Ressources Catholiques Missel Romain
c. Troisième partie : Ordres relatifs aux missions apostoliques de tous les temps.
Mt 10.24-42. Parall. Lc 12.2-12 ; 51-53.

La troisième division du Discours éclaire jusqu’aux extrémités les plus reculées de l’histoire de l’Église, indiquant à tous les prédicateurs de l’Évangile la manière dont ils devront s’acquitter de leurs hautes, mais difficiles fonctions. L’idée de la persécution, par laquelle elle commence, la rattache très étroitement à la seconde partie. Vous aurez beaucoup à souffrir, dit encore le Sauveur à tous ses Apôtres présents et futurs ; mais ne craignez point et luttez avec courage : vous parviendrez ainsi à la victoire. Quoique les sombres couleurs ne manquent pas plus dans ce tableau que dans les deux autres, on y découvre cependant, lorsqu’on l’étudie de près, plus de motifs d’encouragement et de consolation que de tristesse et d’effroi. Le commentaire détaillé nous en convaincra sans peine.

Le disciple traité comme le maître, ℣℣. 24-25.

Le disciple n'est pas au-dessus du maître, ni le serviteur au-dessus de son seigneur.

Non est discipulus super magistrum, nec servus super dominum suum :

Ούκ έστιν μαθητὴς ύπὲρ τὸν διδάσκαλον ούδὲ δου̃λος ύπὲρ τὸν κύριον αύτου̃

10.24. — Cette vérité, exposée d’une manière négative au ℣. 24, l’est en termes positifs au ℣. 25 : Jésus-Christ en fait ensuite l’application. L’exposition négative a lieu sous la forme de deux proverbes populaires. Notre-Seigneur semble avoir affectionné ces maximes, car il les a répétées plusieurs fois, en des circonstances différentes ; cf. Lc 6.40 ; Jn 13.16 ; 15.20. Elles signifient qu’en général les disciples ne doivent pas s’attendre à un meilleur sort que leur Maître, que le valet ne saurait espérer d’être mieux traité que celui qu’il sert. Les grecs disaient, il est vrai, que πολλοὶ μαθηταὶ, κρέισσονες (είσι) διδασκάλων ; mais ils citaient l’exception, tandis que Jésus mentionne la règle, qui devient absolue dès qu’il s’agit de lui et de ses disciples.

Il suffit au disciple d'être comme son maître, et au serviteur comme son seigneur. S'ils ont appelé le Père de famille Béelzébub, combien plus ceux de Sa maison !

sufficit discipulo ut sit sicut magister ejus, et servo, sicut dominus ejus. Si patremfamilias Beelzebub vocaverunt, quanto magis domesticos ejus ?

άρκετὸν τω̣̃ μαθητη̣̃ ίνα γένηται ώς ό διδάσκαλος αύτου̃ καὶ ό δου̃λος ώς ό κύριος αύτου̃ εί τὸν οίκοδεσπότην Βεελζεβοὺλ έκάλεσαν, πόσω̣ μα̃λλον τοὺς οίκιακοὺς αύτου̃

