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3. Jésus apparaît à ses disciples en Galilée, et les munit de pleins pouvoirs, vv. 16-20.

16Or, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait indiquée. 17Et le voyant, ils l’adorèrent ; cependant, quelques-uns eurent des doutes. 18Et Jésus, s’approchant, leur parla ainsi : Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre. 19Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, 20et leur enseignant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps.

Matthieu chap. 28 verset 16. - Or, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait indiquée. - Ce passage contient le récit de la plus importante des apparitions faites par Jésus à ses disciples depuis sa résurrection. Il clôt dignement l'histoire du Sauveur, dans le premier Évangile. - Onze disciples. Hélas ! Le nombre sacré de douze n'existait plus ; mais il sera bientôt complété. Cf. Act. 1, 15-26. L'évangéliste ne mentionne que les Apôtres, d'où l'on a parfois conclu qu'ils furent seuls témoins de l'apparition racontée dans les lignes suivantes. Cependant les commentateurs admettent pour la plupart que de nombreux disciples assistèrent aussi à cette scène glorieuse. On croit même qu'elle ne différait pas de celle que S. Paul mentionne dans sa première Épître aux Corinthiens, 15, 6 ; Cf. Olshausen, Stier, Ebrard, Drach, in h. l. Dans ce cas, qui nous paraît le plus probable, les Onze seraient nommés comme les principaux personnages, comme ceux à qui s'adressaient plus directement les paroles prononcées par le Christ ressuscité, vv. 18-20. - S'en allèrent. Nous avons dit plus haut, note du v. 10, qu'ils ne quittèrent pas immédiatement Jérusalem pour se rendre en Galilée. D'après la narration de S. Jean, 20, 20-26, ils étaient encore dans la capitale huit jours après la Résurrection. - Sur la montagne. La montagne sur laquelle devait avoir lieu l'entrevue avait été clairement déterminée par Jésus, soit la veille de sa mort, cf. 26, 32, soit dans une des apparitions de Jérusalem. Malheureusement, S. Matthieu n'en ayant pas fait connaître le nom, il faut renoncer à savoir quelle elle était. On a pensé au Thabor, au mont des Béatitudes, et même au Carmel, bien qu'il fût situé en dehors de la Galilée. Disons simplement avec l'Évangile que c'était une montagne de la Galilée.

 

Matthieu chap. 28 verset 17. - Et le voyant, ils l’adorèrent ; cependant, quelques-uns eurent des doutes.  - Dès que le divin Maître apparut, les disciples se prosternèrent à ses pieds, avec les sentiments les plus vifs de la foi et de l'amour. - L'évangéliste fait pourtant une restriction : quelques-uns eurent des doutes. Assurément ce ne furent pas les Apôtres qui doutèrent ; comment l'auraient-ils pu après avoir déjà contemplé à plusieurs reprises Jésus ressuscité ? Cf. Luc. 24, 19-26. Il y a donc là une nouvelle preuve qu'ils n'étaient pas seuls sur la montagne, mais que d'autres disciples, dans le sens large de l'expression, les y avaient accompagnés. Ceux-ci, bien qu'on leur eût certifié le fait de la Résurrection, bien qu'ils vissent actuellement le Sauveur de leurs propres yeux, hésitèrent pourtant encore à croire que ce fût vraiment lui. Les Onze, dans une circonstance semblable, Luc. 24, 36-37, n'avaient-ils pas supposé que c'était un fantôme qui leur apparaissait ? Il n'est donc pas nécessaire de traduire, comme on le fait quelquefois, le verbe par le plus-que-parfait : Tous l'adorèrent, c'est-à-dire crurent en lui, bien que plusieurs eussent douté auparavant. Ce sens est contraire à la pensée que voulait exprimer S. Matthieu. Après avoir présenté la masse des assistants à genoux devant Jésus, il se reprend pour noter que plusieurs d'entre les disciples n'avaient pas encore une foi parfaite.

