers témoins, qui avaient proclamé son entrée dans le monde et chanté sa Rédemption : au ciel les anges, sur la terre Elisabeth, Jean-Baptiste, Zacharie, les pasteurs de Bethléem. Il en complète aujourd'hui le nombre. « Tous les âges et tous les sexes ont foi dans les événements miraculeux : une vierge enfante, une stérile engendre, un muet parle, Elizabeth prophétise…celui qui est enfermé dans un utérus exulte,  la veuve est secourue, le juste attend… ». S. Ambr., Expos. In Luc. h. l. Siméon, dans son extase, arracha donc doucement l'enfant des bras de Marie ou de Joseph pour le presser dans les siens. « Bienheureuses mains qui ont palpé le Verbe de vie,  et les bras préparés pour le recevoir ! » S. Greg. Nyss. in Cat. S. Thom. Quel tableau vraiment divin ! S. Luc l'a si bien tracé que les artistes n'ont eu qu'à le copier, et c'est ce qu'on fait admirablement, parmi bien d'autres, van Eyck, le Guide, Rubens, fra Bartolomeo Phil. De Champaigne, Francia, Véronèse, fra Angelico, le Titien, Raphaël. Voyez dans la littérature apocryphe (Evang. de l'enfance, ch. 6, et Protévang. De S. Jacq. ch. 15) de curieuses légendes sur la manière dont Siméon reconnut le Messie. - Il bénit Dieu et dit. Inondé de consolations, éclairé plus que jamais par l'Esprit-Saint, Siméon devenant tout à la fois prophète et poète, chante son sublime cantique, qui fut pour lui le chant du cygne, comme on l'a souvent répété.

Luc chap. 2 verset 29. - Maintenant, Seigneur, vous laisserez votre serviteur s’en aller en paix, selon votre parole... - Maintenant ! Ou même, Enfin ! Rien désormais ne s'oppose à sa mort, puisqu'il a contemplé le Messie. Les exégètes font justement observer que l'emploi du présent, laissez, corrobore l'idée exprimée par l'adverbe maintenant. Siméon parle de sa mort comme d'une chose prochaine, dont le retard n'aurait aucune raison d'être, puisque la condition pour laquelle Dieu l'avait conservé sur la terre venait de s'accomplir. Le verbe du texte grec est encore plus expressif que celui de la Vulgate ; on s'en sert pour désigner la délivrance d'un prisonnier, l'action de licencier des troupes, de relever un soldat de son poste (voyez Bretschneider, Lex. Man. s. v.). Il marque toujours un heureux affranchissement. Les classiques l'emploient aussi pour désigner la mort (voyez Rosenmüller, Schol. h. l.). Le pieux vieillard parle donc comme un homme pour lequel la vie présente était désormais un fardeau et la vie future un doux repos, une émancipation vivement désirée. - En paix, non seulement tout à fait rassuré sur l'avenir de son peuple (Euthymius), mais ayant ses désirs personnels entièrement comblés.

Luc chap. 2 verset 30. - Puisque mes yeux ont vu le salut qui vient de vous... - Siméon nous fait connaître maintenant le motif de sa paix et de son bonheur : Puisque mes yeux ont vu …. L'heureux vieillard aurait pu dire aussi que ses bras avaient porté le Christ ; mais il mentionne de préférence la réalisation de la promesse divine, v. 26. - Le salut, salut messianique donné au monde par le Seigneur dans la personne de Jésus.

Luc chap. 2 verset 31. - Que vous avez préparé à la face de tous les peuples. - Voilà bien la catholicité, l'universalité du royaume du Christ clairement opposée par un Juif à l'étroit particularisme de ses contemporains. Les Israélites d'alors, oubliant les oracles si nets (cfr. Is. 46, 13 ; 49, 6 ; 52, 7-10, etc.) qui avaient annoncé un Messie destiné à sauver tous les peuples sans exception, n'attendaient pour la plupart qu'un Sauveur dont les bienfaits seraient restreints à la nation théocratique. Siméon sort de ce cercle mesquin : le Christ chanté par lui ne sera pas un Rédempteur partiel, il procurera le salut du monde entier.