10.25.Sufficit discipulo… C’est le même adage, légèrement modifié et présenté sous une forme affirmative. Quel disciple, quel serviteur no se trouverait pleinement satisfait d’être traité avec le même honneur et les mêmes égards que son maître ? Tant qu’il restera disciple ou serviteur, son ambition ne saurait s’élever plus haut. — Si patrem familias… Aux deux relations qu’il vient d’établir entre lui et ses partisans, Jésus-Christ en ajoute une troisième, qui détermine d’une manière plus tendre et plus vraie la nature de son rôle envers nous : il s’était présenté comme le Docteur dont nous sommes les disciples, comme le Maître dont nous sommes les serviteurs ; il nous apparaît maintenant sous la belle figure d’un père de famille à la maison duquel nous appartenons. — Beelzebub vocaverunt. Nous avons à rechercher, à propos de cette injure, 1° quelle est la vraie prononciation et, par conséquent, l’étymologie primitive du nom de Béelzébub ; 2° pourquoi les Juifs se permirent d’appeler ainsi Notre-Seigneur. — 1° Tandis que la Vulgate, l’Itala, la version syriaque et les Pères latins lisent Béelzébub, les autres versions et tous les manuscrits grecs à l’exception d’un seul (Cod. C) écrivent Béelzébul, et telle est en effet la leçon authentique du texte grec. Cependant, il est question au quatrième livre des Rois, 2R 1.2,3,16, d’une divinité adorée par les Philistins d’Accaron sous le nom de Baal-Zeboub, בעל־זבוב, « maître » c’est-à-dire dieu « des mouches ». Or, les commentateurs admettant pour la plupart que le Beelzébub d’Accaron ne diffère pas du Béelzébul mentionné, en cet endroit par le Sauveur, comment expliqner le changement produit dans l’ancienne orthographe, l’introduction de la lettre L au lieu du B original ? On a bâti là-dessus plusieurs hypothèses. Hilzig, Delitzsch et Schegg pensent que Béelzébul était une prononciation adoucie, à l’usage des grecs. Ils le prouvent en alléguant plusieurs noms modifiés de la même façon et dans le même but par les LXX, entr’autres Άμϐακούμ au lieu de Habacuc, Σενναχαρείμ au lieu de Σενναχηρείϐ, etc. Ils ajoutent que le Talmud parle souvent de Baal-Zeboub et jamais de Baal-Zeboul. Ces deux raisons nous semblent décisives et c’est à cet avis que nous nous rangeons de préférence. D’autres auteurs supposent que les Juifs auraient transformé volontairement la prononciation primitive, de manière à donner au nom de l’idole philistine un sens plus ou moins spirituel qui permettrait de tourner le paganisme en ridicule. De même qu’ils avaient changé par dérision Sichem en Sichar, cf. Jn 4.5, de même ils auraient dit Béelzébul au lieu de Béelzébub, cette simple mutation faisant du « dieu des mouches », le « dieu de l’ordure » ou « du fumier ». Il est certain que les Israélites ont toujours attaché beaucoup d’importance à la signification des noms propres. Les écrits rabbiniques nous les montrent plus d’une fois plaisantant, quoique avec un goût douteux, sur les appellations des divinités païennes, changeant par exemple עין כוס, « fons calicis », en עין קיע, « fons tœdii », גדייה, « Fortuna », en גלייא, « Fœtor », etc. ; cf. Lightfoot, in h.l. « Omnis irrisio prohibetur, disait-on pour se justifier, præter irrisionem idololatriæ », Babyl. Sanhedr. f. 93, 2. Néanmoins, nous ne croyons pas que ce soit ici le cas de faire l’application de cet usage populaire. En effet, l’équivalent hébreu du mot ordure est זבל, zébel, et non זבדל, zeboul ; par conséquent, d’après l’hypothèse que nous venons d’exposer, le nom ironique de Beelzébub devrait être Béelzébel. En présence de cette difficulté philologique, on a eu recours à une troisième solution, qui consiste simplement à rapprocher Béelzébul du substantif hébreu זבדל, zeboul, « habitatio, domicilium », de telle sorte que le sobriquet injurieux donné à Satan par les Juifs signifierait : « le maître de l’habitation », c’est-à-dire le maître des demeures souterraines ou de l’enfer. On obtiendrait ainsi, au ℣. 25, un jeu de mots curieux entre les deux noms réunis par le Sauveur, οίκοδεσπότης et βεελζεϐούλ. — 2° Quoi qu’il en soit de ces conjectures, il est certain que Béelzébub ou Béelzébul était un nom approprié au prince des démons ; nous l’apprendrons bientôt de la bouche des Pharisiens eux-mêmes : « In Beelzebub principe dæmoniorum », Mt 12.24. Un décret rabbinique interdisait aux Israélites de prononcer le nom de Satan : « Nunquam aperiat homo os suum ad Satanam », Berach. f. 60, 1 ; on avait donc adopté, pour désigner le chef des esprits mauvais, divers surnoms que les personnes pieuses employaient habituellement, v.g. Asmodée, Abaddon, etc. Une ancienne rivalité nationale avait contribué à mettre en vogue celui de Béelzébub, qui permettait de satisfaire à la fois un double désir de vengeance, en attaquant du même coup les Philistins et le démon. Aussi, lorsque les ennemis de Jésus voulurent stigmatiser sa çonduite et sa doctrine, ne trouvèrent-ils aucune épithète plus flétrissante que celle de Béelzébub. Il était impossible d’adresser au Sauveur une injure plus grossière : lui, le Verbe incarné, confondu avec le prince des démons, avec une idole dont la spécialité, comme celle du Ζεὺς άπόμυιος des Grecs, Pausan. viii, 26, 4, et du Jupiter « Myiagrus » des Romains, consistait à délivrer ses adorateurs des mouches et des cousins ! — Nous ne voyons nulle part, dans le récit évangélique, les Juifs lancer directement à la face du divin Maître le nom de Béelzébub ; mais l’assertion de Notre-Seigneur prouve qu’ils durent le faire plus d’une fois. Entre l’accusation d’opérer des miracles avec le concours de Béelzébub et l’emploi direct de ce surnom outrageant, il n’y a qu’un pas qu’il fut aisé à des âmes passionnées de franchir en un instant. — Quanto magis domesticos. Si l’on n’a pas craint d’insulter jusqu’à ce point le père de famille, il est évident que l’on se gênera moins encore à l’égard des employés de sa maison. Que les missionnaires apostoliques, ces familiers du Christ, s’attendent donc à mille insultes ! L’histoire du Christianisme démontre qu’elles ne leur ont pas été épargnées.

...suite