Ressources Catholiques Missel Romain

b. L’entrée triomphale, vv. 7-11.

7Ils amenèrent l’ânesse et l’ânon, mirent sur eux leurs vêtements et le firent asseoir dessus. 8Or, une foule nombreuse étendit ses vêtements sur le chemin ; d’autres coupaient des branches d’arbres, et en jonchaient le chemin. 9Et les foules qui précédaient Jésus, et celles qui le suivaient, criaient : Hosanna au fils de David. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux. 10Et lorsqu’il fut entré dans Jérusalem, toute la ville fut émue, et disait : Quel est celui-ci ? 11Et le peuple disait : C’est Jésus, le prophète de Nazareth en Galilée.

 

Matthieu chap. 21 verset 7. - Ils amenèrent l’ânesse et l’ânon, mirent sur eux leurs vêtements et le firent asseoir dessus. - L'ânesse et l'ânon. L’ânon était encore indompté, comme le note S. Marc, 11, 2 ; on amène sa mère avec lui pour le rendre plus docile, bien que celle-ci ne dût pas servir de monture à Jésus. Cf. Marc. 11, 7 ; Luc. 19, 35 ; Joan. 12, 14. - Mirent sur eux leurs vêtements... au moment où ils reviennent près de leur Maître, les deux disciples étendent sur le dos de l’ânesse et de l’ânon, en guise de selles ou plutôt de housses à la façon de l’Orient, ces grands manteaux que les Hébreux portaient toujours avec eux, et qui pouvaient au besoin leur servir de couverture pendant la nuit ; voir l’explication de v. 40. - Et le firent asseoir dessus, c’est-à-dire sur les vêtements. C’est en effet l’explication la plus naturelle. Cependant quelques exégètes admettent que l'évangéliste aurait considéré les deux animaux comme un tout indivis, ou bien il aurait voulu dire que Jésus monta à tour de rôle sur l'ânesse et sur l'ânon. Cette dernière conjecture, adoptée par plusieurs écrivains anciens, est complètement invraisemblable : celle de Strauss, qui font monter Notre Seigneur « en même temps » sur les deux animaux pour tourner l'Évangile en ridicule, est indigne d'un homme sensé.

 

Matthieu chap. 21 verset 8. - Or, une foule nombreuse étendit ses vêtements sur le chemin ; d’autres coupaient des branches d’arbres, et en jonchaient le chemin. - Tous les préparatifs sont terminés et le cortège se met en marche, formant une procession glorieuse ; mais dans cette marche triomphale il n’y a rien de politique ni de profane, les moindres détails manifestent au contraire un caractère franchement religieux, le seul du reste qui fût digne du Messie. L’évangéliste a décrit avec amour tous les traits de cette scène unique. Il nous montre d’abord l’assistance nombreuse qui se pressait autour de Jésus, une foule nombreuse : c’étaient des Juifs venus de toutes les régions de la Palestine à Jérusalem pour y célébrer la Pâque ; ils étaient allés au-devant de Jésus à Béthanie et ils l’accompagnent jusqu’au temple au milieu des marques les plus touchantes de leur foi et de leur amour. - Étendit ses vêtements... Les plus rapprochés du Sauveur enlèvent leur Mehîl, comme avaient fait les deux disciples, v. 7, et ils les étendent au milieu de la route sur son passage comme des tapis. C’était là une manifestation tout orientale dont nous trouvons des traces dès l’époque de Jéhu, Cf. 4 Reg. 9, 13, et qui s’est conservée jusqu’à nos jours. Le Dr Robinson raconte en effet qu’en 1834 le consul anglais de Damas s’étant rendu à Bethléem, les habitants de cette ville, qui s’étaient révoltés contre les Turcs et qui redoutaient les représailles les plus terribles, allèrent au-devant de lui pour implorer sa protection et se mirent à étendre leurs vêtements sous les pieds de son cheval, de la façon la plus spontanée ; Palæstina, t. 2, p. 383. Nous lisons dans les Antiquités de l’historien Josèphe, 2. 8, 5, que les Juifs rendirent le même honneur à Alexandre le Grand quand il fit son entrée à Jérusalem. - D'autres coupaient... La route était, sur tout le parcours, bordée d’oliviers et d’autres arbres touffus auxquels il était aisé d’enlever quelques rameaux sans leur nuire : chacun se munit d’une branche en signe de joie. On répandit aussi des feuilles sous les pas de Jésus comme nous faisons encore au jour de la Fête-Dieu. On avait fêté de la même manière le héros juif Judas Machabée, le jour où il avait purifié le temple après l’avoir repris aux infidèles. Cf. 2 Mach. 10, 7.

