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b. Guérison d’une main desséchée, ℣℣. 9-14.
Parall. Mc 3.1-6 ; Lc 6.6-11.

Etant parti de là, Il vint dans leur synagogue.

Et cum inde transisset, venit in synagogam eorum.

Καὶ μεταβὰς έκει̃θεν η̃λθεν είς τὴν συναγωγὴν αύτω̃ν·

12.9. — Quum inde transisset. Bien que les trois synoptiques racontent à peu près de la même manière ce nouveau miracle de Jésus, on trouve néanmoins dans chacun de leurs récits des particularités pleines d’intérêt dont la réunion forme un charmant ensemble. On croirait, suivant la narration de saint Matthieu, que Jésus, immédiatement après la scène que nous venons d’étudier, se rendit à la synagogue du lieu auprès duquel elle s’était passée, et qu’il guérit le même jour le pauvre infirme dont la main était depuis longtemps desséchée ; mais saint Luc dit expressément que ce second épisode eut lieu « in alio sabbato », Lc 6.6, peut-être le samedi suivant. Cf. saint August., de Cons. Evang., ii, c. 35. — In synagogam eorum ; d’eux, c’est-à-dire ou des Pharisiens qui avaient attaqué si injustement les disciples du Sauveur, ou mieux encore des habitants de l’endroit. Cf. Mt 4.23 ; 11.1. On a supposé, mais sans raisons suffisantes, que les villes de Tibériade ou de Capharnaüm avaient été le théâtre de cette double polémique relative au sabbat.

Et voici qu'il se trouva là un homme qui avait une main desséchée. Et ils L'interrogeaient, en disant : Est-il permis de guérir au jour de sabbat ? afin de pouvoir L'accuser.

Et ecce homo manum habens aridam, et interrogabant eum, dicentes : Si licet sabbatis curare ? ut accusarent eum.

καὶ ίδού, άνθρωπος η̃ν τὴν χει̃ρα έχων ξηράν, καὶ έπηρώτησαν αύτὸν λέγοντες Εί έξεστιν τοι̃ς σάββασιν θεραπεύειν ίνα κατηγορήσωσιν αύτου̃

12.10. — Et ecce. Ces mots font ressortir le caractère subit et inattendu de l’apparition. — Homo habens manum aridam. Saint Jérôme nous fournit dans son commentaire quelques détails curieux sur ce malade. « In evangelio quo utuntur Nazareni et Ebionitæ…, homo iste qui aridam habet manum, cæmetarius scribitur, istiusmodi vocibus auxilium precans : Cæmentarius eram, manibus victum quæritans ; precor te, Jesu, ut mihi restituas sanitatem, ne turpiter mendicem cibos. » Son mal est indiqué en termes populaires, cf. 2Ch 13.4 ; c’était une atrophie partielle, par suite de laquelle le mouvement, puis l’action vitale, avaient complètement disparu du membre attaqué. Quand cette infirmité existe depuis quelque temps, elle est regardée comme tout à fait incurable. Saint Luc ajoute que c’était la main droite qui avait été atteinte, circonstance aggravante et bien digne de pitié. — Et interrogabant eum. D’après les deux autres récits, les Pharisiens seraient demeurés silencieux, observant attentivement la conduite du Seigneur : l’interrogation serait venue de Jésus, Mc 3.2-4 ; Lc 6.7-9 ; mais la conciliation est facile. Les Pharisiens, après avoir observé tout à leur aise, posèrent les premiers au Sauveur la question que nous a conservée saint Matthieu ; alors Jésus leur aura répondu, comme en d’autres cas semblables, par une autre question, plaçant ainsi dans un cruel embarras ceux qui auraient voulu l’embarrasser lui-même. — Si licet : hébralsme fréquent dans les écrits du Nouveau Testament ; cf. Mt 19.3 ; Lc 13.23 ; 22.49 ; Ac 1.6 ; 19.2, etc. En revanche, cette construction est tout à fait inusitée chez les classiques. — Sabbatis curare. La question était insidieuse et renfermait, un piège habilement dissimulé, ainsi que l’indiquent les mots suivants, ut accusarent eum. — D’après la conduite accoutumée, de Jésus, ses interrogateurs supposaient d’avance qu’il s’apitoyerait sur le sort de l’infirme, et qu’il consentirait à le guérir sur l’heure ; ce qui leur permettrait de déposer aussitôt auprès des dignitaires de la synagogue, qui formaient un tribunal de troisième ordre, une accusation de viol du sabbat contre le Thaumaturge. En effet, d’après les principes rabbiniques de l’époque, qui ont été fidèlement consignés dans le Talmud, toute tentative de guérison était regardée comme inconciliable avec le repos du sabbat, à moins qu’il n’y eût réellement « periculum in mora » ; sans doute parce que l’art médical, étant alors très compliqué, exigeait des manipulations nombreuses, que les Rabbins assimilaient à un travail proprement dit. Écoutons d’ailleurs quelques-unes de leurs curieuses distinctions. « Sani medicinam ne adhibento sabbato. Lumbis æger ne oleo et aceto locum affectum ungat ; ast oleo (solo) licet, modo non rosaceo. Dolens dentibus acetum ne absorbeat, iterum exsputurus : ast absorbere licet, modo deglutiat. Gutture dolens oleo ne gargarizet : ast oleum deglutire licet, unde si sanetur, bene est. Ne mastichen quis masticet, aut dentes aromatibus confricet in medelam ; si vero hoc faciat in suaveolentiam oris, permittitur », Maimon. in Schabb., c. 21. Quelle série de prescriptions absurdes et de flagrantes contradictions ! Ne soyons pas surpris si l’école de Schammaï allait jusqu’à interdire de visiter et de consoler les malades en un jour de sabbat ! Schabb. 12,1.

