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Commentaire d'Évangile : le "Aujourd'hui" du Christ

Évangile du 3ème dimanche du Temps ordinaire (cycle C) et son commentaire.

Évangile (Lc 1, 1-4; Lc 4, 14-21)

Puisque plusieurs ont entrepris de composer le récit des choses qui se sont passées parmi nous, conformément à ce que nous ont transmis ceux qui ont été dès le commencement témoins oculaires et ministres de la Parole, j’ai résolu moi aussi, après m’être efforcé de connaître exactement tout depuis l’origine, de t’en écrire un exposé suivi, très cher Théophile, afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus.(…)

Alors Jésus retourna en Galilée, dans la puissance de l’Esprit, et sa renommée se répandit dans tout le pays d’alentour. Il enseignait dans leurs synagogues, et tous proclamaient ses louanges.

Étant venu à Nazareth où il avait été élevé, il entra, selon sa coutume, le jour du sabbat dans la synagogue, et se leva pour faire la lecture. On lui remit le livre du prophète Isaïe ; et l’ayant déroulé, il trouva l’endroit où il est écrit :

L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles le retour à la vue, pour rendre libres les opprimés, annoncer une année de grâce du Seigneur.

Ayant roulé le livre, il le rendit au ministre et s’assit ; et tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors, il commença à leur dire : « Aujourd’hui cette phrase s’accomplit parmi vous. »


Commentaire

La liturgie de ce dimanche nous présente deux passages de l'Évangile de saint Luc. Le premier est le prologue, qui s'adresse à un personnage appelé Théophile, nom grec signifiant "ami de Dieu". Luc entreprend d'écrire un récit bien documenté et bien ordonné de la vie du Christ depuis ses origines, en expliquant aussi le sens salvifique des choses qui ont été "accomplies parmi nous" (v. 1).

Cet Évangile s'adresse donc à tous ceux qui veulent vraiment être "amis de Dieu". En pénétrant dans ses pages "comme une personnage de plus", à l’instar de saint Josémaria, l’on retrouve la figure aimable de Jésus, et l’on découvre que les Écritures se sont accomplies en lui, et qu'aujourd'hui encore, elles continuent à se réaliser "parmi nous" ; dans ce texte saint, vous trouverez la vie de Jésus ; mais vous devrez aussi trouver votre propre vie (Forge, 754).

Dans le deuxième passage, nous accompagnons Jésus dans la synagogue de Nazareth, la ville où il a grandi, où il arrive, selon sa coutume du sabbat, pour prier et écouter la Parole de Dieu. C'est en famille qu’il a sans doute appris à le faire depuis son enfance, entouré de Joseph et de Marie.

Le récit de Luc nous introduit dans cette cérémonie à la synagogue. Après quelques prières, on lit un passage du Pentateuque ou de la Torah, la Loi de Dieu, ainsi qu'un texte prophétique qui illustre le sens de ce que la Loi enseigne. Celui qui préside invite l'un des assistants à lire, ou bien quelqu'un, dûment préparée, de sa propre initiative, se lève pour faire la lecture, puis pour expliquer le sens de la Parole de Dieu.

À cette occasion, Jésus se lève et trouve, dans le rouleau du prophète Isaïe qui lui est offert, un texte où le prophète parle d'un oint du Seigneur qui porte la bonne nouvelle du salut et la proclamation que Dieu délivrera le peuple de ses souffrances. Ce sont des paroles de consolation, adressées au peuple de Juda qui travaillait à sa reconstruction après des décennies de ruines et de décomposition, suite à la conquête de leur territoire par les troupes babyloniennes au début du VIe siècle a. J.C.

Ceux qui étaient finalement rentrés d'exil étaient dans l'incapacité de guérir tant de blessures matérielles et morales, mais Dieu comblait leur espoir de salut. Cela dit, ce que Jésus vient de lire dans la synagogue n'est pas un simple rappel de la proclamation pleine d'espérance que Dieu a rendue réelle dans le passé, car c'est bien l'annonce de ce qui se passe réellement parmi eux, et c'est ce qu'il leur fait comprendre: Aujourd'hui s'est accomplie l'Écriture que vous venez d'entendre(v 21). Jésus est le Rédempteur annoncé.

L'"aujourd'hui" dont Jésus parle dans l'Évangile n'est pas seulement un instant qui s'est produit il y a plus de vingt siècles. Jésus parle aussi à chacun de nous "aujourd'hui", au XXIe siècle, parce que maintenant aussi l’ "oint du Seigneur" (le "messie",mot hébreu voulant dire "oint"), Jésus Christ, est vivant et s'adresse chacun de nous pour guérir nos maladies, nos faiblesses et nos péchés. Aujourd'hui c'est peut être un jour de salut, pour moi et pour chacun de nous. Ne renvoyons pas au lendemain la décision que le Seigneur attend de nous "aujourd'hui" : une conversion, pardonner et accepter le pardon, recommencer avec l'aide de la grâce, un don total... Le vieil adage païen du "carpe diem" devient ainsi : profitez du présent, de cet "aujourd'hui" où Dieu vient à votre rencontre pour vous guérir et vous rendre heureux.

C'est 'aujourd'hui' que Dieu compte sur notre réponse positive pour poursuivre la réalisation du salut que Jésus a obtenu pour toute l'humanité, pour nous et pour que nous l'apportions au monde entier. "C'est aussi notre mission : être oints par l'Esprit et aller vers nos frères pour proclamer la Parole, être pour eux un instrument de salut" (François, Message pour la 54ème Journée mondiale de prière pour les vocations).

Francisco Varo





Commentaire du 4ème dimanche du temps ordinaire (cycle C)
"Aujourd’hui est accomplie cette Écriture que vos oreilles ont entendue" : tous ceux qui se trouvent dans la synagogue de Nazareth sont stupéfaits par le commentaire laconique de Jésus sur le texte d'Isaïe. Que chacun de nous soit dans l'admiration face à la merveilleuse réalité de la présence de Dieu dans le Tabernacle.

Évangile (Lc 4,21-30)

Alors il commença à leur dire : « Aujourd’hui est accomplie cette Écriture que vos oreilles ont entendue. » Et tous lui rendaient témoignage et admiraient les paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Et ils disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » Alors il leur dit : « Sans doute me citerez-vous cet adage : Médecin, guéris-toi toi-même. Et vous me direz : Les grandes choses que nous avons entendu dire que tu as faites à Capharnaüm, fais-les de même ici dans ta patrie. » Et il ajouta : « En vérité, je vous le dis, aucun prophète n’est bien reçu dans sa patrie. Vraiment, je vous le dis, il y avait beaucoup de veuves en Israël aux jours d’Elie, lorsque le ciel fut fermé pendant trois ans et six mois et qu’il y eut une grande famine dans tout le pays. Pourtant, Elie ne fut envoyé à aucune d’elles, mais à une veuve de Sarepta, dans le pays de Sidon. Il y avait de même beaucoup de lépreux en Israël aux jours du prophète Elisée, et pourtant aucun d’eux ne fut guéri, mais bien Naaman le Syrien. » En entendant cela, ils furent tous remplis de colère dans la synagogue. S’étant levés, ils le poussèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin.


