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ε. Difficultés sérieuses que l’on rencontre sur le chemin du ciel, vi.13-23.

Le législateur du Nouveau Testament termine l’exposé des lois messianiques par l’indication simple et franche des difficultés que les citoyens du royaume de Dieu auront à surmonter pour les accomplir fidèlement. Les obstacles qu’ils rencontreront viendront de ces lois mêmes, du dehors, de leur propre faiblesse. Les lois nouvelles sont pénibles, elles exigent de perpétuels sacrifices ; au dehors il y aura des guides pervers qui égareront ceux qui les suivraient sans défiance ; enfin les sujets du Christ peuvent se faire illusion à eux-mêmes, et s’écarter de leur Chef tout en croyant le suivre. Ces trois dangers sont le sujet d’une triple exhortation.

Première exhortation : Difficultés intrinsèques à ta vie chrétienne, 13-14.

Entrez par la porte étroite ; car large est la porte, et spacieuse la voie qui conduit à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par elle.

Intrate per angustam portam : quia lata porta, et spatiosa via est, quæ ducit ad perditionem, et multi sunt qui intrant per eam.

Είσέλθετε διὰ τη̃ς στενη̃ς πύλης· ότι πλατει̃α ή πύλη καὶ εύρύχωρος ή όδὸς ή άπάγουσα είς τὴν άπώλειαν καὶ πολλοί είσιν οί είσερχόμενοι δι' αύτη̃ς·

7.13.Intrate per angustam portam. Cette recommandation pressante vient très bien après une longue série de préceptes durs à la nature, opposés à la chair et au sang, et dont l’exécution réclame un renoncement de tous les instants. Où conduit la porte étroite ? Le verset suivant nous l’apprendra. Actuellement, Jésus se borne à dire qu’elle est étroite et qu’il faut faire de grands efforts pour y entrer. Cf. Lc 13.24, άγωνίζεσβε είσελθει̃ν. Quand une foule nombreuse assiège une ouverture resserrée, par laquelle deux personnes ne sauraient passer de front et qui conduit pourtant à quelque spectacle grandiose, les timides et les faibles restent au dehors. C’est la même image appliquée au domaine spirituel. — Lata porta et spatiosa via : double figure des facilités, des libertés, de l’agréable aisance que procure une vie sans frein, livrée aux passions et au péché. Il n’y a rien de gênant à l’entrée de cette porte ni sur cette route. — Quæ ducit ad perditionem. Mais cette accueillante porte une fois franchie, cette route facile une fois descendue, où arrive-t-on ? À la ruine éternelle. Et, ce qui est bien triste, c’est que la plupart des hommes se précipitent avec insouciance ou plutôt avec empressement dans cette direction, et multi sunt… « Tritissima quæque via et celeberrima maxime decipit », disait à bon droit Sénèque, de Vita Beat. i.

Qu'étroite est la porte et resserrée la voie qui conduit à la vie, et qu'il y en a peu qui la trouvent !

Quam angusta porta, et arcta via est, quæ ducit ad vitam : et pauci sunt qui inveniunt eam !

ότί στενὴ ή πύλη καὶ τεθλιμμένη ή όδὸς ή άπάγουσα είς τὴν ζωήν, καὶ όλίγοι είσὶν οί εύρίσκοντες αύτήν

