Et comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme fût ressuscité d’entre les morts.
Et descendentibus illis de monte, præcepit illis ne cuiquam quæ vidissent, narrarent : nisi cum Filius hominis a mortuis resurrexerit.
καταϐαινόντων δὲ αύτω̃ν άπὸ του̃ όρους διεστείλατο αύτοι̃ς ίνα μηδενὶ διηγήσωνται ὰ εί̃δον εί μὴ όταν ό υίὸς του̃ άνθρώπου έκ νεκρω̃ν άναστη̣̃
9.8. — Descendentibus illis. L’entretien que le Sauveur eut avec les trois disciples privilégiés, aussitôt après sa Transfiguration, comprend deux points principaux. Jésus commença par enjoindre aux témoins du mystère de garder le plus profond silence sur ce qu’ils avaient vu et entendu, VV. 8 et 9 ; il répondit ensuite à une question qu’ils lui adressèrent au sujet de l’avènement d’Élie, VV. 10-12. — 1. Le silence. Ne cuiquam… narrarent. À personne absolument, pas même aux autres Apôtres qu’ils allaient bientôt rejoindre au pied de la montagne. L’interdiction devait durer autant que la vie mortelle de Notre-Seigneur. Seule, sa résurrection d’entre les morts pourrait lever le scellé placé sur les lèvres de Pierre, de Jacques et de Jean. Cet ordre n’a rien d’étonnant, après les défenses semblables que Jésus avait fréquemment formulées depuis le début de son ministère public. Ou plutôt, il avait cette fois une raison d’être toute particulière : « Quo enim de ipso (Jesu) majora dicerentur, eo creditu difficiliora tunc apud plerosque forent, et scandalum ex cruce vehementius offendisset ». Victor d’Antioche.
Et ils tinrent cette parole secrète en eux-mêmes, se demandant entre eux ce que signifiait : « Jusqu’à ce qu’il fût ressuscité d’entre les morts ».
Et verbum continuerunt apud se : conquirentes quid esset, cum a mortuis resurrexerit.
καὶ τὸν λόγον έκράτησαν πρὸς έαυτοὺς συζητου̃ντες τί έστιν τὸ έκ νεκρω̃ν άναστη̃ναι
9.9. — Verbum continuerunt. Dans le grec, τòν λόγον έκράτησαν ; littéralement, ils tinrent ferme cette parole. Cela veut-il dire qu’ils obéirent fidèlement à l’injonction de leur Maître ? ou bien, d’après une autre interprétation, qu’ils furent vivement frappés des derniers mots prononcés par le Sauveur, et qu’ils en firent le thème de leurs réflexions ? Ce second sens nous paraît plus en rapport avec le contexte. — Apud se, que la ponctuation actuelle de la Recepta et de la Vulgate rattache au verbe « continuerunt », retombe plutôt sur conquirentes ; les trois Apôtres discutaient donc entre eux sur la signification (quid esset) de la phrase Cum a mortuis resurrexerit. Saint Marc a seul signalé l’espèce de perplexité dans laquelle les amis de Jésus furent jetés par cette parole du Sauveur. Sans doute ils n’ignoraient pas ce qu’était la résurrection en général, puisqu’elle faisait partie du symbole de foi chez les Juifs comme chez les chrétiens ; mais la Résurrection personnelle de Jésus les troublait. En effet, pour ressusciter il faut mourir ; or, la mort de leur Maître était opposée à leurs vieux préjugés. — Au lieu de la leçon όταν έκ νεκρω̃ν άναστη̣̃, que notre traducteur latin semble avoir lue dans son manuscrit, la Recepta porte simplement τò έκ νεκρω̃ν άναστη̃ναι.
Et ils l’interrogeaient, en disant : « Pourquoi donc les pharisiens et les scribes disent-ils qu’il faut qu’Élie vienne d’abord ? »
Et interrogabant eum, dicentes : Quid ergo dicunt pharisæi et scribæ, quia Eliam oportet venire primum ?
καὶ έπηρώτων αύτὸν λέγοντες ̏Oτι λέγουσιν οί γραμματει̃ς ότι 'Ηλίαν δει̃ έλθει̃ν πρω̃τον
9.10. — 2. L’avènement d’Élie. Interrogabant eum. Si les disciples n’osent questionner Jésus sur le mystère, si obscur pour eux, de sa Résurrection, ils lui proposent du moins une difficulté que la récente apparition d’Élie avait fait naître dans leur esprit. Peut-être se figuraient-ils que les deux points n’étaient pas sans connexion intime, et, qu’en provoquant des explications sur l’un, ils feraient jaillir en même temps la lumière sur l’autre. — Quid ergo dicunt… La Vulgate a lu τὶ ου̃ν. ̏Oτι du texte imprimé équivaut à τὶ ότι. Divers critiques adoptent la variante ό τὶ, qui a le sens de διὰ τὶ. — Pharisæi n’est pas dans le grec. — Eliam… venire primum. « Auparavant », c’est-à-dire avant le Messie, en qualité de Précurseur, ainsi que l’avait annoncé le prophète Malachie, Ma 4.5. Sur ce retour d’Élie, qui a toujours vivement intéressé les Juifs, à tel point que « vouloir citer tous les passages rabbiniques où il en est question serait une tâche infinie » (Lightfoot), voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 17.10.