Mais Il leur dit : Quel est l'homme d'entre vous qui, ayant une brebis, si elle tombe dans une fosse le jour du sabbat, ne la prendra pas pour l'en retirer ?

Ipse autem dixit illis : Quis erit ex vobis homo, qui habeat ovem unam, et si ceciderit hæc sabbatis in foveam, nonne tenebit et levabit eam ?

ό δὲ εί̃πεν αύτοι̃ς, Τίς έσται έξ ύμω̃ν άνθρωπος ὸς έξει πρόβατον έν καὶ έὰν έμπέση̣ του̃το τοι̃ς σάββασιν είς βόθυνον ούχὶ κρατήσει αύτὸ καὶ έγερει̃;

12.11. — Conformément à ses principes et à sa conduite habituelle, Jésus-Christ aurait pu faire une réponse affirmative ; mais connaissant les dispositions hostiles des Pharisiens, il préfère déjouer habilement leurs plans et les couvrir eux-mômes de confusion. — Quis erit ex vobis. À un cas de conscience il en oppose un autre, pour tirer ensuite une conclusion irréfragable qui le mettra complètement à l’abri de leurs accusations haineuses. — Ovem unam. Un pauvre qui ne possède qu’une brebis pour toute richesse, sera plus excusable s’il travaille en un jour de sabbat pour la sauver ; Notre-Seigneur note à dessein cette circonstance atténuante. — Si ceciderit… in foveam. Ces accidents sont fréquents dans les contrées orientales, où les citernes sont ordinairement dissimulées au milieu des champs, à l’aide de branchages et d’herbes qui les recouvrent. — Nonne… levabit eam. L’école pharisaïque autorisait en effet le propriétaire à accomplir, sans s’inquiéter du sabbat, tout ce qui serait nécessaire pour retirer sa bête du puits ; car, disait-elle, « il faut avoir un soin extrême des bêtes des Israélites », Jom lob, f. 62,1 ; il est vrai que plus tard elle l’interdit sévèrement, sans doute pour protester contre ce passage de l’Évangile. — Les paroles du sauveur renferment un argument « ad hominem » plein d’une divine sagesse : elles font voir aux interrogateurs qu’ils n’hésitaient pas à violer le repos du saint jour lorsque leur intérêt personnel était en jeu.

Combien un homme ne vaut-il pas plus qu'une brebis ! Il est donc permis de faire du bien les jours de sabbat.

Quanto magis melior est homo ove ? itaque licet sabbatis benefacere.

