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2° La prédication de S. Jean-Baptiste. 3, 7-14

Cette prédication, telle qu'elle nous a été conservée par les récits évangéliques, était tantôt générale, tantôt spéciale. Générale, elle exhortait à la pénitence et conduisait à Jésus tous ceux qui accouraient pour l'entendre. Spéciale, elle indiquait à chaque catégorie d'auditeurs ses principaux devoirs d'état.

a. Exhortation à la pénitence. 3, 7-9 (Parall. Matth. 3, 7-10)

 7Il disait donc aux foules qui venaient pour être baptisés par lui : Race de vipères, qui vous a montrés à fuir la colère à venir ? 8Faites donc de dignes fruits de pénitence, et ne commencez pas par dire : Nous avons Abraham pour père. Car je vous déclare que, de ces pierres, Dieu peut susciter des enfants à Abraham. 9Déjà la cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu.

Dans ce passage, la narration de S. Luc coïncide presque mot pour mot avec celle de S. Matthieu (voyez le commentaire) : on y rencontre néanmoins plusieurs traits caractéristiques. De part et d'autre les paroles du Précurseur ont un tour vif et polémique qu'appelaient les tendances corrompues de ces temps.

Luc chap. 3 verset 07. - Il disait donc aux foules qui venaient pour être baptisés par lui : Race de vipères, qui vous a montrés à fuir la colère à venir ? - Il disait donc. La particule « donc » renoue le fil du récit, qu'avait momentanément brisée la citation tirée d'Isaïe. L'imparfait montre que S. Jean-Baptiste adressait fréquemment à la foule les terribles objurgations qui vont suivre. - Aux foules qui venaient : les multitudes « sortaient » des lieux habités, pour venir dans les contrées sauvages et désertes où prêchait et baptisait S. Jean. - Race de vipères. S. Matthieu , 3, 7, a pris soin de dire, pour expliquer cette apostrophe sévère, qu'un grand nombre des Juifs sur lesquels elle retombait étaient des Pharisiens hypocrites ou des Sadducéens dépravés. Ces chefs de la nation l'avaient formée tout entière à leur image. - Qui vous a montré à fuir… Le verbe grec est plein d'énergie, il signifie proprement : « mettre quelque chose devant les yeux de quelqu’un pour qu’il voie ». Qui avait donc pu faire croire à ces pécheurs endurcis qu'ils pourraient, sans changer de sentiments ou de conduite, et en vertu d'une pure cérémonie (voyez, sur le baptême, l'Évang. selon S. Matth., p. 70) échapper aux châtiments divins ? Par colère à venir il faut entendre principalement la colère que le souverain Juge manifestera dans l'autre vie contre les pécheurs impénitents, comme l'indique cette parole analogue de Jésus, Matth. 23, 33.

Luc chap. 3 verset 08. - Faites donc de dignes fruits de pénitence, et ne commencez pas par dire : Nous avons Abraham pour père. Car je vous déclare que, de ces pierres, Dieu peut susciter des enfants à Abraham. - Faites donc : puisque vous n'avez pas d'autre moyen de vous sauver. Les fruits de pénitence, c'est-à-dire les actes de pénitence, montreront la réalité de leur conversion. Le précurseur en signalera quelques-uns dans les versets suivants. - Ne commencez pas par dire : N'essayez pas même de tenir ce langage : c'est tout-à-fait inutile ; le grec ajoute : « en vous-mêmes ». - Nous avons Abraham pour père. Les Juifs, et avec raison, étaient fiers d'avoir Abraham pour père ; mais ils auraient dû se souvenir que cette filiation, toute glorieuse qu'elle fût, ne suffisait pas pour les délivrer au jour de la colère divine. Comp. 16, 24-31 ; Rom. 2, 17-29. « Si vous étiez enfants d'Abraham, vous feriez les œuvres d'Abraham », leur répondra justement Jésus quand ils se vanteront d'être les fils d'Abraham, Joan. 8, 39 et ss.  - Car je vous déclare… S. Jean, opposant la descendance spirituelle à la paternité charnelle, continue de renverser sans pitié les orgueilleuses et sottes prétentions de ses auditeurs. Abraham est l'ami de Dieu (les Arabes le nomment emphatiquement El-Khâlil, l'ami par excellence), et c'est là un grand avantage pour ses enfants, soit! Mais quels sont les véritables enfants ? « ceux qui sont nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu », Joan. 1, 13. Or celui qui a fait naître miraculeusement Isaac pourra bien, s'il le veut, susciter à Abraham d'autres enfants de prodige, qu'il tirera, non plus seulement d'un sein stérile, mais des pierres mêmes du désert. S. Jean désignait ainsi les païens, qui allaient bientôt remplacer, par droit d'adoption, les Juifs déshérités.

Luc chap. 3 verset 09. - Déjà la cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. - Prenez garde, continue Jean-Baptiste, la « colère à venir » pourrait bien ne pas tarder à atteindre ceux qui refuseraient de se convertir. La hache gît déjà auprès des mauvais arbres, ou plutôt elle est même appuyée contre leurs racines. Il n'y a plus qu'à la saisir, à frapper un coup décisif, et les pervers seront à tout jamais perdus. - Sera coupé… jeté au feu. Dans le texte primitif, le verbe est au présent, pour exprimer plus énergiquement l’exécution rapide des célestes menaces.

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