Commentaire

À la synagogue de Nazareth, le bref commentaire de Jésus sur le texte d'Isaïe qu'il vient de lire les étonne tous : "Aujourd'hui, cette Écriture, que vous venez d'entendre, s'est réalisée. En parlant de lui et de sa mission, Il s’exprime avec une autorité qui surprend et que ses concitoyens trouvent présomptueuse.

On peut comprendre qu'ils soient effrayés, voire scandalisés, quand celui qu'ils connaissent depuis l'enfance se présente lui-même comme point de référence pour l'interprétation de l'Écriture Sainte. Mais " n'est-il pas le fils de Joseph ? - se disent-ils -, n'est-ce pas le fils d'un pauvre charpentier de chez nous, le garçon qui travaille dans l'atelier de son père ?

Jésus est quelqu’un de normal, un bon travailleur manuel, dans un village sans prétention. Un de plus parmi eux. Mais les rumeurs sur ce qu’il fait à Capharnaüm et ce qu'il y dit le placent maintenant dans le registre de Dieu. Son origine est connue et inconnue à la fois. Qui est réellement Jésus ? Telle est la grande question à laquelle répondent les Évangiles : Jésus est le Fils de Dieu qui s'est fait homme pour nous racheter de nos péchés et pour nous donner un exemple de la manière dont nous devons agir (Cf. Saint Thomas d’Aquin, Collatio 6 super Credo in unum Deum).

Jésus est perfectus Deus, perfectus homo, Dieu parfait et homme parfait, et le premier exemple qu'il nous donne, pendant la plus grande partie de sa vie, est celui d'un bon professionnel. Comment ne pas ressentir l'attrait de cette vie de Jésus, si proche de la nôtre ? « C’est de la vie toute entière du Seigneur que je suis épris. J’ai en outre une faiblesse toute particulière pour ses trente ans de vie cachée à Bethléem, en Égypte et à Nazareth. Cette période, cette longue période, dont il est à peine question dans l’Évangile, semble dépourvue de signification particulière pour ceux qui l’envisagent de façon superficielle. Pourtant, j’ai toujours soutenu que ce silence sur la biographie du Maître est très éloquent, et qu’il renferme de merveilleux enseignements pour les chrétiens. Ce furent des années intenses de travail et de prière ; Jésus-Christ menait une existence ordinaire –semblable à la nôtre, si l’on veut- tout à la fois divine et humaine. Il accomplissait tout à la perfection, aussi bien dans l’atelier modeste et ignoré de l’artisan que, plus tard, en présence des foules. » (St. Josémaria, Amis de Dieu, n. 56)

Jésus agit avec un naturel et une sincérité limpides, comme ce qu'il est, sans chercher à être admiré et sans craindre d'être mal compris. Percevant une certaine critique dans l'attitude de ses concitoyens, il ne réalise pas le prodige qui comblerait leur curiosité malsaine et attirerait l'admiration de tous, ni ne modère son discours en mitigeant la vérité. C'est pourquoi ses paroles sont provocatrices-"nul prophète n'est bien accueilli dans son propre pays"-, tout comme les exemples dont il se sert: il évoque deux miracles cités dans les livres sacrés, celui d'Elie et celui d'Elisée, dont les bénéficiaires n'étaient pas des Israélites mais des étrangers.

La réaction de ceux qui l'écoutaient à la synagogue ne se fit pas attendre : « ils furent tous remplis de colère dans la synagogue. S’étant levés, ils le poussèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la montagne sur laquelle leur ville était bâtie, pour le précipiter en bas. »

Jésus est-il un provocateur ? Pas le moins du monde. C'est un homme serein, qui se retire calmement parmi les gens en colère. C'est quelqu'un d'entièrement cohérent, qui ne se plie pas à ce que les autres veulent voir ou entendre, mais qui se comporte, dès le début, comme il le proclamera par la suite devant Pilate : "c’est pour ceci que je suis né et que je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). Travail bien fait, vérité et cohérence de vie : c'est ainsi que se manifeste la personnalité de Jésus.





Commentaire d'Évangile (Lc 5, 1-11) : "Je jetterai les filets"

Évangile du 5ème dimanche du Temps ordinaire (cycle C) et son commentaire.

Évangile (Lc. 5, 1-11)

Or, il arriva un jour que la foule le pressait et écoutait la parole de Dieu ; tandis qu’il se tenait sur le bord du lac de Génésareth, il vit deux barques qui se trouvaient près du rivage ; les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets. Il monta donc dans une de ces barques, qui était à Simon, et le pria de s’éloigner un peu de terre ; puis, s’étant assis, de la barque, il enseignait les foules.

Lorsqu’il eut cessé de parler, il dit à Simon : « Avance en eau profonde, et jetez vos filets pour pêcher. » Simon lui répondit : « Maître, toute la nuit nous avons travaillé sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je jetterai les filets. » L’ayant fait, ils prirent une grande quantité de poissons ; leurs filets se rompaient. Et ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l’autre barque, de venir à leur aide. Ils y vinrent, et ils remplirent les deux barques, au point qu’elles enfonçaient.

Voyant cela, Simon-Pierre tomba aux pieds de Jésus en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, parce que je suis un homme pécheur. » Car l’effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui l’accompagnaient, à cause de la capture de poissons qu’ils avaient faite ; il en était de même de Jacques et de Jean, les fils de Zébédée, les associés de Simon. Et Jésus dit à Simon : « Ne crains pas, car désormais ce sont des hommes que tu prendras. » Aussitôt, ramenant leurs barques à terre, ils quittèrent tout et le suivirent. »


Commentaire

D'après le récit de saint Luc, Jésus connaissait Simon depuis peu de temps. Il avait logé chez lui et avait guéri sa belle-mère, qui avait de la fièvre (Lc 4,38-39). Aujourd'hui, Jésus qui prêche dans le port de Capharnaüm, se permet en toute confiance de monter dans la barque de Simon, et même de lui demander de laisser son travail (il était en train de laver les filets), pour l'écarter un peu du rivage. Simon, fatigué et découragé parce que, après une nuit de dur labeur, il n'avait rien attrapé, s'y prête sans se plaindre.

Quand Jésus eut fini de parler, il lui en demanda encore davantage, quelque chose de très exigeant dans ces circonstances-là : "Avance en eau profonde , et jetez vos filets pour pêcher" . Et Simon qui obéit encore, de mauvaise grâce, est tout étonné de voir que ses pauvres filets sont pleins d'une énorme quantité de poissons. Combien de fois cela s’est reproduit chez nous, dans notre vie, quand nous avons écouté Jésus et fait ce qu'il nous demandait !

La scène est très actuelle. Maintenant aussi, sans trop considérer la fatigue et l'apparente infécondité des efforts de ses disciples, Jésus demande à nouveau à chaque chrétien : Avance en eau profonde! "Aujourd'hui, il est aussi demandé à l'Église et aux successeurs des Apôtres d'avancer dans la mer de l'histoire et d'y jeter leurs filets, pour gagner le cœur des hommes à l’Évangile,pour Dieu, pour le Christ, pour la vraie vie" (Benoît XVI, Homélie au début de son Pontificat 24.IV.05).