Il leur répondit : « Élie, lorsqu’il viendra d’abord, rétablira toutes choses, et comme il est écrit du Fils de l’homme, il souffrira beaucoup et sera méprisé.Mais je vous dis qu’Élie est déjà venu (et ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu), selon qu’il a été écrit de lui ».
Qui respondens, ait illis : Elias cum venerit primo, restituet omnia : et quomodo scriptum est in Filium hominis, ut multa patiatur et contemnatur.Sed dico vobis quia et Elias venit (et fecerunt illi quæcumque voluerunt) sicut scriptum est de eo.
ό δὲ άποκριθεὶς εί̃πεν αύτοι̃ς 'Ηλίας μὲν έλθὼν πρω̃τον άποκαθιστα̣ πάντα· καὶ πω̃ς γέγραπται έπὶ τὸν υίὸν του̃ άνθρώπου ίνα πολλὰ πάθη̣ καὶ έξουδενώθη άλλὰ λέγω ύμι̃ν ότι καὶ 'Ηλίας έλήλυθεν καὶ έποίησαν αύτω̣̃ όσα ήθελησαν, καθὼς γέγραπται έπ’ αύτόν
9.11. et 12. — Qui respondens. La réponse du Sauveur est exprimée d’une manière un peu obscure dans le second Évangile. La rédaction plus nette de saint Matthieu fait disparaître toute difficulté. Un premier point est clair : c’est qu’Élie viendra d’abord, et, qu’une fois de retour sur cette terre dont il a si mystérieusement disparu, il préparera les hommes à recevoir le Messie. Primo représente l’époque du second avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; restituet (mieux « restituit », car le verbe grec est au présent), les travaux d’Élie pour amener les Juifs à la vraie foi. Ainsi, Jésus donne raison aux Scribes ; seulement, il explique et rectifie leur dire en appliquant à la fin des temps ce qu’ils s’attendaient à voir bientôt accompli[406]. — Et quomodo scriptum est… C’est ici que la pensée devient énigmatique, à cause de la construction un peu lourde et enchevêtrée de la phrase. On a proposé, pour l’améliorer, plusieurs changements dans la ponctuation. Par exemple, une coupure et un point d’interrogation après Filium hominis : « Qu’est-il écrit du Fils de l’homme ? Qu’il souffrira beaucoup… » Ou bien un simple point d’interrogation à la fin du verset : « Pourquoi est-il écrit du Fils de l’homme qu’il aura beaucoup à souffrir ? » Nous préférerions une virgule après contemnatur, de manière à établir une corrélation étroite entre le V. 12 et la fin du V. 11 : « De même qu’il est écrit au sujet du Fils de l’homme qu’il aura beaucoup à souffrir et qu’il sera avili (dans le grec έξουδενωθη̣̃, réduit à rien), de même, je vous dis qu’Élie est venu… comme il est écrit à son sujet ». Il nous semble que l’équilibre des mots et des idées demande cette traduction. À l’apparition future du véritable Élie, Jésus oppose l’arrivée déjà ancienne de l’Élie figuratif, Jean-Baptiste ; des souffrances subies par son Précurseur, il rapproche ses propres souffrances. De part et d’autre il montre, planant au-dessus des destinées humaines, la volonté de Dieu exprimée dans les Saintes Écritures. De la sorte, il existe entre toutes les parties de la phrase un lien qui les unit, un contrepoids qui les soutient, et l’obscurité se trouve amoindrie. De plus, nous nous rapprochons ainsi du texte de saint Matthieu, Mt 17.12 : « Je vous le dis : Élie est déjà venu et ils ne l’ont pas connu, et ils ont fait contre lui tout ce qu’ils ont voulu. C’est ainsi que le Fils de l’homme doit souffrir par eux ». — Fecerunt illi… Jésus désignait ainsi les persécutions endurées par saint Jean[407]. Le prophète Élie n’avait pas moins souffert[408].
Lorsqu’il fut venu vers ses disciples, il vit une grande foule autour d’eux, et des scribes qui discutaient avec eux.
Et veniens ad discipulos suos, vidit turbam magnam circa eos, et scribas conquirentes cum illis.
Καὶ έλθὼν πρὸς τοὺς μαθητὰς εί̃δεν όχλον πολὺν περὶ αύτοὺς καὶ γραμματει̃ς συζητου̃ντας αύτοι̃ς·
9.13. — Veniens ad discipulos… Au pied de l’Hermon, une scène bien différente de celle de la Transfiguration attendait Jésus et ses disciples. Les trois Synoptiques sont unanimes pour la rapprocher du glorieux mystère que nous venons d’étudier ; mais c’est incontestablement saint Marc qui l’a décrite de la manière la plus complète. Il se surpasse lui-même au point de vue des détails pittoresques. Raphaël n’a eu en quelque sorte qu’à le copier pour produire le chef-d’œuvre dont nous parlions dans notre commentaire sur saint Matthieu, Mt 17.14. — Dès les premiers mots, la situation est admirablement dépeinte : nous voyons les neuf Apôtres, timides et embarrassés ; autour d’eux, turbam magnam qui prend parti pour eux ou contre eux ; puis Scribas conquirentes cum illis (scil. discipulis). Le contexte nous apprendra l’objet du litige. Les disciples n’avaient pu guérir un jeune possédé, qu’on leur avait conduit en l’absence de leur Maître. Cet échec avait comblé d’une joie maligne des Scribes qui en avaient été témoins : profitant de cette occasion unique, ceux-ci avaient attaqué devant toute l’assistance non seulement les Apôtres impuissants, mais aussi Jésus lui-même, comme si la défaite des soldats eût prouvé contre le général. Mais, voici que le Sauveur apparaît tout à coup à quelque distance, pour venger son honneur attaqué.
