En quelque ville ou en quelque village que vous entriez, demandez qui y est digne, et demeurez chez lui jusqu'à ce que vous partiez.
In quamcumque autem civitatem aut castellum intraveritis, interrogate, quis in ea dignus sit : et ibi manete donec exeatis.
είς ὴν δ' ὰν πόλιν ή κώμην είσέλθητε έξετάσατε τίς έν αύτη̣̃ άξιός έστιν· κάκει̃ μείνατε έως ὰν έξέλθητε
10.11. — In quamcumque civitatem… Nous trouvons ici une série de nouveaux détails qui avaient pour but de diriger la conduite pratique des Apôtres pendant cette première mission. C’étaient des novices auxquels il fallait tout apprendre : Jésus leur donne avec bonté toutes les instructions dont ils pourront avoir besoin. Il leur parle d’abord du choix de leur séjour dans les villes et les bourgades où ils auront à s’arrêter. Ils ne devront pas aller demander l’hospitalité au premier venu : ce n’est qu’après de sérieuses informations qu’ils prendront une décision sur ce point important : Interrogate. « Apostoli, dit fort bien saint Jérôme, novam introeuntes urbem, scire non poterant quis qualis esset. Ergo hospes fama eligendus est populi et judicio vicinorum, ne prædicationis dignitas suscipientis infamia deturpetur ». — Quis in ea dignus sit. Jésus ne dit point : Le plus riche, le plus puissant, mais : Le plus digne. Les suggestions de la nature ne sauraient être écoulées quand il s’agit de l’établissement du royaume messianique. Le plus digne, en quel sens ? D’après le contexte, celui qui, par l’ensemble de ses qualités et de ses vertus, mérite par-dessus tous les autres que vous fixiez chez lui votre résidence ; le plus digne de vous et de l’Évangile. Sans ce choix prudent, comme l’indiquait tout à l’heure saint Jérôme, les Apôtres eussent couru le risque de compromettre leur réputation et la dignité de la parole divine. Le même saint Docteur fait observer que ceux qui avaient l’honneur de loger les disciples de Jésus sous leur toit, recevaient de fait beaucoup plus qu’ils n’accordaient. — Ibi manete…, évitant d’aller habiter un jour dans une maison, un jour dans une autre, à la manière des zélateurs juifs, ce qui serait le signe d’une légèreté ou d’une délicatesse peu en rapport avec le caractère apostolique : aussi ne manquerait-on pas de s’en malédifier au détriment de leur ministère. Donc, pas de précipitation pour s’introduire dans une habitation et pas de précipitation pour en sortir. Même durant leurs grandes missions, les Apôtres, et saint Paul en particulier, obéiront fidèlement à cette prescription de leur Maître.
En entrant dans la maison, saluez-la, en disant : Paix à cette maison.
Intrantes autem in domum, salutate eam, dicentes : Pax huic domui.
είσερχόμενοι δὲ είς τὴν οίκίαν άσπάσασθε αύτήν·
10.12. — Intrantes autem… Jésus indique maintenant aux néo-missionnaires ce qu’ils auront à faire en prenant possession de la maison qu’ils auront choisie pour y établir leur séjour. — Salutate eam ; d’après la version syriaque : « precamini pacem illi ». On sait que la salutation ordinaire des Orientaux a toujours consisté dans les mots : « Pax tibi », של׳ום ליך. Mais ce qui n’était qu’une formule plus ou moins vaine de politesse sur d’autres lèvres devenait, dans la bouche des Apôtres, l’expression de la plus parfaite vérité. De leur part, saluer c’était bénir ; souhaiter la paix, c’était la procurer, et, sous ce nom de paix, il faut entendre les faveurs du ciel les plus précieuses, en particulier le salut messianique, la croyance à l’Évangile. — Les mots dicentes : Pax huic domui ne se trouvent pas dans le grec et on les regarde généralement comme une interpolation. C’est sans doute une glose marginale ajoutée par des lecteurs qui, ignorant l’hébreu, ne trouvaient pas assez de cohésion entre le ℣. 12 et le début du ℣. 13, puis insérée plus tard dans le texte.