"Telle est la logique qui guide la mission de Jésus et la mission de l'Église : chercher, "pêcher" des hommes et des femmes (...) afin de redonner à tous la plénitude de leur dignité et la liberté, par la rémission des péchés. C'est l'essence même du christianisme : répandre l'amour régénérateur et gratuit de Dieu, avec une attitude d'accueil et de miséricorde envers tous, afin que chacun trouve la tendresse de Dieu et ait la plénitude de la vie" (François, Angélus, 7.II.16).

Jésus prépare petit à petit Simon à son appel. Sur la base d'une amitié qu'il a construite jour après jour, il teste sa générosité, et son ami constate petit à petit, dans les faits, qu'à la fin le Seigneur est plus généreux, et donne beaucoup plus qu'il ne demande. Lorsqu'il tire ses filets pleins de poissons, il est étonné et abasourdi. Il reconnaît la puissance de Dieu qui agit par la parole de Jésus, et cette rencontre directe avec le Dieu vivant, capable de faire un tel prodige en se servant du peu qu'un pauvre homme peut lui apporter, l'impressionne profondément.

Simon a peur, mais Jésus dédramatise la situation et l'invite à une grande aventure, et lui demande un abandon total : de le suivre inconditionnellement. La réponse de Simon et celle de ceux qui étaient avec lui ne se fait pas attendre : quittant tout ce qu'ils avaient, ils le suivirent."Pêcheur avant d’être apôtre. Et une fois apôtre, pêcheur. La même profession après qu’avant. Et alors, qu’est-ce qui change ? Ce qui change, c’est que l’âme, parce que le Christ est entré en elle, comme il est monté dans la barque de Pierre, voit s’ouvrir des horizons de service plus vastes, plus ambitieux » (Saint Josemaría Escrivá, Amis de Dieu, 264-265).

Ce qui est arrivé à ces hommes-là est tout à fait singulier et très représentatif de l'appel que Dieu adresse à chacun de nous, très clairement, à des instants précis de notre vie, afin que nous découvrions ce pourquoi nous avons été faits et là où se trouve notre bonheur. La vocation est un appel divin. Elle n'est pas un projet de l'homme qui ne peut la découvrir que lorsqu'il répond positivement à la proposition que le Seigneur lui fait.

L'expérience de nos propres limites et de nos faiblesses personnelles n'est pas du tout un obstacle. Simon Pierre était conscient de tout cela et, malgré sa crainte initiale, il n'hésita pas à suivre Jésus. Aujourd'hui encore, comme cela lui est arrivé, la puissance de Dieu supplée nos pauvres conditions, tant que nous avons confiance dans la puissance de sa miséricorde et dans l'action de la grâce divine qui nous transforme et nous renouvelle.

Francisco Varo





Commentaire d’Évangile : Les béatitudes, “poème de l’amour divin”

Évangile du 6ème dimanche du Temps ordinaire (cycle C) et son commentaire

Évangile (Lc 6, 17. 20-26)

Étant descendu avec eux, il s’arrêta sur un plateau, où se trouvaient une foule nombreuse de ses disciples et une grande multitude de gens de toute la Judée, de Jérusalem et de toute la région maritime de Tyr et de Sidon.

Alors, levant les yeux vers ses disciples, il leur dit :

« Heureux, vous qui êtes pauvres, car le Royaume des cieux est à vous !

Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés !

Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous serez dans la joie !

Heureux serez-vous, lorsque les hommes vous haïront, vous rejetteront, vous chargeront d’opprobres, et repousseront votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme. Réjouissez-vous en ce jour-là, et tressaillez de joie, car voici que votre récompense sera grande dans le ciel : c’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.

Mais malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation !

Malheur à vous qui êtes rassasiés, car vous aurez faim !

Malheur à vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et dans les larmes.

Malheur à vous quand tous les hommes diront du bien de vous, car c’est ce que leurs pères faisaient à l’égard des faux prophètes !

« Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent. »


Commentaire

L'Évangile de ce dimanche, l'un des passages les plus surprenants et les plus forts de la prédication de Jésus, est celui des Béatitudes qui, dans leur expression paradoxale, sont un enseignement sur le vrai bonheur que tous les hommes recherchent et que saint Josémaria définissait comme «un poème d'amour divin». En effet, comme l'exprime le Pape François, "les béatitudes sont le portrait de Jésus, son mode de vie ; elles sont le chemin du vrai bonheur, que nous pouvons parcourir, nous aussi, avec la grâce que Jésus nous accorde ; Luc nous montre le Maître debout sur une plaine, prêchant avec autorité et majesté. Aujourd'hui ses paroles s'adressent à nous aussi, comme si nous étions mêlés à la foule.

"Heureux les pauvres". Dans la vie d'un chrétien, la pauvreté n'est pas optionnelle puisque sans elle, on n'est ni disciple de Jésus, ni heureux. Nous devons tous vivre dans la pauvreté, comme le Maître. Et pour incarner la pauvreté au cœur du monde, voici ce que saint Josémaria nous recommandait : "Je te conseille d'être très sobre avec toi-même et très généreux avec les autres ; évite les dépenses superflues par luxe, par velléité, par vanité, par commodité.... ; ne te crée pas de besoins".

Plongés dans le consumérisme, il faut souvent vérifier si nous sommes détachés des choses dont nous nous servons ; si nos bagages sont légers pour suivre de près Jésus et commencer à posséder "le Royaume de Dieu". Si nous vivons dans la pauvreté, nous saurons aussi prendre soin des autres avec générosité, surtout des pauvres et de ceux qui sont dans le besoin, qui ne nous seront jamais indifférents.

"Heureux, vous qui avez faim maintenant". Il n'y a pas de place, ni pour Dieu, ni pour autrui, dans l'opulence des riches et des rassasiés. En revanche, ceux qui vivent avec sobriété et tempérance commencent à "être rassasiés" par Dieu. Il s'agit de jouir des biens terrestres avec gratitude, mais de telle sorte qu'ils nous portent à désirer les biens spirituels. Cette béatitude nous invite aussi à travailler, confiants dans la providence. Tout en tâchant de gagner notre vie, avec droiture, nous restons sereins face aux étroitesses éventuelles, puisque Dieu n'abandonne jamais ses enfants.

Jésus assure aussi que ceux qui pleurent maintenant sont heureux puisqu’ils en riront par la suite.

Quand un chrétien essaie d'imiter le Maître, "il fait l'expérience de la relation intime entre la croix et la résurrection" (Benoît XVI, Jésus de Nazareth), assure Benoît XVI. Unis au Christ, nous trouvons la force de transformer la souffrance en amour rédempteur. Nous partageons alors la joie que le Seigneur connut dans sa Passion car c’est par elle qu’il nous a obtenu l’Esprit Saint et ouvert les portes du Ciel. Avec cette espérance et cette consolation, le chrétien « peut avoir le courage de partager la souffrance des autres et cesse de fuir les situations douloureuses », dit le Pape François (Pape François, Gaudete et exultate, 76).