Et aussitôt tout le peuple, voyant Jésus, fut saisi d’étonnement et de frayeur ; et étant accourus, ils le saluaient.
Et confestim omnis populus videns Jesum, stupefactus est, et expaverunt, et accurrentes salutabant eum.
καὶ εύθὲως πα̃ς ό όχλος ίδὼν αύτὸν έξεθαμϐήθη, καὶ προστρέχοντες ήσπάζοντο αύτόν
9.14. — Et confestim… Nouveau tableau propre à saint Marc et tracé d’une main magistrale. Mais les divers traits qui le composent ne sont-ils pas contradictoires ? La foule voit Jésus, elle a peur, et pourtant elle accourt au-devant de lui pour le saluer ! La frayeur dut être grande ; la Vulgate a deux mots pour l’exprimer : stupefactus est et expaverunt. Le texte grec n’a qu’un seul verbe, έξεθαμϐήθη ; il est vrai que c’est une expression d’une grande énergie, qui désigne une terreur extrême (on a remarqué que saint Marc seul l’emploie dans son Évangile). Pourquoi d’abord le peuple, en apercevant Jésus, fut-il saisi d’un effroi si violent ? « Il en est qui disent que son visage conservait un reflet de la Transfiguration », écrivait Théophylacte. Corneille de Lapierre est plus catégorique, et n’hésite pas à accepter ce que son devancier grec n’osait donner que comme un dire incertain : « Quod viderent in vultu Jesu paulo ante transfigurato reliquos adhuc aliquos splendoris radios, sicut Mosi post Dei colloquium in vultu adhæserunt radii et quasi corona lucis ». Oui, voilà bien ce qui dût effrayer le peuple quand il reconnut Jésus : il restait sur la physionomie du Sauveur quelques traces de la gloire divine qui l’avait récemment illuminé, et c’est ce reflet extraordinaire, imposant, qui inspirait à la foule une frayeur surnaturelle. Mais, en face de Jésus, le sentiment de la crainte ne pouvait être de longue durée : ses divins attraits, sa bonté, dominèrent promptement toute autre impression. Aussi voyons-nous la multitude accourir bientôt au-devant de lui et le saluer avec une aimable familiarité, tout heureuse qu’il arrivât si à propos pour tirer les siens d’embarras. Voilà le paradoxe éclairci.
Il leur demanda : « Pourquoi discutez-vous ensemble ? ».
Et interrogavit eos : Quid inter vos conquiritis ?
καὶ έπηρώτησεν του̃ς γραμματει̃ς, Τί συζητει̃τε πρὸς αύτούς
9.15. — Interrogavit eos. Le grec porte έπηρώτησεν του̃ς γραμματει̃ς, il interrogea les Scribes. Mais, les meilleurs manuscrits et plusieurs versions anciennes favorisent la leçon de la Vulgate. — Au lieu de inter vos, on lit encore dans le grec imprimé πρὸς αύτούς, « contra eos (discipulos) ». D’après notre version latine, Jésus se serait adressé en général à toute l’assemblée. Suivant le « textus receptus », il aurait pris les Scribes à partie, leur montrant que ce n’était plus avec ses disciples, mais avec lui-même, qu’ils avaient à discuter.
Et un homme de la foule, prenant la parole, dit : « Maître, je vous ai amené mon fils, qui est possédé d’un esprit muet ;
Et respondens unus de turba, dixit : Magister, attuli filium meum ad te habentem spiritum mutum :
καὶ άποκριθεὶς εί̃ς έκ του̃ όχλου εί̃πεν Διδάσκαλε ήνεγκα τὸν υίόν μου πρὸς σέ έχοντα πνευ̃μα άλαλον·
9.16. — Respondens unus de turba. Tandis que tous les autres demeurent silencieux, un homme sort de la foule et s’avance jusqu’auprès de Jésus, saint Matthieu, Mt 17.14, décrit fort bien le pathétique de son attitude et de sa prière : « Genibus provolutus ante eum, dicens : Domine, miserere filio meo ». — Attuli… ad te. Ce pauvre père était du moins venu avec l’intention de présenter son fils au Sauveur ; mais, n’ayant pas trouvé le divin Thaumaturge, il avait eu recours à ses disciples. — Habentem spiritum mutum. Locution tout orientale, pour dire que l’enfant était au pouvoir d’un démon qui le rendait sourd (V. 24) et muet.
et en quelque lieu qu’il le saisisse, il le jette à terre, et l’enfant écume, grince des dents et se dessèche. J’ai dit à vos disciples de le chasser, mais ils ne l’ont pu ».
qui ubicumque eum apprehenderit, allidit illum, et spumat, et stridet dentibus, et arescit : et dixi discipulis tuis ut ejicerent illum, et non potuerunt.
