Comme Il parlait encore aux foules, voici que Sa Mère et Ses frères, se tenant dehors, cherchaient à Lui parler.
Adhuc eo loquente ad turbas, ecce mater ejus et fratres stabant foris, quærentes loqui ei.
̋Eτι δὲ αύτου̃ λαλου̃ντος τοι̃ς όχλοις ίδού, ή μήτηρ καὶ οί άδελφοὶ αύτου̃ είστήκεισαν έξω ζητου̃ντες αύτω̣̃ λαλη̃σαι
12.46. — Adhuc eo loquente. Cette formule montre l’étroite liaison qui existe entre le discours de Jésus aux Pharisiens et le présent épisode, qui nous est raconté simultanément par les trois synoptiques. — Ecce mater ejus. Il n’avait pas été parlé de la Mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ dans le premier Évangile depuis la fin du second chapitre : on la salue avec bonheur toutes les fois qu’elle apparaît auprès de son divin Fils. — Et fratres ejus : les frères de Jésus sont mentionnés ici pour la première fois ; nous verrons bientôt quelle était la vraie nature des liens qui les attachaient à sa personne sacrée. Cf. Mt 13.53,56. — Stabant foris. D’après le récit de saint Marc, Mc 3.20, toute la scène qui précède, ℣℣. 22-45, s’était passée dans l’intérieur d’une maison que la foule avait immédiatement envahie ; la mère et les frères de Jésus, arrivant sur ces entrefaites, ne pouvaient, ajoute saint Luc, Lc 8.10, pénétrer jusqu’à lui à cause de cette grande multitude. — Quærentes loqui ei. Que voulaient-ils lui dire ? Le motif de l’entrevue qu’ils sollicitaient d’une manière si pressante, omis par saint Matthieu et par saint Luc, est indiqué en termes singuliers par le second Évangéliste, Mc 3.20,21. Ayant appris que Jésus, dans son inépuisable charité, se livrait tout entier aux foules qui l’entouraient, au point de n’avoir pas même le temps de prendre un peu de nourriture, ils s’étaient écriés qu’il était fou, et ils venaient pour s’emparer de lui et pour l’emmener avec eux. Nous expliquerons leur conduite en commentant ce passage de saint Marc : qu’il suffise de dire présentement que, quel qu’en fût le mobile, la très sainte Vierge ne se laissa pas un seul instant égarer sur le rôle et le caractère de son Fils. Ayant entendu dire que la situation de Jésus n’était pas sans péril, à cause du conflit qu’il avait engagé avec les Pharisiens, elle venait auprès de lui, de même qu’elle le rejoindra plus tard à une heure autrement dangereuse. Du reste, s’il est possible que les frères de Notre-Seigneur fussent réellement animés contre lui de mauvaises dispositions, cf. Jn 7.5, il est possible aussi, comme l’admettent plusieurs auteurs, qu’ils accourussent alors pour le soulager ou même pour le protéger. « Credibile est, dit Maldonat, consanguineos de ejus salute fuisse sollicitos. Ideo ergo venerant ; ideo ejus matrem, quo plus eum moverent, adduxerant ; ideo interponunt ; ideo importuni sunt qui timent ne periculosum sit expectare, ne forte in ipsa concione a Pharisæis apprehendatur ».
Quelqu'un Lui dit : Voici que Votre Mère et Vos frères sont dehors, et Vous cherchent.
Dixit autem ei quidam : Ecce mater tua, et fratres tui foris stant quærentes te.
εί̃πεν δέ τις αύτω̣̃ 'Iδού, ή μήτηρ σου καὶ οί άδελφοί σου έξω έστήκασιν ζητου̃ντές σοι λαλη̃σαι
12.47. — Dixit ei quidam. Après avoir vainement essayé de fendre la foule qui fermait les abords de la maison, les parents du Sauveur se font connaître ; le bruit de leur arrivée se communique de bouche en bouche jusqu’aux plus proches voisins de Jésus-Christ, et l’un des assistants croit pouvoir l’interrompre pour l’avertir que sa mère et ses frères l’attendaient au-dehors.
