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Luc chap. 4 verset 24. - Et il ajouta : En vérité, je vous le dis, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. - En vérité. S. Luc, comme parfois S. Marc, emploie cette formule au milieu des discours de Jésus. Comp. 6, 39 ; 12, 16 ; 13, 20 ; 15, 11, etc. Elle indique une pause rapide, en même temps qu'elle sert à mettre en relief une parole du divin Maître. Ici elle introduit en outre la réponse faite par Notre-Seigneur à l'objection tacite de ses compatriotes. - Aucun prophète n'est bien reçu… C'est la première partie de la réponse. Au proverbe « soigne-toi toi-même », Jésus répond par un autre proverbe. Celui qu'il choisit ne pouvait être cité plus à propos, puisque les habitants de Nazareth refusaient précisément de croire à la mission céleste du prophète qui daignait se mettre en communication avec eux. Le Sauveur expliquait ainsi pourquoi il n'avait pas fait de miracles dans sa patrie. Quiconque refuse de recevoir un prophète est-il en droit de se plaindre que celui-ci ne lui accorde aucun bienfait extraordinaire ? Donc à vous la faute, et pas à moi ! « Patrie ingrate », dit une sentence semblable des Latins. L'exemple de Jérémie à Anathoth (cfr. Jer. 11, 21 ; 12, 6) ne l'avait que trop bien montré. Reçu signifie en cet endroit « honoré, estimé ». Comp. Matth. 13, 57 et ss. ; Joan. 4, 44 ; Act. 10, 35.

Luc chap. 4 verset 25. - En vérité, je vous le dis, il y avait beaucoup de veuves en Israël au temps d’Elie, lorsque le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois, et qu’il y eut une grande famine dans tout le pays. - Dans les vv. 25-27 le Sauveur justifie encore sa conduite par des faits empruntés à l'histoire des deux plus célèbres prophètes d'Israël. Elie et Elisée, parmi des circonstances analogues à celle où il se trouvait, n'avaient opéré aucun prodige en faveur de leurs concitoyens, tandis qu'ils en avaient accompli pour des étrangers, bien plus, pour des païens. Premier exemple, vv. 25 et 26. - En vérité, je vous le dis, est une locution aimée de S. Luc cfr. 20, 21 ; 22, 59 ; Act. 4, 27 ; 10, 30 (S. Marc l'emploie aussi à deux reprises, 12, 14 et 32). Lorsque le ciel fut fermé : Quelle belle métaphore pour désigner un long manque de pluie. Cfr. Gen. 7, 2 ; 2 Par. 6, 26 ; 7, 13. La sécheresse à laquelle Notre-Seigneur fait allusion est mentionnée d'une manière expresse au troisième livre des Rois, ch. 17 et 18. Seulement, Jésus en fixe la durée à trois ans et demi, tandis que l'Ancien Testament (l.c., 18, 1), semble dire qu'elle ne fut pas même de trois années complètes : « La parole de Dieu a été adressée à Elie la troisième année en disant : Va, montre-toi à Achab pour que tu donnes de la pluie sur la surface de la terre ». Mais (des rationalistes eux-mêmes l'admettent) il n'y a pas là une véritable antilogie ; car il put s'écouler un certain temps encore avant qu'Élie allât trouver Achab et fit cesser la sécheresse. Voyez Lightfoot, Hor. Hebr. in h. l.  Il nous reste donc assez de latitude pour trouver six ou huit mois. S. Jacques, 5, 17, cite d'ailleurs tout à fait les mêmes chiffres que le Sauveur, preuve que la tradition juive les avait depuis longtemps déterminés. Dans tout le pays est une hyperbole populaire pour désigner la Palestine.

Luc chap. 4 verset 26. - Et cependant, Elie ne fut envoyé à aucune d’elles, mais à une femme veuve de Sarepta, dans le pays de Sidon. - Détail intéressant, que nous aurions ignoré sans Jésus ; en effet, si l'histoire sainte parle tout au long de la veuve de Sarepta, elle n'ajoute pas que seule elle fut l'objet de l'intervention miraculeuse du prophète Elie. Sarepta était une bourgade phénicienne bâtie sur les bords de la Méditerranée, à peu près à égale distance de Tyr et de Sidon. Voyez Ancessi, Atlas géogr. pl. 16 ; R. Riess, Atlas de la Bible, pl. 4. Son nom hébreu était Zarpat. Non loin de son antique emplacement s'élève aujourd'hui le petit village de Surafend.

Luc chap. 4 verset 27. - Il y avait aussi beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Elisée ; et aucun d’eux ne fut guéri, si ce n’est Naaman, le Syrien. - Second exemple, tiré de la vie d'Élisée. Voyez les détails au quatrième livre des Rois, ch. 5. - Sur la multiplicité des lépreux à cette époque, comparez Ibid. 7, 3 et ss. - Au temps du prophète Élisée : cfr 3, 2 ; Marc. 2, 26 ; Act. 11, 28, etc. Les prophètes célèbres, de même que les prêtres et les rois, servaient à marquer les principales périodes de l'histoire juive. - Guéri : terme théocratique pour désigner la guérison de la lèpre, cette maladie rendant impurs au point de vue légal les malheureux qu'elle atteignait. - De ce second fait, ainsi que du premier, il résultait d'une façon très évidente que les faveurs célestes ne sont nullement restreintes à telle ou telle zone géographique : elles accompagnent la foi et non la nationalité. Que les habitants de Nazareth croient donc en Jésus, et il fera des prodiges chez eux comme il en a fait à Capharnaüm.