 

Matthieu chap. 21 verset 9. - Et les foules qui précédaient Jésus, et celles qui le suivaient, criaient : Hosanna au fils de David. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux. - Après les actes viennent les paroles. Le cortège fut d’abord silencieux pendant quelque temps ; mais bientôt, « lorsqu’il approchait déjà de la descente de la montagne des Oliviers, toutes les foules des disciples, transportées de joie, se mirent à louer Dieu à haute voix pour toutes les merveilles qu’ils avaient vues », Luc. 19, 37. Une double circonstance fit éclater tout à coup l’enthousiasme. A cet endroit marqué par S. Luc, la ville sainte apparaissait soudain dans toute sa magnificence, et en avant se dressait le temple éblouissant de splendeur ; Cf. 24, 1 et le commentaire. A la vue de la capitale du Messie, à la vue de son palais auquel on le conduit, la foule ne peut se contenir et elle se livre librement à ses joyeux transports. D’un autre côté, c’est là sans doute qu’une seconde procession, partie de Jérusalem pour aller à la rencontre du Sauveur, rejoignit le cortège qui venait de Bethphagé, Cf. Joan. 12, 17. Quand ces deux multitudes arrivèrent en face l’une de l’autre, cernant avec amour Jésus au milieu d’elles, l’allégresse fut à son comble et des cris de bénédiction s’échappèrent de toutes les poitrines. - Les foules qui précédaient Jésus, et celles qui le suivaient : ces mots désignent sans doute les deux foules distinctes que nous venons de signaler, et qui opérèrent leur jonction sur le sommet du mont des Oliviers. - Hosanna. Il est intéressant de signaler les réflexions inspirées par cette expression juive à deux des plus célèbres Pères de l'Église Latine. S. Augustin, qui ignorait l'hébreu, donne l'interprétation suivante, mélangée de vrai et de faux : « Hosanna... est une exclamation de prière; elle indique un sentiment plutôt qu’une chose précise: ainsi sont les mots que, dans la langue latine, on appelle interjections : par exemple, dans la douleur, nous disons : hélas ! ou dans la joie nous disons : oh ! ». Le plus docte hébraïsant de l'antiquité, S. Jérôme, se rapproche davantage de la vérité lorsqu'il détermine ainsi l'étymologie et le sens du mot Hosanna : « 'Osi' signifie Sauve ; 'Anna' est l'exclamation de la personne qui prie. Si l'on veut former un seul mot, l'on dira 'Osianna' ou, en éliminant la voyelle médiane, Osanna », Epist. ad Damas. La prononciation primitive de cette locution hébraïque était Hoschiah-Na ; plus tard on écrivit Hoschah-Na par abréviation, puis Hoschahna en un seul mot, d’où nous avons fait Hosanna, à la suite des Grecs et des Latins. Ses racines étaient le verbe sauver. Elle signifie : Sauve donc ! comme traduisent les Septante. C’était par conséquent une prière ardente et pleine de foi qui semble s’être transformée plus tard en un cri d’allégresse, en un souhait de bonheur. Les Juifs la répétaient des milliers de fois à la fête des Tabernacles, en agitant des palmes qu’ils tenaient à la main, et en faisant une procession autour de l’autel des holocaustes. On comprend donc que, dans la circonstance présente, elle soit venue spontanément sur toutes les lèvres en l’honneur du Messie, que la foule désigne par son nom populaire de Fils de David. La locution entière « Hosanna au fils de David » signifie : Sauve donc le Fils de David, c’est-à-dire : Seigneur, bénissez le Messie ! - Béni soit celui qui vient. Après la prière pour le Christ, vient un salut au Christ : qu’il soit le bienvenu dans sa cité, dans son temple ! - Au nom du Seigneur, au nom de Jéhova, muni d’une mission toute divine. Zorobabel, faisant son entrée dans le second temple après la captivité de Babylone, fut accueilli par des acclamations semblables. - Nous n’avons pas dit encore que la phrase « béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » est empruntée au Ps. 117, v. 26, qui jouait aussi un grand rôle dans la liturgie de la fête des Tabernacles : les habitants de Jérusalem, dit-on, chantaient ce verset à l’arrivée des pèlerins pour les saluer. Mais qui mieux que Jésus a mérité d’être appelé le Bienvenu ? - Hosanna au plus haut des cieux. Par cette nouvelle formule, le peuple prie le Seigneur, dont le trône est au plus haut des cieux, de ratifier dans son glorieux séjour les souhaits de bonheur qu’il forme pour le Messie. Voilà donc Jésus acclamé publiquement à Jérusalem comme le Christ, par une multitude innombrable, et il accepte ces hommages populaires, lui qui pendant si longtemps les avait refusés, imposant silence à ceux qui les lui rendaient avant l’heure voulue par son Père !   

