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h. Vocation de saint Matthieu, ix.9-17.
Parall. Mc 2.13-22 ; Lc 5.27-39.

Les trois synoptiques sont d’accord pour rattacher cet événement à la guérison du paralytique, preuve que les deux faits se suivirent de près ; il est même probable qu’ils eurent lieu le même jour. — Saint Matthieu interrompt donc momentanément la série des miracles qu’il a groupés dans les chap. viii et ix, pour raconter l’histoire de sa propre vocation et pour citer quelques paroles importantes de Jésus qui s’y rapportent. Ou plutôt, ce n’est pas une interruption proprement dite, la conversion si extraordinaire d’un publicain étant un prodige des plus éclatants. On a depuis longtemps et bien justement admiré le récit de saint Matthieu en cet endroit : il demeure si calme, on pourrait dire si froid, qu’on le croirait de prime abord écrit par toute autre personne que par le héros principal de l’événement. Sa personnalité disparaît entièrement, tant il est habile à se cacher ; son nom seul indique qu’il raconte un trait de sa vie privée. Mais les Saints n’ont jamais aimé à parler d’eux-mêmes, et surtout de ce qui pouvait tourner à leur gloire. Heureusement, saint Marc et saint Luc, par la permission, spéciale de la Providence, se sont plu à combler le déficit laissé par leur prédécesseur.

Jésus, sortant de là, vit un homme, appelé Matthieu, assis au bureau des impots. Et Il lui dit : Suis-Moi. Et se levant, il Le suivit.

Et, cum transiret inde Jesus, vidit hominem sedentem in telonio, Matthæum nomine. Et ait illi : Sequere me. Et surgens, secutus est eum.

Καὶ παράγων ό 'Iησου̃ς έκει̃θεν εί̃δεν άνθρωπον καθήμενον έπὶ τὸ τελώνιον Ματθαι̃ον λεγόμενον καὶ λέγει αύτω̣̃ Άκολούθει μοι καὶ άναστὰς ήκολούθησεν αύτω̣̃

9.9. — Et quum transiret inde. De la maison où il avait guéri le paralytique, le divin Maître vient sur le rivage du lac. « Et egressus est rursus ad mare ; omnisque turba veniebat ad eum et docebat eos », Mc 2.13. C’est alors que vidit hominem sedentem in telonio. On appelait en latin « telonium » ou « teloneum », en grec τελωνει̃ον, de τέλος, impôt, le bureau où se tenaient les receveurs d’impôts, le bureau d’octroi, comme nous disons en France. C’était tantôt une maison ordinaire, tantôt une baraque construite en planches, parfois même une simple table exposée en plein air et auprès de laquelle le publicain de service se tenait assis, comme dans la circonstance présente. Voir à ce sujet un curieux rapprochement fait par Maldonat. La charge des employés de l’octroi à Capharnaüm était considérable, car, outre les taxes personnelles, ils avaient à prélever de nombreux droits de péage ou de transit pour les marchandises. Sur les rives du lac se croisaient, chargées des produits de cent pays divers, les caravanes de la Phénicie, de l’Arabie, de l’Égypte, de l’Europe et des Indes, et alors, de même qu’aujourd’hui, rien ce passait gratuitement. — Matthæum nomine. Ce nom est complètement hébreu par son origine, mais les hebraïsants ne sont pas tout à fait d’accord sur sa prononciation primitive ni, par conséquent, sur sa dérivation exacte. Plusieurs croient qu’il équivalait à מתיה, Matthiâ, mot formé de מתן, don, et יה abbréviation pour יהיה, Jéhova, de sorte qu’il correspondrait presque littéralement à l’appellation grecque de Théodore. D’autres le rapprochent de מתי, Matthaï, « le donné », et, ce semble, avec beaucoup plus de justesse, les dénominations de Matthias et de Matthieu étant soigneusement distinguées dans le Nouveau Testament. — Mais d’où vient que le premier évangéliste soit le seul à attribuer ce nom au publicain converti de Capharnaüm, tandis que les deux autres synoptiques le désignent par celui, de Lévi ? Cette divergence a été cause qu’on a parfois essayé de nier l’identité des personnages et des événements, soit pour admettre deux vocations distinctes, celle de Matthieu et celle de Lévi, soit pour prétendre qu’il y a contradiction entre les récits. Toutefois l’identité est parfaitement certaine et, comme l’observe M. David Brown, Portable Comment., il n’est pas un jury sérieux qui ne se prononçât en sa faveur, puisque nous avons de part et d’autre les mêmes circonstances particulières, les mêmes antécédents et les mêmes conséquents. La différence des noms cesse d’être une difficulté, si l’on se rappelle que plusieurs des Apôtres avaient deux noms distincts, ainsi que nous le verrons bientôt (voir la note de Mt 10.2-4), et que la coutume juive était alors assez favorable à ce qu’un changement de vie amenât aussi un changement de nom. Le même personnage aura donc été appelé Lévi et Matthieu : saint Marc et saint Luc adoptent le premier nom qui paraît avoir été celui de la famille, « Levi Alphæi », Mc 2.14 ; le premier évangéliste choisit au contraire le second, le nom de la conversion et de l’apostolat. Pour lui, car il s’agit bien ici de sa propre vocation comme la tradition l’a toujours enseigné, l’appellation juive avait disparu devant le nom chrétien. Au reste elle disparaît de même à partir de ce moment dans les autres Évangiles ; les listes des Apôtres qui nous ont été transmises par saint Marc et par saint Luc ne mentionnent plus le publicain Lévi, mais simplement Matthieu. De même que saint Paul s’humilie en racontant tout au long les persécutions qu’il avait fait autrefois endurer à l’Église naissante de Jésus-Christ, de même saint Matthieu avoue hautement le rôle ignominieux qu’il jouait avant sa conversion. — Sequere me. Ce mot, dont Jésus se servait pour attacher définitivement à sa personne les disciples qu’il avait choisis, cf. Mt 8.22, retentit aux oreilles du nouvel élu tandis qu’il est en plein exercice des fonctions de son métier : c’était une épreuve de plus, que d’être appelé en de telles conditions, à son comptoir de publicain ; mais il la surmonte comme avaient fait avant lui Simon et André, Jacques et Jean, Mt 4.18 et ss. Ce n’était sans doute pas la première entrevue qu’il avait avec Jésus : son obéissance immédiate, généreuse, et surgens secutus est eum, s’explique donc d’elle-même. Et puis, quand on admettrait avec Sepp que sa conversion fut vraiment l’œuvre d’un instant, ce phénomène psychologique n’est-il pas en parfait rapport avec la puissance exercée par Jésus sur les cœurs, qu’a si bien décrite saint Jérôme ? « Certe fulgor ipse et majestas divinitatis occultæ, quæ etiam in humana facie relucebat, ex primo ad se videntes trahere poterat aspectu. Si enim in magnete lapide et succinis hæc esse vis dicitur, ut annulos et stipulam et festucas sibi copulent : quanto magis Dominus omnium creaturarum ad se trahere poterat quos volebat ! » — Nous devons de belles reproductions de cette scène au pinceau de Valentin, de Carrache et d’Overbeck. La suivante, ou « Repas chez Lévi », a été l’occasion de l’un des chefs-d’œuvre de Paul Véronèse.

