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2° Qualités de la prière. vv. 5-13

5Il leur dit encore : Si l’un de vous a un ami, et qu’il aille le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : Mon ami, prête-moi trois pains, 6car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir, 7et si, de l’intérieur, l’autre répond : Ne m’importune pas ; la porte est déjà fermée, et mes enfants et moi nous sommes au lit ; je ne puis me lever pour t’en donner ; 8si cependant le premier continue de frapper, je vous le dis, quand même il ne se lèverait pas pour lui en donner parce qu’il est son ami, il se lèvera du moins à cause de son importunité, et il lui en donnera autant qu’il lui en faut. 9Et moi, je vous dis : Demandez, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez à la porte, et on vous ouvrira. 10Car quiconque demande, reçoit ; et qui cherche, trouve ; et à celui qui frappe à la porte, on ouvrira. 11Si l’un de vous demande du pain à son père, celui-ci lui donnera-t-il une pierre ? Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu du poisson ? 12Ou, s’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? 13Si donc vous, qui êtes méchants, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans le ciel donnera-t-il l’Esprit bon à ceux qui le lui demandent !

« Celui qu’on doit chercher à fléchir par des prières t’a remis à toi la norme de la supplication », S. Jean Chrysost. C'est là pour nous une grande consolation, car notre céleste instructeur savait mieux que nous par quel art, par quelles requêtes, par quelles expressions nous toucherions le mieux son cœur. Mais voici qu'il nous enseigne maintenant, chose non moins précieuse, les conditions d'une bonne prière, qui sont 1° une sainte hardiesse produisant la persévérance, v. 5-10, 2° une entière confiance, vv. 11-13.

Luc chap. 11 versets 5 et 6. - Il leur dit encore : Si l’un de vous a un ami, et qu’il aille le trouver au milieu de la nuit, pour lui dire : Mon ami, prête-moi trois pains, 6car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir. - La première condition est exprimée d'abord au moyen d'une petite parabole familière, vv. 5-8, qui est d'un pittoresque achevé. - Si l'un de vous a …. Cette interrogation au début du récit l'anime, et pique l'attention. Mais la construction devient bientôt tout à fait irrégulière, car la phrase s'achève autrement qu'elle avait commencé, le tour interrogatif disparaissant à la fin du v. 6 pour se transformer en une proposition conditionnelle. Voir au v. 11, et Matth. 7, 9 et ss., d'autres exemples de ces ruptures syntaxiques (anacoluthes). - Au milieu de la nuit. Jésus mentionne cette heure à dessein, comme la moins opportune pour obtenir une faveur de la part des hommes. Le suppliant propose du moins sa requête aussi bien que possible. Il met en tête un « mon ami » plein d'emphase, qui servira à capter sa bienveillance. Ensuite il va droit au but : prête-moi trois pains. Après tout, n'était-ce pas demander un bien petit service ? Ce n'est d'ailleurs pas pour lui-même, ajoute-t-il par manière d'excuse, qu'il vient importuner son ami à un pareil moment ; mais un hôte lui est arrivé à l'improviste, fatigué, affamé, et il se trouve n'avoir rien à lui offrir, toutes ses provisions étant épuisées depuis le repas du soir. N'est-ce pas là une raison suffisante pour venir frapper, même à minuit, à la porte d'un ami ? D'autant mieux que l'hôte est également un ami du demandeur, et que « les amis de nos amis sont nos amis ». - A propos des trois pains, Maldonat fait cette naïve et intéressante réflexion, qu'on retrouve d'ailleurs dans plusieurs autres commentaires récents : « Il a dit trois, si je ne m’abuse, car celui qui demandait devait être ami de celui à qui il demandait;  et il en fallait un troisième qui était leur ami commun, au cas où l’amitié des deux premiers n’aurait pas été suffisante ». Nous préférons dire simplement avec M. Bisping que « le nombre trois ne sert qu'à rendre l'image plus concrète ». Le lecteur sait que les pains de l'orient consistent des galettes peu épaisses, dont la dimension ne dépasse pas celle de nos assiettes. Notons encore que les Orientaux, pour éviter la brûlante chaleur du jour, voyagent d'ordinaire la nuit durant la belle saison : c'est pour cela que l'hôte de la parabole arrive si tard et occasionne de si grands dérangements.