 

Matthieu chap. 28 verset 18. - Et Jésus, s’approchant, leur parla ainsi : Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre.  - Jésus s'approche des siens afin de mieux montrer à tous, et par la voix et par le geste, que c'est bien lui qui est en leur présence. Il répond ainsi au doute qui vient d'être signalé. - Tout puissance. Cet exorde est majestueux, imposant. « Il leur montre ses lettres patentes qui témoignent de l’autorité avec laquelle ils les crée apôtre et leur accorde des pouvoirs », Maldonat in h.l. - Toute puissance sans exception, sans limite aucune, lui a été conférée par son Père. - Les expressions suivantes, dans le ciel et sur la terre, ne sont pas moins universelles ; elles représentent le royaume de Dieu selon son étendue la plus vaste. Cf. 3, 2 et le commentaire. Le Messie ressuscité, triomphant, exerce donc partout la fonction royale. Rien ne peut se soustraire à sa domination : il n'y a que Dieu qui ne lui soit point soumis. C'est la réalisation magnifique et complète du Ps. 8, qui parle en si beaux termes de la puissance de l'homme idéal, et par conséquent du Messie. C'est aussi la réalisation de plusieurs glorieuses promesses faites par Dieu à son Christ dans les écrits des prophètes : « Je te donnerai les nations pour héritage, les extrémités de la terre pour possession », Ps. 2, 8. « Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu'un de semblable à un Fils de l'homme; il s'avança vers l'ancien des jours, et on le fit approcher de lui. On lui donna la domination, la gloire et le règne; et tous les peuples, les nations, et les hommes de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit », Dan. 7, 13-14. Ces citations déterminent la nature du pouvoir dont parle ici Notre Seigneur Jésus-Christ. Il ne s'agit nullement de la puissance qu'il possède en tant que Fils de Dieu, car celle-là ne lui a pas été donnée, mais d'une autorité nouvelle, que lui ont méritée ses humiliations et ses souffrances, cf. Philipp. 2, 9, 10, d'un pouvoir dont il fut investi au jour de sa Résurrection, en tant que Rédempteur et Sauveur. Voir Maldonat, in h. l.

 

Matthieu chap. 28 verset 19. - Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.  - Après avoir posé la base de la puissance surhumaine qu'il allait conférer aux Apôtres, Jésus en décrit tout à la fois la nature et l'exercice. C'est en Galilée qu'il leur avait conféré leurs premiers privilèges ; Cf. 10, 1 et ss. : c'est en Galilée qu'il confirme et qu'il complète leurs titres, achevant par ce grand acte son œuvre messianique sur la terre. Muni lui-même de pleins pouvoirs, il nomme les Apôtres ses délégués, ses représentants. - Enseignez est une traduction inexacte d'un verbe grec qui signifie à proprement parler « transformez en disciples ». Sans doute, comme l'a dit S. Paul, il n'y a pas de disciples sans enseignement ; mais cette idée est exprimée plus bas, v. 20. Ce que le Sauveur indique tout d'abord par ce verbe, c'est la conversion en général, qu'il décomposera ensuite en ses deux éléments principaux. - Toutes les nations. Autrefois, Cf. 10, 5, Jésus avait fixé des limites assez étroites au ministère de ses apôtres ; actuellement il les envoie à la conquête du monde entier. Toutes les nations appartiennent à la sphère dans laquelle ils devront déployer leur activité. L'histoire du Christianisme et de sa diffusion à travers le monde prouve jusqu'à quel point il s'adapte à toutes les contrées sans exception, indépendamment du caractère national, des mœurs, de la civilisation. - Les baptisant. Deux choses sont nécessaires pour faire des disciples : il faut d'abord initier les individus, puis les instruire ; elles sont successivement marquées par Jésus. La première consiste dans le baptême, cette condition nécessaire de l'entrée dans le royaume des cieux ; Cf. Joan. 3, 3. - Au nom. Le texte grec implique un mouvement ; les anglais traduisent « dans le nom », les allemands « sur le nom », ce qui exprime mieux la communion qui est établie par le baptême entre le baptisé et la saint Trinité, la participation du baptisé à la nature divine, grâce à l'adoption filiale dont il devient l'objet, son incorporation à Jésus-Christ. Cf. Gal. 3, 27 ; 1 Cor. 12, 13 ; Rom. 6, 3. Il est vrai que, d'après plusieurs auteurs, telle ne serait pas la signification des mots, qui indiqueraient plutôt l'obligation de croire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. C'est ainsi que les Corinthiens, Cf. 1 Cor. 1, 17, n'avaient point été baptisés au nom de Paul, parce que leur foi n'avait pas pour objet l'Apôtre, mais le Christ. D'autres commentateurs s'arrêtent à l'interprétation suivante de Maldonat : « Le sens des paroles est : les baptisant non en votre nom, mais au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C’est-à-dire qu’elles déclarent et qu’elles attestent que ce que vous faites, vous ne faites pas en votre personne, mais en la personne du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Jésus désignerait ainsi l'autorité au nom de laquelle le ministre du sacrement de baptême ouvre aux hommes la porte de l'Église. Mais nous nous en tenons au premier sens, qui est le plus beau et le plus obvie. - du Père et du Fils… A propos des mots « les baptisant au nom du... », Tertullien disait dans son Traité du Baptême, c. 13, qu'on y trouve tout ensemble « la loi qui oblige tous les hommes à recevoir le baptême, et la formule par laquelle on doit l'administrer ». D'autres témoignages non moins anciens et non moins graves nous apprennent de même que, dès les premiers du temps du Christianisme, on prononçait sur les baptisés, lorsqu'on les lavait avec l'eau régénératrice, les noms des trois personnes divines ; cf. Just. Mart. Apol. 1 ; Hom. Clem. 11, 26, etc. Preuve que Jésus, en proférant ces noms sacrés dans la circonstance présente, faisait dépendre de leur citation explicite l'efficacité du sacrement de baptême.