Pour finir, Jésus appelle bienheureux ceux qui souffrent, rejetés ou persécutés à cause de lui. Notre cohérence en tant que chrétiens courants peut choquer ou déranger les autres. Or, il nous faut être courageux pour que notre conduite droite reflète le visage aimable de Jésus que recherche tout un chacun. Ce faisant, nous suivons le conseil saint Pierre aux premiers chrétiens : "Si pourtant vous avez à souffrir pour la justice, heureux êtes-vous ! ‘Ne les craignez point et ne vous laissez point troubler ; mais sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur’, le Christ. Et soyez toujours prêts à répondre, mais avec douceur et respect, à quiconque vous demande raison de l’espérance qui est en vous. Ayez une bonne conscience, afin que, sur le point même où l’on vous calomnie, vous couvriez de confusion ceux qui diffament votre bonne conduite dans le Christ.

Car mieux vaut souffrir, si Dieu le veut ainsi, en faisant le bien qu’en faisant le mal. En effet, le Christ lui-même a souffert une fois la mort pour les péchés, lui juste pour les injustes, afin de vous amener à Dieu, ayant été mis à mort dans la chair, mais vivifié par l’Esprit. » (1 Pierre 3 : 14-18).

Bref, et contrairement à ce que l'on pourrait croire, notre bonheur ne tient pas à posséder infiniment de biens. Il ne s'agit pas non plus de gagner à tout prix l'approbation des autres. Le bonheur se trouve plutôt dans l'identification au Christ.

Auteur: Pablo M. Edo






Commentaire du 7ème dimanche du temps ordinaire (cycle C)
"Pardonnez et vous serez pardonnés ; donnez et l'on vous donnera". Il faut trouver une issue aux conflits habituels. Jésus propose une solution créative et efficace : seul l'amour peut désarmer la haine.

Évangile (Lc 6, 27-38)

« Mais je vous le dis, à vous qui m’écoutez : Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent. Bénissez ceux qui vous maudissent, et priez pour ceux qui vous maltraitent. Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui encore l’autre ; et si quelqu’un t’enlève ton manteau, ne l’empêche pas de prendre aussi ta tunique. Donne à quiconque te demande, et si l’on te ravit ton bien, ne le réclame pas. Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pareillement pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi en font autant. Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez recevoir, quel gré vous en saura-t-on ? Des pécheurs aussi prêtent à des pécheurs, afin qu’on leur rende l’équivalent. Quant à vous, aimez vos ennemis, faites du bien, et prêtez sans rien espérer en retour ; et votre récompense sera grande, et vous serez les fils du Très-Haut, parce que celui-ci est bienveillant pour les ingrats et les méchants.

Soyez donc miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux.

Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. Donnez, et il vous sera donné. On versera dans votre sein une bonne mesure, pressée, secouée et débordante, car on se servira, pour vous rendre, de la même mesure avec laquelle vous avez mesuré. »


Commentaire

Avec les Béatitudes, nous avons eu les clés qui permettent de découvrir où se trouve le bonheur (cf. Lc 6, 20-26). Jésus indique maintenant le chemin pour y parvenir, un chemin dur et épineux, mais qui mérite d'être suivi. Ses paroles sont exigeantes.

"Aimez vos ennemis." Cela ne dépasse-t-il pas les forces humaines ? C’est coûteux, certes, mais nécessaire. Il suffit d'ouvrir les yeux pour voir que, dans les relations professionnelles, dans le débat politique et social, et même, parfois, entre amis et membres d’une même famille, on se fait du mal, il y a des humiliations, du ressentiment, de la vengeance. Qui plus est, quand on rétorque violemment à ces abus, les conséquences sont encore pires. Il faut alors trouver une issue à ces conflits dans une autre perspective. La proposition de Jésus est créative et efficace : seul l'amour est capable de désarmer la haine.

"Faites du bien à ceux qui vous haïssent." Le Pape François observe que Jésus qui n'a pas l'intention d’altérer le cours de la justice humaine, rappelle cependant aux disciples que pour avoir des relations fraternelles, il faut arrêter de juger et de condamner ". (...) Le chrétien doit pardonner ! Mais pourquoi ? Parce qu’il a été pardonné” (François, Audience générale, 21 septembre 2016). Jésus a donné sa vie sur la Croix pour apporter le salut au monde entier, y compris à ses persécuteurs.

"Bénissez ceux qui vous maudissent”. Les insultes, les calomnies, les diffamations, les ragots nous détruisent, ô combien et nous nous justifions facilement lorsque nous nous rejoignons le chœur des ragots ! Nous devons tous être vigilants, car comme le dit St Jacques : "La langue aussi est un feu ; un monde d’injustice, cette langue tient sa place parmi nos membres ; c’est elle qui contamine le corps tout entier, elle enflamme le cours de notre existence dès la naissance" (Jacques 3:6). La médisance ne fait pas partie du profil d’un disciple du Christ, bien au contraire : celui qui aime dit du bien même de ceux qui le maudissent, et souhaite le mieux pour eux, que Dieu les bénisse. Il prie même pour ceux qui lui en veulent et l’ennuient : "Priez pour ceux qui vous calomnient".

« Effaçons donc de notre souvenir les offenses que l’on nous a faites, les humiliations dont nous avons souffert, aussi injustes, inciviles et grossières qu’elles aient été, parce qu’il n’est pas digne d’un fils de Dieu de tenir un registre pour présenter ses doléances. Nous ne pouvons oublier l’exemple du Christ. » (S. Josemaría, Amis de Dieu, 309).

La voie chrétienne n'est pas facile, elle demande d'affronter des épreuves pénibles dans lesquelles il est inévitable de souffrir, comme Jésus a souffert sur la Croix, mais elle est un chemin de paix, de joie et d'amour, qui mène au bonheur. Seuls ceux qui pardonnent se comportent comme de bons enfants de Dieu Père miséricordieux et ils en seront heureux.

« Cette page de l'Évangile est considérée, à juste titre, comme la grande charte de la non-violence chrétienne - affirme Benoît XVI - qui ne consiste pas à se résigner au mal - selon une fausse interprétation du "tendre l'autre joue" (cf. Lc 6, 29) -, mais à répondre au mal par le bien (cf. Rm 12, 17-21), en brisant ainsi la chaîne de l'injustice.(…). L'amour de son ennemi constitue le noyau de la "révolution chrétienne", une révolution qui n'est pas fondée sur des stratégies de pouvoir économique, politique ou médiatique. C’est la révolution de l'amour, un amour qui, tout compte fait, ne s'appuie pas sur les ressources humaines, mais qui est un don de Dieu qui ne l’accorde qu’à ceux qui font une confiance sans réserves à sa bonté miséricordieuse. Voilà la nouveauté de l'Évangile, qui change le monde sans faire de bruit.” (Benoît XVI, Angelus, 18 février 2007).

Francisco Varo






Commentaire du 8ème dimanche du temps ordinaire (cycle C)
"Un aveugle peut-il conduire un aveugle, et ne tomberont-ils pas tous deux dans la fosse ?" Pour être apôtres et conseiller les autres, la priorité est de cultiver notre propre vie intérieure et d'être plus compréhensifs envers les autres.

Évangile (Lc 6,39-45)

Il leur dit encore en parabole : « Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?

Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître.

Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas ?

Comment peux-tu dire à ton frère : “Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil”, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère.

Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit.

Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.

L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur.


Commentaire

Dimanche dernier, Jésus demandait dans l’évangile de pousser à l’extrême notre charité envers les ennemis et ceux qui nous haïssent. (Lc 6,27-38).

En se servant de quelques dictons, le Maître nous demande aujourd’hui le même degré d’héroïsme dans les situations quotidiennes.

