L'enchaînement soit général soit particulier des formules proverbiales contenus dans ces trois versets paraît tout d'abord assez obscur ; il existe néanmoins, ainsi que nous avons essayé de le prouver en expliquant le passage parallèle de S. Marc. L'idée dominante qu'ils développent a été exprimée plus haut, vv. 8 et 10. Il faut que les disciples de Jésus écoutent avec attention sa parole, vu qu'ils seront chargés de la manifester au monde.
Luc chap. 8 verset 16. - Personne, après avoir allumé une lampe, ne la couvre d’un vase ou ne la met sous un lit ; mais il la met sur un candélabre, afin que ceux qui entrent voient la lumière. - Ces petites lampes à poignée, faites d'argile ou d'airain, ont été de tout temps usitées dans les contrées orientales. Quand on veut se passer momentanément de leur lumière, on peut aisément les placer sous un vase de quelque dimension, ou sous les divans, hauts d'un ou de deux pieds, qui servent pour les repas. Le recueil de Wetstein cite plusieurs passages des classiques qui font allusion à cette coutume : « Il a caché le poignard dans le coussin, et dissimulé la lampe sous le boisseau », Fulgentius, Myth. 3, c. 6. « Si la lumière a été couverte par quelque chose », Servius in Ǽn. 6, 724 ; etc. Au lieu de vase, S. Marc a boisseau, comme Fulgence. - Afin que ceux qui entrent voient la lumière est une particularité de notre évangéliste. La rédaction de ce verset a d'ailleurs le mérite d'être la plus vivante.
Luc chap. 8 verset 17. - Car il n’y a rien de caché qui ne soit manifesté, ni rien de secret qui ne soit connu et ne vienne au grand jour. - C'est la même pensée, avec les images en moins, et une petite explication en plus, ainsi qu'il ressort de la particule « car ». Les disciples de Jésus devront placer sur le candélabre la lumière des vérités évangéliques, car elle est faite pour éclairer le monde. Actuellement, il est vrai, l'Évangile est un secret que beaucoup ignorent ; mais ce secret est fait pour être révélé, connu de tous, mis au grand jour, selon que le dit Notre-Seigneur dans une belle gradation.
Luc chap. 8 verset 18. - Prenez donc garde à la manière dont vous écoutez. Car à celui qui a, on donnera ; et à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il croit avoir. - La conclusion de tout cela c'est, pour les futurs missionnaires du Christ, de prendre garde à la manière dont vous écoutez. Savoir bien écouter la parole de Dieu, quel précieux et rare talent ! - Car à celui qui a… Jésus motive d'une manière pressante la recommandation qui précède. Écoutez comme il faut, car, en écoutant, vous grossirez le trésor de vos connaissances spirituelles, et, plus vous serez riches, plus Dieu vous donnera, tandis que, dans le cas contraire, il vous enlèverait le peu que vous croiriez avoir. - Ce qu'il croit avoir. Dans S. Marc et Luc. 19, 26, nous lisons « qui a ». Ces mots sont d'une profonde vérité psychologique, puisque en réalité le ministre infidèle dont il s'agit ne possède absolument rien : sa prétendue richesse morale n'est qu'une affaire d'imagination, les jugements divins le lui montreront bien. On a justement affirmé de ces paroles qu'elles sont la formule d'une des lois les plus profondes du monde moral.