καὶ όπου ὰν αύτὸν καταλάϐη̣ ρ́ήσσει αύτόν καὶ άφρίζει καὶ τρίζει τοὺς όδόντας αύτου̃, καὶ ξηραίνεται· καὶ εί̃πον τοι̃ς μαθηται̃ς σου ίνα αύτὸ έκϐάλωσιν καὶ ούκ ίσχυσαν
9.17. — Qui ubicumque… Bien que la possession fût habituelle, elle présentait néanmoins des alternatives étranges de calme relatif et de crises horribles. Ces crises sont vigoureusement décrites par notre Évangéliste. — Allidit eum. Le verbe ρ́ήσσει désigne plutôt de violentes convulsions, car le sens primitif ρ́ήγνυμι est « déchirer ». Il signifie pourtant aussi « in terram prosternere, aliidere[409] ». De là cette traduction d’Euthymius : καταϐάλλει είς γη̃ν. — Les deux traits suivants : spumat, stridet dentibus, dénotent aussi d’affreux paroxysmes. — Arescit, c’est-à-dire « obrigescit » (ξηραίνεται). Les crises se terminaient par un état de complète prostration, durant lequel les membres du démoniaque devenaient raides comme le fer.
Jésus leur répondit : « Ô génération incrédule, jusques à quand serai-Je avec vous ? jusques à quand vous souffrirai-Je ? Amenez-le-moi ».
Qui respondens eis, dixit : O generatio incredula, quamdiu apud vos ero ? quamdiu vos patiar ? afferte illum ad me.
ό δὲ άποκριθεὶς αύτω̣̃ λέγει ̔Ω γενεὰ άπιστος έως πότε πρὸς ύμα̃ς έσομαι έως πότε άνέξομαι ύμω̃ν φέρετε αύτὸν πρός με
9.18. — O generatio incredula. C’est à l’assemblée tout entière, c’est-à-dire au père, à la foule, aux Scribes, et même aux disciples jusqu’à un certain point, que Jésus adressait ce reproche. Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 17.16. — Quamdiu. Excellente traduction de l’ὲως πότε grec, qui équivaut à l’hébreu עד־מה ou עד־מתי. La peine la plus grande que Jésus ait éprouvée sur la terre semble avoir été celle qui provenait de l’incrédulité des hommes : de même que les joies les plus vives de son Cœur semblent avoir eu pour cause la foi des vrais croyants.
Ils l’amenèrent ; et aussitôt qu’il eut vu Jésus, l’esprit l’agita avec violence, et, jeté à terre, il se roulait en écumant.
Et attulerunt eum. Et cum vidisset eum, statim spiritus conturbavit illum : et elisus in terram, volutabatur spumans.
καὶ ήνεγκαν αύτὸν πρὸς αύτόν καὶ ίδὼν αύτὸν εύθὲως τὸ πνευ̃μα εσπάραξεν αύτόν καὶ πεσὼν έπὶ τη̃ς γη̃ς έκυλίετο άφρίζων
9.19. — Quand, sur l’ordre du Sauveur, on eût approché l’enfant, le démon manifesta sa rage par un accès suprême, que le Thaumaturge toléra pendant quelques instants, pour mieux faire éclater la vertu divine qui agissait en lui. — Il est assez difficile de déterminer le sujet du verbe vidisset. Est-ce Jésus qui regarda l’enfant, et qui fit frémir ainsi le démon ? Est-ce l’enfant qui regarda Jésus, et qui, uni étroitement à l’esprit mauvais, lui communiqua l’impression de crainte dont il avait été aussitôt saisi ? La locution grecque, ίδὼν αύτòν, est tout aussi ambiguë. Le second sentiment nous paraît plus naturel[410]. — Le verbe εσπάραξεν, traduit par conturbavit, signifie plutôt « discerpsit ». L’enfant fut donc repris de convulsions et de spasmes. — Volutabatur… Trait douloureusement pittoresque.
Jésus demanda au père de l’enfant : « Combien y a-t-il de temps que cela lui arrive ? ». Il répondit : « Depuis son enfance ;et l’esprit l’a souvent jeté dans le feu et dans l’eau, pour le faire périr. Mais, si vous pouvez quelque chose, secourez-nous, ayez pitié de nous ».
Et interrogavit patrem ejus : Quantum temporis est ex quo ei hoc accidit ? At ille ait : Ab infantia :et frequenter eum in ignem, et in aquas misit ut eum perderet : sed si quid potes, adjuva nos, misertus nostri.
