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Le Précurseur et le Messie. 3, 15-18. Parall. Matth. 3, 11 et 12 ; Marc. 1, 7-8.

15Cependant, comme le peuple supposait, et que tous pensaient dans leurs cœurs, que Jean était peut-être le Christ, 16Jean répondit, en disant à tous : Moi, je vous baptise dans l’eau ; mais il viendra quelqu’un de plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales : C’est lui qui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et dans le feu. 17Le van est dans sa main, et il nettoiera son aire ; et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint pas. 18Il évangélisait le peuple, en lui adressant encore beaucoup d’autres exhortations.

Luc chap. 3 verset 15. - Cependant, comme le peuple supposait, et que tous pensaient dans leurs cœurs, que Jean était peut-être le Christ... - Comme les deux premiers synoptiques, S. Luc associe à la prédication de Jean-Baptiste le témoignage que le héraut rendit à son Maître en face de tout le peuple ; mais il en a seul noté l'occasion, ce qui n'est pas sans importance. - Le peuple supposait. Le verbe grec indique plutôt une attente anxieuse, une vive tension des esprits. Cette attente, cette tension, sont exprimées plus fortement encore par les mots « pensaient dans leurs cœurs », littéralement pesaient le pour et le contre. Ils ne durent pas tarder à se communiquer mutuellement leurs pensées, qui avaient S. Jean et sa mission pour objet. Cette réflexion de l'évangéliste nous permet d'entrevoir l'influence énorme que le Baptiste avait conquise, l'étonnante impression qu'il avait produite. « Émerveillé de tout ce qu'il voit et de tout ce qu'il entend, frappé de la sainteté manifeste du nouveau prophète, ému de sa brûlante éloquence, voilà donc le peuple qui se demande s'il ne se trouverait pas en face du Messie attendu. Un peu de science ou de réflexion le détournerait de cette conjecture, puisque le Messie doit naître de la race de David et que Jean-Baptiste n'en descend pas. L'imagination et la spontanéité populaires ne s'arrêtent pas à ce genre d'obstacle ». M. L'abbé Planus, S. Jean-Baptiste, Étude sur le Précurseur, Paris 1879, p. 180. Quelle ardente surexcitation des esprits apparaît dans la simple réflexion de S. Luc ! Mais on y voit en même temps combien S. Jean avait réussi à rendre vivante la pensée du Messie. Comp. Joan. 1, 19-28.

Luc chap. 3 versets 16-17. - Jean répondit, en disant à tous : Moi, je vous baptise dans l’eau ; mais il viendra quelqu’un de plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales : C’est lui qui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et dans le feu. Le van est dans sa main, et il nettoiera son aire ; et il amassera le blé dans son grenier, mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint pas. - Jean répond de façon aussi solennelle que possible. «  Au premier indice des sentiments qui se dessinent, Jean-Baptiste prend l'offensive. Il va au-devant de l'estime exagérée qu'on s'apprête à faire de lui, il se dérobe aux acclamations qui se préparent, il s'efface devant Celui qu'il est chargé d'annoncer au monde : en quels termes, avec quelle énergie et quelle soudaineté » ! M. Planus, ibid., p. 181. « Elle ne montre pas de zèle pour elle-même, mais pour l’époux; il déteste être aimé pour lui-même ». St Augustin. - Dans les circonstances solennelles, les Orientaux donnent volontiers à leurs paroles une forme poétique, non-seulement par le choix d'expressions plus relevées, plus imagées, mais aussi par la coupe et la structure des phrases. Le présent témoignage du Précurseur en est un frappant exemple. Nous y découvrons sans peine un véritable rythme, qui s'est conservé même dans le texte grec, et qui consiste en trois périodes ou strophes bien marquées les deux premières à trois membres et corrélatives, la troisième à deux membres seulement, comme il suit :

 

Moi, je vous baptise dans l’eau

   mais il viendra quelqu’un de plus puissant que moi

   et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales.

C’est lui qui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et dans le feu.

   Le van est dans sa main

   et il nettoiera son aire.

Et il amassera le blé dans son grenier,

   mais il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteint pas.

 

Cette division rend beaucoup plus palpable le rapprochement que Jean-Baptiste établit entre sa propre personne et celle du Messie. Voyez Schegg, Evang. Nach Lukas, h. l. 1° Le baptême de S. Jean et celui du Christ sont comparés l'un à l'autre au moyen d'une forte antithèse. Ce sont les premiers vers des deux strophes à trois membres. Moi… est opposé à il…, baptise dans l'eau à baptisera dans l'Esprit-Saint et dans le feu. Ce que le feu est à l'eau, le baptême du Christ le sera à l'égard du baptême de S. Jean. L'eau ne lave qu'au dehors, le feu purifie au dedans, lavant pour ainsi dire jusqu'à la moelle, et cela est vrai surtout au moral, à propos du feu de l'Esprit-Saint dont il est ici question. Voir, pour l'explication détaillée, l'Evang. selon S. Matth., p. 79 et ss., et Patrizi, de Evangel. Lib. 3, dissert. 43, § 52. 2° La dignité de S. Jean et celle du Christ : autre antithèse, qui comprend le second et le troisième vers des deux premières strophes. La figure si pittoresque et si modeste par laquelle Jean-Baptiste exprime son infériorité personnelle relativement au Messie est vraiment admirable. Le Précurseur ne se croit pas même digne de rendre au Christ le plus humble service ! Au contraire, continue-t-il en employant une autre image toute majestueuse (cfr. 22, 11 et Jer. 15, 7), le Messie se manifestera comme un juge souverain, auquel personne ne pourra résister. Pour les détails nous renvoyons encore le lecteur à l'Evang. selon S. Matth. , pp. 74 et 75. - La troisième strophe décrit le sort opposé qui attend dans l'autre vie les justes et les pécheurs. - C'est en ces termes que S. Jean au faîte de sa popularité, rejeta énergiquement l'honneur indu qu'on voulait lui attribuer. Rien ne put le faire sortir de son rôle de Précurseur.

Luc chap. 3 verset 18. - Il évangélisait le peuple, en lui adressant encore beaucoup d’autres exhortations. - L'évangéliste termine par cet abrégé sommaire, qui lui appartient en propre, son exposé de la prédication de Jean-Baptiste. Sur les lèvres du Précurseur, l'annonce de la bonne nouvelle, c'est-à-dire de l'avènement prochain du Messie, s'associait à de pressantes exhortations, qui avaient pour but de préparer les cœurs à cet avènement. S. Jean était donc tout ensemble un prédicateur de l'Ancien Testament et un évangéliste du Nouveau.

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