Mais Il répondit à celui qui Lui avait dit cela : Qui est Ma Mère, et qui sont Mes frères ?
At ipse respondens dicenti sibi, ait : Quæ est mater mea, et qui sunt fratres mei ?
ό δὲ άποκριθεὶς εί̃πεν τω̣̃ είπόντι αύτω̣̃, Τίς έστιν ή μήτηρ μου καὶ τίνες είσὶν οί άδελφοί μου;
12.48. — At ipse respondens. De prime abord la réponse de Notre-Seigneur semble dure pour sa Mère et pour ses proches. Mais elle perd beaucoup de sa froideur apparente si l’on fait attention : 1° qu’elle n’est pas adressée directement à Marie et aux frères de Jésus, mais à celui des auditeurs qui avait pris la liberté d’interrompre le divin Maître, dicenti sibi ; 2° qu’elle a beaucoup d’analogie avec deux autres réponses faites antérieurement par Jésus-Christ à sa Mère soit dans le temple de Jérusalem, Lc 2.19, soit aux noces de Cana, Jn 2.4, et qui n’avaient rien de blessant ni d’irrespectueux ; 3° qu’en tenant ce langage, le Sauveur voulait donner à ses auditeurs un exemple de noble dégagement des affections terrestres et d’attachement profond aux choses du ciel, aux intérêts, de Dieu. « Non spernit matrem, sed anteponit Patrem », Bengel. « Ostendit paternis so ministeriis amplius quam maternis affectibus debere », saint Ambroise.
Et étendant Sa main sur Ses disciples, Il dit : Voici Ma mère et Mes frères.
Car quiconque fait la volonté de Mon Père qui est dans les cieux, celui-là est Mon frère, et Ma soeur, et Ma mère.
Et extendens manum in discipulos suos, dixit : Ecce mater mea, et fratres mei.
Quicumque enim fecerit voluntatem Patris mei, qui in cælis est, ipse meus frater, et soror, et mater est.
καὶ έκτείνας τὴν χει̃ρα αύτου̃ έπὶ τοὺς μαθητὰς αύτου̃ εί̃πεν, 'Iδού, ή μήτηρ μου καὶ οί άδελφοί μου
όστις γὰρ ὰν ποιήση̣ τὸ θέλημα του̃ πατρός μου του̃ έν ούρανοι̃ς αύτός μου άδελφὸς καὶ άδελφὴ καὶ μήτηρ έστίν
12.49-50. — Et extendens manum. La description est tout à fait graphique : on voit qu’elle provient d’un témoin oculaire. Jésus ne se borna pas à ce beau geste par lequel il promena lentement la main sur son vaste auditoire : d’après saint Marc, Mc 3.34, au mouvement imprimé à son bras, il unit un mouvement semblable de la tête et des yeux : « Et circumspieiens eos qui in circuitu ejus sedebant ». — Ecce Mater mea et fratres mei. Langage d’une condescendance inimitable et digne du cœur de Jésus ! Le Sauveur considère ses relations filiales et fraternelles au point de vue du devoir, avant de les en visager au point de vue de la nature. Voilà le second Adam, auquel toutes les âmes sont étroitement unies en Dieu ! Mais écoutons l’explication qu’il donne de cette étonnante assertion. — Quicumque enim ; il n’y a donc pas d’exception, pourvu que la condition voulue soit bien posée, et la condition consiste simplement à accomplir la volonté du Père céleste de Jésus ; cette soumission complète à la volonté divine formant un lien d’union indissoluble entre Notre-Seigneur et le véritable obéissant. — Ipse meus frater et soror… Gradation ascendante qui exprime une affection de plus en plus tendre. S’il est une parenté physique et naturelle, il existe aussi une parenté spirituelle et surnaturelle, et tous les chrétiens peuvent aisément la contracter avec Jésus. « Quantum honoris ! Quanta est virtus ! ad quantum culmen se adeuntem erigit !… Ne igitur solum desideres, sed et viam quæ te ad rem desideratam ducit capesse cum magno studio ». Saint Jean Chrysostôme, Hom. xliv in Matth.