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4. Mission des douze Apôtres

Mt 9.3510.42.

1° Occasion des instructions pastorales adressées par Jésus-Christ à ses Apôtres, ou nouvelle mission en Galilée, ix, 35-38.

Ces quatre versets correspondent très exactement, comme nous venons de le dire, à ceux qui avaient servi plus haut, Mt 4.23-25, d’introduction au Sermon sur la Montagne et à la première mission de Jésus en Galilée. Ils nous montrent le Christ parcourant de nouveau les villes et les bourgades, semant partout les bienfaits sur ses pas et s’apitoyant sur les misères du peuple juif.

Coup d’œil général sur le ministère du Sauveur, ℣. 35.

Or, Jésus parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans leurs synagogues, et prêchant l'Évangile du royaume, et guérissant toute langueur et toute infirmité.

Et circuibat Jesus omnes civitates, et castella, docens in synagogis eorum, et prædicans Evangelium regni, et curans omnem languorem, et omnem infirmitatem.

Καὶ περιη̃γεν ό 'Iησου̃ς τὰς πόλεις πάσας καὶ τὰς κώμας διδάσκων έν ται̃ς συναγωγαι̃ς αύτω̃ν καὶ κηρύσσων τὸ εύαγγέλιον τη̃ς βασιλείας καὶ θεραπεύων πα̃σαν νόσον καὶ πα̃σαν μαλακίαν έν τω̣̃ λαω̣̃

9.35.Et circuibat Jesus… Nous avons ici une reproduction presque littérale de Mt 4.23. Jésus nous apparaît encore sous les traits d’un missionnaire ambulant, qui n’épargne aucune peine pour aller à la recherche des âmes. — Il commence probablement à cette époque sa troisième mission galiléenne : la première avait été consacrée plus spécialement à la région montagneuse, la seconde (voir le commentaire du chap. xiii) aux environs du lac de Tibériade ; la troisième a lieu surtout dans les villes, dont il est fait en cet endroit une mention particulière. Cf. notre Harmonie évangélique, Introd. génér., ch. x. L’activité du divin Maître se déploie de la même manière qu’autrefois : il prépare le sol spirituel, jette partout la divine semence qu’il arrose ensuite par ses miracles opérés en très grand nombre.

Triste état du peuple juif à cette époque, ℣℣. 36-38.

Et voyant les foules, Il en eut compassion ; car elles étaient accablées, et gisaient comme des brebis qui n'ont point de pasteur.

Videns autem turbas, misertus est eis : quia erant vexati, et jacentes sicut oves non habentes pastorem.

'Iδὼν δὲ τοὺς όχλους έσπλαγχνίσθη περὶ αύτω̃ν ότι η̃σαν έκλελυμένοι καὶ έρριμμένοι ώσεὶ πρόβατα μὴ έχοντα ποιμένα

9.36.Videns autem turbas. Chaque jour, durant ses voyages, il avait avec le peuple des relations intimes qui lui permettaient de le pénétrer, de le juger. Mais il ne découvrait partout, hélas ! que de profondes misères dont le spectacle lui déchirait le cœur. — Misertus est eis. On lit dans le grec έσπλαγχνίσθη περὶ αύτω̃ν, ce qui produit une belle métaphore usitée dans toutes les langues. Nous disons de même : avoir des entrailles de père, être sans entrailles pour quelqu’un. L’évangéliste exprime ainsi le vif sentiment de compassion qui remplissait l’âme du Sauveur à la vue du triste état de son peuple. — Quia erant… L’écrivain sacré trace en quelques mots une description profondément sentie de la déplorable situation morale où se trouvaient alors les Juifs : il les compare, suivant une image qui est d’un fréquent emploi dans tout l’Orient, à un troupeau de brebis, mais de brebis délaissées, qui dépérissent. — Vexati. Les éditions du texte grec ne sont pas uniformes à propos de cette expression. La « Recepta » porte έκλελυμένοι qui signifie languissants, débiles ; mais la leçon primitive semblé avoir été έσκυλμένοι de σκύλλειν, « cu tem detrahere, dilacerare », ce qui donne un sens très énergique et représente les pauvres brebis déchirées par les loups, par les chiens et par les buissons du chemin. — Et jacentes, έῤρ́ιμμένοι (Lachmann adopte sans raisons suffisantes la variante ρ́εριμμένοι). Le troupeau épuisé, malade, n’a d’autre ressource que de s’étendre à terre, attendant la fin de ses tourments. — Sicut oves non habentes pastorem. C’est un fait d’expérience, déjà signalé par les anciens, que la brebis est un animal essentiellement domestique, qui ne saurait vivre loin de l’homme ou privé de ses soins. Un troupeau de moutons sans pasteur ou conduit par un berger négligent languit, contracte toute espèce de maladies et ne tarde pas à périr misérablement. Mais le peuple juif était-il donc alors sans pasteur ? N’avait-il pas les prêtres et les docteurs pour le conduire ? Sans doute, mais c’étaient de mauvais pasteurs, semblables à ceux qu’avaient autrefois décrits les prophètes Jérémie, Jr 23.1-2, et Ezéchiel, Ez 24.2 et ss. Ils égaraient eux-mêmes, frappaient et immolaient sans pitié les brebis qui leur avaient été confiées par Jéhova. Telle était donc la situation morale des Juifs à cette époque : « Yexati, jacentes » ; des péchés sans nombre avaient produit en eux des plaies profondes, toute force les avait quittés.