Or, il arriva que, Jésus étant à table dans la maison, beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent se mettre à table avec Lui et Ses disciples.

Et factum est, discumbente eo in domo, ecce multi publicani et peccatores venientes, discumbebant cum Jesu, et discipulis ejus.

Καὶ έγένετο αύτου̃ άνακειμένου έν τη̣̃ οίκία̣ καὶ ίδού, πολλοὶ τελω̃ναι καὶ άμαρτωλοὶ έλθόντες συνανέκειντο τω̣̃ 'Iησου̃ καὶ τοι̃ς μαθηται̃ς αύτου̃

9.10. — Et factum est… La construction de la phrase grecque est ici tout hébraïque : καὶ έγένετο,… καὶ ίδού… Les Hébreux disaient de même ויהי והנה. — Discumbente, άνακειμένου (les classiques emploient de préférence le verbe κατακει̃σθαι), allusion à la manière dont les anciens prenaient leurs repas ; ils étaient étendus sur des divans et appuyés sur le bras gauche en face d’une table peu élevée qui portait les mets ; cf. Mt 8.11. Saint Matthieu poursuit sa narration avec le mélange frappant de modestie et de brièveté que nous avons signalé. Saint Luc parle d’un « convivium magnum » donné en l’honneur de Jésus par le nouvel Apôtre. Ce repas eut-il lieu le jour même de la vocation ou seulement quelque temps après ? Les trois récits demeurent muets sur ce point, qui ne présentait du reste aucune importance spéciale. Toutefois saint Marc et saint Luc paraissent favoriser davantage la seconde hypothèse, en renvoyant à une époque plus tardive la résurrection de la fille de Jaïre qui, d’après saint Matthieu, suivit immédiatement le festin ; voir la note du ℣. 18. Il y a donc tout lieu de croire que la fête ne fut pas improvisée ce jour là-même, mais que le publicain devenu Apôtre prit le temps de la préparer, pour lui donner toute la solennité qui convenait à un repas d’action de grâces et à un repas d’adieux. Les Orientaux et les Juifs en particulier ont toujours aimé à fêter par un grand repas les événements heureux de leur vie. — In domo, dans la maison de saint Matthieu, comme l’affirme expressément saint Luc, Lc 5.29, et non dans celle de Jésus, selon que le prétendent plusieurs auteurs modernes. — Multi publicani et peccatores. Ainsi qu’il arrive en pareille circonstance, l’hôte a invité ses amis pour faire honneur à celui qu’il veut fêter ; mais ses amis sont naturellement de sa condition, ils appartiennent eux aussi à la classe détestée des publicains, dont on disait alors d’une manière proverbiale : πάντες τελώναι, πάντες έισίν άρπαγες, Dio Cassius, lib. xlii ; cf. Calmet in h.l. Ce sont des pécheurs par là-même ; à moins donc qu’ils ne méritent ce titre pour quelque autre motif analogue.

