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4° Jésus apparaît aux deux disciples d'Emmaüs. vv. 13-35. - Parall. Marc. 16, 12-13.

13Et voici que ce même jour, deux d’entre eux allaient dans un bourg, nommé Emmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades. 14Et ils s’entretenaient de toutes ces choses qui s’étaient passées. 15Or il arriva, pendant qu’ils parlaient et conféraient ensemble, que Jésus lui-même s’approcha, et marchait avec eux. 16Mais une force empêchait leurs yeux de le reconnaître. 17Et il leur dit : Quelles sont ces paroles que vous échangez en marchant, et pourquoi êtes-vous tristes ? 18Prenant la parole, l’un d’eux, nommé Cléophas, lui dit : Êtes-vous seul étranger dans Jérusalem, et ne savez-vous pas ce qui s’y est passé ces jours-ci ? 19Quoi ? leur dit-il. Et ils répondirent : Touchant Jésus de Nazareth, qui a été un prophète puissant en œuvres et en paroles, devant Dieu et devant tout le peuple ; 20et comment les princes des prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort, et l’ont crucifié. 21Or nous espérions que c’était lui qui rachèterait Israël ; et maintenant, après tout cela, c’est aujourd’hui le troisième jour que ces choses se sont passées. 22Il est vrai que quelques femmes, qui sont des nôtres, nous ont effrayés. Étant allées avant le jour au sépulcre, 23et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire que des anges leur ont apparu et ont affirmé qu’il est vivant. 24Quelques-uns des nôtres sont aussi allés au sépulcre, et ont trouvé les choses comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas trouvé. 25Alors il leur dit : O insensés, dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! 26Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât ainsi dans sa gloire ? 27Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. 28Lorsqu’ils furent près du bourg où ils allaient, il fit semblant d’aller plus loin. 29Mais ils le pressèrent, en disant : Demeurez avec nous, car le soir arrive, et le jour est déjà sur son déclin. Et il entra avec eux. 30Et il arriva, pendant qu’il était à table avec eux, qu’il prit du pain, et le bénit, et le rompit, et il le leur présentait. 31Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent ; et il disparut de devant eux. 32Et ils se dirent l’un à l’autre : Est-ce que notre cœur n’était pas brûlant en nous, lorsqu’il nous parlait sur le chemin, et qu’il nous expliquait les Écritures ? 33Et se levant à l’heure même, ils retournèrent à Jérusalem ; et ils trouvèrent les onze, et ceux qui étaient avec eux, assemblés, 34et disant : Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il est apparu à Simon. 35Et ils racontaient eux-mêmes ce qui s’était passé en chemin, et comment ils l’avaient reconnu lorsqu’il rompait le pain.

C'est là une des pages les mieux écrites du troisième Évangile : tous les critiques sont d'accord pour l'admirer. « L'épisode des disciples d'Emmaüs, dit M. Renan, est un des récits les plus fins, les plus nuancés qu'il y ait dans aucune langue ». Les Évangiles et la seconde génération chrétienne, p. 282. L'évangéliste peintre et psychologue s'y révèle merveilleusement. Presque tous les détails lui appartiennent en propre, car S. Marc ne fait que signaler l'incident en gros.