Si nous sommes tenus de vivre la compréhension et le pardon envers ceux qui nous persécutent ou nous méprisent nous nous devons encore plus de traiter avec une délicatesse extrême et avec humilité ceux que Dieu a placés près de nous. Et ce en considérant ce que saint Josémaria disait en plaisantant : « Personne ne va se sanctifier ‘grâce au Père Juan de las Indias’, mais bien en fréquentant les personnes qui vivent à ses côtés (A. Vazquez de Prada, Le Fondateur de l’Opus Dei, T. 1,Le Laurier Wilson La Fleur, p. 172, note 133).

Jésus nous met tout d’abord en garde contre un danger subtil et courant dans les rapports avec les autres : l’oubli progressif de nos propres défauts, alors que nous fixons notre attention sur les défauts des autres. Défauts sur lesquels nous arrivons même à y projeter les nôtres. Or, “un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?” Aussi, qui ne lutte pas d’abord contre ses propres défauts est aveugle pour aider les autres.

Par l’hyperbole sémitique de “la paille dans l’œil du prochain et la poutre dans le nôtre », le Maître nous prévient contre cette manifestation de manque d’humilité. Une poussière dans l’œil irrite, empêche de voir et ne part qu’avec l’aide de quelqu’un d’autre. Bien entendu, une grosse poutre serait encore plus aveuglante et plus gênante ; et nous rendrait ridicules aux yeux des autres qui pointeraient du doigt nos défauts manifestes. La solution évidente à ce danger est claire : un examen personnel, humble et exigeant et une compréhension pleine de charité envers autrui. Saint Josémaria évoquait ainsi l’attitude que Jésus nous demande :

“Chacun d'entre nous a son caractère, ses goûts personnels, son humeur — sa mauvaise humeur, parfois — et ses défauts. Chacun peut être aimé, entre autres raisons, parce que chacun a également des côtés agréables dans sa personnalité. La vie en commun est possible quand chacun essaie de corriger ses déficiences et s'efforce de ne pas attacher d'importance aux fautes de l'autre : c'est-à-dire quand l'amour existe, qui annule et surmonte tout ce qui pourrait être faussement motif de séparation ou de divergence. En revanche si on dramatise les moindres différends et qu'on se lance à la figure les défauts et les erreurs commises, c'en est fini de la paix et on risque de tuer l'amour. (Saint Josémaria, Entretiens n°108).

L’Apôtre saint Jean dit bien que Jésus veut que nous nous “ aimions non pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité.” (1 Jean 3,18). Dénoncer les défauts d’autrui est relativement facile. Mais encourager les autres à se corriger grâce à l’exemple et au témoignage de notre lutte personnelle est bien plus difficile. C’est sans doute à cause de cela que Jésus parle aussi dans cet évangile des arbres que l’ont connaît à leurs fruits. Or il n’y a point de bon arbre qui donne de mauvais fruits, et inversement. Jésus nous encourage à avoir un cœur comme le sien qui manifeste son immense charité à travers ses œuvres. Le pape François le dit bien : « on reconnaît que quelqu’un est vraiment chrétien tout comme on reconnaît un arbre à ses fruits ». Unis au Christ « toute notre personne est transformée par la grâce de l’Esprit, l’âme, l’intelligence, la volonté, les affects et aussi le corps puisque nous sommes une unité d’esprit et de corps. Nous recevons une nouvelle façon d’être, la vie du Christ devient la nôtre : nous pouvons penser comme Lui, agir comme Lui, voir le monde et les choses avec les yeux de Jésus » (Pape François, Audience, 3 mai 2015). C’est alors qu’il nous sera facile d’être humbles et compréhensifs, d’aider les autres à aller mieux et de pousser jusqu’au bout la charité avec des œuvres et en vérité.





Commentaire du 1er dimanche de Carême (année C).
"Il fut conduit par l'Esprit à travers le désert, où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable". Jésus nous permet d'avoir des tentations, et nous donne la grâce de les surmonter et de lui montrer ainsi notre humble amour.

Évangile (Lc 4,1-13)

Jésus, rempli du Saint Esprit, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l’Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.

Le diable lui dit alors : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »

Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain. »

Alors le diable l’emmena plus haut et lui montra en un instant tous les royaumes de la terre.

Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir et la gloire de ces royaumes, car cela m’a été remis et je le donne à qui je veux.

Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. »

Jésus lui répondit : « Il est écrit : C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte. »

Puis le diable le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, d’ici jette-toi en bas ;car il est écrit : Il donnera pour toi, à ses anges, l’ordre de te garder ;

et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »

Jésus lui fit cette réponse : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »

Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.


Commentaire

Nous commençons le temps du Carême en évoquant les quarante jours pendant lesquels Jésus jeûna dans le désert au début de sa vie publique. Le peuple d'Israël, libéré de l'esclavage en Égypte, fut tenté dans son pèlerinage à travers le désert en route vers la Terre promise. Là où ils sont tombés, Jésus est victorieux et nous donne un exemple de la manière de vaincre.

Saint Luc rapporte qu’Il “fut conduit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut tenté par le diable” (v. 1-2). Les tentations n'ont pas été un événement malencontreux sur sa route, mais quelque chose de prévu dans les plans de Dieu pour nous apprendre que, comme Lui, nous aussi, nous serons tentés.

Jésus a faim et le diable, toujours à l'affût, profite de cette circonstance pour le tenter. Quelques jours auparavant, lorsqu'il reçut le baptême de Jean, Jésus entendit du ciel la voix qui lui disait : “Tu es mon Fils Bien-aimé en qui j’ai mis toute ma complaisance” (Lc 3,22). Qu’en est-il vraiment ? Le diable, devant la nécessité pressante de se nourrir, lui suggère cette façon de procéder faire pour vérifier, au passage, s'il est bien le Fils de Dieu, en mesure de tout surmonter par la puissance divine. Il s’agit d’une provocation insidieuse et très actuelle. Alors que tant de gens meurent de faim dans le monde et qu'il est pressant de résoudre de nombreuses urgences sociales, l'Église, pour ne pas dire Dieu lui-même, ne devraient-ils pas s'intéresser d'abord aux urgences, laissant le reste pour plus tard ? Jésus indique la meilleure façon de répondre à ces besoins : ce n'est que d'un cœur nourri par la parole de Dieu, droit et bon, que des solutions créatives et efficaces peuvent émerger.

Ensuite, le diable lui offre autant de puissance et de gloire souhaitables, en échange de son adoration. Il essaie de lui faire ambitionner le pouvoir et l'autorité pour pervertir sa mission spirituelle. C'est la tentation du pouvoir temporel pour essayer établir le royaume de Dieu sur la terre, tentation que l'Église a également subie au cours des siècles. La question soulevée n’est pas banale. Quels moyens faut-il employer pour que se réalise tout espoir messianique ? Qu’est-ce que le christianisme apporte au monde pour résoudre ses problèmes ?

La réponse est toute simple. Il apporte, la connaissance du vrai Dieu, et non pas un régime politique ou social." C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, à lui seul tu rendras un culte" (v. 8), répondit Jésus. Issus de l'ambition de pouvoir, les royaumes de ce monde s'effondrent successivement. Ce n'est que lorsque Dieu est reconnu comme créateur et que les lois de la nature sont respectées que l’on atteint le vrai bien de l'homme.