Et si cette maison en est digne, votre paix viendra sur elle ; et si elle n'en est pas digne, votre paix reviendra à vous.
Et siquidem fuerit domus illa digna, veniet pax vestra super eam : si autem non fuerit digna, pax vestra revertetur ad vos.
καὶ έὰν μὲν ή̣̃ ή οίκία άξία έλθέτω ή είρήνη ύμω̃ν έπ' αύτήν· έὰν δὲ μὴ ή̣̃ άξία ή είρήνη ύμω̃ν πρὸς ύμα̃ς έπιστραφήτω
10.13. — Le souhait de paix formé par les Apôtres du Christ à leur entrée dans une maison tombera ou sur des âmes qui en seront dignes, ou sur des indignes. — Dans le premier cas, il obtiendra une réalisation complète et immédiate : Veniet pax vestra… Le grec est plus expressif : έλθέτω, « veniat » : Jésus ordonne en quelque sorte par anticipation à la paix d’accourir. De même plus bas, έπιστραφήτω, « revertatur ». « Pax vestra » c’est-à-dire « pax quam vos precati estis ». — Mais si les habitants de la maison (car « domus » est évidemment synonyme de « familia ») sont indignes des faveurs que les Apôtres leur apportent, alors pax vestra revertetur ad vos. La paix personnifiée est censée refluer vers ceux qui l’avaient envoyée. Divers interprètes ont pris à la lettre l’expression « reverti », comme si elle signifiait que les Apôtres eux-mêmes bénéficieraient des grâces dont n’auraient pas profité leurs hôtes indignes, « fructus referetur ad vos » (saint Thomas ; cf. Cornel. a Lap., Bengel, Reischl, Arnoldi, etc.). Mais il est plus conforme au langage biblique et au sentiment commun des exégètes de la regarder comme un hébraïsme équivalent à la phrase « elfectum non habere ». « Votum dicitur reverti ad proferentem, dit Rosenmüller, in h.l., si optato eventu caret ». « Non significat (Christus) hac phrasi ea quæ precati fuerant ipsis apostolis eventura, sed illis quibus precati fuerant non ventura. Sic enim loquuntur Hebræi », Maldonat.
Et si quelqu'un ne vous reçoit pas et n'écoute pas vos paroles, en sortant de cette maison ou de cette ville, secouez la poussière de vos pieds.
Et quicumque non receperit vos, neque audierit sermones vestros : exeuntes foras de domo, vel civitate, excutite pulverem de pedibus vestris.
