Ressources Catholiques Missel Romain

3° Instructions pastorales de Jésus-Christ à ses apôtres.

Mt 10.5-42.

Nous avons indiqué plus haut (voir la note de Mt 9.35) la ressemblance générale qui existe entre ce passage et le Discours sur la Montagne. Pour que l’analogie fût encore plus complète les exégètes ont soulevé, touchant l’exhortation pastorale adressée par Jésus à ses Apôtres, une controverse identique à celle que nous avons rencontrée dès l’ouverture de l’« Oratio montana ». Ici de même que là, deux évangélistes surtout, saint Matthieu et saint Luc, ont pris soin de consigner par écrit l’allocution au Sauveur (saint Marc en note à peine quelques lignes) ; ici comme plus haut, saint Matthieu retrace un discours suivi, logiquement enchaîné, d’une assez longue étendue, tandis que saint Luc en dissémine les différentes parties en trois ou quatre endroits de sa narration, cf. Lc 9.4 et ss. ; 10.4 et ss. ; 12.1-12, etc. Et de nouveau les commentateurs se partagent en deux camps pour affirmer, les uns (Olshausen, de Wette, etc.) que l’ordre véritable est celui de saint Luc, saint Matthieu ne nous présentant qu’un assemblage factice de doctrines enseignées à des époques diverses ; les autres, en plus grand nombre (Meyer, Stier, J. P. Lange, Alford, Bisping, Van Steenkiste, etc.), que saint Matthieu nous a réellement conservé sous leur forme primitive les instructions pastorales de Jésus à ses Apôtres. Nous nous rangeons sans hésiter à ce second sentiment. Voici le rapide exposé de nos preuves : a. Saint Matthieu, témoin oculaire, mérite la préférence quand il est plus circonstancié, plus précis que les autres synoptiques, et c’est précisément le cas. b. L’Évangéliste semble déclarer en termes formels, cf. Mt 9.4, que Jésus-Christ prononça son discours d’une manière intégrale et continue, tel qu’on le trouve au chap. x. c. Ce discours convient si parfaitement à la situation du moment, à la solennité de la circonstance, que Notre-Seigneur seul peut l’avoir composé tel que nous le lisons dans le premier Évangile. Jésus seul pouvait associer à l’envoi temporaire de ses Apôtres un coup d’œil prophétique sur leurs missions futures, et des recommandations qui leur serviraient à tout jamais de règle, ainsi qu’à leurs successeurs. d. Saint Luc ne nous donne évidemment qu’un sommaire abrégé de la première partie du discours. Quant aux autres parties, qu’il renvoie à des dates plus tardives, il est très vrai semblable qu’elles furent prononcées deux fois par le Sauveur ; cette répétition est même un fait certain pour ce qui concerne l’envoi de soixante-douze Disciples, Lc 10.1-12, des circonstances semblables ayant ramené naturellement les mêmes injonctions. — Le but de cette instruction est facile à découvrir. Tout d’abord et directement, Notre-Seigneur Jésus-Christ se propose de donner aux Douze des conseils pratiques qui leur serviront de règle pendant la mission préparatoire dont il va les charger. Élargissant ensuite sa pensée, il leur fait d’autres recommandations destinées à les guider durant leurs missions apostoliques proprement dites, qui commenceront après la Pentecôte pour ne cesser qu’avec leur vie. Allant encore plus loin, et plongeant son regard prophétique dans la série complète des périodes que traversera l’Église jusqu’à la consommation des siècles, il adresse à tous les futurs missionnaires, quels qu’ils soient, des avis et des encouragements précieux pour les aider à bien s’acquitter de leur rôle sublime, qui n’est pas sans peines ni sans dangers. Nous obtenons ainsi trois fins spéciales et distinctes dans un même but général. — Le plan est en harmonie parfaite avec les desseins du Sauveur. D’après ce que nous venons de dire, il faut nous attendre à trouver dans ce discours trois parties séparées, traitant du grand et beau sujet des missions sous ses différentes faces. Et, en effet, ces trois parties ont été nettement déterminées, par le divin orateur : il les distingue non seulement par les nuances de la pensée, mais, suivant une coutume littéraire très suivie en Orient, à l’aide d’une sorte de refrain qui retentit régulièrement après chacune d’elles, imprimant à l’ensemble un tour cadencé, rhythmique, fort naturel dans une contrée où l’éloquence et la poésie ont toujours été sœurs. Ce refrain consiste, dans la phrase « Amen dico vobis », accompagnée de quelques mots relatifs aux grands jugements divins, et aux châtiments ou aux récompenses qui seront alors distribués par le souverain Maître, cf. ℣℣. 15,23 et 42. La première partie comprend les ℣℣. 5-15 : elle se rapporte tout entière à la mission immédiate et de courte durée que les Apôtres vont donner aux pays juifs. Leur rôle est limité à divers points de vue, de même que leurs pouvoirs. Cf. Mt 5.4. La seconde partie, ℣℣. 16-23, nous transporte à l’époque qui suivit la descente du Saint Esprit sur les Apôtres, « et à la mission universelle que les ouvriers évangéliques inaugurèrent alors à travers toutes les régions du monde. Les persécutions qu’ils auront à subir y sont très visiblement marquées. La troisième partie, qui embrasse les ℣℣. 24-42, est la plus importante et aussi la plus étendue : elle a en vue toutes les missions de l’avenir, à partir de la période apostolique jusqu’à la fin des temps ; aussi les avis qu’elle contient ont-ils un caractère plus général et ce n’est que par exception qu’ils sont adressés directement aux Apôtres, cf. ℣℣. 26-31, 40. La plupart des traits rappellent le Sermon sur la Montagne. Ce n’est pas à dire que, dans chacune de ces parties, Jésus ait voulu prescrire des ordres qui regardassent exclusivement ou les Apôtres, ou leurs successeurs : ses injonctions, considérées dans leur esprit, concernent tout à la fois les uns et les autres, c’est-à-dire les missionnaires de tous les temps et de tous les pays ; néanmoins, beaucoup de traits particuliers ne peuvent s’appliquer, comme nous le montrera le commentaire, qu’aux trois époques distinctes dont nous avons parlé.

...suite