Luc chap. 2 verset 32. - Lumière pour éclairer les nations, et gloire d’Israël votre peuple. - Cependant, le Messie ne bénira pas tous les hommes de la même manière. Au point de vue de la vraie religion, l'humanité se partageait alors en deux catégories bien distinctes, Israël et les Gentils. Siméon termine son cantique par l'indication des faveurs spéciales que Jésus apportera à chacune d'elles. Pour les Gentils il sera lumière pour éclairer les nations, une lumière qui éclairera leurs ténèbres, qui leur révélera la vérité. Cette image est parfaitement appropriée à l'état dans lequel se trouvait alors l'univers païen. « Avant la venue du Christ, dit S. Athanase (ap. Cat. D. Thom.), les nations, privées de la connaissance de Dieu, étaient plongées dans les dernières ténèbres. Mais le Christ faisant son apparition, ajoute S. Cyrille (ibid.), fut la lumière de ceux qui étaient dans les ténèbres de l'erreur, et que la main du démon avait étreints ; ils furent appelés par Dieu le Père à la connaissance du Fils, qui est la véritable lumière ». Comp. Is. 25, 7 ; 42, 6 ; 49, 6 ; Matth. 4, 16. - Aux Juifs, Jésus-Christ procurera une gloire toute particulière, parce que c'est à eux surtout qu'il avait été promis et donné directement (cfr. Matth. 1, 21 et le commentaire) ; gloire, parce qu'il est sorti de leurs rangs ; gloire aussi parce qu'il vivra et agira personnellement au milieu d'eux. Dans le temps et dans l'éternité leur titre de frères du Christ selon la chair sera pour eux un sujet de légitime fierté. Tel est le « Nunc dimittis », délicieux « joyau lyrique », poème d'une grande richesse malgré sa concision, puisqu'il résume l'histoire religieuse de tous les siècles à partir du Christ. Comme le « Magnificat », comme le « Benedictus », il a été conservé par S. Luc pour la consolation perpétuelle de l'Église ; aussi ces poèmes terminent-ils chaque jour trois des principaux offices liturgiques. Le cantique du saint vieillard Siméon continue et complète ceux de Marie et de Zacharie. On peut dire qu'il ouvre de plus vastes horizons : ceux-ci en effet étaient plus spécifiquement israélites, Marie n'ayant chanté l'Incarnation du Verbe qu'au point de vue d'elle-même et de son peuple, Zacharie s'étant également borné à louer le Sauveur d'Israël, tandis que, nous venons de le voir, Siméon est allé plus loin puisqu'il a célébré dans Jésus le libérateur universel. - Le parallélisme du « Nunc dimittis » est moins parfait que celui des deux cantiques précédents ; il varie du reste presque à chaque verset. Synthétique au v. 29, antithétique au v. 32, il est simplement rythmique dans les vv. 30 et 31.

Luc chap. 2 verset 33. - Son père et sa mère étaient dans l’admiration des choses qu’on disait de lui.  - En entendant les paroles du saint vieillard, Marie et Joseph ne purent retenir leur admiration. Non qu'elles leur apprissent des choses nouvelles. A quel plus haut degré n'auraient-ils pas eux-mêmes excité l'étonnement de Siméon, s'ils lui eussent répété une faible partie des merveilles dont ils avaient été les auteurs et les témoins depuis quelques mois ! Ce qu'ils admiraient, c'étaient les circonstances prodigieuses qui accompagnaient chaque mystère de la vie du divin Enfant. Surtout, la manière dont le Seigneur manifestait Jésus à des cœurs aussi humbles que le leur les remplissait d'une surprise toujours croissante. « A toutes les fois qu’est renouvelée la manifestation des choses surnaturelles, est renouvelée l’admiration dans notre esprit. » (ap. Caten. Graec.)

Luc chap. 2 verset 34. - Et Siméon les bénit, et dit à Marie sa mère : Voici que cet enfant est établi pour la ruine et pour la résurrection d’un grand nombre en Israël, et comme un signe qui excitera la contradiction. - Après avoir achevé son chant d'allégresse et d'amour, Siméon « bénit » Marie et Joseph. Assurément il ne s'agit pas d'une bénédiction proprement dite : « bénit » signifie en cet endroit « il les félicita, il les proclama bienheureux ». Comp. Bretschneider, Lex. Man, et Gesenius, Thésaurus. Mais voici qu'il reçoit tout à coup d'en haut de nouvelles révélations.. La lumière qu'il avait si admirablement chantée, il la voit assombrie par de prochains nuages. Alors, se tournant vers Marie sa mère (la mère, dont l'affection est plus vive et plus tendre ; la mère, par opposition à Joseph, qui n'était que le gardien), il lui dit avec l'accent de la douleur : Voici que cet enfant est établi …. Ces paroles contiennent une prédiction très importante relativement à l'Enfant-Dieu. Jésus n'était pas destiné dans le sens strict de cette expression à la ruine de personne au monde : au contraire, il est venu pour sauver et racheter tous les hommes. Il sera néanmoins une cause indirecte et involontaire de ruine pour un grand nombre. On comprend sans peine de quelle ruine Siméon veut parler : c'est d'une ruine spirituelle, d'une chute morale, soit en ce monde soit dans l'autre, pour tous ceux qui résisteront à Jésus. La résurrection mentionnée ensuite est de même nature : c'est, dès cette vie, l'élévation, la régénération des âmes qu'avait abaissées le péché, la gloire céleste après la mort. - Cause involontaire de ruine pour les uns, cause directe de résurrection pour les autres, le Sauveur sera par là-même un signe de contradiction. Isaïe avait prédit avec non moins de clarté que Siméon ce caractère du Messie : « Et il sera un sanctuaire, mais aussi une pierre d'achoppement, un rocher de scandale pour les deux maisons d'Israël, un filet et un piège pour les habitants de Jérusalem. Plusieurs trébucheront; ils tomberont et se briseront, ils seront enlacés et pris. ». Isaïe. 8, 14 et 15. « Ouvrons l'Évangile, et surtout celui de S. Jean, où le mystère de Jésus-Christ est découvert plus à fond : c'est le plus parfait commentaire de la parole de Siméon. Écoutons murmurer le peuple : Les uns disaient, C'est un homme de bien ; les autres disaient, Non, il trompe le peuple… Les uns disaient, C'est le Christ ; les autres disaient, Le Christ doit-il venir de Galilée… ? Il y eut donc sur ce sujet une grande discussion… C'est un possédé, disaient les uns, c'est un fou ; pourquoi l'écouter davantage ? D'autres disaient, Ce ne sont pas là les paroles d'un possédé ? » Bossuet, 12è Élévat. de la 18è sem. (voir les Élévat. 13-18). Du reste, quelques jours seulement après sa naissance Jésus était déjà en butte à la contradiction : il était une occasion de ruine pour Hérode, une cause de résurrection pour les bergers, pour les Mages et les âmes fidèles. La lutte s'est continuée dans le cours des siècles (comp. Hebr. 12, 3) ; de nos jours elle est plus ardente que jamais, et elle durera jusqu'à la fin du monde. Toujours l'humanité sera divisée en deux camps au sujet de Jésus et de son Église : le camp des amis et celui des ennemis.

