22. Guérison d'un paralytique. 9, 37-43. Parall. Matth. 17, 14-20 ; Marc. 9, 17-28.
37Or il arriva, le jour suivant, comme ils descendaient de la montagne, qu’une foule nombreuse vint au-devant d’eux. 38Et voici qu’un homme s’écria, du sein de la foule, et dit : Maître, je vous en supplie, jetez un regard sur mon fils, car c’est mon unique enfant. 39Un esprit se saisit de lui, et aussitôt il pousse des cris ; il le renverse à terre, il l’agite en le faisant écumer, et il ne le quitte qu’à grand’peine, après l’avoir tout déchiré. 40J’ai prié vos disciples de le chasser, et ils n’ont pas pu. 41Alors Jésus, prenant la parole, dit : O race incrédule et perverse, jusques à quand serai-je avec vous et vous souffrirai-je ? Amène ici ton fils. 42Et comme il approchait, le démon le jeta par terre et l’agita violemment. 43Mais Jésus menaça l’esprit impur, et guérit l’enfant, et le rendit à son père.
S. Luc abrège encore ; il a même omis divers traits. Sa description de l'état du malade au v. 39 rappelle néanmoins celle de S. Marc, qui est si belle et si graphique.
Luc chap. 9 verset 37. - Or il arriva, le jour suivant, comme ils descendaient de la montagne, qu’une foule nombreuse vint au-devant d’eux. - Le jour suivant. De ce petit détail chronologique, signalé par le seul S. Luc, il résulte que Jésus et les siens avaient passé la nuit sur la montagne de la transfiguration ; probablement même que le prodige avait eu lieu pendant la nuit. - Une foule nombreuse… Voyez dans la narration de S. Marc des particularités pleines d'intérêt.
Luc chap. 9 verset 38. - Et voici qu’un homme s’écria, du sein de la foule, et dit : Maître, je vous en supplie, jetez un regard sur mon fils, car c’est mon unique enfant. - Maître… Cette première partie de la demande du suppliant est exposée dans notre Évangile sous une forme très touchante. - Je vous en supplie… car c'est mon unique…, sont des traits propres à S. Luc. Jetez un regard sur mon fils (S. Matth. « ayez pitié de mon fils ») est d'une grande délicatesse. « J'admire la sagesse de cet homme, s'écrie Tite de Bosra (Cat. D. Thom., h. l.). Il ne dit pas au Sauveur : Faites ceci ou cela, mais : Regardez ! Car cela suffit pour le guérir. C'est ainsi que le Prophète disait : Regardez et prenez pitié de moi ».
Luc chap. 9 verset 39. - Un esprit se saisit de lui, et aussitôt il pousse des cris ; il le renverse à terre, il l’agite en le faisant écumer, et il ne le quitte qu’à grand’peine, après l’avoir tout déchiré. - Le pauvre père essaie d'exciter davantage encore la pitié de Jésus par une peinture énergique des terribles crises qui saisissaient fréquemment son fils. - Un esprit se saisit de lui. La maladie nerveuse dont souffrait l'enfant était donc la conséquence d'une possession démoniaque. - Aussitôt il pousse des cris (trait spécial). Remarquez le brusque changement des sujets, si conforme aux sentiments émus du suppliant. « Cris » retombe en effet sur le malade et non sur le démon. - Il le renverse et l'agite. Il n'y a qu'un verbe dans le texte grec, qui a le sens de tordre, tourmenter. - En le faisant écumer. Paulus Aegineta, l'un des derniers médecins illustres de l'antiquité, cite, dans sa description de l'épilepsie, plusieurs circonstances qui présentent une grande analogie avec le triste tableau tracé de concert par les trois synoptiques : « L’épilepsie est une convulsion de tout le corps, empêchant les actions normales. Cette maladie affecte surtout les enfants, mais aussi, et fortement, les adolescents. Quand apparaissent les symptômes de la maladie, l’épileptique tombe par terre, entre en convulsions, et il exprime parfois des paroles incohérentes. Le plus important de tous les signes est la bave qui sort de sa bouche. ». L'enfant était donc vraisemblablement épileptique ; mais l'évangéliste médecin n'hésite pas à reconnaître ici quelque chose de plus que le mal physique. - A peine le quitte-il après l'avoir déchiré. Nouvelle particularité de S. Luc, pour clore le tableau.
Luc chap. 9 verset 40. - J’ai prié vos disciples de le chasser, et ils n’ont pas pu. - Dans les deux autres narrations, Jésus explique un peu plus bas aux disciples le motif de leur impuissance humiliante. Voyez l'Evang. selon S. Matth., p. 343 et ss. Le v. 41 indique du moins implicitement ce motif.
Luc chap. 9 verset 41. - Alors Jésus, prenant la parole, dit : O race incrédule et perverse, jusques à quand serai-je avec vous et vous souffrirai-je ? Amène ici ton fils. - Le Sauveur est vivement affecté de l'échec des siens. Ne leur avait-il pas donné de pleins pouvoirs sur tous les démons ? Mais ni eux, ni le peuple, n'ont une foi suffisante, et c'est pour cela qu'ils sont vaincus. La pensée de cette incrédulité partielle chez les uns, totale pour les autres, fait souhaiter à Jésus de remonter bientôt vers son divin Père.