καὶ έπηρώτησεν τὸν πατέρα αύτου̃ Πόσος χρόνος έστὶν ώς του̃το γέγονεν αύτω̣̃ ό δὲ εί̃πεν παιδιόθεν· καὶ πολλάκις αύτὸν καὶ είς πυ̃ρ έϐαλεν καὶ είς ύδατα ίνα άπολέση̣ αύτόν· άλλ’ εί τι δύνασαι, βοήθησον ήμι̃ν σπλαγχνισθεὶς έφ’ ήμα̃ς
9.20. et 21. — Et interrogavit patrem. Cependant Jésus, plein d’un calme divin, noue avec le père du jeune démoniaque un touchant dialogue, VV. 20-23, que saint Marc nous a seul conservé. — Quantum temporis… Comme un médecin dans un cas semblable, Notre-Seigneur se fait renseigner (point pour lui-même assurément, mais pour l’assistance) sur la durée de ce mal affreux. — Ab infantia, répond le père, παιδιόθεν, indiquant par là que la maladie, ainsi que sa cause, était tout à fait invétérée. Puis, trait bien naturel, pour exciter davantage la pitié de Jésus, il ajoute quelques détails sur le malheureux état de son pauvre enfant : Frequenter eum… Cf. V. 17. — Ut eum perderet. Tel était, dans la pensée du suppliant, le but (ίνα) que se proposait le démon en maltraitant ainsi son fils : il voulait lui donner la mort. — Sed, si quid potes… On croit entendre, en lisant ces paroles, l’accent de détresse avec lequel elles durent être prononcées. Mais pourquoi le père ne s’écrie-t-il pas comme le centurion : Dis seulement une parole, et mon fils sera guéri ? ʻOρα̃ς, répond Euthymius, πω̃ς ούκ είχε πίστιν άδίστακτον. En effet, c’est une foi vacillante qu’exprime une telle restriction : « Si vous pouvez quelque chose ». Le père croyait jusqu’à un certain point en la puissance de Jésus, puisqu’il lui avait conduit son fils ; mais sa foi, déjà imparfaite en elle-même, était devenue plus faible encore, après les efforts impuissants des Apôtres pour chasser le démon. — Misertus nostri. De même qu’autrefois la Chananéenne, Mt 15.25, le père fait sienne l’infirmité de son enfant.
Jêsus lui dit : « Si tu peux croire, tout est possible à celui qui croit ».
Jesus autem ait illi : Si potes credere, omnia possibilia sunt credenti.
ό δὲ 'Iησου̃ς εί̃πεν αύτω̣̃ Τὸ Εί δύνασαι πιστευ̃σαι, πάντα δυνατὰ τω̣̃ πιστεύοντι
9.22. — Si potes credere. La Recepta grecque porte, d’une manière à peu près semblable, τὸ εί δύνη̣ πιστευ̃σαι. Mais, dans la Recepta comme dans la Vulgate, les verbes πιστευ̃σαι, « credere », sont probablement de trop ; car les meilleurs manuscrits (B, C, L, Δ, Sinait.) et plusieurs versions ont simplement : τὸ εί δύνη̣, c’est-à-dire : Quant à ce que vous dites là, « Si tu peux », tout est possible à celui qui croit. Au reste cette variante change peu de chose à la pensée. Jésus, on le voit, saisit au vol la fâcheuse réflexion du suppliant, et il s’en sert avec autant d’habileté que de bonté pour raviver dans ce cœur désolé la foi sans laquelle le miracle n’eût pas été produit. La question est ainsi ramenée à son véritable point de vue : il ne s’agit pas de la puissance du Thaumaturge, sur laquelle le moindre doute n’est pas permis, mais de la foi de quiconque y a recours.
Et aussitôt le père de l’enfant s’écria, disant avec larmes : « Je crois, Seigneur ; aidez mon incrédulité ».
Et continuo exclamans pater pueri, cum lacrimis aiebat : Credo, Domine ; adjuva incredulitatem meam.
καὶ εύθὲως κράξας ό πατὴρ του̃ παιδίου μετὰ δακρύων έλεγεν Πιστεύω· κύριε βοήθει μου τη̣̃ άπιστία̣
9.23. — La description devient de plus en plus pathétique. — Continuo exclamans. Effet instantané de la parole du Sauveur. Allant droit au cœur du père, elle y enfanta une grande foi, ou du moins un grand désir de foi. — Credo, Domine. Je crois déjà, j’ai une entière bonne volonlé pour croire, et cependant, adjuva incredulitatem meam, parce que je sens que ma foi n’est pas assez vive encore. Il appelle incrédulité ce qu’il comprend n’être qu’un commencement de foi, une foi appelée à se développer. Belle prière, qui rappelle celle des disciples : « Domine, adauge nobis fidem ».
Et Jésus, voyant accourir la foule, menaça l’esprit impur, et lui dit : « Esprit sourd et muet, je te l’ordonne, sors de cet enfant, et ne rentre plus en lui ».
Et cum videret Jesus concurrentem turbam, comminatus est spiritui immundo, dicens illi : Surde et mute spiritus, ego præcipio tibi, exi ab eo : et amplius ne introëas in eum.