Luc chap. 24 verset 13. - Et voici que ce même jour, deux d’entre eux allaient dans un bourg, nommé Emmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades. - Et voici présage un nouvel événement extraordinaire dans cette journée si remplie de prodiges. - Deux d'entre eux : c'est-à-dire, de la société générale des disciples mentionnés au v. 9. Ce n'étaient certainement pas des apôtres. Cfr. v. 33. - Allaient ce même jour. D'après l'ensemble du récit ils avaient dû quitter Jérusalem dans l'après-midi, vers deux ou trois heures, puisqu'ils arrivèrent à Emmaüs peu avant le coucher du soleil, qui avait lieu vers 6 heures à cette époque de l'année, et que la distance à parcourir était de trois petites lieues : soixante stades. Le stade était une mesure de longueur qui équivalait à 185 mètres. A. Rich, Dictionn. des antiq. rom. et grecq., p. 599. D'où il résulte que 60 stades équivalaient à un peu plus de 11 kilomètres. - Un bourg nommé Emmaüs. On a beaucoup discuté sur l'emplacement de cette bourgade, rendue célèbre par le présent épisode. Eusèbe et S. Jérôme, Onomasticon, s. v. Emaus, l'identifient à la ville du même nom (devenue Nicopolis au 3ème siècle, aujourd'hui Amouâs, misérable village musulman), dont il est question au premier livre des Macchabées, 3, 40, 57, 9, 50, et dans Josèphe, Bell. Jud. 2, 20, 4 ; et ce sentiment paraît avoir été généralement admis jusqu'au début du 14ème siècle. Il fut alors abandonné pour la bonne raison que Nicopolis, située sur la limite N. E. de la riche plaine de Sephéla, est distante de Jérusalem non pas de 60 stades, mais de 176 (Cfr. Jos. l. c.). De nos jours, deux éminents géographes palestiniens, le Dr américain Robinson (Neue bibl. Forschungen in Palaestina, 1847, p. 191 et ss.) et notre compatriote, M. V. Guérin (Description géograph., historiq. et archéologiq. de la Palestine : Judée, t. 1, p. 298 et ss), ont essayé de le faire revivre, en alléguant d'une part l'autorité assurément très vénérable de la tradition, de l'autre celles des manuscrits I, K, N, Sinait. Mais, comme le reconnaît M. Guérin avec sa parfaite loyauté, « on peut opposer à S. Jérôme, traducteur de l'Onomasticon (d'Eusèbe), … S. Jérôme auteur de la Vulgate… où le chiffre de 60 stades est marqué (l. c., p. 351) ; en outre, « la plupart des manuscrits de S. Luc portent le même chiffre de 60 stades », et les critiques les plus impartiaux n'hésitent pas à dire que telle dut être la leçon primitive. Donc « le doute est possible ». Ajoutons encore 1° qu'Emmaüs-Nicopolis était une ville assez importante, et qu'il s'agit ici d'après le texte évangélique d'un simple bourg ; 2° que les deux disciples, partis de Nicopolis après le coucher du soleil, auraient mis au moins cinq ou six heures pour gagner Jérusalem à travers des chemins « montueux et difficiles », et auraient probablement eu peu de chances de trouver les apôtres rassemblés (v. 33) ; 3° que, depuis l'époque des croisades, le clergé et les catholiques de Palestine vénèrent au village d'El-Koubeibeh, situé au N. O. et à environ trois lieues de Jérusalem (précisément la distance voulue), le mystère de l'apparition du divin Ressuscité. Voyez H. Zschokke, das neutestam. Emmaus, 1865 ; Schuster, Handbuch zur bibl. Geschichte, 3è édit., t. 2, p. 448 et s. ; Schegg, Gedenkbuch einer Pilgerreise nach dem h. Lande, t. 1, p. 482 et ss. Une pieuse française, Madame de Nicolay, vient de restaurer très richement les « saints lieux » de Koubeibeh, confiés à la garde des PP. Franciscains. Quelques savants contemporains (entre autres Gratz, Théâtre des événements racontés dans les divines Écritures, t. 1, p. 536 ; Riehm, Handwoerterbuch des bibl. Altertums, p. 377, et surtout Sepp, Jerusalem u. das h. Land, p. 52 et ss.) ont formulé une troisième opinion, d’après laquelle il faudrait chercher à Koulonieh, sur la route de Jaffa à Jérusalem, l'emplacement de notre Emmaüs : mais l'identification qu'ils proposent n'est guère soutenable, soit parce qu'elle manque de toute base traditionnelle, soit parce qu'il n'existe entre la ville sainte et Koulonieh qu'un intervalle insuffisant (six kilom. et demi au lieu de 11 environ).

Luc chap. 24 verset 14. - Et ils s’entretenaient de toutes ces choses qui s’étaient passées. - Voyez les détails aux vv. 19-20. Chemin faisant, les deux disciples repassaient donc ensemble les derniers incidents de la vie de Notre-Seigneur, et cherchaient à se les expliquer (v. 15).