Et voyant cela, les pharisiens disaient à Ses disciples : Pourquoi votre Maître mange-t-Il avec les publicains et les pécheurs ?

Et videntes pharisæi, dicebant discipulis ejus : Quare cum publicanis et peccatoribus manducat magister vester ?

καὶ ίδόντες οί Φαρισαι̃οι εί̃πον τοι̃ς μαθηται̃ς αύτου̃ Διατί μετὰ τω̃ν τελωνω̃ν καὶ άμαρτωλω̃ν έσθίει ό διδάσκαλος ύμω̃ν

9.11. — Et videntes Pharisæi. Les Pharisiens, c’est-à-dire quelques-uns des Pharisiens : on nomme le parti tout entier bien qu’un certain nombre seulement de ses membres soient en cause, parce qu’un même esprit les unissait. De même en beaucoup d’autres passages. — Ils ont épié la conduite de Jésus et ont vu (en grec ίδόντες, à l’aoriste, « quum vidissent ») soit à l’entrée, soit à la sortie du festin, les convives auxquels leur adversaire n’a pas craint de s’associer : peut-être même, grâce à la familiarité des mœurs orientales, ont-ils pris la liberté d’entrer dans la salle à manger vers la fin du repas. — Dicebant discipulis ejus. Ils ont bien garde de s’adresser directement à Jésus-Christ qu’ils redoutent ; ils préfèrent prendre leurs informations auprès de ses disciples, espérant les mettre plus facilement dans l’embarras et en même temps leur inspirer des sentiments de défiance contre leur Maître. — Manducat ; ils appuient sur cette expression, car si, d’après leurs principes, il était déjà très mal de converser avec des publicains et des pécheurs, que sera-ce de manger avec eux ? Les Rabbins n’avaient-ils pas porté cette règle : « Discipulus sapientiæ non accumbat cum societate populorum terræ », Berach., f. 43, 2 ? À plus forte raison devait-il être interdit à un sage de s’asseoir à la même table qu’un pécheur public.

Mais Jésus les ayant entendus, dit : Ce ne sont pas ceux qui se portent bien, mais les malades, qui ont besoin de médecin.

At Jesus audiens, ait : Non est opus valentibus medicus, sed male habentibus.

ό δὲ 'Iησου̃ς άκούσας εί̃πεν αύτοι̃ς, Ού χρείαν έχουσιν οί ίσχύοντες ίατρου̃ άλλ' οί κακω̃ς έχοντες

9.12. — At Jesus audiens. Le Sauveur, qui a tout entendu, répond lui-même à l’objection des Pharisiens, qu’il réfute au moyen d’un triple argument basé sur le sens commun, sur les Saints Livres et sur le rôle du Messie. Il n’essaie pas de se disculper d’être avec des pécheurs ; au contraire, c’est précisément sur ce fait qu’il s’appuie pour démontrer qu’il ne saurait être en société plus conforme à sa mission divine. — Premier argument ; Non est opus… Jésus commence sa défense par la citation d’un proverbe populaire, qu’on trouve cent fois répété par les auteurs grecs et romains : μὴ κάμνουσι γε μὴν ίατρὸς άχρηστος, Platon, de Repub. ; « Supervacuus inter sanos medicus », Quintil. ; cf. Grotius et Wetstein. Antisthène, accusé un jour de fréquenter des hommes d’une vie peu édifiante, répondit, lui aussi : « Etiam medici cum ægrotis », Diog. Laert. vi, 6. Les publicains sont malades et très malades au moral ; mais c’est justement pour cela que vous me voyez au milieu d’eux. La place du médecin n’est-elle point parmi les infirmes ? Jésus se manifeste ainsi comme le vrai médecin des âmes souffrantes, de même qu’il s’annoncera plus tard comme le bon Pasteur des brebis égarées. Déjà, dans l’Ancien Testament, Jéhova prenait le titre de médecin d’Israël ; Ex 15.26. — Valentibus désignerait, au dire de saint Jean Chrysostôme, de saint Jérôme et de plusieurs autres commentateurs, les Pharisiens eux-mêmes qui se croyaient si justes, si bien portants au spirituel et auxquels Jésus-Christ ferait ironiquement cette concession ; mais peut-être vaut-il mieux prendre le proverbe dans sa simplicité obvie, sans y mêler aucune allusion de ce genre.

Allez, et apprenez ce que signifie cette parole : Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Car Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs.

Euntes autem discite quid est : Misericordiam volo, et non sacrificium. Non enim veni vocare justos, sed peccatores.