ίδὼν δὲ ό 'Iησου̃ς ότι έπισυντρέχει όχλος έπετίμησεν τω̣̃ πνεύματι τω̣̃ άκαθάρτω̣ λέγων αύτω̣̃, Τὸ πνευ̃μα τὸ άλαλον καὶ κωφὸν έγὼ σοι έπιτάσσω έξελθε έξ αύτου̃ καὶ μηκέτι είσέλθη̣ς είς αύτόν
9.24. — Cum videret… concurrentem turbam. Dans le grec, ότι έπισυντρέχει όχλος. Le verbe, doublement composé, indique des foules grossissantes qui viennent s’ajouter à celle qui environnait déjà Notre-Seigneur, V. 13. Le Sauveur se hâte d’accomplir le miracle pour échapper à tous ces regards curieux, cf. Mc 7.33 ; 8.23, et les notes correspondantes. — Surde et mute spiritus. C’est-à-dire, esprit qui rend sourd et muet. — Ego præcipio tibi. Il y a une emphase visible dans cet έγώ mis en tête de la phrase : Moi, à qui tu ne résisteras point comme à mes disciples. L’ordre est majestueux, digne du Messie. — Et amplius ne introëas… C’est une guérison perpétuelle que le Seigneur effectue : il interdit à tout jamais au démon d’entrer dans ce corps qu’il avait si longtemps regardé comme sa propriété.
Alors l’esprit, poussant des cris et l’agitant avec violence, sortit, et l’enfant devint comme mort, de sorte que beaucoup disaient : « Il est mort ».Mais Jésus, l’ayant pris par la main, le souleva, et il se leva.
Et exclamans, et multum discerpens eum, exiit ab eo, et factus est sicut mortuus, ita ut multi dicerent : Quia mortuus est.Jesus autem tenens manum ejus elevavit eum, et surrexit.
καὶ κράξαν, καὶ πολλὰ σπαράξαν αύτὸν, έξη̃λθεν· καὶ έγένετο ώσεὶ νεκρός ώστε πολλοὺς λέγειν ότι άπέθανεν ό δὲ 'Iησου̃ς κρατήσας αύτόν τη̃ς χειρὸς ήγειρεν αύτὸν καὶ άνέστη
9.25. et 26. — Exclamans, multum discerpens… Quelle abondance de détails vivants et intéressants d’un bout à l’autre du récit ! Saint Pierre avait tout vu, tout retenu, tout raconté à son disciple. — Le démon, obligé d’obéir à la voix de Jésus, lance ce trait du Parthe en se retirant. Il convulsionne une dernière fois sa victime et l’étend comme morte aux pieds de Jésus. Peine inutile ! Notre-Seigneur n’a qu’un geste à faire, tenens manum ejus elevavit, et l’infirme recouvre ses sens et la pleine possession de tout son être. — C’est peut-être à cette cure merveilleuse que Lucien fait une allusion ironique, lorsqu’il écrit dans son Philopseudes, xvi : Πάντες Ισασιν τὸν Σύρον τὸν έκ τη̃ς Παλαιστίνης, τὸν έπὶ τούτων σοφιστὴν, όσους παραλαϐών καταπίπτοντας πρὸς τὴν σελήνην (Cf. Mt 17.14) καὶ τὼ όφθαλμὼ διαστρέφοντας καὶ άφρου̃ πιμπλαμένους τὸ στόμα ὸμως άνίστησι καὶ άποπέμπει άρτίους έπὶ μισθω̣̃ μεγάλω̣̃ άπαλλάξας τω̃ν δεινω̃ν.
Lorsque Jésus fut entré dans la maison, ses disciples lui demandaient en secret : « Pourquoi n’avons-nous pas pu le chasser ? »
Et cum introisset in domum, discipuli ejus secreto interrogabant eum : Quare nos non potuimus ejicere eum ?
καὶ είσελθόντα αύτόν είς οί̃κον οί μαθηταὶ αύτου̃ έπηρώτων αύτὸν κατ’ ίδίαν ̏Oτι ήμει̃ς ούκ ήδυνήθημεν έκϐαλει̃ν αύτό
9.27. — Cum introisset in domum. Détail propre à saint Marc. La question des Apôtres au divin Maître fut donc posée « secreto », comme le dit saint Matthieu. — Quare nos non poluimus ? Ils n’avaient pas dépassé leur mandat, puisque Jésus leur avait donné quelque temps auparavant, Mc 6.7, « potestatem spirituum immundorum » : quel pouvait bien être la cause secrète de leur récente défaite ?
Il leur répondit : « Cette sorte de démon ne peut se chasser que par la prière et par le jeûne ».
Et dixit illis : Hoc genus in nullo potest exire, nisi in oratione et jejunio.
καὶ εί̃πεν αύτοι̃ς Του̃το τὸ γένος έν ούδενὶ δύναται έξελθει̃ν εί μὴ έν προσευχη̣̃ Καὶ νηστεία̣
9.28. — Et dixit illis. Notre Évangéliste ne donne que la substance de la réponse du Sauveur. Voyez saint Matthieu, Mt 17.19-20 et le commentaire. C’est seulement après avoir dit à ses disciples que leur impuissance provenait de l’imperfection de leur foi, et après leur avoir révélé par un frappant exemple la vertu incomparable d’une foi ferme, que Jésus ajouta : Hoc genus… Cette race, c’est-à-dire, d’après l’opinion commune, la classe particulière dont faisait partie, dans la hiérarchie infernale, le démon expulsé par Notre-Seigneur. C’était un « de pessimis et obstinatissimis dæmonibus ». Tirin. — In oratione et jejunio. Par le jeûne, la chair est soumise à l’esprit ; par la prière, l’esprit est soumis à Dieu, et, de la sorte, l’homme devient pour ainsi dire un ange, supérieur à la chair et au démon (Pensée d’Eusèbe d’Émèse). Mais pour prier, comme pour mortifier sa chair, il faut avoir une foi vive. Que le prêtre ait donc cette foi, qu’il réduise son corps en servitude, qu’il soit un homme d’oraison, et il sera plus fort que tous les démons qu’il gémit de voir ravager son troupeau.