πόσω̣ ου̃ν διαφέρει άνθρωπος προβάτου ώστε έξεστιν τοι̃ς σάββασιν καλω̃ς ποιει̃ν

12.12. — Quanto magis… Jésus applique maintenant son cas de conscience à la question pendante. Ailleurs, il avait dit que l’homme est supérieur au lis des champs, au passereau qui vole insouciant dans les airs ; il la place actuellement avec la même simplicité au-dessus de l’unique brebis du pauvre. — Itaque, c’est l’ « Ergo » de son svllogisme, dont nous ayons vu la mineure au ℣. 11, et la majeure dans la première partie du ℣. 12. — Licet sabbatis benefacere. La conclusion naturelle serait « Licet sabbatis curare » ; mais le divin Maître varie à dessein l’expression pour fortifier son raisonnement. Il fait apparaître ainsi les œuvres de miséricorde sous un nouveau jour, de manière à les distinguer entièrement des œuvres serviles vulgaires. Faire le bien est toujours permis, même en un jour de sabbat : mais, une guérison est un bienfait accompli à l’égard de l’humanité, un hommage rendu au Créateur ; comment donc pourrait-elle tomber en collision avec le repos sabbatal ? La réponse est si frappante que, cette fois encore, les Pharisiens demeurent muets.

Alors Il dit à l'homme : Etends ta main. Il l'étendit, et elle devint saine comme l'autre.

Tunc ait homini : Extende manum tuam. Et extendit, et restituta est sanitati sicut altera.

τότε λέγει τω̣̃ άνθρώπω̣ ̋Eκτεινον τὴν χει̃ρά σου· καὶ έξέτεινεν καὶ άποκατεστάθη ύγιὴς ώς ή άλλη

12.13. — Tunc ait homini. Durant cette courte argumentation de Jésus-Christ, l’infirme s’était tenu debout au milieu de l’assemblée, à côté de celui dont il avait imploré la pitié. Avec quelle anxiété n’avait-il pas entendu la question des Pharisiens et la réponse du Sauveur ? Mais ses craintes avaient fait bientôt place à la plus vive espérance, quand ces douces paroles avaient retenti à ses oreilles : « Combien l’homme ne vaut-il pas mieux qu’une brebis ! » — Extende manum tuam. « Vera doctrina de sabbato exposita, jam omnem calumniæ ansam præcidit. Nam sine contactu sola voce hominem sanat, quod ne speciem quidem violati sabbati habere poterat », Rosenmüller. L’acte de guérison était compris dans cet ordre. Dire à un homme dont la main est contractée par la paralysie : Étends la main, c’est lui dire : Tu es guéri. — Et extendit ; l’infirme obéit plein de foi, il étend sa main qui se trouva aussitôt complètement guérie et aussi saine que l’autre, ajoute l’évangéliste.

Les pharisiens, étant sortis, tinrent conseil contre Lui, sur les moyens de Le perdre.

Exeuntes autem pharisæi, consilium faciebant adversus eum, quomodo perderent eum.

οί δὲ Φαρισαι̃οι συμβούλιον έλαβον κατ' αύτου̃ έξελθόντες όπως αύτὸν άπολέσωσιν

12.14. — Exeuntes autem Pharisœi… Ce dénouement dévoile toute l’étendue de leur malice. Aveuglés de plus en plus par la haine, furieux de voir que, bien loin d’avoir amassé, comme ils l’espéraient, des matériaux d’accusation contre Jésus, ils n’avaient au contraire réussi qu’à se faire prendre dans leurs propres filets, ils sortent pour cacher leur rage, ou mieux, pour lui donner un libre cours loin des regards de la foule. Ils se réunissent en comité secret afin de décider quomodo perderent eum. La mort de Jésus est arrêtée en principe, mais le mode de l’exécution est pour eux un objet d’embarras. Nous verrons qu’il le demeurera jusqu’aux derniers jours de la vie de Notre-Seigneur.

c. Douceur et humilité de Jésus-Christ prédites par Isaïe, ℣℣. 15-21.