Luc chap. 24 verset 15. - Or il arriva, pendant qu’ils parlaient et conféraient ensemble, que Jésus lui-même s’approcha, et marchait avec eux. - Jésus lui-même : locution emphatique : Jésus lui-même, dont ils s'entretenaient. - S'approcha. Trait pittoresque. D'après le contexte (Cfr. v. 18) il les rejoignit par derrière, comme s'il venait également de Jérusalem. L'imparfait « marchait » indique qu'il marcha quelque temps en silence auprès d'eux.

Luc chap. 24 verset 16. - Mais une force empêchait leurs yeux de le reconnaître. - Cette réflexion de l'évangéliste explique pourquoi les disciples ne reconnurent pas immédiatement le Sauveur : un voile avait été jeté devant leurs yeux d'une manière surnaturelle. Voyez des faits analogues dans S. Jean, 20, 14 ; 21, 4. S. Marc, 16, 13, signale un autre motif de la méprise des deux voyageurs : « il se manifesta sous un autre aspect à deux d’entre eux ». On voit, en réunissant les récits, qu'elle provint tout ensemble du dedans (S. Luc) et du dehors (S. Marc).

Luc chap. 24 verset 17. - Et il leur dit : Quelles sont ces paroles que vous échangez en marchant, et pourquoi êtes-vous tristes ? - Jésus adresse enfin la parole aux disciples, à la façon d'un ami compatissant. Il agit comme s'il s'était aperçu à leur conversation, depuis qu'il les avait rejoints, qu'une vive inquiétude pesait sur eux, mais sans qu'il eût pu en saisir tout l'objet. - Ces paroles que vous échangez… Le verbe grec correspondant à échangez est très expressif. On ne le trouve qu'en cet endroit du Nouveau Testament. Plusieurs manuscrits antiques (Sinait, A, B, L) ont une variante notable, qui a été adoptée par les versions copte et sahidique : « et ils s'arrêtèrent tristes ». La question de Jésus s'arrêterait donc à marchant, et ces derniers mots contiendraient un nouvel incident graphique du récit.

Luc chap. 24 verset 18. - Prenant la parole, l’un d’eux, nommé Cléophas, lui dit : Etes-vous seul étranger dans Jérusalem, et ne savez-vous pas ce qui s’y est passé ces jours-ci ? - L'un d'eux nommé Cléophas. Comme on l'a dit justement, la mention d'un nom si obscur prouve la véracité de l'historien. Les exégètes se demandent depuis des siècles, sans pouvoir se mettre d'accord, si celui qui le portait doit être confondu avec le Cléophas de S. Jean, 19, 25. L'opinion négative nous paraît présenter une plus grande vraisemblance, 1° parce que Cléophas est un nom grec, tandis que Clopas est une transformation de l'araméen ; 2° parce que S. Luc, en d'autres endroits de ses écrits (4, 15 ; Act. 1, 13), appelle Alphée ce Clopas ou Chalpaï de S. Jean, qui était le père de S. Jacques-le-Mineur. Néanmoins de graves auteurs sont partisans de l'identité. - Quel était l'autre disciple ? On est réduit sur ce point aux conjectures ; mais les conjectures n'ont pas manqué. Il se nommait Simon d'après Origène, Ammaon (habitant d'Emmaüs?) d'après S. Ambroise. S. Épiphane l'identifie à Nathanaël, Lightfoot au prince des apôtres, Wieseler à S. Jacques fils d'Alphée ; Théophylacte, Nicéphore, MM. J. P. Lange et Godet à S. Luc lui-même ! Ces hypothèses se réfutent d'elles-mêmes. - Êtes-vous seul étranger dans Jérusalem… Paroles qui dénotent un vif étonnement. Comment pouvez-vous ignorer ces choses ? Tous ceux qui étaient dernièrement à Jérusalem les savent ! Étranger, pèlerin, en résidence temporaire à Jérusalem pendant la Pâque et les autres fêtes analogues : Cléophas put aisément conclure de l'ignorance apparente de son interlocuteur qu'il n'était pas un habitant de la capitale.

