Ressources Catholiques Missel Romain

2° Malheur aux Pharisiens, vv. 39-44

39Mais le Seigneur lui dit : Vous autres, pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat ; mais ce qui est au dedans de vous est plein de rapine et d’iniquité. 40Insensés, celui qui a fait le dehors n’a-t-il pas fait aussi le dedans ? 41Cependant donnez en aumône votre superflu, et voici que tout sera pur pour vous. 42Mais malheur à vous, pharisiens, parce que vous payez la dîme de la menthe, et de la rue, et de tous les légumes, et que vous négligez la justice et l’amour de Dieu ; il fallait cependant faire ces choses, sans omettre les autres. 43Malheur à vous, pharisiens, parce que vous aimez les premiers sièges dans les synagogues, et les salutations sur la place publique. 44Malheur à vous, parce que vous êtes comme des sépulcres qui ne paraissent pas, et sur lesquels les hommes marchent sans le savoir.

Luc chap. 11 verset 39. - Mais le Seigneur lui dit : Vous autres, pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat ; mais ce qui est au dedans de vous est plein de rapine et d’iniquité. - Le Seigneur lui dit : Expression solennelle : c'est comme Seigneur que Jésus va parler. On a remarqué depuis longtemps que son discours présente une ressemblance frappante avec celui qui est relaté au 23è chap. de S. Matthieu. Mais chacun des narrateurs fixe si nettement les dates en ce double passage, et ces dates, de même que les localités, diffèrent tellement, qu'il est impossible de ne pas admette une répétition des mêmes vérités devant divers auditoires. Telle était déjà l'opinion de S. Augustin : « Selon S. Matthieu… le Seigneur était déjà arrivé de la Galilée à Jérusalem; et si l'on examine l'ordre des événements qui précèdent ce discours, on est porté à croire qu'ils se sont passés dans cette dernière ville. Saint Luc au contraire suppose dans son récit que le Seigneur était toujours sur le chemin de Jérusalem. Aussi suis-je porté à croire que ce sont deux discours différents, cités, le premier par un Évangéliste, et le second par un autre. » De cons. Evang. l. 2, c. 75. D'ailleurs, dans le troisième Évangile, les idées sont moins développées, et puis, ce ne sont pas seulement les Pharisiens, mais aussi les Scribes qui reçoivent les malédictions de Jésus. Cfr. v. 45 et ss. Cette autre différence prouve encore que les deux discours ne sont pas complètement parallèles. Le Sauveur aura donc flagellé une première fois les vices de ses ennemis devant un auditoire plus restreint, avant de fulminer contre eux, à Jérusalem même, sous les portiques du temple et en présence d'une foule immense, son grand réquisitoire. Cfr. 20, 45-47. - Vous autres, Pharisiens… Jésus ne s'adresse pas exclusivement à celui qui l'avait invité, mais aux convives en général, car ils appartenaient tous sans doute à la secte. On a osé trouver mauvais que Notre-Seigneur ait lancé des reproches si énergiques contre un homme dont il avait accepté l'hospitalité, et cela dans sa propre maison, à sa propre table. Mais Jésus avait des motifs suffisants pour s'écarter en cette occasion des lois ordinaires des « bonnes manières ». Toujours aimable et condescendant à l'égard des pécheurs même les plus dégradés, il s'est toujours montré sévère, inexorable, à l'égard des hypocrites qui gâtaient son peuple : ce roi de vérité ne peut supporter le mensonge, et il a bien le droit de le démasquer partout, même chez un amphitryon déloyal (voyez le v. 37 et l'explication). Aussi Ebrard répondait-il de la manière la plus heureuse à cette objection de Strauss : « Je puis certifier à Strauss que, si Notre-Seigneur s'asseyait de nos jours à sa table, il serait tout aussi peu civil » (cité par Stier, Reden des Herrn, h. l.). Cfr. S. August., de Verb. Dom. Serm. 38. - Vous nettoyez le dehors de la coupe…  « Jésus tient compte du temps, et il tire de ce qu’il a sous la main un enseignement. On en était à l’heure du repas, et il prend comme exemple une coupe et un plat », S. Cyrille, Cat. graec. Patr. Aussi, rien de plus naturel que ce début et, par là-même, rien de plus frappant. - Mais ce qui est au-dedans de vous : votre âme, la partie la plus intime de vous-mêmes. Quelle opposition hardie ! La vaisselle et les âmes. Mais Jésus ne faisait que décrire ce qu'il contemplait. Autant les plats et les coupes qu'il avait devant lui sur la table, lavés, frottés dix fois le jour, étincelaient et brillaient, autant les cœurs des hommes qui l'entouraient étaient souillés, car la rapine (un vice désigné en particulier) et l'iniquité (le vice en général) les remplissaient de manière à les faire déborder. Quelques interprètes obtiennent cet autre sens : L'intérieur de la coupe et du plat regorge de votre rapine et de votre iniquité, c'est-à-dire : Vos repas sont le produit de l'injustice. Cfr. Matth. 23, 25, dans le texte grec. Mais c'est là évidemment une construction forcée.