Mais Jésus, le sachant, S'éloigna de là ; et beaucoup Le suivirent, et Il les guérit tous.
Et Il leur ordonna de ne pas le faire connaître,

Jesus autem sciens recessit inde : et secuti sunt eum multi, et curavit eos omnes :
et præcepit eis ne manifestum eum facerent.

ʻO δὲ 'Iησου̃ς γνοὺς άνεχώρησεν έκει̃θεν καὶ ήκολούθησαν αύτω̣̃ όχλοι πολλοί καὶ έθεράπευσεν αύτοὺς πάντας
καὶ έπετίμησεν αύτοι̃ς ίνα μὴ φανερὸν αύτὸν ποιήσωσιν

12.15-16. — Jesus autem sciens… Le Sauveur, connaissant par sa science divine les infâmes machinations de ses ennemis, quitta aussitôt le théâtre des deux événements dont nous avons entendu le récit. Son heure n’était pas encore venue, et il ne voulait point par sa présence accroître l’exaspération de ceux qui avaient juré sa mort, et entraver ainsi l’exécution des plans divins. Il pratique donc le premier le conseil qu’il donnait naguère aux Apôtres, Mt 10.23, et il échappe par la fuite aux menées de ses persécuteurs. — Et secuti sunt eum multi. Saint Marc, Mc 3.7-12, a tracé un tableau vivant de la foule qui se mit alors à la suite de Jésus ; elle venait de toutes les provinces de la Palestine et même des pays païens environnants. Si le divin Maître s’éloigne, c’est donc comme un vainqueur, emmenant avec lui de nombreux amis et de nombreux captifs qui se sont volontairement attachés à sa personne. — Et curavit eos omnes, c’est-à-dire, d’après les deux autres synoptiques, tous ceux d’entre eux qui avaient besoin de guérison corporelle ou spirituelle. — L’expression « omnes » fait ressortir tout à la fois l’admirable condescendance de Jésus-Christ et le grand nombre des malades. — Et præcepit eis ;en grec έπετίμησεν, cf. Mt 8.4. Il insista énergiquement en ce sens, afin de ne pas aggraver sans raison la situation qui lui était faite par le parti pharisaïque. Plus que jamais, il désirait le calme et la modération, pour le motif que nous avons déjà signalé plusieurs fois. L’enthousiasme croissant de la foule, cf. Mc l.c. et Lc 6.18-19, lui dictait cette conduite dans la circonstance présente.

afin que s'accomplît ce qui avait été dit par le prophète Isaïe :

Ut adimpleretur quod dictum est per Isaiam prophetam, dicentem :

όπως πληρωθη̣̃ τὸ ρ́ηθὲν διὰ 'Ησαΐου του̃ προφήτου λέγοντος

12.17. — En évitant ainsi tout ce qui était de nature à provoquer ses adversaires sans nécessité, en se montrant humble et doux à leur égard, doux et humble également envers les multitudes par lesquelles il était constamment assailli, il avait conscience de réaliser une prédiction célèbre du prophète Isaïe, Is 42.1-4. — Ut adimpleretur ; cf. Mt 1.21. Comme en plusieurs autres endroits, saint Matthieu ne suit à proprement parler ni le texte hébreu, ni la traduction des Septante, dans la citation qu’il unit à son récit ; mais il traduit lui-même librement à la façon d’un Targum, « sensum potius quam verba interpretans », selon la juste remarque de saint Jérôme, Epist. ad Algasiam. Nous donnons ici la traduction littérale de l’hébreu, afin que le lecteur puisse voir plus aisément que l’évangéliste ne s’est rendu coupable d’aucune infidélité sérieuse : « Voici ! mon serviteur que je maintiens, mon élu en qui mon âme se complaît. J’ai placé sur lui mon esprit. Il apportera aux peuples la justice. Il ne criera point , et il n’élèvera pas et ne fera pas entendre sa voix au dehors. Il a brisera point le roseau froissé et il n’étendra pas la mèche fumante. C’est d’après la vérité qu’il fera connaître la justice. Et il ne faiblira pas, et il ne se laissera pas amollir jusqu’à ce qu’il ait établi la justice sur la terre, et les îles attendent sa doctrine ». Les ℣℣. 2 et 3 du prophète se rattachent seuls directement à la thèse que saint Matthieu voulait démontrer ; l’évangéliste cite néanmoins le passage complet pour plus de clarté : le ℣. 1 lui servira du reste d’introduction et le ℣. 4 de conclusion. — La lettre de saint Jérôme « ad Algasiam », ou « Capitula xi quæstionum Algasiæ », que nous avons mentionnée plus haut, contient un beau commentaire de cette prophétie.