Luc chap. 24 verset 19. - Quoi ? leur dit-il. Et ils répondirent : Touchant Jésus de Nazareth, qui a été un prophète puissant en œuvres et en paroles, devant Dieu et devant tout le peuple - Quoi ? (quelle sorte de choses) reprend Jésus. Il excite les disciples à parler, pour faire ensuite plus complètement leur instruction. - Ils répondirent. Peut-être Cléophas fut-il encore le porte-parole, et alors nous aurions ici le pluriel « de catégorie ». Ou bien les deux voyageurs parlèrent à tour de rôle, se complétant l'un l'autre, ce qui paraît plus en rapport avec l'entrain qu'ils devaient mettre dans une conversation si plein d'intérêt pour eux. Néanmoins c'est d'une manière très arbitraire qu'on a voulu parfois (Kuinoel, etc.) déterminer la part exacte de chacun d'eux. Leur petite narration a quatre parties : elle résume d'abord la vie et le rôle de Notre-Seigneur Jésus-Christ, v. 19 ; elle expose ensuite sa fin cruelle, v. 20, les espérances à peu près totalement déçues de ses partisans, v. 21, enfin, et plus longuement, les divers faits qui s'étaient accomplis dans la matinée, vv. 22-24. C'est un fidèle reflet des sentiments qui animaient les amis du Sauveur durant ces heures critiques. - Jésus de Nazareth. Telle était l’appellation populaire de Notre-Seigneur en Palestine. - Qui a été un prophète… Voyez, Act. 2, 22, une description parallèle à celle-ci. - Puissant en œuvres et en paroles. Belle expression, toute classique. Cfr. Thucydide, 1, 139, où Périclès est représenté comme l'homme ... le plus habile dans la parole et l'action. Dans son célèbre discours, Act. 7, 22, S. Étienne dit aussi de Moïse qu'il était « puissant par ses paroles et par ses actes ». Et en réalité, n'est-ce pas par la parole et par l'action que les hommes révèlent leur puissance ? Ici, les œuvres sont mises en avant, parce que c'est surtout au moyen de ses œuvres que Jésus s'était manifesté comme le prophète envoyé de Dieu ». Bisping, das Evang. nach Lukas, p. 485 de la 2è édit. - Devant Dieu et devant tout le peuple. Les miracles du Sauveur avaient prouvé que Dieu même était avec lui, et le peuple, avant de se laisser égarer par les Pharisiens et les Sanhédristes, s'était montré plein de déférence et d'admiration pour Jésus, comme l'atteste mainte page des évangiles.

Luc chap. 24 verset 20. - Et comment les princes des prêtres et nos chefs l’ont livré pour être condamné à mort, et l’ont crucifié. - Les narrateurs passent maintenant à la catastrophe finale, qui datait de deux jours seulement. Ils disent franchement leur pensée ; sans la moindre hésitation ils attribuent aux membres du grand Conseil, les princes des prêtres et nos chefs, la responsabilité principale dans les événements qui préoccupaient si vivement leurs esprits. Rien de plus exact, nous l'avons vu : Pilate et ses prétoriens n'avaient été que des instruments entre les mains des autorités juives.

Luc chap. 24 verset 21. - Or nous espérions que c’était lui qui rachèterait Israël ; et maintenant, après tout cela, c’est aujourd’hui le troisième jour que ces choses se sont passées. - Or nous espérions… Nous, ses disciples. Ils parlent au passé : c'est que leur confiance a bien diminué depuis deux jours. La variante « nous espérons », soutenue seulement par le Cod. Sinaiticus et quelques manuscrits relativement récents, est une correction malhabile qui est en contradiction avec le contexte. - Que c'était lui qui rachèterait Israël. Locution consacrée chez les Juifs pour désigner le Messie. Cfr. Act. 1, 6, etc. - Et maintenant introduit une nouvelle idée, un fait qui, après avoir été pour les disciples un motif d'espérance dans leur situation désolée, se transformait en un motif de plus complet désespoir. - Après tout cela (c'est-à-dire outre que Jésus a été condamné et crucifié) c'est aujourd'hui le troisième jour... Tel est le fait en question. Il y a, dans cette manière particulière de mentionner le troisième jour, une allusion évidente à la prophétie par laquelle Notre-Seigneur avait annoncé qu'il ressusciterait trois jours après sa mort. Cfr. 18, 33 et parall. Ses amis se l'étaient rappelée et avaient conservé quelque espoir le samedi et dans la matinée du dimanche ; mais voici que le troisième jour touchait à sa fin. Sur quoi pouvait-on compter désormais ?