πορευθέντες δὲ μάθετε τί έστιν ̋Eλεον θέλω καὶ ού θυσίαν· ού γὰρ η̃λθον καλέσαι δικαίους άλλ' άμαρτωλοὺς είς μετάνοιαν

9.13. — Second argument: Euntes autem, discite. « Mittit ad scholam doctores legis, ut ejus rei cujus scientia maxime gloriabantur, maximam exprobret ignorantiam, ut Euthymius adnotavit », Maldonat. Les Rabbins employaient fréquemment cette formule : Allez et apprenez, צא ולמוד, quand ils voulaient exhorter quelqu’un de leurs disciples à faire de sérieuses réflexions sur un point donné. Il y avait aussi l’expression opposée,בוא ולמוד, « Veni et disce », quand le Maître se chargeait lui-même de donner l’explication nécessaire ; cf. Schoettgen, Horæ talm. in h.l. — Quid est, c’est-à-dire ce que signifie le texte suivant d’Osée, Os 6.6, cité d’après la traduction des Septante. — Misericordiam volo et non sacrificium. Évidemment, la négation contenue dans ces paroles n’est pas absolue, mais seulement relative ; « καὶ ού non simplicem sed comparatam negationem designat », Grotius. C’est là du reste une façon de parler tout à fait hébraïque, comme l’observe judicieusement Maldonat : « Est Hebræorum idioma, quo solent illi, quum unum alteri præferunt, non illud magis noc minus affirmare : sed illud affirmare omnino, hoc negare ». Dieu aime à coup sûr les sacrifices, puisqu’il les a prescrits ; mais il ne veut pas qu’ils soient vains, purement extérieurs, et ils le seraient s’ils étaient offerts par des hommes sans pitié pour leurs frères. L’esprit de religion, Jésus l’a déjà clairement indiqué, cf. Mt 5.23 et ss., est inséparable de la charité fraternelle, et le Seigneur renoncerait plutôt à ses propres droits que de nous dispenser de nos obligations à l’égard du prochain. Il y avait dans cette citation d’Osée, un blâme sévère jeté sur les Pharisiens qui, s’ils étaient zélés pour le culte extérieur, étaient loin de pratiquer toujours la miséricorde à l’égard de leurs semblables. — Nonenim relit… C’est le troisième argument, qui est simplement rattaché au second par la particule « enim ». Le premier s’appuyait sur un fait d’expérience vulgaire, le second sur la révélation : celui-ci est tiré du rôle même du Messie. Le devoir principal du Christ, le but direct de sa venue sur la terre, c’est de racheter l’humanité coupable. Mais comment convertira-t-il les pécheurs, s’il ne vit pas habituellement au milieu d’eux ? Au fond, cette pensée diffère très peu de celle qui a été exprimée au ℣. 12 ; il n’y a que l’image en moins, et il n’y a en plus que l’application directe et personnelle à Jésus. Le langage tenu ici par le Sauveur ne doit pas plus se prendre à la lettre que la parole de Jéhova dans la phrase précédente. Jésus est venu pour tous les hommes sans exception, même pour les justes ; ou plutôt, sans lui il n’y aurait pas de justes. Mais il faut qu’il s’occupe plus particulièrement des pécheurs et des âmes qui s’égarent, de même qu’un médecin s’occupe avant tout des malades, et parait négliger les personnes valides pour se consacrer presque exclusivement à eux. C’est comme si Jésus-Christ eût dit : « Veni vocare omnes, non tanquam justos, sed tanquam peccatores ». Nous aurons un développement de la même pensée dans la touchante parabole de la brebis perdue.

Alors les disciples de Jean s'approchèrent de Lui, et dirent : Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-nous souvent, tandis que Vos disciples ne jeûnent point ?

Tunc accesserunt ad eum discipuli Joannis, dicentes : Quare nos, et pharisæi, jejunamus frequenter : discipuli autem tui non jejunant ?

Τότε προσέρχονται αύτω̣̃ οί μαθηταὶ 'Iωάννου λέγοντες Διατί ήμει̃ς καὶ οί Φαρισαι̃οι νηστεύομεν πολλά οί δὲ μαθηταί σου ού νηστεύουσιν