 

Matthieu chap. 28 verset 20. - Et leur enseignant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et voici que je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps. - Jésus fait connaître une seconde condition qui n'est pas moins essentielle que la première pour qu'on devienne vraiment son disciple. Elle consiste dans l'accomplissement intégral de ses volontés, dans l'acceptation de toute sa doctrine. En effet, les mots « tout ce que je vous ai commandé » n'embrassent pas seulement la morale chrétienne ; ils s'appliquent aussi au dogme chrétien, qu'il faut admettre en entier sous peine de faire naufrage dans la foi. Cf. S. Jean Chrysost. Hom. 90. - Et voici. Jésus termine son allocution par une magnifique promesse, qui contenait pour les Apôtres et pour leurs successeurs l'encouragement le plus puissant : Je suis avec vous. Je suis, au présent ; je demeure sans cesse et fidèlement avec vous. Seuls que pourraient-ils en face de tant d'obstacles qui vont se déchaîner contre eux ? Mais Jésus sera auprès d'eux pour les éclairer, pour les défendre au milieu de leurs difficultés et de leur périls. - Tous les jours. Et cette présence intime, efficace, durera tous les jours, pendant tout le temps de leur vie, et après eux tous les jours encore : elle sera vraiment perpétuelle. - Jusqu'à la fin des temps. La fin du monde, c'est-à-dire l'achèvement de l’œuvre de la Rédemption, mettra seule un terme à ces relations étonnantes. Jusque là, Jésus ne quittera pas un seul instant ceux qu'il a choisis pour le représenter sur la terre. Donc l'Église du Christ, indéfectible et infaillible, suivra son cours à travers les âges, sans avoir rien à craindre des vicissitudes humaines, toujours forte, toujours dans le vrai, parce que son divin Époux la protège. « En leur promettant qu'il sera avec ses disciples jusqu'à la fin des temps, il leur assure qu'ils vivront pour toujours, et qu'il ne se séparera jamais de ceux qui croient », S. Jérôme. - S. Matthieu laisse le lecteur sur cette consolante promesse. Le mot amen, qu'on lit dans le texte grec, est vraisemblablement apocryphe : c'est le souhait d'un pieux copiste. Mais à quoi bon ce souhait ? Jésus a promis sans condition, et il montre depuis dix-huit siècles qu'il n'a pas oublié sa parole.