 

Matthieu chap. 21 verset 10. - Et lorsqu’il fut entré dans Jérusalem, toute la ville fut émue, et disait : Quel est celui-ci ? - Les versets 10 et 11 décrivent l’effet produit dans l’intérieur de la ville par cette entrée triomphale. Après avoir côtoyé lentement le flanc occidental de la montagne des Oliviers et franchi la vallée du Cédron, le cortège pénètre dans la sainte cité, et se dirige vers le temple. - Toute la ville fut émue. Trente-trois ans auparavant, Jérusalem s’était déjà troublée à l’occasion de Jésus, Cf. 2, 3 : mais alors c’étaient seulement des princes étrangers qui annonçaient sa naissance, tandis qu’aujourd’hui il vient en personne dans la capitale du royaume théocratique. « Émue » : le texte grec marque une violente agitation. Mille sentiments, l’amour, la haine, la crainte, l’espérance et le doute, se croisent dans les cœurs de ces hommes, venus de tous les coins du monde pour la solennité pascale, et qui attendaient alors si ardemment leur Messie. - Qui est celui-ci, demandaient les étrangers qui ne connaissaient pas Jésus, ou qui du moins n’avaient pas pu l’apercevoir au milieu d’une affluence si considérable.

 

Matthieu chap. 21 verset 11. - Et le peuple disait : C’est Jésus, le prophète de Nazareth en Galilée. - Le peuple. S. Matthieu désigne ainsi les multitudes qui avaient pris part à la marche triomphale. Elles donnent volontiers le renseignement qu’on leur demande. Celui que nous accompagnons en triomphe, comme le Christ promis, c’est Jésus, le prophète de Nazareth en Galilée. On se borne à citer son nom, sa patrie et le titre que le peuple lui conférait habituellement : cela suffisait, car ses miracles et sa prédication étaient connus du plus grand nombre. - Tel fut le triomphe de Notre Seigneur Jésus-Christ. « Dans les autres entrées, on ordonne aux peuples de parer les rues, et la joie pour ainsi dire est commandée. Ici tout se fait par le seul ravissement du peuple. Rien au dehors ne frappait les yeux : ce roi pauvre et doux était monté sur un ânon, humble et paisible monture ; ce n’était point ces chevaux fougueux, attachés à un chariot, dont la fierté attirait les regards. On ne voyait ni satellites, ni gardes, ni l’image des villes vaincues, ni leurs dépouilles ou leurs rois captifs. Les palmes qu’on portait devant lui, marquaient d’autres victoires ; tout l’appareil des triomphes ordinaires était banni de celui-ci... On conduit le Sauveur avec cette pompe sacrée par le milieu de Jérusalem jusqu’à la montagne du temple. Il y parait comme le Sauveur et comme le Maître, comme le Fils de la maison, le Fils de Dieu qu’on y sert. Ni Salomon qui en fut le fondateur, ni les pontifes qui y officiaient avec tant d’éclat, n’y avaient jamais reçu de pareils honneurs », Bossuet, Méditations, la dernière semaine, 1er jour. - On a remarqué que l’entrée du Sauveur à Jérusalem eut lieu le dix du mois de nisan, c’est-à-dire au jour même où l’agneau pascal devait être choisi et mis à part jusqu’à l’heure du sacrifice. Cf. Ex. 12, 3, 6. Jésus, le véritable agneau pascal, qui allait faire disparaître bientôt toutes les autres victimes, était ainsi conduit, à l’heure fixée par Moïse, au lieu de son immolation. Aussi a-t-on appelé à bon droit son triomphe une procession de sacrifice ; nous pouvons donc sans erreur regarder cette solennité comme le début de sa Vie souffrante. - L’entrée de Jésus à Jérusalem a été dignement célébrée par le pinceau de Lebrun, de Jos. Fuhrich, et d’Hyppolyte Flandrin (fresque de S. Germain-des-Prés).

...suite