9.14. — Tunc accesserunt. « τότε, id est postquam Jesus Pharisæos refutaverat », Fritzsche. Il y a en effet une connexion très étroite entre les deux scènes. À peine le Sauveur avait-il répondu à l’objection des Pharisiens qu’on vint lui en proposer une autre, également relative à la conduite qu’il tenait dans la circonstance présente. — Discipuli Joannis. Cette fois, ce sont les disciples du Précurseur qui argumentent contre lui ; mais à côté d’eux, selon le témoignage explicite de saint Marc, Mc 2.18 ; cf. Lc 5.30,33, nous apercevons encore les Pharisiens, qui les ont probablement excités à prendre la parole à leur tour, pour lancer un nouveau blâme contre Jésus. Il n’avait pas été nécessaire de les presser beaucoup pour leur faire prendre ce rôle d’accusateurs : il ressort en effet de plusieurs passages de l’Évangile que les disciples de saint Jean-Baptiste, jaloux de voir l’autorité du Sauveur éclipser peu à peu celle de leur propre Maître, se montraient ouvertement défavorables à la conduite du nouveau Docteur, cf. Jn 3.26 et ss. ; Lc 7.18 et ss. Du reste, soit que leur question ait eu la malice pour mobile, soit qu’elle ait eu pour but d’exposer simplement un scrupule qu’avait fait naître dans leur cœur la conduite de Jésus-Christ, si différente de celle de leur Maître, peu importe ; la réponse de Notre-Seigneur demeure exactement la même dans les deux cas. Notons qu’il font preuve d’une certaine loyauté en s’adressant directement à Jésus, contrairement à ce que les Pharisiens venaient de faire, ℣. 11 ; mais, eux aussi, ils manquent de franchise en ayant l’air de n’accuser que ses disciples, tandis qu’il était lui-même leur objectif réel et principal. — Nos et Pharisæi jejunamus frequenter. Ici encore, cf. Mt 6.16 et ss., il ne s’agit que des jeûnes libres et privés. Les disciples da Précurseur jeûnaient donc fréquemment. Rappelons-nous que l’esprit de saint Jean était essentiellement un esprit de pénitence et de mortification : le Baptiste avait jeûné toute sa vie, et il avait naturellement formé à son image les hommes qui s’étaient placés sous sa direction. Les Pharisiens aussi, nous l’avons vu, s’imposaient plusieurs fois chaque semaine des jeûnes de dévotion ; leur religion tout extérieure aidant, ils n’avaient pas tardé à devenir ridicules sur ce point comme sur tant d’autres, en se livrant au jeûne pour les motifs les plus futiles, par exemple, afin d’avoir d’heureux songes, afin d’obtenir la grâce de pouvoir interpréter ceux qu’ils avaient eus, etc. : c’est ce que le Talmud appelle תענית חלום, « jejunium pro somnio ». Cette raison était si grave aux yeux des Rabbins qu’elle suffisait pour autoriser le jeûne en un jour de Sabbat. — Discipuli autem tui… Ce jour-là même, ne venaient-ils pas d’assister à un repas somptueux ? L’occasion paraissait donc excellente pour reprocher au Sauveur et à son entourage leur éloignement d’une pratique pieuse, alors en usage chez tous ceux qui faisaient profession de mener une vie fervente. Pourquoi d’une part cette mortification constante et de l’autre cet amour apparent de ses aises ?

Et Jésus leur dit : Les amis de l'époux peuvent-ils être dans le deuil pendant que l'époux est avec eux ? Mais les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront.

Et ait illis Jesus : Numquid possunt filii sponsi lugere, quamdiu cum illis est sponsus ? Venient autem dies cum auferetur ab eis sponsus : et tunc jejunabunt.

καὶ εί̃πεν αύτοι̃ς ό 'Iησου̃ς Μὴ δύνανται οί υίοὶ του̃ νυμφω̃νος πενθει̃ν έφ' όσον μετ' αύτω̃ν έστιν ό νυμφίος έλεύσονται δὲ ήμέραι όταν άπαρθη̣̃ άπ' αύτω̃ν ό νυμφίος καὶ τότε νηστεύσουσιν