Luc chap. 24 versets 22 et 23. - Il est vrai que quelques femmes, qui sont des nôtres, nous ont effrayés. Etant allées avant le jour au sépulcre, 23et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues dire que des anges leur ont apparu et ont affirmé qu’il est vivant. - Continuant leur narration admirable d'impartialité, les compagnons du divin voyageur arrivent enfin aux événements qui s'étaient passés le matin même, et qui avaient tout d'abord avivé leurs espérances. - Quelques femmes… nous ont effrayés. L'expression grecque corrélative signifie proprement : Nous ont mis hors de nous-mêmes. Elle décrit fort bien la violente agitation produite dans le cercle des disciples par la nouvelle que leur avaient apportée les saintes femmes. - Des anges leur ont apparu… Deux ouï-dire » consécutifs, celui des femmes et celui des anges. La manière dont les disciples relèvent ce mode d'information montre qu'ils étaient loin d'y ajouter foi. On voit néanmoins, par l'ensemble de leurs paroles, que leur âme était toujours en suspens, quoiqu'elle parût incliner davantage du côté de la défiance.

Luc chap. 24 verset 24. - Quelques-uns des nôtres sont aussi allés au sépulcre, et ont trouvé les choses comme les femmes avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas trouvé. - Quelques-uns des nôtres sont aussi allés… Il suit de là que S. Pierre n'était pas allé seul au sépulcre. Cfr. Joan. 20, 2 et ss. Il est vraisemblable que d'autres disciples encore l'avaient visité, soit par groupes, soit isolément. Ils trouvèrent donc à leur tour le sépulcre vide ; toutefois, ajoutent les narrateurs en termes pleins d'emphase, lui, ils ne l'ont pas trouvé, semblant sous-entendre : Ne l'auraient-ils pas vu lui-même, s'il était vraiment ressuscité ? Telle fut la « conclusion dramatique » (Meyer) de leur récit. Certes, quoi que disent les écrivains rationalistes, espérant par leurs assertions audacieuses jeter des doutes sur la Résurrection de Jésus, il n'y a guère d'enthousiasme en tout cela ! Il fallut des faits bien palpables pour convaincre des hommes qui espéraient si peu, et dont la foi s'était à demi brisée contre le tombeau de Notre-Seigneur.

Luc chap. 24 verset 25. - Alors il leur dit : O insensés, dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! - « A son tour » Jésus prend la parole. Son exorde consiste en une vive réprimande : O insensés , dont le cœur est lent à croire. La première épithète (ici seulement dans les Évangiles) retombe sur l'intelligence alourdie, la seconde sur le cœur encore plus lourd des disciples. Les expressions sont très fortes, mais elles n'avaient rien de blessant ; d'autant mieux, fait observer à bon droit M. Schegg, que les Orientaux usent ordinairement entre eux d'un langage énergique. Du reste, le reproche était tout à fait mérité. - Tout ce qu'on dit les prophètes. Jésus dut appuyer sur le mot « tout », rappelant ainsi à ses compagnons que leur foi n'avait pas été assez universelle : par suite de leurs préjugés ils n'avaient pas cru à tous les oracles prophétiques.