Étant sorti de là, ils traversèrent la Galilée, et il voulait que personne ne le sût.
Et inde profecti prætergrediebantur Galilæam : nec volebat quemquam scire.
καὶ έκει̃θεν έξελθόντες παρεπορεύοντο διὰ τη̃ς Γαλιλαίας Καὶ ούκ ήθελεν ίνα τις γνω̃·
9.29. — Et inde profecti. L’adverbe « inde » désigne, selon l’opinion qu’on s’est formée touchant la montagne de la Transfiguration, les environs du Thabor ou ceux de l’Hermon. Cf. Mc 9.1 et le commentaire. — Prætergrediebantur Galilæam. Le texte grec emploie ici une expression délicate, παρεπορεύοντο, qui semblerait indiquer une marche clandestine à travers des chemins écartés, comme si Jésus eût voulu, pendant ce voyage, demeurer seul avec ses disciples les plus intimes, afin d’achever librement leur formation apostolique. Du reste, les mots suivants, nec volebat quemquam scire, montrent clairement que le Sauveur évitait avec soin tout concours de la foule, cf. Mc 7.14. On ne trouve ces deux traits que dans le second Évangile.
Cependant il instruisait ses disciples, et leur disait : « Le Fils de l’homme sera livré entre les mains des hommes, et ils le feront mourir, et le troisième jour après sa mort il ressuscitera ».
Docebat autem discipulos suos, et dicebat illis : Quoniam Filius hominis tradetur in manus hominum, et occident eum, et occisus tertia die resurget.
έδίδασκεν γὰρ τοὺς μαθητὰς αύτου̃ καὶ έλεγεν αύτοι̃ς ότι ʻO υίὸς του̃ άνθρώπου παραδίδοται είς χει̃ρας άνθρώπων καὶ άποκτενου̃σιν αύτόν καὶ άποκτανθεὶς τη̣̃ τρίτη̣ ήμέρα̣ άναστήσεται
9.30. — Docebat… et dicebat. De cette répétition emphatique et de l’emploi de l’imparfait, nous pouvons conclure que Jésus revenait fréquemment, durant la période actuelle de sa vie, sur le grave sujet de sa Passion et de sa mort. — Filius hominis tradetur. Dans le grec, παραδίδοται au présent, tant le fait est proche et certain.
Mais ils ne comprenaient pas cette parole, et ils craignaient de l’interroger.
At illi ignorabant verbum : et timebant interrogare eum.
οί δὲ ήγνόουν τὸ ρ́η̃μα καὶ έφοϐου̃ντο αύτὸν έπερωτη̃σαι
9.31. — At illi ignorabant verbum. Ils comprirent cependant d’une certaine manière, puisque, d’après saint Matthieu, Mt 17.22, le premier effet de cette nouvelle prédiction fut de les attrister profondément. Ce qu’ils ignoraient, c’était le mode, la cause, le but des souffrances du Messie. Aveuglés par leurs fausses idées christologiques, ils ne voyaient pas pourquoi Jésus devait mourir avant d’établir son royaume[411]. — Timebant interrogare. D’une part, ils redoutaient d'avoir trop de détails sur des événements si douloureux ; d'autre part, se rappelant les reproches qu’avait attirés à saint Pierre une réflexion malheureuse sur le même sujet (cf. Mc 8.31-33), ils craignaient peut-être aussi d'affliger leur Maître en le questionnant. Ce verset contient une belle analyse psychologique des sentiments des Apôtres.
Les trois synoptiques placent, peu de temps après le mystère de la Transfiguration, quelques-unes des leçons importantes par lesquelles Jésus complétait alors l’éducation des Douze. Malgré la ressemblance générale de leurs récits, ils diffèrent d’une manière assez notable pour les détails. Saint Marc tient le milieu entre saint Matthieu et saint Luc, se rapprochant tantôt de l’un, tantôt de l’autre, tout en gardant son indépendance et son originalité accoutumées.
Ils vinrent à Capharnaüm ; et lorsqu’ils furent dans la maison, il leur demanda : « Sur quoi discutiez-vous en chemin ? ».
Et venerunt Capharnaum. Qui cum domi essent, interrogabat eos : Quid in via tractabatis ?
Καὶ η̃λθεν είς Καπερναούμ· καὶ έν τη̣̃ οίκία̣ γενόμενος έπηρώτα αύτούς Τί έν τη̣̃ όδω̣̃ πρὸς έαυτοὺς διελογίζεσθε
9.32. — Venerunt Capharnaum. Saint Marc passe sous silence le miracle du didrachme, qui eut lieu aussitôt après le retour de Jésus dans cette ville. Cf. Mt 17.24-27. Il nous montre immédiatement le Sauveur et ses Apôtres retirés dans la maison qui leur servait d’habitation à Capharnaüm (domi, détail spécial ; dans le grec, έν τη̣̃ οίκία̣, avec l’article). Tout à coup, Notre-Seigneur adresse aux Douze cette question inattendue : Quid in via tractabatis ? Il les avait laissés seuls durant une partie du trajet, marchant en avant, tout uni à son divin Père. Maintenant il faut qu’ils lui rendent compte de la discussion bruyante qui s’était élevée entre eux à un moment donné. — Sur la petite divergence qui existe ici entre les narrations des deux premiers Évangélistes, voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 18.1.