Luc chap. 4 verset 28. - Ils furent tous remplis de colère, dans la synagogue, en entendant ces paroles. - Ce verset signale, comme le v. 22, l'effet produit par les paroles de Jésus ; mais quel contraste ! Ils furent tous remplis de colère. C'est que, en tous lieux, « La vérité enfante la haine ». Quoique Jésus n'eût pas fait directement à ses auditeurs l'application des exemples qu'il avait signalés, ils comprirent sans peine le rapprochement. Vaudrions-nous donc moins, se dirent-ils, que la païenne de Sarepta, que l'impur Naaman ? Cette pensée les remplit aussitôt de rage. On sait que les Galiléens étaient des hommes violents, passionnés. « Leurs cœurs étaient soulevés par des tempêtes aussi soudaines que celles qui, en un moment, mettent en furie la surface, calme comme un miroir, de leur beau lac ». Farrar, Life of Christ, t. 1, p. 227 de la 23è édit.

Luc chap. 4 verset 29. - Et se levant, ils le chassèrent hors de la ville, et ils le menèrent jusqu’au sommet de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, pour le précipiter en bas. - Admirons, en passant, la rapidité du récit : elle reproduit le caractère tragique des faits. La synagogue de Nazareth fut donc témoin d'une scène affreuse. Deux ou trois voix poussent un cri de mort contre Jésus : toute l'assemblée se rallie aussitôt à ce projet sanguinaire ; des mains brutales saisissent Notre-Seigneur. On a pourtant assez de sang-froid pour ne pas exécuter sur place l'affreux attentat. Ces forcenés traînent leur victime hors de l'enceinte sacrée, puis hors de la ville. Les voilà bientôt au sommet de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie. Le genre de supplice qu'ils veulent infliger à Jésus est maintenant manifeste : il était assez usité chez tous les peuples d'alors, et l'histoire juive en contenait un terrible exemple. Cfr. 2 Paral. 25, 12. Les gracieuses montagnes qui entourent Nazareth, en particulier le Djébel es-Sîch sur le versant duquel s'appuie et s'étage la cité de Jésus, renferment plus d'un rocher à pic parfaitement approprié aux intentions homicides de la foule. Celui que l'on désigne au moins depuis l'époque des croisades sous le nom de « Mont de la chute » présente un aspect grandiose et terrible. Voyez Schegg, Gedenkbuch einer Pilgerreise, t. 2, p. 131 et ss. Sur la route qui y conduit, le pèlerin contemple avec émotion les ruines de l'église « del Tremore » bâtie autrefois à l'endroit ou Marie serait accourue désolée en apprenant le sort qu'on réservait à son divin Fils. Il est vrai que le « Mont de la chute » est situé à 3200 mètres de la ville, distance qui semble un peu longue vu les circonstances. C'est pourquoi beaucoup de voyageurs lui substituent un rocher perpendiculaire, haut de 40 à 50 pieds, qu'on voit auprès de l’Église des Maronites, tout à fait sur les limites de Nazareth. Voyez Sepp, Jerusalem u. das h. Land, t. 2, p. 88 ; Robinson, Palaestina, t. 3, p. 419 ; Stanley, Sinaï and Palestine, ch. 10. A propos de ces exécutions sommaires que le fanatisme judaïque était si prompt à décréter et qu'un faux zèle servait à justifier, comparez Act. 7, 56 et ss. 22, 22. C'était l'équivalent de la loi Lynch des Américains.

Luc chap. 4 verset 30. - Mais lui, passant au milieu d’eux, s’en alla. - On venait d'arriver, et le cruel dessein était sur le point de recevoir son accomplissement ; mais voici que Jésus se dégage tout à coup des mains de ses bourreaux et, passant au milieu d'eux, s'en alla. Quelle scène, et comme elle est admirablement décrite ! Ce s'en alla, rejeté à la fin de la phrase, n'est pas moins majestueux que la démarche du Sauveur s'en allant avec calme, sans presser le pas, comme s'il eût traversé les rangs pressés d'une foule inoffensive. Que s'est-il donc passé ? Jésus, usant de sa puissance surnaturelle, a-t-il aveuglé ces barbares ? A-t-il raidi subitement leurs membres ? S'est-il rendu lui-même invisible ? Ces expédients, auxquels ont eu recours d'anciens exégètes, nous paraissent un peu forcés. Toutefois nous ne dirons pas, avec des commentateurs contemporains, que le phénomène peut s'expliquer d'une manière purement naturelle ; nous ne croyons pas suffisant de rappeler à leur suite que l'histoire présente plus d'un cas où le calme et la majesté de l'innocence ont suffi pour paralyser la fureur de populaces ameutées. Nous admettons ici l'existence d'un miracle, tout en pensant que le miracle fut seulement moral, intérieur, et qu'il consista en ce que nous appelions ailleurs (voir l'Evang. selon S. Matth. p. 152) un triomphe remporté sur des volontés ennemies, par la seule volonté du Thaumaturge. Cfr. Joan. 7, 30, 46 ; 8, 59 ; 10, 39 ; 18, 6. L'hypothèse d'après laquelle Notre-Seigneur aurait profité, pour s'échapper, des rues étroites et tortueuses de la ville, est tout simplement absurde. Selon la juste remarque de Théophylacte, si Jésus fit alors un prodige pour éviter la mort, « ce n'est pas qu'il redoutât de souffrir, mais il attendait son heure ».

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