καὶ ὸς έὰν μὴ δέξηται ύμα̃ς μηδὲ άκούση̣ τοὺς λόγους ύμω̃ν έξερχόμενοι τη̃ς οίκίας ή τη̃ς πόλεως έκείνης έκτινάξατε τὸν κονιορτὸν τω̃ν ποδω̃ν ύμω̃ν
10.14. — Le Sauveur ne manque pas d’indiquer aux premiers missionnaires la manière dont ils devront se comporter à l’égard des endurcis qui pourraient refuser de les recevoir, et quicumfue non receperit… ou qui resteraient insensibles à leur prédication, neque audierit. Sortant aussitôt de la maison ou de la ville incrédule, ils manifesteront par un signe symbolique, plus expressif que le simple langage, la colère du Seigneur dont ils sont les représentants. — Excutite pulverem de pedibus vestris. Les Juifs enseignaient communément, à l’époque de Notre-Seigneur, qu’on ne pouvait toucher sans se profaner le sel des contrées païennes, cf. Lightfoot, Horæ Hebr. in h.l. ; aussi arrivait-il aux plus zélés d’entre eux, au moment où ils allaient franchir la frontière de la Terre-Sainte, en revenant de la Phénicie par exemple, ou de la Syrie, de s’arrêter un instant, d’enlever leurs sandales et de les frapper l’une contre l’autre pour ne pas souiller par la poussière qui s’y était attachée, le territoire sacré de leur pays. En pratiquant le même acte dans les circonstances désignées par Jésus, les Apôtres montraient aux personnes indignes auxquelles ils s’étaient adressés par mégarde, qu’ils ne voulaient rien avoir de commun avec elles, pas même les quelques grains de poussière qui s’étaient attachés à leurs chaussures. Cette poussière devait en outre témoigner contre les coupables au jour du jugement, comme il est expressément marqué dans les deux autres Évangiles, Mc 6.11 ; Lc 9.5. « Signo pulveris pedibus excussi æterna maledictio relinquitur », saint Hilaire. Saint Paul et saint Barnabé, repoussés par les Juifs d’Antioche en Pisidie, pratiqueront ce conseil à la lettre : « Judaei… ejecerunt eos de finibus suis. At illi, excusso pulvere pedum in eos, venerunt Iconium », Ac 13.50,51 ; cf. Mt 18.6. — Le lecteur a sans doute remarqué la construction irrégulière de ce verset : la phrase demeure suspendue et s’achève autrement qu’elle avait commencé. « Quicumque » est mis pour « si qu:i », ὸς έὰν μὴ du texte grec pour έὰν τις μὴ.
En vérité, Je vous le dis, il y aura moins de rigueur pour Sodome et Gomorrhe, au jour du jugement, que pour cette ville.
Amen dico vobis : Tolerabilius erit terræ Sodomorum et Gomorrhæorum in die judicii, quam illi civitati.
άμὴν λέγω ύμι̃ν άνεκτότερον έσται γη̣̃ Σοδόμων καὶ Γομόρρων έν ήμέρα̣ κρίσεως ή τη̣̃ πόλει έκείνη̣
10.15. — Amen dico vobis. En sa qualité de Juge souverain, Jésus prédit en termes graves et solennels le sort terrible qu’il réserve aux Israélites qui oseraient se montrer rebelles à la prédication de l’Évangile. — Terræ Sodomorum, et Gomorrhæorum. Les villes de Sodôme et de Gomorrhe sont à chaque instant mentionnées dans la Bible et dans le Talmud comme un symbole de grandes iniquités et de grands châtiments divins. Et cependant Jésus-Christ ne craint pas d’affirmer que le sort éternel de leurs habitants sera moins dur, tolerabilius erit, que celui des hommes qui auront refusé de recevoir les Apôtres et leur enseignement. Rien n’est plus juste que cette sentence ; le plus noir de tous les crimes n’est-il pas de rejeter l’Évangile, surtout lorsqu’il est appuyé sur des motifs de crédibilité qui rendent l’erreur tout à fait impossible, par exemple les miracles opérés par les Apôtres ? Cf. ℣. 8. Ce crime, ni Sodôme, ni Gomorrhe ne l’avaient commis, cf. Mt 11.23,24. — In die judicii : au jour du jugement final et général qui mettra fin au monde présent. Saint Jérôme infère à bon droit de ce passage qu’il y aura dans l’enfer des tourments plus ou moins rigoureux pour les damnés, selon qu’ils auront été plus ou moins coupables ici-bas. — On ne peut s’empêcher d’admirer, dans cette première partie du discours, le ton d’assurance avec lequel Jésus parle aux Apôtres, les sentiments de confiance qu’il cherche à faire passer dans leurs cœurs. Quoique novices dans le ministère qu’il leur confie, ils devront se présenter partout sans crainte, ℣. 11 ; ils parleront avec autorité en vertu de la puissance qu’il leur a transmise, ℣. 12 ; ils agiront comme des chefs suprêmes qui ont le droit de récompenser ou de punir, ℣. 14.