Enfin, le diable suggère à Jésus de faire quelque chose de spectaculaire devant les gens qui fourmillaient dans les atriums et les environs du Temple de Jérusalem : se jeter depuis son point le plus élevé pour que les anges puissent arrêter sa chute devant le regard stupéfait de ces spectateurs.

Sans aucun doute, Il serait ainsi reconnu comme Messie instantanément, puisqu'il fallait bien un signal retentissant pour que l'on reconnaisse l'envoyé du Seigneur.

Cette tentation se niche aussi, de nos jours, dans une inquiétude profonde : comment reconnaître Dieu? Est-il possible de croire en lui sans avoir jamais rien contemplé d'extraordinaire? N'est-il pas nécessaire de prouver expérimentalement son existence ?

En réalité, qui considère que le bon Dieu est un objet à soumettre à des expériences de laboratoire ne pourra jamais le trouver. Face à cette arrogance intellectuelle, la réponse de Jésus est une invitation à l'humilité: "Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu" (v. 12).





Commentaire du 2ème dimanche de Carême (année C).
"Écoutez-le". Pour écouter Jésus, les apôtres montent sur la montagne de la prière et sont prêts à écouter tout ce qu'Il veut leur dire. Nous comprendrons et ferons la volonté de Dieu, grâce à une prière humble et persévérante.

Évangile (Lc 9, 28b-36)

Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier.

Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante.

Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem.

Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés.

Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait.

Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent.

Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! »

Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.


Commentaire

Voici, en ce dimanche de Carême, l’une des pages les plus belles et les plus révélatrices de la Sainte Écriture : la Transfiguration de Jésus. Au sommet de ce mont, le Seigneur montre sa gloire à ses trois disciples les plus intimes, afin de les préparer à l’imminence de sa Passion. L’annonce qu’Il leur avait faite quelques jours auparavant s’accomplit : “Je vous le dis en vérité : parmi ceux qui sont ici présents, certains ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le règne de Dieu. ” (Luc 9, 27). Luc dit explicitement que tout est arrivé “pendant que Jésus priait ”

Cette “apparition pascale anticipée”, dit le pape François, (Pape François, Angélus, 25 février 2018), qui dépasse les limites du temps et de l’espace, est chargée de sens théologique. L’apôtre Pierre disait aux premiers chrétiens :

“ Nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, (…) pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur. Car il a reçu de Dieu le Père l’honneur et la gloire quand, depuis la Gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé ; en lui j’ai toute ma joie.

Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte. (2 P 1,16-18) ".

Dans la Bible, le mont représente la proximité de Dieu. C’est sur une montagne que Moïse et Elie ont eu des échanges intimes avec le Seigneur. (cf. Ex 24 et 1 Rg 19). Ces deux personnages, désormais glorieux, parlent avec Jésus de son départ (de son exode) à Jérusalem. Ils représentent la Loi et les Prophètes qui annoncent le mystère de la Passion et de la Résurrection du Messie, tel que Jésus ressuscité l’expliquera par la suite aux disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24,1s). Dans cet épisode, “ toute la Trinité nous est révélée : le Père, en la voix, le Fils, chez l’homme, et l’Esprit dans la nuée lumineuse " (Saint Thomas d’Aquin, S.th. 3, q. 45, a. 4, ad 2.).

Cela dit, l’enseignement le plus important se concentre dans l’invitation que la voix nous adresse en parlant de Jésus : “Écoutez-le”. Moïse avait annoncé que Dieu susciterait un prophète comme lui, quelqu’un qu’il faudrait écouter (cf. Dt 18,15). Cette voix annonce ainsi le nouveau Moïse, le Fils qui nous révèle le Père avec autorité et que nous devons écouter. Pour ce faire, il faut suivre l’exemple du Maître : dans l’ascension du mont de la prière, réserver dans notre planning des temps quotidiens pour un dialogue exclusif avec Dieu. En ces moments d’intimité personnelle, nous serons à même de lui dire, comme saint Josémaria nous le proposait :

“Seigneur, nous voici,prêts à écouter ce que tu voudras bien nous dire. Parle-nous ; nous sommes attentifs à ta voix. Que tes paroles, en glissant dans notre âme, enflamment notre volonté pour qu’elle s’élance avec ferveur à te servir.” (Saint Rosaire, 4ème mystère lumineux. ).

Saint Josémaria aimait bien rapprocher ce passage de sa quête aimante du Visage de Jésus et de sa Très Sainte Humanité: “ Jésus : te voir, te parler ! Demeurer là, à te contempler, abîmé dans l’immensité de ta beauté et ne jamais cesser, jamais, de te contempler ! Ô Christ, si l’on te voyait ! Qui ne serait blessé d’amour pour toi, en te voyant !”(Ibid.). Nous avons tout intérêt à tenir bon en ces moments de prière, pour entourer le Seigneur avec l’intensité dont parle le psalmiste : “ C'est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face. ” (Ps 26,9).

Notre humble persévérance sera récompensée. Moïse eut un visage “rayonnant, pour avoir parlé avec le Seigneur” (Ex 34,29). Et Jésus, “Lumière, né de la Lumière” comme nous le proclamons dans le Credo, nous transfigurera petit à petit de sa grâce afin que notre journée, notre travail, nos rapports avec les autres, soient éclairés de cette présence de Dieu en notre âme.

L’expression de Pierre “Il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes” exprime la joie de sa rencontre avec Dieu. Elle renvoie aussi aux “demeures éternelles ” que le Messie allait rétablir (Lc 16, 9) et que les Juifs commémoraient en la Fête des Tentes.

Pierre veut retenir l’instant de bonheur que lui procure son échange intime avec Dieu. Or “ la prière – nous dit Benoît XVI-, n’est pas une façon de s’isoler du monde et de ses contradictions. L’existence chrétienne consiste en une ascension continue du mont de la rencontre avec Dieu pour ensuite redescendre, en portant l’amour et la force qui en dérivent, de manière à servir nos frères et sœurs avec le même amour que Dieu. ” (Benoît XVI, Angélus, 24 février 2013). La preuve évidente de ce que dans nos moments de prière nous écoutons le Fils, comme nous le demande la voix du Père, est que son Esprit nous comble d’un élan apostolique qui nous permet de porter la lumière de Dieu à tout le monde.





Commentaire du 3ème dimanche de Carême (année C).
“Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas." Ce Carême est peut être cette "année de plus" que le Seigneur nous accorde pour opérer la conversion du cœur qu'il veut pour chacun d'entre nous.

Évangile (Luc 13, 1-19)

À ce moment, des gens qui se trouvaient là rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient.

Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ?

Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même.

Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ?

Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. »

Jésus disait encore cette parabole : « Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas.

Il dit alors à son vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?”

Mais le vigneron lui répondit : “Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier.

Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.”