7.14.Quam angusta porta… Symbole des peines et des sacrifices qu’impose la justice chrétienne bien pratiquée. La porte est étroite, c’est-à-dire que le premier pas est dur entre tous ; la route est resserrée, malaisée, c’est-à-dire que le chemin de la vertu est hérissé de difficultés sans nombre : τὴς δ’ άρετὴς ίὸρω̃τα θεοὶ προπάροιθεν έθηκαν, Hésiode. Mais, quelle récompense attend ceux qui surmontent courageusement ces obstacles ! — Ducit ad vitam : la vie éternelle, dans le sein de Dieu, les reposera de toutes leurs fatigues. — Malheureusement, pauci sunt qui inveniunt eam : ces motst durent être prononcés avec un accent de profonde tristesse. De nos jours comme au temps de Jésus, comme à toutes les époques, l’humanité se divise en deux catégories : la foule suit la voie large sans s’inquiéter de l’abîme qui en est le terme ; le petit nombre gravit péniblement l’étroit sentier, se consolant à la pensée des joies futures. — C’est à bon droit que les Pères et les Docteurs ont vu dans ce passage un argument favorable au sentiment d’après lequel le nombre des élus sera relativement restreint. — « Inveniunt » est une expression très heureuse : « hanc (scil. viam latam) etsi non quærant, omnes tamen inveniunt, quia in ea nati », Glossa ordin. ; mais il faut chercher la voie étroite pour la découvrir. — Le τι du texte grec placé en tête de ce verset n’est pas une particule d’interrogation, c’est une exclamation synonyme de ώς équivalente au מה hébreu : la Vulgate, les versions syriaque et arabe, plusieurs anciens interprètes l’ont à bon droit traduite par « combien ». — La célèbre « Tabula Cebetis » décrivant la route qui conduit πρὸς τὴν άληθινήν παιδείαν, nous montre aussi θύραν τινα μικρὰν καὶ όδὸν τινα… ὴτις ού πολύ όχλει̃ται, άλλα πάνυ όλίγοι πορεύονται, καὶ άνάϐασις στενὴ πάνυ.

Seconde exhortation : Grave danger provenant des faux guides qu’on peut rencontrer sur le chemin du ciel, 15-20.

Gardez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous sous des vêtements de brebis, et qui au dedans sont des loups ravisseurs.

Attendite a falsis prophetis, qui veniunt ad vos in vestimentis ovium, intrinsecus autem sunt lupi rapaces :

Προσέχετε δέ άπὸ τω̃ν ψευδοπροφητω̃ν οίτινες έρχονται πρὸς ύμα̃ς έν ένδύμασιν προβάτων έσωθεν δὲ είσιν λύκοι άρπαγες

7.15.Attendite. La transition est manifeste : Marchez avec courage sur cette route difficile, mais ne vous laissez pas égarer par de mauvais guides. — Falsis prophetis. Dans le Nouveau comme dans l’Ancien Testament, le nom de prophète n’est pas toujours employé dans le sens strict, pour désigner ceux qui prédisent l’avenir : il a souvent aussi la signification générale de docteur. Jésus-Christ met donc ses disciples en garde soit contre les faux prophètes dont il dénoncera plus lard les coupables agissements, cf. Mt 24.23 et suiv., soit contre les docteurs hérétiques de tous les temps. Il trace en quelques mots leur portrait. Au dehors ce sont de douces et innocentes brebis, in vestimentis ovium, mais, au-dedans et en réalité, ce sont des loups voraces qui, pour tromper les âmes simples, ont déguisé, comme l’animal de la fable (cf. Esope, La Fontaine), leur férocité naturelle sous l’extérieur le plus vertueux, le plus aimable.

Vous les connaîtrez par leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des ronces ?

a fructibus eorum cognoscetis eos. Numquid colligunt de spinis uvas, aut de tribulis ficus ?

άπὸ τω̃ν καρπω̃ν αύτω̃ν έπιγνώσεσθε αύτούς· μήτι συλλέγουσιν άπὸ άκανθω̃ν σταφυλὴν, ή άπὸ τριβόλων συ̃κα