9.15. — La réponse ne se fait pas attendre : elle est tout à fait péremptoire, mais elle est aussi pleine de bonté, car c’est avec la plus grande douceur que Jésus condescend à indiquer les motifs de sa conduite et de celle de ses disciples. Je vis avec les malades, avait-il dit aux Pharisiens, parce que je suis le médecin. Mes disciples ne sauraient actuelle-ment jeûner, répond-il aux Joannites, parce que des convenances de divers genre s’opposent pour le moment à ce qu’ils se livrent trop à la pénitence extérieure. Ces convenances sont exposées de la façon la plus gracieuse sous la forme de trois comparaisons familières. — Première comparaison : Numquid possunt filii sponsi… Les Juifs appelaient « fils du fiancé », plus correctement d’après le texte grec, « fils de la chambre nuptiale », οί υίοί του̃ νυμφω̃νος, ou « amis du fiancé »,  Jn 3.29, les jeunes gens choisis par l’époux pour aller chercher la fiancée le jour du mariage, et pour la conduire processionnellement de la maison de ses parents à celle de son futur maître et seigneur. Ils assistaient ensuite à toutes les réjouissances des noces, qui duraient ordinairement sept jours. Leur nom classique était « Paranymphes » chez les Grecs, שושנים chez les Juifs. — Lugere, πενθει̃ν, les deux autres Évangélistes disent « jejunare », « νηστεύείν » ; mais cela revient au même. Saint Matthieu indique la cause, saint Marc et saint Luc l’effet. On ne jeûne pas sans raison ; on jeûne moins encore lorsqu’on est dans la joie. Le jeûne présuppose toujours quelque tristesse intérieure ou extérieure. L’application se fait maintenant d’elle-même : Jésus est le divin fiancé descendu sur la terre pour célébrer son mariage mystique avec l’Église, les Apôtres lui servent de paranymphes spirituels, qui lui conduisent les âmes auxquelles il désire s’unir ; serait-il convenable de les condamner au jeûne, à d’incessantes mortifications, durant le temps joyeux des noces et tandis que l’époux est auprès d’eux visiblement, d’une manière sensible ? Non, il y aurait là un contresens manifeste. — Mais il n’en sera pas toujours ainsi : Venient autem dies, jours plus nombreux que les disciples eux-mêmes ne le soupçonnaient alors. — Quum auferetur ab eis sponsus ; le verbe grec άπαρθη̣̃ plus expressif encore que le latin « auferetur », désigne un enlèvement violent, douloureux, du fiancé, c’est-à-dire la passion et la mort de Jésus. — Et tunc jejunabunt. Après cette pénible séparation commencera une ère d’épreuves, de persécutions, de tristesses profondes pour les Apôtres, et ils trouveront dans leurs peines incessantes les motifs de jeûnes légitimes et nombreux : en attendant, qu’on les laisse à la joie ! Ce τότε dure encore, malgré les affirmations contraires des protestants, qui seraient heureux de pouvoir le restreindre aux derniers jours de la vie du Sauveur, pour attaquer ensuite librement les jeûnes institués par l’Église catholique. Et il durera jusqu’à la fin du monde ; car alors seulement aura lieu d’une manière définitive la solennité des noces de l’Agneau, bien qu’elle ait été inaugurée à l’époque du premier avènement du Christ. Jusque-là, le céleste fiancé nous est ravi, nous pouvons même le perdre totalement ; il y a donc des motifs sérieux de tristesse et de jeûne. — Cette raison de convenance, ainsi développée par Jésus, obtient une force toute nouvelle si l’on se rappelle que saint Jean-Baptiste, dans le dernier témoignage qu’il rendit au Messie, le compare précisément à un fiancé, cf. Jn 3.29. « Ad hoc Joannis testimonium omnino respexit (Jesus) eoque tacite uti voluit vel ob id maxime quia ad discipulos Joannis loquebatur, apud quos magistri sui testimonium maximi erat ponderis. Itaque occasione propriæ quætionis ex doctrina magistri sui instruit et invitat ad credendum in se », Estius, Annotat. in h.l. L’image d’un mariage spirituel convenait au reste d’autant mieux pour exprimer les rapports de Jésus-Christ et de l’Église que plusieurs fois, dans l’Ancien Testament, Jéhova s’était déjà comparé à un époux à l’égard d’Israël, cf. Os 2.19,20 ; Is 54.5, etc.

Personne ne met une pièce de drap neuf à un vieux vêtement ; car elle emporterait une partie du vêtement, et la déchirure serait pire.

Nemo autem immittit commissuram panni rudis in vestimentum vetus : tollit enim plenitudinem ejus a vestimento, et pejor scissura fit.

ούδεὶς δὲ έπιβάλλει έπίβλημα ρ́άκους άγνάφου έπὶ ίματίω̣ παλαιω̣̃· αίρει γὰρ τὸ πλήρωμα αύτου̃ άπὸ του̃ ίματίου καὶ χει̃ρον σχίσμα γίνεται

9.16. — Deuxième comparaison : Nemo autem immittit… Jésus vient de prouver que ce n’est pas encore pour ses Apôtres le temps de jeûner ; il les excuse à présent par une autre démonstration, déduite de la nature même de l’institution nouvelle à laquelle ils appartiennent. Admirons ce divin Maître qui, sans rien perdre de sa dignité, descend pour nous instruire dans les détails les plus communs de la vie réelle, et qui ne craint pas de faire ici l’histoire d’un vêtement rapièce. mais, comme il excelle à relever les choses les plus triviales ! — Commissuram : dans le texte grec, nous lisons έπίϐλημα, « additamentum » ; ces deux mots désignent d’ailleurs une pièce rapportée. — Panni rudis ; ici encore le grec est plus clair et plus précis. Au lieu de « rudis », il porte άγνάφου (de ά privat. et γνάπτω, « qui n’a pas été apprêté par le foulon » ; il est question par conséquent d’une étoffe non seulement neuve, mais toute crue et sans souplesse. Qui donc, à moins d’y être réduit par la nécessité, ou d’être un ouvrier inintelligent, songera à raccommoder un vieux vêtement à l’aide d’une pièce de ce genre ? S’il le fait, il verra bientôt les inconvénients de sa folie. — Tollit enim… Il y a deux manières de traduire le texte grec en cet endroit, car, dans la phrase αίρει γὰρ τὸ πλήρωμα αύτου̃ άπὸ του̃ ίματίου, le substantif πλήρωμα peut être aussi bien au nominatif qu’à l’accusatif. La Vulgate adopte l’accusatif, ce qui donne le sens suivant : Le morceau d’étoffe non apprêtée enlève au vêtement si maladroitement raccommodé sa plénitude, lui fait perdre son intégrité en le déchirant. Si l’on préfère le nominatif, qui paraît beaucoup plus naturel, on obtient un sens légèrement modifié « Nam supplementum ejus (scil. panni rudis) aufert aliquid a vestimento ». C’est le même résultat dans les deux cas ; cependant le nominatif montre mieux l’action funeste de la pièce neuve sur le vêtement. Elle se retire, comme l’on dit, et en se contractant elle déchire et emporte toutes les parties usées qui sont autour d’elle. Un raccommodage de cette sorte va donc très mal et dure peu. — Bien plus, pejor scissura fit. Auparavant la déchirure était moins grande que le morceau surajouté ; maintenant elle est beaucoup plus considérable. Il y a ainsi double perte : perte complète du vieux vêtement, perte du morceau neuf qu’on a inutilement séparé de la pièce ; cf. Lc 5.36.