Luc chap. 11 verset 40. - Insensés, celui qui a fait le dehors n’a-t-il pas fait aussi le dedans ? - Insensés. Épithète parfaitement choisie, car Jésus va démontrer par un raisonnement rapide, mais lumineux, combien la conduite des Pharisiens était déraisonnable au point de vue moral et religieux. - Certains commentateurs (Elsner, Kypke, Kuinoel, etc.) traduisent : Celui qui a purifié le dehors n'est pas pur au dedans pour cela. Rien ne justifie cette interprétation. Celui qui a purifié le dehors, c'est Dieu, créateur de toutes choses (Cfr. Gen. 1, 1) ; le dehors représente ici le corps humain, et le dedans l'âme humaine. La pensée de Jésus revient donc à ces mots du Vén. Bède : « Celui qui a fait l’une et l’autre natures de l’homme désire que les deux soient purifiées ». Ne serait-il pas absurde de veiller à la propreté matérielle du corps, et de négliger la sainteté de l'âme ? De croire qu'un corps bien lavé peut rendre agréable à Dieu un cœur souillé par le péché ?

Luc chap. 11 verset 41. - Cependant donnez en aumône votre superflu, et voici que tout sera pur pour vous. - Pendant longtemps nous avons aimé à voir dans ce verset, avec de nombreux exégètes contemporains, un trait de mordante ironie. Il nous semblait peu naturel, peu conforme à l'esprit général du discours, de supposer que Notre-Seigneur eût glissé une exhortation isolée au milieu de si vifs reproches. La phrase nous paraissait équivaloir à cette traduction libre de Kuinoel : « En conséquence, donnez de toute façon une obole aux pauvres. Vous n’aurez plus alors à vous demander avec inquiétude  si vous vous êtes procuré de la nourriture injustement. Tout, alors vous sera pur. ». Mais, tout bien considéré, nous préférons revenir au sentiment des anciens, qui, prenant les paroles de Jésus dans leurs sens obvie, en écartent toute allusion ironique. S'interrompant donc au milieu de ses terribles reproches, le Sauveur indique aux Pharisiens, à la place de leurs vaines ablutions qui étaient incapables de les purifier, un moyen sérieux d'effacer leurs péchés. Faites l'aumône, leur dit-il, et vous serez purs devant Dieu ! L'Écriture Sainte abonde en textes analogues, qui mettent en relief le caractère propitiatoire de l'aumône. Qu'il suffise de citer Dan. 4, 24 ; Tob. 4, 11, 12 ; 1 Petr. 4, 8. Et les Rabbins disaient d'une manière analogue : « L’aumône a une valeur égale à celle de toutes les vertus », Bava bathra, f. 9, 1. Non sans doute que l'aumône puisse, à elle seule, expier toute espèce de crimes. Du moins, et telle était surtout la pensée de Jésus, elle est beaucoup plus propre à purifier l'âme que toutes les eaux de la mer et des rivières, appliquées en lotions extérieures (D. Calmet. Cfr. Maldonat). - Votre superflu. Ce n'est certainement pas la traduction exacte du texte grec, toutefois on discute sur le véritable sens. D'après Théophylacte, il s'agirait des biens, de la fortune. Il est plus conforme à l'étymologie et à l'usage de traduire par « ce qui est dedans », c'est-à-dire le contenu de votre coupe et de votre plat, par conséquent : votre breuvage et votre nourriture. - Et voici que : indique d'une manière pittoresque la promptitude avec laquelle le résultat sera produit : tout sera pur pour vous.

...suite