Luc chap. 24 verset 26. - Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu’il entrât ainsi dans sa gloire ? - Après ce blâme rapide, Jésus se fait, comme durant sa vie mortelle, l'instructeur des disciples. Il aurait pu se manifester immédiatement à eux ; mais il y avait avantage pour eux, et plus encore pour nous, à recevoir du divin pédagogue une sublime leçon de dogme. - Ne fallait-il pas… ? Remarquez la tournure interrogative. « Fallait » marque une vraie nécessité, étant donnés les décrets providentiels. - Et qu'il entrât ainsi dans sa gloire. Ainsi, c'est-à-dire par la souffrance et par la mort. La gloire : celle dont le Sauveur jouissait déjà depuis qu'il avait triomphé de la mort, et celle plus grande encore qui l'attendait au ciel. Ainsi donc, « par la croix vers la lumière ». Ce qui paraissait aux disciples inconciliable avec la grandeur du Messie était au contraire pour lui le vrai chemin de la grandeur. Cfr. Phil. 2, 8 et s. ; Hebr. 2, 10 et s.

Luc chap. 24 verset 27. - Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Écritures, ce qui le concernait. - En commençant par Moïse. Divers commentateurs, prenant cette locution à la lettre, ont pensé que la démonstration de Jésus recommençait en quelque sorte à chaque prophète ; mais ce sens nous paraît un peu forcé. Il est plus naturel d'admettre qu'il y a une certaine négligence dans la phrase, de sorte qu'elle reviendrait à dire : Jésus commença par Moïse et continua par les Prophètes. Le Sauveur fit ainsi le tour de la Bible, relevant dans chaque livre ce qui avait trait à sa personne sacrée. Depuis le Protévangile, Gen. 3, 15, jusqu'aux dernières ligne de Malachie, le champ était aussi vaste qu'admirable, et l'imparfait expliquait (verbe composé, très énergique) montre que Jésus prolongea sa divine leçon. Qui ne donnerait ce qu'il a de plus précieux pour avoir assisté à ce cours d'exégèse, ou du moins, comme dit naïvement un vieil interprète (Valerius Herberger), pour en avoir une copie ! Nous pouvons cependant indiquer les passages messianiques de l'Ancien Testament qui durent entre tous les autres arrêter Notre-Seigneur. Ce furent Gen. 3, 15 ; 9, 25-27 ; 12, 3 ; 17, 4 et ss. ; 18, 17 et ss. ; 22, 16-18 ; 27, 27-29 ; 28, 13-15 ; 49, 10 ; Num. 24, 15-19 ; Deut. 18, 15-18 ; Ps. 2, 15 ; 21, 39 (7-9), 44, 109, etc. ; Is. 7, 14 ; 9, 6, 7 ; 42, 1 et ss. ; 49, 1 et ss. ; 50, 4-9 ; 53 ; 61, 1-3 ; 63, 1-6 ; Jer. 23, 1-8 ; 33, 14-16 ; Ezech. 34, 23 ; Dan. 7, 13 et 14 ; 9, 24-27 ; Os. 11, 1 ; Mich. 5, 2 ; Agg. 2, 8 ; Zach. 3, 8 ; 6, 12 ; 9, 9 ; 12, 10 ; 13, 7 ; Mal. 3, 1 ; 4, 2. Voyez Bacuez, Manuel Biblique, t. 3, p. 142 et s.

Luc chap. 24 verset 28. - Lorsqu’ils furent près du bourg où ils allaient, il fit semblant d’aller plus loin. - La route avait dû paraître bien courte aux disciples ravis ! - Il fit semblant d'aller plus loin. S. Luc emploie seul dans le nouveau Testament le verbe grec correspondant à feindre. Cette conduite du Sauveur embarrassait beaucoup les anciens exégètes, parce que divers hérétiques l'avaient alléguée pour prouver que le mensonge est parfois licite. Comparez Jansenius, Grotius, Estius, et, bien antérieurement, S. Augustin, S. Grégoire, le Vén. Bède, etc. Ils consacrent parfois des pages entières à excuser le divin Maître, tandis qu'il suffisait de dire qu'en réalité il aurait continué son chemin sans les vives instances des disciples. Nous avons trouvé dans Estius cette belle réflexion : « Il prit l’attitude et le comportement de quelqu’un qui veut continuer sa route.  Et il fit cela pour exciter leur amour et leur bienveillance à son endroit. « Comme une mère qui se fait une contenance, étant sur le point de se séparer de son fils, éveille en lui des sentiments d’amour ».

