S. Luc et S. Matthieu se rencontrent de nouveau pour cet épisode ; mais ils ne le placent pas tout à fait à la même époque. On préfère généralement l'ordre adopté par notre évangéliste. Voyez l'Harmonie placée à la suite de l'Introduction générale. S. Luc a en outre le mérite d'être le plus complet. Dans son récit nous distinguerons 1° l'ambassade du Précurseur, 2° le discours qu'y rattacha Notre-Seigneur Jésus-Christ.
18Les disciples de Jean lui rapportèrent toutes ces choses. 19Et Jean appela deux de ses disciples, et les envoya vers Jésus, pour lui dire : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? 20Ces hommes, étant venus auprès de Jésus, lui dirent : Jean-Baptiste nous a envoyés vers vous, pour vous dire : Êtes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? 21A cette heure même, il guérit beaucoup de personnes qui avaient des maladies, et des plaies, et des esprits mauvais, et il rendit la vue à de nombreux aveugles. 22Puis, leur répondant, il dit : Allez, et rapportez à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l’évangile est annoncé aux pauvres ; 23et bienheureux est celui qui ne sera pas scandalisé en moi.
Luc chap. 7 verset 18. - Les disciples de Jean lui rapportèrent toutes ces choses. - Ce trait est propre au troisième Évangile. Quand ses disciples lui apportèrent la nouvelle des miracles et de la réputation croissante de Jésus, Jean-Baptiste était prisonnier du tétrarque Antipas, dans les cachots de Machéronte. Cfr. 3, 19 et 20. Comme le fait observer M. Planus à la suite du V. Bède, de Théophylacte, de Fr. Luc, etc., on voit percer à travers cette ligne de S. Luc les préjugés et l'antipathie que les disciples de Jean-Baptiste nourrissaient à l'égard de Notre-Seigneur. « La brièveté, le laconisme de ce verset ne laissent aucun doute sur les dispositions d'esprit et de cœur de ces amis trop jaloux de la gloire de leur maître. Évidemment, il y a dans leur empressement… une arrière-pensée contre Jésus ». S. Jean-Baptiste, Étude sur le Précurseur, p. 249.
Luc chap. 7 verset 19. - Et Jean appela deux de ses disciples, et les envoya vers Jésus, pour lui dire : Etes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? - Deux disciples quelconques : S. Luc n'avait aucun détail à fournir sur la personne des messagers. Cfr. Act. 23, 23. Sur les fausses interprétations qu'on a données, spécialement dans les temps modernes, de l'ambassade et de la question du Précurseur, voyez l'Evang. selon S. Matthieu, p. 218 et s. La vérité est que la conduite actuelle de S. Jean n'eut pour mobile ni un accès d'impatience qu'aurait excité dans l'âme du prisonnier de Machéronte la lenteur de Jésus à établir son royaume, ni un doute proprement dit sur le caractère messianique du Sauveur. Pour quiconque étudie à fond le S. Jean des Évangiles, ces deux choses sont psychologiquement impossibles : elles sont bien plus impossibles encore au point de vue du rôle divin de Jean-Baptiste. Ainsi donc, par son message, « Jean n’a pas consulté pour son propre profit mais pour celui de ses disciples », S. Hilaire, Can. 9 in Matth. Il voit que, dans les dispositions où ils se trouvent, ses disciples ne seront complètement convaincus que par Jésus lui-même : c'est pour cela qu'il les adresse à Jésus. - Celui qui doit venir : dénomination du Messie chez les Juifs. Suivant une opinion très ancienne et assez étrange, qu'on est surpris de voir adopter par S. Jérôme et par S. Grégoire-le-Grand, le Précurseur, en tenant ce langage à son Maître, se serait proposé de lui demander s'il fallait annoncer sa venue prochaine aux patriarches retenus dans les limbes, car Jean prévoyait qu'Hérode le ferait bientôt mourir. « Demande-moi si je dois t’annoncer dans les enfers, moi qui t’ai annoncé sur la terre. Convient-il vraiment que le Fils goûte la mort, et n’enverras-tu pas un autre vers ces mystères (sacrements) ? » St. Jérôme, in cap. 11 Matth. Cfr. S. Greg. Hom. 6 in Evang., et Hom. 1 in Ezech. « Cette opinion doit être absolument rejetée. Nous ne trouvons nulle part dans la sainte Écriture que saint Jean Baptiste ait eu à annoncer d’avance dans les enfers la venue du Sauveur », S. Cyrille, Cat. graec. Patr.
Luc chap. 7 verset 20. - Ces hommes, étant venus auprès de Jésus, lui dirent : Jean-Baptiste nous a envoyés vers vous, pour vous dire : Etes-vous celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? - S. Luc nous montre, et ce trait est encore spécial à sa narration, les disciples de S. Jean s'acquittant de leur mission avec fidélité.
Luc chap. 7 verset 21. - A cette heure même, il guérit beaucoup de personnes qui avaient des maladies, et des plaies, et des esprits mauvais, et il rendit la vue à de nombreux aveugles. - A la question de son Précurseur Jésus répondit de deux manières : en actes, v. 21, et en paroles, vv. 22 et 23. La réponse des faits, qui vient au premier rang, n'est mentionnée en termes exprès que dans notre Évangile ; mais S. Matthieu la suppose implicitement (9, 4). - A cette heure même. Au moment où les délégués se présentèrent, Jésus était donc en plein exercice de sa puissance miraculeuse : coïncidence assurément toute providentielle. Sous leurs yeux, il continua d'opérer de nombreux prodiges de guérison que l'évangéliste a groupés sous quatre chefs : la cure des maladies de langueur, celles des souffrances aiguës, l'expulsion des démons, la vue rendue aux aveugles. - Les exégètes modernes font à bon droit remarquer contre les rationalistes que S. Luc, l'évangéliste médecin, établit aussi bien que les autres biographes du Sauveur une distinction entre les possessions et les maladies ordinaires.
Luc chap. 7 versets 22 et 23. - Puis, leur répondant, il dit : Allez, et rapportez à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, l’évangile est annoncé aux pauvres ; 23et bienheureux est celui qui ne sera pas scandalisé en moi. - C'est la réponse proprement dite : brève, mais décisive. Elle est identiquement la même dans les deux Évangiles (voyez Matth. 11, 5, 6 et le commentaire). Comme le fait remarquer un exégète, sa force démonstrative ne ressort pas seulement des miracles opérés par Notre-Seigneur, mais plus encore du rapport étroit qui existait entre eux et le portrait du Messie tracé par les prophètes (Cfr. Is. 35, 4 et 5 ; 51, 1 et s.). Jésus semblait dire aux messagers de S. Jean : Voyez vous-mêmes. La prophétie, sous vos propres yeux, s'est transformée en histoire, en réalité. Celui que vous cherchez est donc devant vous. Mes œuvres ont occasionné votre question : pour vous répondre, je n'ai qu'à vous renvoyer à mes œuvres, car leur langage est manifeste.