On ne met pas non plus du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement les outres se rompent, le vin se répand, et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et tous deux se conservent.

Neque mittunt vinum novum in utres veteres : alioquin rumpuntur utres, et vinum effunditur, et utres pereunt. Sed vinum novum in utres novos mittunt : et ambo conservantur.

ούδὲ βάλλουσιν οί̃νον νέον είς άσκοὺς παλαιούς· εί δὲ μήγε, ρ́ήγνυνται οί άσκοί καὶ ό οίνος έκχει̃ται καὶ οί άσκοὶ άπολου̃νται· άλλὰ βάλλουσιν οί̃νον νέον είς άσκοὺς καινούς, καὶ άμφότερα συντηρου̃νται

9.17. — Troisième comparaison : Neque mittunt… Cet exemple est emprunté, comme le précédent, à l’économie domestique. Du reste les trois images s’enchaînent très bien et se complètent mutuellement : la première a parlé de la célébration d’un mariage, la seconde et la troisième poursuivent la même pensée, décrivant l’une les préparatifs de la toilette, l’autre les préparatifs du festin, en vue de cette fête de famille. — Neque mittunt, à moins d’être insensé, ou du moins irréfléchi au dernier point. — Vinum novum, un vin qui sort du pressoir et qui est encore chaud, ardent, qui fermente et travaille avec force. — In utres veteres ; allusion à la coutume orientale de mettre le vin non en fûts et en bouteilles, mais dans des outres de peau de différentes grandeurs. C’est encore de cette manière que les Orientaux contemporains conservent et transportent la plupart des liquides, spécialement le lait, l’huile et le vin. Les outres sont faites le plus souvent en peau de chèvre, quelquefois aussi en peau d’âne ou de chameau. On met en dedans le côté extérieur de la peau, et en dehors la partie interne après l’avoir enduite de poix pour bien fermer les pores. Un vin nouveau enfermé dans de vieilles outres les presse et les gonfle de toutes parts ; mais comme elles ont perdu leur première élasticité, il leur est impossible de résister à la pression, et elles éclatent : rumpuntur utres et vinum effunditur, ce qui produit une ruine complète des deux objets. — Sed vinum novum in utres novos… Dans ce cas, il n’arrive aucun accident regrettable, car l’outre neuve, pleine de souplesse, résiste sans peine aux effort du vin. — Nous nous sommes contentés d’exposer la signification littérale des deux dernières comparaisons : il nous reste maintenant à voir quelle application elles peuvent trouver dans le sujet traité par Jésus. Plusieurs auteurs, il faut bien le dire, sont tombés dans une erreur singulière en croyant et en affirmant que les vêtements usés ou les vieilles outres figuraient les Apôtres, tandis que l’étoffe crue et les outres neuves représentaient les maximes sévères, les rigoureux préceptes du Christianisme ; d’où ils concluaient que, les Apôtres étant encore trop faibles pour jeûner et pour mener une vie mortifiée, Jésus les en dispensait momentanément, de crainte de les perdre eux-mêmes et de gâter son œuvre, s’il exigeait trop d’eux pour commencer. Tertullien déjà s’égarait de la sorte, cf. son traité contre Marcion, iv, 11 ; de même Théophylacte après lui : (ρ́άκος ου̃ν άγναφον ή νηστεία καὶ οί̃νος νέος· ίμάτιον παλαιόν καὶ άσκὸς, ή άσθένεια τω̃ν μαθητω̃ν, Comm. in h.l. Maldonat lui-même, d’ordinaire si judicieux dans sa critique, s’est laissé dérouter sur ce point : « Sic enim, dit-il, nimis rigidum vilæ genus, si discipulis, ut meliores fiant, adhuc infirmis et veteribus assuetis moribus præscribatur, illud ipsum quod vos meliores facere debuit, deterrendo, avertendo, fugando pejores faciet. Et quod illis, ut çonservarent exercerentque, tanquam ulribua vetustis vinum novum committeretur, dum ferre non possent, eos desperatione quadam perderet, et ipsum quoque periret ». Comme si la première démarche que Jésus avait exigée de ces novices, au moment de leur vocation, n’avait pas consisté à tout quitter pour le suivre ! Comme si des hommes qui s’étaient attachés à lui au point d’en venir, sur un seul mot, à un tel renoncement, eussent hésité à faire, s’il l’eût désiré, ce que ni les Pharisiens, ni les disciples du