Luc chap. 24 verset 29. - Mais ils le pressèrent, en disant : Demeurez avec nous, car le soir arrive, et le jour est déjà sur son déclin. Et il entra avec eux. - Les disciples subirent à leur avantage cette dernière épreuve. - Ils le pressèrent. Dans le grec, le verbe signifie littéralement : prier instamment. - Demeurez avec nous. Étaient-ils donc d'Emmaüs, comme on l'a parfois déduit de cette invitation ? Le fait est possible en soi ; mais il ne ressort infailliblement ni du pronom nous, ni de la locution il entra avec eux, qui peut s'entendre de n'importe quelle maison où ils auraient eux-mêmes reçu l'hospitalité. - Car le soir arrive. Motif dont ils se servent pour persuader Jésus. L'expression le jour est sur son déclin est très élégante. Elle était usitée en hébreu (Jud. 19, 8 et 11 ; Jer. 6, 4, etc.), de même qu'en grec et en latin. Déjà, omis par la Recepta, existe dans les manuscrits Sinait., B, L.

Luc chap. 24 verset 30. - Et il arriva, pendant qu’il était à table avec eux, qu’il prit du pain, et le bénit, et le rompit, et il le leur présentait. - Pendant qu'il était à table : terme pour désigner la posture qu'on prenait aux repas. Cfr. 7, 36 ; etc. - Il prit du pain. Jésus ne se conduit pas en simple invité ; il prend aussitôt le rôle d’amphitryon, et se met à remplir les fonctions qui incombaient à celui-ci dans tout repas juif. - Le bénit : c'est-à-dire qu'il prononça la berâkah (bénédiction) ou prière que font les Israélites avant de manger, toutes les fois qu'ils sont au moins trois à la même table. Traité Berachoth, f. 45, 1. - Et il le leur présentait. Imparfait pittoresque, pour dire qu'à cet instant même eurent lieu les incidents mentionnés au v. 31. Jésus avait-il transsubstantié ce pain en le bénissant ? Était-ce la sainte Eucharistie qu'il présentait aux deux disciples ? S. Augustin, Théophylacte, Maldonat, Bisping et d'autres l'ont pensé. La formule employée par l'écrivain sacré est, disent-ils, à peu près la même que celle de l'institution du divin sacrement de l'autel (Cfr. 22, 19 et parall.), et on la retrouve en plusieurs passages des Actes (2, 42, 46, etc.) où elle désigne certainement la célébration des SS. mystères. De plus, l'effet produit (v. 31) semble digne du pain consacré. Néanmoins tel n'est pas le sentiment commun. Euthymius, Nicolas de Lyre, Cajetan, Jansénius, Estius, Noël Alexandre, de nos jours MM. Schegg, Curci, etc., regardent comme plus probable que l'évangéliste a voulu parler d'un pain ordinaire. Ils appuient leur assertion 1° sur la généralité des expressions : à tout repas, on bénissait et on rompait le pain avant de le distribuer , « donc, du mot il bénit on ne peut tirer aucun argument en faveur de la consécration du corps du Seigneur ». (Estius) ; 2° sur ce fait, assurément très grave, qu'il n'est pas question de vin dans la narration : « Certainement, personne n’a jamais essayé de consacrer une eucharistie, au nom du Christ, avec les seules espèces du pain, et sans le vin » (Natal. Alexand.);  3° enfin sur l'incertitude qui règne, d'après le contexte, relativement à un autre point important : « Le Christ a été reconnu par les deux disciples dans la distribution du pain, et il disparut aussitôt. Se levant de table aussitôt ils retournèrent à Jérusalem…Il n’est donc pas sûr s’ils mangèrent de ce pain ».  (Id.). Ces diverses raisons nous semblent décisives.