Voici Mon Serviteur, que J'ai choisi ; Mon Bien-aimé, en qui Mon âme a mis toutes ses complaisances. Je ferai reposer sur Lui Mon Esprit, et Il annoncera la justice aux nations.

Ecce puer meus, quem elegi, dilectus meus, in quo bene complacuit animæ meæ. Ponam spiritum meum super eum, et judicium gentibus nuntiabit.

'Iδού, ό παι̃ς μου ὸν ή̣ρέτισα ό άγαπητός μου είς ὸν εύδόκησεν ή ψυχή μου· θήσω τὸ πνευ̃μά μου έπ' αύτόν, καὶ κρίσιν τοι̃ς έθνεσιν άπαγγελει̃

12.18. — Isaïe décrit trois choses : 1° la vocation du Messie, 2° sa conduite, 3° les résultats obtenus par lui. Il est question de la vocation du Christ au ℣. 18. — Ecce puer meus. « Puer », de même que παι̃ς des LXX, peut désigner indistinctement le fils ou le serviteur de la famille : le texte hébreu (עבדי) parle très explicitement du serviteur de Jéhova. Mais cet עבד יהוה, dont de nom revient si fréquemment dans la seconde partie du livre d’Isaïe, Is 11-56, n’est autre que le Messie, considéré dans ses humiliations volontairement acceptées pour notre salut. Cf. Phm 2.7. Les Rabbins le reconnaissaient presque tous. Aussi, dans la paraphrase chaldaïque, lisons-nous la traduction suivante de notre passage : הא עבדי משיחא, voici mon serviteur, le Messie ! — Quem elegi. Jéhova, qui est censé prononcer ces paroles, affirme à la face du ciel et de la terre que, de toute éternité, il a choisi son Christ pour en faire. la régénérateur de l’humanité. — In quo bene complacuit. La voix qui retentit à l’heure du baptême de Jésus, Mt 3.17, celle qui retentira au moment de sa Transfiguration, Mt 17.5, exprimaient précisément la même pensée, le même amour de complaisance absolue. — Le grec porte είς ὸν, « in quem », ce qui est est plus expressif, l’accusatif indiquant une tendance perpétuelle de l’affection divine vers son Christ. — Animæ meæ. « Non mirum si in Deo anima nominatur : quum universa humani corporis membra, secundum leges tropologiæ habere dicatur », saint Jérôme, ad Algas. — Ponam ; dans l’hébreu le verbe est au parfait : « j’ai placé » (cf. Is 12.1). « Spiritus, observe encore saint Jérôme, Comm. in h.l., ponitur non super Dei Verbum et super unigenitum qui de sinu processit Patris, sed super eum de quo dictum est : Ecce servus meus ». — El judicum… Le Messie a été choisi, préparé ; maintenant commence l’exposition de son rôle. Mais quel est ce jugement que le Christ doit annoncer aux païens, gentibus, tout aussi-bien qu’aux Juifs ? Est-ce la justice proprement dite, en ce sens que le Messie a été réellement institué par Dieu juge suprême des bons et des méchants ? Est-ce, d’une manière plus générale, « quod justum et rectum est », la vérité, la seule vraie religion ? Ces deux interprétations, qu’on a tour à tour adoptées, nous semblent l’une et l’autre contenues dans le mot משפט et dans le rôle du Messie : aussi réessayerons-nous pas de les séparer.

Il ne disputera point, Il ne criera point, et personne n'entendra Sa voix dans les places publiques.
Il ne brisera pas le roseau cassé, et Il n'éteindra pas la mèche qui fume encore, jusqu'à ce qu'Il ait amené le triomphe de la justice.