Luc chap. 2 verset 35. - Et, à vous-même, un glaive vous percera l’âme, afin que les pensées de cœurs nombreux soient dévoilées. - Objet de la haine et des contradictions d'un grand nombre, Jésus sera donc abreuvé d'amertumes : cela ressort clairement du v. 34. Mais, à la « Passion » du Christ, correspondra naturellement la « Compassion » de sa Mère, comme l'ajoute maintenant le saint vieillard. Un glaive vous percera l'âme… L'âme est ici nommée pour le cœur, en tant qu'elle est le siège des affections, par conséquent de l'amour maternel. Le glaive symbolise ici les vives et poignantes douleurs qui transpercèrent plus d'une fois le cœur de Marie pendant la vie de son divin Fils, mais qui le déchirèrent surtout au Calvaire, comme le chante l'Église :

« Le glaive a transpercé
son âme gémissante,
attristée et souffrante »

Voyez Euthymius, h. l. Cette belle métaphore est tout à fait classique. Cfr. Wetstein, Hor. Hebr. j. l.

C'est donc à tort que S. Épiphane dans l'antiquité, Lightfoot dans les temps modernes, et quelques autres exégètes à leur suite, on pris le mot glaive dans un sens littéral, et conclu des paroles de Siméon que Marie devait mourir de mort violente. Comme le dit fort bien le Vén. Bède expliquant ce passage, « Aucun récit ne relate que la sainte Vierge à émigré de cette vie après avoir été transpercée  par un glaive,  surtout parce que ce n’est pas l’âme mais le corps que le glaive transperce habituellement. ». Mais il est une autre interprétation plus étrange encore : elle consiste à voir dans le glaive la désignation figurée d'un combat qui devait se livrer en Marie entre le doute et la foi au sujet de son Fils, comme si Jésus devait être momentanément un signe de contradiction même pour sa Mère ! Que plusieurs protestants contemporains adoptent ce sentiment, nous n'en sommes pas surpris ; il est plus étonnant d'en rencontrer des traces chez d'anciens orthodoxes (voir des citations dans D. Calmet), et jusque dans les écrits de S. Augustin, car il ne peut s'appuyer ni sur le texte de S. Luc, ni sur le reste de l'histoire évangélique : aussi est-il justement rejeté par la plupart des commentateurs, quelque soit du reste leur croyance. - Afin que les pensées de cœurs nombreux soient dévoilées… Ces dernières paroles de la prophétie sont claires par elles-mêmes, mais les commentateurs ne sont pas d'accord pour déterminer leur enchaînement avec les propositions qui précèdent. Quelques-uns les rattachent seulement à « signe de contradiction ». Jésus, disent-ils, par cela même qu'il sera un signe de contradiction, forcera ses ennemis de dévoiler les plus secrètes pensées de leur cœur. La prédiction relative à Marie étant dès lors comme isolée entre deux membres de phrase auxquels elle ne se rattache pas directement, on la met entre parenthèses. Mais nous croyons, avec d'autres exégètes, qu'il est plus naturel et plus conforme à la liaison des pensées d'envisager cette proposition finale de Siméon comme la conclusion, la conséquence des trois précédentes prises ensemble. Les trois premiers membres constituent un tout inséparable : Marie aura beaucoup à souffrir à cause des contradictions dont son Fils sera l'objet ; ces contradictions proviendront du rôle même de Jésus par rapport à Israël. Toutes ces choses réunies auront pour conséquence la manifestation des cœurs. En prenant parti pour ou contre le Christ, les hommes dévoileront nécessairement ce qu'ils pensent et ce qu'ils veulent, leurs intentions et leurs affections les plus cachées.

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