7.16. — Comment reconnaître ces hommes dangereux, puisqu’ils savent si bien dissimuler leur malice ? Jésus nous l’apprend dans les ℣℣. 16-20. — A fructibus eorum cognoscetis eos : voilà le critérium infaillible qui permettra de distinguer promptement les bons et les mauvais Docteurs. Tout homme est comme un arbre moral qui produit quelque espèce de fruit : si on veut le juger, il suffit d’attendre un peu et de considérer ; ses fruits trahiront sa nature la plus intime. Ses fruits, c’est-à-dire sa conduite, ses œuvres, ses paroles. C’est donc en vain que les faux prophètes se couvrent d’une peau d’agneau sous laquelle ils espèrent demeurer cachés, car, d’après le proverbe, « cito ad naturam ficta reciderunt suam ». — Après avoir indiqué ce moyen, Jésus en prouve l’excellence par des comparaisons tirées de la nature. — Numquid colligunt…, cf. Jc 3.12 ; ou bien, comme demande Virgile, Ecl. iv, 29 :

Incultisne rubens pendebit gentibus uva ?

Non, évidemment, car chaque plante produit exclusivement les fruits qui lui sont propres : ούτε γὰρ έκ σκίλλης ρ́όδα φύεται, ούδ’ ύάκινθος, Theognis, Gnomol. On ne trouvera donc jamais un raisin sur une ronce, ni une figue sur un chardon, non plus qu’une vie habituellement sainte en des hommes foncièrement mauvais. — Spinit désigne, d’après l’usage de l’hébreu, toute sorte d’arbastes épineux, tribulis toute sorte d’herbes épineuses, plus spécialement cependant le « Tribulus terrestris » de Linné.

Ainsi, tout bon arbre produit de bons fruits ; mais le mauvais arbre produit de mauvais fruits.
Un bon arbre ne peut produire de mauvais fruits, ni un mauvais arbre produire de bons fruits.

Sic omnis arbor bona fructus bonos facit : mala autem arbor malos fructus facit.
Non potest arbor bona malos fructus facere : neque arbor mala bonos fructus facere.

ούτως πα̃ν δένδρον άγαθὸν καρποὺς καλοὺς ποιει̃ τὸ δὲ σαπρὸν δένδρον καρποὺς πονηροὺς ποιει̃
ού δύναται δένδρον άγαθὸν καρποὺς πονηροὺς ποιει̃ν ούδὲ δένδρον σαπρὸν καρποὺς καλοὺς ποιει̃ν

7.17-18. — Autres expressions proverbiales, mais plus générales, pour exprimer la même idée. Ce fait d’expérience est proposé d’une manière positive au ℣. 17, en termes négatifs et avec un nouveau degré d’emphase au ℣. 18. — Non potest : c’est une complète impossibilité qui a lieu dans la nature morale aussi bien que dans la nature physique, « Non nascitur ex malo bonum, non magis quam ficus ex olea. Ad semen nata respondent », Senec. Epist. 87 ; Cf. Mt 12.33.

Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu.

Omnis arbor, quæ non facit fructum bonum, excidetur, et in ignem mittetur.

πα̃ν δένδρον μὴ ποιου̃ν καρπὸν καλὸν έκκόπτεται καὶ είς πυ̃ρ βάλλεται

7.19. — Parlant des mauvais arbres, Notre-Seigneur annonce en passant et par parenthèse leur châtiment final. — Excidetur et in ignem, mittetur. Le Précurseur avait autrefois prononcé, dans des circonstances analogues, une sentence tout-à-fait semblable ; cf. Mt 3.10.

Vous les reconnaîtrez donc à leurs fruits.

Igitur ex fructibus eorum cognoscetis eos.

άραγε άπὸ τω̃ν καρπω̃ν αύτω̃ν έπιγνώσεσθε αύτούς

7.20.Igitur… C’est la répétition des premières paroles du ℣. 16, sous forme de conclusion. — Cognoscetis ; le grec est plus énergique : έπιγνώσεσθε, vous les connaîtrez à fond. — « Arbores sumus in agro dominico constitutæ ; Deus autem noster est agricola. Ille compluit, ille colit, ipse fecunditatem donat, ipse fructificandi gratiam subministrat… Si non possunt omnes arbores æquales fructus afferre, nulla tamen debet in agro dominico sterilis permanere », saint Fulgent., Sermo de Dispens.

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