Alors Il dit à Ses disciples : La moisson est grande, mais il y a peu d'ouvriers.
Priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans Sa moisson.

Tunc dicit discipulis suis : Messis quidem multa, operarii autem pauci.
Rogate ergo Dominum messis, ut mittat operarios in messem suam.

τότε λέγει τοι̃ς μαθηται̃ς αύτου̃ ʻO μὲν θερισμὸς πολύς, οί δὲ έργάται όλίγοι·
δεήθητε ου̃ν του̃ κυρίου του̃ θερισμου̃ όπως έκβάλη̣ έργάτας είς τὸν θερισμὸν αύτου̃

9.37-38.Tunc dicit discipulis suis. Plus la perspective est sombre en elle-même, plus elle doit inspirer de courage aux hommes de Dieu. Pour les yeux clairvoyants de Jésus, le malheureux troupeau du ℣. précédent se transforme tout à coup èn une abondante moisson : Messis quidem multa ! Cf. Jn 4.35. Ces blés presque mûrs pour la récolte, ce sont précisément ces multitudes désolées, qu’il sera d’autant plus facile de convertir au royaume de Dieu qu’elles désirent elles-mêmes davantage sortir de leur déplorable situation : la souffrance les a prédisposées au salut. « Messem vocat auditorum multitudinem, verbum Dei aventium audire. Exierat enim qui seminat, id est Christus, seminare semen suum ; creverat feliciter semen, et seges matura jam erat ad messem ; propterea non jam semen, non segetem, sea messem vocat », Maldonat d’après saint Jean Chrysostôme et Euthymius. — Operarii autem pauci. Autre métaphore expressive pour désigner les apôtres, les missionnaires, ou, comme l’on dit, les ouvriers évangéliques, qui doivent être dans leurs rapports avec les peuples auxquels ils sont envoyés ce qu’est l’agriculteur à l’égard de la moisson. Les chefs spirituels de la nation théocratique ne valaient pas mieux en qualité de moissonneurs qu’en qualité de pasteurs et Jésus veut les remplacer ; mais qu’il a encore peu d’hommes à sa disposition ! et quel malheur, lorsque le temps de la moisson est venu, si les bras manquent pour la couper ou pour la rentrer ! Aussi le Sauveur engage-t-il ses disciples à s’adresser à Dieu, le maître du champ et des blés mûrs qu’il faut récolter le plus promptement possible, pour lui rappeler que ses intérêts les plus chers sont en jeu et que s’il tient à ne pas laisser perdre sa moisson il doit envoyer, mais envoyer le plus promptement possible, (on lit dans le grec έκβάλη̣, qui signifie lancer avec vigueur, « extrudere »), car le besoin est pressant, un grand nombre d’excellents ouvriers qui travailleront pour Lui. — Cette prière que les disciples firent sans doute à l’instant sur les recommandations de leur Maître, devait leur obtenir à eux-mêmes d’être envoyés les premiers dans le champ du Seigneur, comme nous l’allons voir par la suite du récit.

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