Luc chap. 24 verset 31. - Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent ; et il disparut de devant eux. - Alors leurs yeux s'ouvrirent. Ce verbe est fréquemment employé dans les Évangiles pour désigner la guérison miraculeuse des aveugles. Cfr. Matth. 9, 30 ; 20, 23 ; Joan. 9, 10, 14, 17 ; 10, 21 ; 11, 37 , etc. La cécité morale des deux disciples avait été décrite précédemment (v. 16) en termes non moins expressifs. - Et ils le reconnurent. Heureux moment, que les peintres ont ordinairement choisi quand ils ont voulu représenter cet épisode (entre autres Appiani, Bellini, Raphaël, le Titien) ; toutefois il fut aussi rapide que l'éclair, car aussitôt il disparut de devant eux. Cette dernière ligne équivaudrait, d'après Kuinoel, Rosenmüller, etc. à « subitement il se sépara d'eux », ce qui supprime tout prodige. Meyer, quoique rationaliste, l'a mieux comprise : « Luc, dit-il, veut évidemment décrire une disparition soudaine qui provenait d'une opération divine ». Jésus disparut ainsi en vertu de l'agilité toute céleste que possédait maintenant sa chair ressuscitée : il n'était plus soumis aux lois ordinaires de l'espace et de la pesanteur. Cfr. v. 36 ; Joan. 20, 19, etc.

Luc chap. 24 verset 32. - Et ils se dirent l’un à l’autre : Est-ce que notre cœur n’était pas brûlant en nous, lorsqu’il nous parlait sur le chemin, et qu’il nous expliquait les Ecritures ? - Les disciples, ayant retrouvé un peu de calme, se communiquent leurs impressions. Faisant un examen rétrospectif de ce qu'ils avaient ressenti, ils se rappellent surtout la bienfaisante chaleur qui avait échauffé leurs cœurs tandis que Jésus leur parlait sur la route. Notre cœur était brûlant (littéralement, brûlé. Belle métaphore. La tournure grecque exprime la continuité). Tout d'abord ils ne s'étaient pas rendu compte de ce mouvement extraordinaire ; ils savent maintenant qu'ils le devaient à la présence de Jésus. « Ils brûlaient parce qu’ils étaient proches du soleil », Maldonat. Cfr. 12, 49. - Il nous expliquait les Écritures (littéralement : nous ouvrait les Écritures). Autre image belle et forte. Sans le divin secours la Bible est pour nous un livre fermé ; par contre, les deux disciples sentaient qu'ils n'avaient jamais mieux compris les Écritures qu'au moment où Notre-Seigneur les leur commentait. Ils sont donc étonnés et confus de n'avoir pas reconnu Jésus sur le champ, aux effets surnaturels qu'ils éprouvaient.

Luc chap. 24 versets 33 et34. - Et se levant à l’heure même, ils retournèrent à Jérusalem ; et ils trouvèrent les onze, et ceux qui étaient avec eux, assemblés, 34et disant : Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il est apparu à Simon. - A l'heure même : une des locutions favorites de S. Luc, pour dire : à l'instant même. Précédemment, ils avaient dissuadé Jésus de continuer sa route parce que l'heure était avancée (v. 29) ; mais ils n'hésitent pas à reprendre eux-mêmes le chemin de Jérusalem, tant ils ont hâte d'aller raconter aux autres disciples le grand fait dont ils ont été témoins. Cette conclusion du récit (vv. 33-35) est très mouvementée. - Ils trouvèrent les onze … assemblés. D'après S. Jean, 20, 24, dix apôtres seulement se trouvaient alors dans le cénacle, puisque S. Thomas était absent ; mais, depuis la mort de Judas, le collège apostolique est désigné d'une manière générale et uniforme par ce chiffre. Cfr. v. 9 ; Marc. 16, 14. - En entrant, les deux nouveaux venus sont accueillis par la joyeuse nouvelle qu'ils pensaient être les premiers à apporter. - Le Seigneur est vraiment ressuscité. Vrai cri de triomphe, qui fut dans l'Église primitive, et qui est encore dans quelques parties de l'Orient, la salutation usitée entre chrétiens au beau jour de Pâque. Le verbe est mis en avant par emphase. « Vraiment » est opposé aux doutes du matin, comme si les disciples eussent voulu dire : Jusqu'ici nous n'avions pas de preuves certaines ; mais actuellement nous avons une garantie infaillible, car il est apparu à Simon ! Voyez 1 Cor. 15, 1, la confirmation de cette apparition, qui n'est rapportée par aucun autre évangéliste.

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