Luc chap. 11 verset 7. - Et si, de l’intérieur, l’autre répond : Ne m’importune pas ; la porte est déjà fermée, et mes enfants et moi nous sommes au lit ; je ne puis me lever pour t’en donner. - De son lit où il reposait confortablement, l'ami interpellé répond par un refus péremptoire, signifié en termes très durs. On voit, à travers son langage, l'homme éveillé en sursaut au beau milieu de son premier sommeil, et plein de mauvaise humeur contre celui qui est venu le troubler. Ainsi, pas de réponse polie en retour du titre aimable qu'on lui avait tout d'abord adressé ; mais, immédiatement, ces mots si rudes, ne m'importune pas, plus rudes encore dans le texte grec. Cependant, il croit devoir légitimer son refus. En premier lieu sa maison était dûment fermée ; or les lourdes pièces de bois ou de fer qui servaient à barricader les portes des anciens ne s'enlevaient pas en un instant. De plus, et ce détail si délicat contenait une raison en apparence parfaitement plausible, ses petits-enfants dormaient à ses côtés ; et ne les éveillerait-il pas en remuant les barres de la porte, en ouvrant les placards pour rendre le service demandé ? Donc, comme conclusion,  je ne puis me lever pour t’en donner. Tâchez de vous procurer vos pains ailleurs. - Plusieurs commentateurs, à la suite de S. Augustin, Epist. 130, 8, donnent à enfants le sens de serviteurs. Alors l'idée serait : Tout le monde est couché, il n'y a personne pour m'aider à ouvrir, ou bien, pour chercher les objets demandés. Mais le texte grec emploie le diminutif de enfants, qui ne s'applique qu'au fils de la maison. - Il n'est pas nécessaire de prendre trop à la lettre les mots mes enfants et moi sommes au lit : ils demeurent vrais quand même chacun des enfants eût reposé sur sa propre couchette, étendue à terre dans la chambre commune, auprès du divan du père. Cette interprétation semble plus conforme aux mœurs de l'Orient.

Luc chap. 11 verset 8. - Si cependant le premier continue de frapper, je vous le dis, quand même il ne se lèverait pas pour lui en donner parce qu’il est son ami, il se lèvera du moins à cause de son importunité, et il lui en donnera autant qu’il lui en faut. - Toute cette ligne manque dans le texte original : la pensée qu'elle exprime se supplée d'ailleurs sans peine. On suppose donc que le demandeur, malgré le refus de son ami, aura continué de frapper à la porte sans se décourager. Jésus se sert, pour caractériser cette conduite finalement couronnée d'un plein succès, d'une expression énergique, littéralement : impudence, indélicatesse, que la Vulgate traduit par effronterie. « Il n'est rien que l'effronterie ne parvienne à arracher », écrivait Pétrone dans le même sens. Les Grecs disaient aussi d'une manière proverbiale : l'impudence est un dieu. Et les Juifs : « l'impudence obtient même des résultats en présence de Dieu ».