Commentaire

Comme souvent, dans les conversations familiales ou avec un groupe d'amis, Jésus et ses disciples commentaient aussi les nouvelles d’actualité. Ce passage de l'Évangile évoque deux événements qui avaient choqué tous les habitants de Jérusalem : la répression aveugle des troupes de Pilate lors d'une émeute, soldée par la mort brutale de quelques Galiléens qui s'étaient rendus au temple pour offrir leurs sacrifices au Seigneur, et le terrible malheur de la chute soudaine d'une tour dans la région de Siloam, qui provoqua la mort, sous des gravats, de 18 personnes (Lc 13:1-5). Les commentaires de rue allaient bon train, surtout lorsqu'une croyance populaire profondément enracinée considérait que si quelqu'un subissait une épreuve, c'était parce qu'il avait fait quelque chose de mal, et que Dieu l'avait puni.

Jésus montre que cette appréciation est évidemment erronée et que cela n'a pas de sens de chercher la culpabilité chez les victimes de tels malheurs. Par ailleurs, ces tristes événements nous invitent à réfléchir. La vie humaine est fragile et, même en bonne santé, la mort peut survenir quand on s'y attend le moins. Il se pourrait ainsi que ceux qui ne se remettent jamais en question vis-à-vis du bon Dieu, et qui ne pensent pas qu’ils aient à changer quoi que ce soit, soient pris de court et n’aient pas le temps de réagir. L'éventualité de flambées inattendues de violence, d'accidents ou de catastrophes naturelles, sont un rappel de la réalité qui secoue la somnolence de vivre comme si Dieu n'existait pas, et encouragent à la conversion, à mettre de l’ordre dans sa propre existence. Ceux qui, avec un cœur contrit, se donnent les moyens de vaincre le péché, désactivent la mort éternelle, la plus grave conséquence du mal, et construisent, en même temps, un monde meilleur. C'est la seule attitude sage et responsable qui tienne pour parer à de plus grands malheurs.

Il a pu se faire qu’en parlant de ces événements, on se soit permis de penser que « quelque chose de mal fait par les victimes en a sans doute été la cause ». D’aucuns ont dû être soulagés de s’en être bien sortis et se sont dit « moi, j’agis comme il faut ». Malheureusement, cette façon de réagir trop humaine est toujours d’actualité. Combien de fois, des célébrités du showbiz ou de la politique qui trouvent que le monde va vraiment mal, et dénoncent les problèmes qui affligent la société, avouent dans leurs interviews que, quant à eux, "ils n’ont rien à regretter" !

Les paroles du Maître nous font réfléchir. Jésus nous appelle à changer notre cœur, à envisager un tournant radical dans l'orientation de notre vie, pour rejeter notre complicité avec le mal et nos excuses hypocrites, et suivre avec détermination le chemin de l’évangile. Son enseignement ne s'adresse pas seulement à ceux qui sont loin de Dieu, en espérant les voir réagir, mais aussi, et surtout, à ceux qui ne se sentent pas concernés parce qu'ils se disent "moi, je suis bon, croyant, voire même assez pratiquant". La parabole du figuier stérile s'adresse à tous ceux qui se sentent à l'aise dans le champ du Seigneur, mais ne portent pas de fruit (Lc 13,6-9). Si le Seigneur nous appelait maintenant à sa présence, nous devrions nous demander : Irions-nous à son rendez-vous, tout joyeux, les mains pleines de fruits à lui offrir? Sommes-nous remplis d'œuvres faites par amour, ou bien notre égoïsme, et notre manque de générosité nous empêchent-ils de lui apporter tout ce qu'il attend de nous?

En dépit de notre correspondance limitée, Dieu est grandement patient. Cela dit, cette stérilité doit être enrayée. Le vigneron de la parabole demande une année de plus avant d'arracher le figuier, pour lui donner une dernière chance. Ce Carême peut être cette "année supplémentaire" que le Seigneur va nous accorder pour le changement qu'il attend de nous. Aussi, le Pape François dit qu' : "Il n'est jamais trop tard pour se convertir, jamais ! Jusqu'au dernier moment : la patience de Dieu nous attend. (...) Il n'est jamais trop tard pour se convertir, mais c'est pressant, c'est maintenant ! Commençons donc aujourd'hui" (François, Ángelus 28.II.2016).





Commentaire du 4ème dimanche de Carême (année C).
Le père "courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers." Si nous apprenons à "jouer au fils prodigue", nous recevrons la miséricorde divine, et nous saurons ensuite la vivre avec les autres et aimer leur liberté.

Évangile (Lc 15,1-3. 11-32)

Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.

Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »

Alors Jésus leur dit cette parabole :

— « Un homme avait deux fils.

Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens.

Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.

Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.

Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.

Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.

Alors il rentra en lui-même et se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !

Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.

Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”

Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.

Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”

Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,

allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,

car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.

Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses.

Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait.

Celui-ci répondit : “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.”

Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier.

Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.

Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !”

Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.

Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !".


Commentaire

La volonté de Jésus de sauver tout le monde comprenait aussi ceux qui étaient socialement étiquetés de “publicains et de pécheurs”

Son attitude, ouverte et pleine d’espérance envers eux, éveillait la méfiance et la médisance parmi les pharisiens. Aussi, Jésus prononce-t-il dans l’évangile selon saint Luc les fameuses paraboles de la miséricorde qui nous révèlent l’immense joie de Dieu lorsque, tout contrits, nous revenons vers lui

Après avoir évoqué combien un berger, gardien de cent brebis, se réjouit lorsqu’il retrouve celle qui s’était égarée dans un champ et combien la femme qui avait dix monnaies est dans la joie d’avoir trouvé celle qu’elle avait perdue chez elle, Jésus nous raconte ce dimanche-ci la belle parabole d’un père qui avait deux fils : l’un, dévoyé ailleurs, dans un pays lointain et l’autre, perdu chez lui, dans sa propre maison. L’histoire de ces deux fils nous permet d’apprendre à vivre la contrition et la compréhension. Et c’est dans la miséricorde de leur père que nous découvrons l’amour magnanime de la liberté d’autrui et l’espérance sereine en leur capacité de se racheter.

L’histoire du fils prodigue, d’une simplicité géniale, est en mesure de nous interpeller tous et partout.

Le plus jeune fils, appelé prodigue parce qu’il a dilapidé la fortune paternelle, incarne l’erreur humaine classique de prendre pour du bonheur la satisfaction de ses désirs, sans contraintes.

Conscient de son pouvoir d’achat, cet enfant a nourri dans son pauvre cœur la possibilité de se livrer sans bornes à tous ses appétits, droits ou pas, en faisant fi des limites imposées dans la stabilité dans son foyer paternel. Ce cœur non maîtrisé, qui ne se sentait pas libre chez lui, constate peu de temps après avoir dilapidé son héritage dans un pays lointain, qu’il était encore moins libre là où il se trouvait. Ce malheureux finit par garder les porcs de quelqu’un d’autre et par désirer, en temps de famine, les gousses dont étaient nourries ces bêtes-là, impures pour un Juif, mais mieux alimentées que lui.

C’est alors qu’il regrette cet amour que son père a déversé durant des années sur lui et qui brille désormais dans la nuit de son âme. Ce regret le pousse vers une humble conversion. Alors, “il rentra en lui-même”.

En ce temps de Carême, nous nous retrouvons en ce fils qui a besoin de conversion et de pardon. Saint Josémaria l’exprimait ainsi :“ La vie humaine est, d’une certaine manière, un retour constant vers la maison de notre Père. Revenir grâce à la contrition, cette conversion du cœur, qui demande un désir de changer et une ferme décision d'améliorer notre vie et qui, de ce fait, se manifeste dans des œuvres de sacrifice et de don de nous-mêmes.