Mais ils se taisaient ; car, en chemin, ils avaient discuté ensemble, pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand.
At illi tacebant : siquidem in via inter se disputaverunt : quis eorum major esset.
οί δὲ έσιώπων· πρὸς άλλήλους γὰρ διελέχθησαν έν τη̣̃ όδω̣̃ τίς μείζων
9.33. — Tacebant. Ce seul mot constitue un tableau complet, où nous voyons, à l’avant-scène, les Apôtres confus, embarrassés. — Siquidem in via… Note du narrateur, qui contient la raison du silence des Douze. Il n’est pas étonnant qu’ils n’aient rien eu à répondre à leur Maître : comment eussent-ils osé lui avouer que la discussion avait roulé sur un point d’orgueil et d’ambition ? Lequel d’entre nous, s’étaient-ils demandé, a droit à la première place dans le royaume messianique ?
Et s’étant assis, il appela les douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous ».
Et residens vocavit duodecim, et ait illis : Si quis vult primus esse, erit omnium novissimus, et omnium minister.
καὶ καθίσας έφώνησεν τοὺς δώδεκα καὶ λέγει αύτοι̃ς Εί τις θέλει πρω̃τος εί̃ναι έσται πάντων έσχατος καὶ πάντων διάκονος
9.34. — Et residens. Trait graphique. Du reste, ce verset et le suivant en contiennent un grand nombre, dont plusieurs sont propres à saint Marc. Jésus s’assied, il appelle les Douze auprès de lui, il prend par la main un petit enfant, le place au milieu du groupe formé par les Apôtres, puis le serre doucement entre ses bras. Gracieuse et touchante scène ! — Si quis vult… « Dominus curat desiderium gloriæ humilitate sanare ». Bède. Les premières paroles du divin Maître énoncent un grand principe, qui dirime aussitôt la question que les disciples s’étaient posée. Quelle profondeur dans cette pensée ! Mais en même temps quel paradoxe ! La vraie grandeur consiste dans l’humilité ; c’est en s’abaissant au-dessous des autres qu’on monte aux premiers rangs. C’est le rebours des croyances mondaines ; mais Jésus n’avait-il pas pour mission de lutter contre le monde ?
Puis, prenant un enfant, il le plaça au milieu d’eux ; et après l’avoir embrassé, il leur dit :
Et accipiens puerum, statuit eum in medio eorum : quem cum complexus esset, ait illis :
καὶ λαϐὼν παιδίον έστησεν αύτὸ έν μέσω̣ αύτω̃ν καὶ έναγκαλισάμενος αύτὸ εί̃πεν αύτοι̃ς
9.35. — Accipiens puerum. Pour rendre la leçon plus forte et plus insinuante, le Sauveur a recours aux actes selon sa coutume. Voyez dans l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 18.2, les différentes opinions émises au sujet de cet heureux petit enfant (παιδίον), qui reçut les caresses du Seigneur. — Complexus. Le verbe grec si expressif έναγκαλισάμενος ne se rencontre qu’ici et Mc 10.16. Il signifie proprement « in ulnas capio » (de έν et άγχάλη, ulna).
« Quiconque reçoit en mon nom un enfant comme celui-ci, me reçoit ; et quiconque me reçoit, reçoit non pas moi mais celui qui m’a envoyé ».
Quisquis unum ex hujusmodi pueris receperit in nomine meo, me recipit : et quicumque me susceperit, non me suscipit, sed eum qui misit me.
'Oς έὰν ὲν τω̃ν τοιούτων παιδίων δέξηται έπὶ τω̣̃ όνόματί μου έμὲ δέχεται· καὶ ὸς έὰν έμὲ δέξηται ούκ έμὲ δέχεται άλλὰ τὸν άποστείλαντά με
9.36. — Saint Matthieu, Mt 18.3-5, expose d’une manière plus complète la pensée de Jésus. Saint Marc, a son ordinaire, resserre le langage pour appuyer davantage sur les faits. — Unum ex hujusmodi pueris. Par ces mots, le Sauveur montrait qu’il voulait parler non seulement au propre, mais encore au figuré, c’est-à-dire qu’indépendamment des petits enfants, il pensait aussi et surtout aux âmes simples dont ils sont l’emblème. — Et quicumque… Sublime gradation, qui promet aux amis des enfants et des humbles la plus parfaite récompense qu’on puisse envier ici-bas. « Vide quantum valet humilitas, Patris namque et Filii inhabitationem meretur, et etiam Spiritus Sancti ». Théophylacte. Cf. Mt 10.40 et le commentaire. — Non me suscipit ; c’est-à-dire « non me tantum suscipit, sed etiam eum… »