Précurseur ne trouvaient bien difficile ! Non, il ne faut pas rapetisser ainsi la pensée du Sauveur, en transformant une grave question d’institutions en une mince question de personnes. Plusieurs Pères avaient cependant très bien indiqué le véritable sens, spécialement Origène, saint Basile, Hom. in Ps. xxxii, saint Isidore, saint Cyrille (Cramer, Catena in h.l.), saint Hilaire et saint Augustin. Citons quelques mots de ces deux derniers Docteurs : « Pharisæos et discipulos Joannis nova non accepturos (dicit), nisi novi fierent », saint Hilaire in h.l. « Veteres utres debemus intelligere Scribas et Pharisæos. Plagula vestimenti novi et vinum novum, præcepta Evangelica sentienda, quæ non possunt sustinere Judæi, ne major scissura fiat. Tale quid et Galatæ facere cupiebant, ut cum Evangelio Legis præcepta miscerent, et in utribus veteribus mitterent vinum novum », saint Augustin, Quæst. Evang. ii, 18. Mais on peut parler en termes plus clairs et plus précis en réunissant toutes les idées des anciens auteurs sur ce point délicat. Les vêtements usés, les outres vieillies représentent, non seulement les Pharisiens et les disciples de Jean-Baptiste, mais tout le système religieux auquel ils appartenaient, c’est-à-dire la théocratie de l’Ancien Testament, et en particulier cet ensemble de traditions ei de pratiques sévères, qu’on aurait voulu imposer à Jesus et à ses Apôtres. Au contraire, l’étoffe neuve et le vin nouveau figurent l’esprit généreux que l’Évangile devait apporter au monde. Or, que proposait-on au Sauveur dans la circonstance présente ? De conserver des choses surannées, tout en essayant de les rajeunir tant soit peu. Il s’y refuse à bon droit, ne voulant pas rattacher la Loi nouvelle à l’ancienne comme une pièce d’étoffe supplémentaire sur un vieil habit. Son œuvre sera complètement une ou elle ne sera pas ; et c’est le triste oubli de cette vérité qui, peu de temps après la mort de Jésus, créa un schisme dangereux (« scissura ») dans l’Église primitive, les Judaïsants prétendant encore rapiécer le Mosaïsme à l’aide du Christianisme. C’est pour cela que les Apôtres ne pouvaient pas encore jeûner. Les jeûnes multiples des Pharisiens et des Joannites formaient une partie intégrante de la religion du Sinaï ; mais la religion du Sinaï devait, en se transformant et en se régénérant, faire place à celle de Jésus-Christ. Il ne fallait pas qu’on pût confondre celle-ci avec celle-là, surtout au début, mais que celle-ci apparût immédiatement avec son caractère distinct, autrement le Christ n’eut fait qu’un rapiécetage inutile. Un mélange de deux esprits très divers eût jeté le trouble et la confusion dans l’âme des premiers disciples et les eût rendue incapables du rôle auquel ils étaient destinés. Plus tard, quand leur formation aura été complétée par la descente de l’Esprit-Saint, l’inconvénient signalé n’étant plus à redouter, ils pourront jeûner sans crainte. Pour le moment il y aurait eu un grave danger soit pour eux, soit pour la doctrine évangélique, à composer leur vie intérieure à l’aide d’éléments hétérogènes ; elle ne pouvait prospérer qu’à la condition d’avoir été coulée d’un seul jet. — Bien que les deux allégories des ℣℣. 16 et 17 aient au fond le même sens, la seconde dit pourtant quelque chose de plus que la première ; car il est remarquable que Notre-Seigneur Jésus-Christ ne se répète jamais purement et simplement : alors même qu’il semble le faire, il ajoute toujours à sa pensée quelque trait nouveau, ou bien il la présente sous une autre face. Le symbole des vêtements est plus extérieur, celui des outres a quelque chose de plus intime, « Vino siquidem intus reficimur, veste autem foris tegimur », observe très judicieusement le Vén. Bède. La première image peut s’appliquer aux doctrines, la seconde aux esprits des deux Testaments. La première dit seulement que ce qui est neuf ne saurait être cousu sur le vieux sans plus de façon, la seconde qu’un esprit entièrement nouveau réclame des formes entièrement nouvelles.

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