Ressources Catholiques Missel Romain

ÉVANGILE SELON SAINT LUC - CHAPITRE 9

 

L'envoi des Douze (vv. 1-6). - Opinion d'Hérode au sujet de Jésus (vv. 7-9). - Retour des Douze et multiplication des pains (vv. 10-17). Confession de S. Pierre et première annonce de la Passion (vv. 18-27). - La Transfiguration (vv. 28-36). - Guérison d'un paralytique (vv. 37-43). - seconde prédiction officielle de la Passion (vv. 44-45). - Leçon d'humilité et de tolérance (vv. 46-50). - Les Samaritains inhospitaliers (vv. 51-56). - Ce qu'il faut pour suivre Jésus (vv. 57-62)

17. L'envoi des Douze. 9, 1-6. Parall. Matth. 10, 1-42 ; Marc. 6, 7-13.

Jésus, ayant assemblé les douze apôtres, leur donna puissance et autorité sur tous les démons, et le pouvoir de guérir les maladies. 2Puis il les envoya prêcher le royaume de Dieu et guérir les malades. 3Et il leur dit : Ne portez rien en route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, et n’ayez pas deux tuniques. 4Dans quelque maison que vous soyez entrés, demeurez-y et n’en sortez pas. 5Et lorsqu’on ne vous aura pas reçus, sortant de cette ville, secouez la poussière même de vos pieds, en témoignage contre eux. 6Etant donc partis, ils parcouraient les villages, annonçant l’évangile et guérissant partout.

S. Luc, après avoir signalé la mission confiée aux Apôtres par Notre-Seigneur Jésus-Christ, se borne, comme S. Marc, à citer quelques extraits de l'instruction remarquable que le divin Maître leur adressa en cette circonstance. Laissant de côté les détails relatifs aux grandes fonctions que les Douze et leurs successeurs devaient exercer dans l'avenir (cfr. Matth. 10, 16-42), il n'envisage que leur rôle plus modeste et plus facile du moment présent.

Luc chap. 9 verset 1. - Jésus, ayant assemblé les douze apôtres, leur donna puissance et autorité sur tous les démons, et le pouvoir de guérir les maladies. - Ayant assemblé les douze Apôtres. Les manuscrits A, D, K, M, S, etc. les versions armén., sahid., etc. lisent simplement les Douze, et sans doute à bon droit, car c'est ainsi que S. Luc désigne d'ordinaire les Apôtres. - Avant d'envoyer les Apôtres en mission, Jésus leur confère, en guise de lettres de créance destinées à les accréditer auprès de tous, des pouvoirs extraordinaires analogues à ceux qu'il exerçait lui-même. Le premier des deux substantifs est le plus général et désigne la puissance « en soi », le second, l'autorité, est la mise en œuvre de cette puissance. - Sur tous les démons. « Tous » est emphatique et propre à S. Luc. La phrase et le pouvoir de guérir les maladies dépend, suivant les uns, du verbe « donna », suivant les autres et vraisemblablement, des substantifs « puissance et autorité ».

Luc chap. 9 verset 2. - Puis il les envoya prêcher le royaume de Dieu et guérir les malades. - Prêcher le royaume de Dieu, tel était le but principal de l'envoi des Douze. Guérir les maladies était, ainsi qu'il vient d'être dit, un moyen d'atteindre plus aisément ce but. Toutefois, et cela ressort très nettement de la narration plus explicite de S. Matthieu, 10, 7, les Apôtres n'avaient pas à s'étendre alors sur la nature, les conditions, etc. du royaume de Dieu : ils devaient simplement en annoncer le prochain établissement par le Christ.

Luc chap. 9 verset 3. - Et il leur dit : Ne portez rien en route, ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent, et n’ayez pas deux tuniques. - Il était juste que Notre-Seigneur donnât aux Douze avant leur départ quelques principes capables de diriger leur conduite dans ces circonstances toutes nouvelles pour eux. Il le fait dans les vv. 3-5. Le résumé de cette instruction est qu'ils seront toujours « si vertueux, si constants et modestes, en un mot, si célestes, que la doctrine évangélique ne sera pas moins propagée par leur manière de vivre que par leur parole ». S. Grég. de Nazianze, in Cat. graec. Patr. - Ne portez rien en route est une injonction générale, que Jésus développe ensuite par cinq traits spéciaux. - Il est intéressant de signaler les nuances qui existent ici entre les synoptiques. D'après les trois récits, les Apôtres ne doivent emporter avec eux ni argent, ni sac de voyage, ni tunique de rechange ; S. Marc et S. Luc ajoutent ni pain, détail omis par S. Matthieu. Dans le premier et le troisième Évangile, Jésus interdit aux Douze d'avoir un bâton ; dans le second, il leur permet d'en emporter un. S. Luc ne dit rien des chaussures ; S. Matthieu paraît indiquer qu'elles ne furent pas non plus autorisées par le Sauveur ; S. Marc nous montre les Apôtres munis de sandales. Voyez du reste notre commentaire sur S. Matthieu, h. l.

Luc chap. 9 versets 4 et 5. - Dans quelque maison que vous soyez entrés, demeurez-y et n’en sortez pas. 5Et lorsqu’on ne vous aura pas reçus, sortant de cette ville, secouez la poussière même de vos pieds, en témoignage contre eux. - La première recommandation concernait le départ ; elle inculquait aux Douze cette grave et belle pensée :  « La simplicité est pour le chrétien le meilleur viatique » (Clément d'Alex., Paedag. 2). La seconde, comprise dans ces deux versets, regarde leur séjour dans les localités où ils pénétraient pour prêcher. - Dans quelque maison… Ces mots ne signifient pas que les envoyés de Jésus devaient demander l'hospitalité aux premiers venus (cfr. Matth. 10, 11). Il faut entendre ici la première maison où la prudence leur permettrait de s'établir. - Et n'en sortez pas. Le texte grec primitif dit au contraire « restez-y et sortez-en ». Et pourtant la Vulgate a très bien traduit la pensée de Jésus, car la phrase grecque, prise dans son entier, revient à dire : Faites de cette maison le centre de vos allées et venues dans la localité pour votre ministère, et ne changez pas trop légèrement de domicile. Comp. 10, 7. Ce trait, ainsi arrangé, est une particularité de S. Luc. - Et lorsqu'on ne vous aura pas reçus… L'hypothèse n'était nullement chimérique, Jésus ayant alors des ennemis déclarés qui refuseraient certainement d'accueillir ses disciples, malgré le caractère si hospitalier de l'Orient en général et des Juifs en particulier. Cfr. Schoettgen, Hor. Hebr., 108. - La poussière même de vos pieds. Sur cette action symbolique, voyez l'Evang. selon S. Matth., p. 203.

Luc chap. 9 verset 6. - Etant donc partis, ils parcouraient les villages, annonçant l’évangile et guérissant partout. - De concert avec S. Marc, notre évangéliste décrit en peu de mots l’œuvre et le succès des Apôtres durant cette mission. Le trait pittoresque ils parcouraient les villages lui est propre, comme aussi l'adverbe final partout, et l'emploi du verbe annonçant l'évangile. « En tant que docteurs, dit Eusèbe sur ce passage (ap. Cat. D. Thomae), les Douze annonçaient la bonne nouvelle ; en tant que médecins ils guérissaient, confirmant leur prédication par leurs miracles ».

...suite