Luc chap. 11 versets 9 et 10. - Et moi, je vous dis : Demandez, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez à la porte, et on vous ouvrira. 10Car quiconque demande, reçoit ; et qui cherche, trouve ; et à celui qui frappe à la porte, on ouvrira. - Dans ces deux versets, Notre-Seigneur tire la conclusion de son charmant récit. « Il montre que la pusillanimité dans les prières est condamnable », Cyrille (Cat. graec. Patr.). - Et moi je vous dis. Il y a une grande force dans ce et moi. S. Cyrille a raison d'ajouter que « un serment a de la force ». Il y a également une grande force dans les trois verbes demandez, cherchez, frappez, rangés par gradation ascendante, pour représenter l'énergie du suppliant, sa persévérance infatigable, croissant avec les obstacles et réussissant à les surmonter. En effet, on vous donnera, vous trouverez, on vous ouvrira, disent trois autres verbes qui correspondent aux premiers. « Parce que nous apportons à la prière de la lenteur et de la paresse, et que nous nous faisons une piètre estimation  de la bienveillance de notre Père et en attendons peu,  il répète avec insistance la même chose de trois façons différentes », Luc de Bruges. Cfr. Matth. 7, 7 et ss., où l'on trouve la reproduction de la même pensée. - Donc, ne craignons pas d'agir envers Dieu avec une sainte hardiesse quand nous lui demandons ses grâces. Si la persistance dans la demande triomphe de la dureté des hommes, combien plus triomphera-t-elle de la bonté de Dieu. En effet, dans l'application de la parabole, la comparaison a lieu à fortiori : « … si un homme endormi est forcé de donner ce qu'on lui demande après qu'on l'a éveillé malgré lui, avec quelle bonté donnera celui qui ne dort jamais et qui nous éveille pour que nous lui demandions ! ». S. August. Epist. 130, 8.

Luc chap. 11 versets 11 et 12. - Si l’un de vous demande du pain à son père, celui-ci lui donnera-t-il une pierre ? Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu du poisson ? 12Ou, s’il demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion ? - Jésus développe maintenant, vv. 11-13, une seconde condition de la prière, qui est la confiance. Quand nous prions Dieu, c'est à un père que nous nous adressons, et ce père ne saurait manquer de nous écouter favorablement. Ainsi donc, après nous avoir montré ce que l'on peut attendre d'un ami, Notre-Seigneur nous indique ce que nous sommes en droit d'attendre d'un père, mais d'un père céleste. Voyez Matth. 7, 9-11, cette idée exposée antérieurement par Jésus. - Si l’un de vous demande du pain à son père. Avec quelle grâce Jésus choisit ses comparaisons dans le petit monde de la famille, afin de mieux frapper ses auditeurs et d'inculquer plus profondément ses leçons ! Les trois rapprochements qu'il établit sont des plus naturels, à cause de la ressemblance qui existe entre les objets mentionnés : le pain et la pierre, le serpent et le poisson, l’œuf et le scorpion. En effet, quand le scorpion s'enroule sur lui-même, il a bien la forme d'un œuf quoiqu'il n'en ait pas la couleur. Le rapprochement devient encore plus saisissant dans le cas où Jésus aurait eu en vue non le scorpion ordinaire, mais, comme tout porte à le croire, le gros scorpion blanc qu'on trouve fréquemment en Palestine et en Syrie. Voyez Pline, Hist. Nat. 11, 25 ; Bochart, Hierozoïcon, t. 2, p. 641. Le lecteur sait que cet animal, qui appartient à la classe Arachnida et à l'ordre Pulmonaria, est une des pestes de l'orient biblique. Il porte à l'extrémité de sa queue un dard chargé de venin, et sa piqûre, toujours douloureuse, occasionne parfois la mort. Quel père serait donc assez inhumain pour mettre un scorpion au lieu d'un œuf dans la main de son enfant ?

Luc chap. 11 verset 13. - Si donc vous, qui êtes méchants, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans le ciel donnera-t-il l’Esprit bon à ceux qui le lui demandent ! - Dans l'épithète sévère, mais malheureusement trop juste, que le Sauveur adresse à l'humanité, un ancien commentateur trouve à bon droit une « illustre preuve du péché originel ». - Votre Père qui est dans le ciel : le père par excellence, « de qui tout procède dans le ciel et sur la terre » (Eph. 3, 15). - Il vous donnera l'Esprit bon : dans le grec, l'Esprit saint, car c'est bien de lui qu'il est question. L'opposition ne saurait être plus forte : les hommes donnent à leurs enfants de bonnes choses, autant qu'ils le peuvent ; Dieu accorde aux siens son Esprit, ce qu'il a et ce qu'il y a de plus parfait ! Comment ne le supplierions-nous pas avec confiance ?

 

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