Non contendet, neque clamabit, neque audiet aliquis in plateis vocem ejus :
arundinem quassatam non confringet, et linum fumigans non extinguet, donec ejiciat ad victoriam judicium :

ούκ έρίσει ούδὲ κραυγάσει ούδὲ άκούσει τις έν ται̃ς πλατείαις τὴν φωνὴν αύτου̃
κάλαμον συντετριμμένον ού κατεάξει καὶ λίνον τυφόμενον ού σβέσει έως ὰν έκβάλη̣ είς νι̃κος τὴν κρίσιν

12.19-20. — Le rôle du Christ est admirablement exprimé dans ces versets à l’aide d’allégories touchantes. On nous montre d’abord ce qu’il a de sublime sous le rapport négatif. — Non contendet… La passion ne sert jamais de règle à sa conduite ; il n’est ni violent, ni turbulent ; mais doux, pacifique et modeste. Ce n’est pas un homme de parti qui attire la foule par de bruyantes paroles : tout au contraire, il demande que le silence se fasse autour de son nom et de ses miracles. — In plateis, le théâtre habituel des orateurs qui veulent devenir populaires. — Nous passons à un autre côté de l’activité du Messie : elle est aussi aimable et aussi suave qu’elle est humble, comme nous l’apprennent deux locutions proverbiales, qui développent mieux que tout autre langage la devise bien connue de Jésus : « Venit salvare quod perierat », Mt 18.11. — Arundinem, quassatam… Ce roseau froissé, cette mèche à demi éteinte, objets désormais sans valeur, figurent très bien les pauvres âmes dont la vie morale tient à peine à un fil, et qu’un contact un peu brusque, dépourvu de bonté, suffirait, pour tuer à tout jamais. Le Christ se garde bien de détruire ce faible reste de vie : au contraire, il ressuscite et ranime doucement ceux qui sans lui n’auraient pas tardé à dépérir totalement. — Linum. « Quod proximum cortici fuit, stuppa appellatur, deterioris lini, lucernarum fere luminibus aptior », Pline, Hist. Nat., xix, 3. S’il eût plu au divin Maître de se conduire à l’égard des Juifs incrédules comme un juge sévère, qui d’entre eux eût pu résister à sa colère ? Il les aurait brisés, étouffée sans peine, de même qu’on brise un roseau et qu’on étouffe la lumière d’une lampe ; mais non ! il les a toujours épargnés ; cherchant jusqu’au bout à les convertir par des moyens pleins de bonté. — Donec ejiciat… Tel est le résultat final qu’il obtiendra. « Quum sua omnia impleverit, tunc vindictam inducet, et ultionem perfectam », saint Jean Chrysostôme, Hom. xl in Matth. La justice pure et simple prendra donc alors la place de la bonté, et cette justice s’imposera d’elle-même d’une façon triomphante, renversant tout ce qui tenterait de lui résister : telle est l’idée qui ressort du verbe « ejiciat », έκϐάλη̣.

Et les nations espéreront en Son nom.

et in nomine ejus gentes sperabunt.

καὶ έν τω̣̃ όνόματι αύτου̃ έθνη έλπιου̃σιν

12.21. — « Sed non in hoc tantum consistet ejus œconomia, quod increduli puniantur ; verum etiam totum orbem attrahet. Quapropter subjunxit : Et in nomine eujus, etc. » saint Jean Chrysostôme, l.c. D’après l’hébreu, ce n’est pas précisément le nom, c’est la doctrine du Messie qui fait l’objet de l’attente des Gentils ; toutefois la différence n’est pas considérable, puisque dans le nom du Christ on trouve assurément le principe de son enseignement : ceux qui attendent sa loi ne peuvent manquer d’avoir confiance en son nom, c’est-à-dire en sa personnalité tout puissante. — Gentes, comme au ℣. 18 ; car les païens aussi, les Prophètes ne cessent pas de le redire, étaient appelés au salut messianique. — Bien que ce beau passage d’Isaïe soit rattaché d’une manière plus spéciale à l’humble fuite de Jésus et à sa condescendance envers le peuple, il convient néanmoins à sa Vie publique tout entière et à tout l’ensemble de sa conduite en tant que Messie.

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