L'entrée de Notre Seigneur Jésus-Christ à Jérusalem ouvre une nouvelle période de sa vie, connue généralement sous le nom de Vie souffrante, quoique, à proprement parler, la Passion n'ait compris que les vingt-quatre dernières heures. A partir de ce moment, le récit évangélique, qui s'était borné pour l'ordinaire à consigner les actions et les paroles les plus saillantes du Sauveur, se transforme pour ainsi dire en un journal très circonstancié, qui nous permettra de suivre Jésus-christ heure par heure, jusqu'au « tout est consommé » du Calvaire. Les événements acquièrent en effet une importante capitale puisque c'est alors que se consomma le grand œuvre de la Rédemption. Il n'est pas besoin de dire que nous étudierons avec un redoublement de foi et d'amour ces pages dont chaque trait nous rappelle la parole de s. Jean « À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang », Apoc. 1, 5. Nous diviserons en trois sections cette partie de l'Évangile selon S. Matthieu : la première expose l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, 21, 1-11 ; la seconde décrit avec beaucoup de détails l'activité messianique du Sauveur dans la capital juive durant la dernière semaine de sa vie, 21, 12-25, 46, et spécialement sa lutte victorieuse contre ses ennemis ; la troisième enfin contient le récit de ses souffrances et de sa mort, 26, 1-27, 66.
Parall. Marc. 11, 1-11 ; Luc. 19, 29-44 ; Jean. 12, 12-19.
« Quoique le premier avènement de Jésus-Christ, contre l'attente des Juifs, dût se passer en humilité, il ne devait pas être destitué de cette gloire et de cet éclat que les Juifs attendaient. Cet éclat était nécessaire pour leur faire voir que, tout humble qu'était le Sauveur et tout méprisable qu'il paraissait selon le monde, il y avait dans ses actions et dans sa personne de quoi lui attirer la plus grande gloire que les hommes puissent donner sur la terre, et jusqu'à le faire roi, si l'ingratitude des Juifs et une secrète dispensation de la sagesse de Dieu ne l'eût empêché. C'est donc ce qui parut à cette entrée, la plus éclatante et la plus belle qui fut jamais, puisqu'on y voit un homme, qui paraissait le dernier de tous les hommes en considération et en puissance, recevoir tout d'un coup de tout le peuple, dans la ville royale et dans le temple, des honneurs plus grands que n'en avaient jamais reçu les plus grands rois. Voilà donc cet éclat dont nous parlons : mais le caractère d'humiliation et d'infirmité, inséparable de l'état du Fils de Dieu sur la terre, n'y devait pas être oublié, et nous l'y verrons aussi ». Bossuet, Méditat. sur l'Évangile, la dernière semaine, 1er jour. Tous les exégètes ont relevé ce mélange étonnant de gloire et d'humilité qui nous frappera dans le triomphe de Jésus, le seul qu'il ait permis qu'on lui décernât de son vivant. Mais il fallait qu'il employât ce dernier moyen pour toucher les cœurs rebelles : c'était une preuve suprême de son caractère messianique donnée à Jérusalem incrédule, sous la forme prédite anciennement par les Prophètes. Cf. vv. 4 et 5.