Revenir vers la maison du Père au moyen du sacrement du pardon pour y avouer nos péchés et nous revêtir du Christ en devenant ainsi ses frères, des membres de la famille de Dieu” (Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 64)

Jésus nos invite aussi à avoir la compréhension et à la miséricorde du père de la parabole. Le récit de ses gestes et de ses attitudes est touchant parce qu’il reflète les vertus surnaturelles et celles des bons éducateurs : le père qui respecte la liberté de son fils, n’avait pas cherché à le contrôler, ce qui aurait sans doute provoqué un plus grand éloignement, mais, avec une patience héroïque, il avait compté sur l’amour et la formation qu’il lui avait procurés. De ce fait, il attendait, tous les jours, qu’il revienne librement, en scrutant l’horizon avec un grand amour. Le père récupéra ainsi son fils très cher, sa façon d’agir magnanime en fut récompensée.

Il ne lui permit pas d’aller au bout de ses excuses: il le couvrit de baisers, organisa une grande fête et le rétablit, sans la moindre rancune, dans sa dignité perdue.

En apprenant, très souvent, à “être un enfant prodigue”, nous serons l’objet de la miséricorde divine. Nous serons alors à même d’être miséricordieux envers les autres, d’aimer leur liberté, comme le père de cette parabole. Nous éviterons aussi de devenir incompréhensifs, comme le fils aîné, plein de zèle pour les affaires de son père, mais d’un zèle amer, et qui manquait de liberté autant que son cadet. C’est ce dont nous parle le Pape François : “la fin de la parabole reste en suspens: nous ne savons pas ce que l’aîné a décidé. C’est encourageant pour nous. Cet évangile nous apprend que nous avons tous besoin de rentrer chez le Père pour y partager sa joie, en cette fête de la miséricorde et de la fraternité. Frères et sœurs, ouvrons-donc notre cœur pour être « miséricordieux comme le Père » ! ” (Pape François, Audience, 11 mai 2016)

Pablo Edo





Commentaire du 5ème dimanche de Carême (année C).
« Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Jésus-Christ est la Justice en personne. Il ne prononce aucun mot de condamnation, mais des paroles de pardon et de miséricorde, avec une douceur qui invite aimablement à la conversion.

Évangile (Jn 8,1-11)

Quant à Jésus, il s’en alla au mont des Oliviers.

Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.

Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.

Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? »

Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre.

Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »

Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre.

Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.

Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? »

Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus.


Commentaire

En ce temps de conversion qu’est le carême, l’Église nous invite à contempler la scène de l’évangile de Jean où des experts en interprétation de la loi demandent à Jésus ce qu’il convient de faire avec une femme prise en flagrant délit d’adultère, péché que la loi de Moïse punissait d’une peine de lapidation.

Ils piègent Jésus avec un dilemme difficile à résoudre. Il doit opter, soit pour la justice et dicter une sentence de mort, soit pour la transgression de la loi. Cette scène est profondément dramatique. La vie de cette femme dépend de la décision de Jésus, qui joue aussi la sienne, car il risque d’être accusé d’inciter à la grave transgression de ce qui est prescrit en ôtant de l’importance, aux yeux de tout le peuple, aux préceptes de la loi divine.

Ces personnages feignent d’être déférents envers Jésus lorsqu’ils reconnaissent apparemment son autorité morale afin de le piéger au mot pour le juger durement par la suite. Mais le maître, calmement, sans s’en faire, démasque leur hypocrisie. Tout en les écoutant, il se met à écrire par terre avec son doigt. Ce geste est celui du Christ, Législateur divin, puisque l’Écriture dit bien que Dieu écrivit la loi avec son doigt sur les tables en pierre (Ex 31,18). Jésus est donc le Législateur, la Justice en personne.

Jésus ne viole pas la loi, mais ne veut cependant pas que ce qu’Il était venu chercher se perde, puisqu’il était là pour sauver ce qui était perdu. Sa sentence est juste et sans appel : “ que celui d’entre vous qui est sans péché, lui jette la première pierre” (v.7). “Admirable réponse, pleine de justice, de mansuétude et de vérité – commente saint Augustin. Vraie réponse de la Sagesse ! Vous venez de l’entendre : “Que la loi qui prescrit de lapider l’adultère soit exécutée” Mais de quel droit de tels pécheurs peuvent-ils exécuter la Loi et châtier cette femme ? Que chacun se regarde, entre en lui-même et se place face au jury de son cœur et de sa conscience. Il sera alors tenu d’avouer son péché” (Saint Augustin, Commentaire de l’Évangile de Jean, 33, 5)

Et Benoît XVI de commenter que les paroles de Jésus, “sont fortes, de la force de la vérité qui désarme, qui renverse le mur de l’hypocrisie et ouvre les consciences à une plus grande justice, celle de l’amour qui consiste à accomplir tout précepte en plénitude (cf. Rm 13,8-10)” (Benoît XVI, Ángélus 21 mars 2010).

La réaction du Maître est frappante, Il est la Justice en personne. À aucun moment il n’a proféré des paroles de condamnation, mais de pardon et de miséricorde, avec une douceur qui encourage aimablement tout le monde à se convertir : “Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus”. Dieu qui n’aime pas le péché et en souffre, est cependant patient et compatissant.

En aucun cas, Jésus n’aime le mal. Il ne veut que le bien et la vie. Aussi, dans sa grande miséricorde, a-t-il institué le sacrement de Réconciliation afin que personne ne se perde mais que tous puissent y trouver le pardon de leurs fautes, aussi graves fussent-elles.

“N’oublions pas cette parabole – nous dit le Pape François: Dieu ne se lasse jamais de pardonner. Jamais. […] Le problème vient de ce que nous, nous nous lassons de demander pardon. Ne nous fatiguons donc jamais, ne nous lassons pas. Il est un Père aimant qui pardonne toujours, dont le cœur est miséricordieux envers nous tous. Apprenons donc, nous aussi, à être miséricordieux avec tous. Invoquons l’intercession de la Sainte Vierge qui a porté dans ses bras la Miséricorde de Dieu faite homme” (François, Ángélus 17 mars 2013).

Francisco Varo





Commentaire d'Évangile: Dimanche des Rameaux

Évangile du Dimanche des Rameaux (Cycle C) et son commentaire

Évangile (Lc 19,28-40)

Après avoir ainsi parlé, Jésus partit en avant pour monter à Jérusalem.

Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, près de l’endroit appelé mont des Oliviers, il envoya deux de ses disciples, en leur disant : « Allez à ce village d’en face. À l’entrée, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le.

Si l’on vous demande : “Pourquoi le détachez-vous ?” vous répondrez : “Parce que le Seigneur en a besoin.” »

Les envoyés partirent et trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit.

Alors qu’ils détachaient le petit âne, ses maîtres leur demandèrent : « Pourquoi détachez-vous l’âne ? »

Ils répondirent : « Parce que le Seigneur en a besoin. »

Ils amenèrent l’âne auprès de Jésus, jetèrent leurs manteaux dessus, et y firent monter Jésus.

À mesure que Jésus avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin.

Alors que déjà Jésus approchait de la descente du mont des Oliviers, toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus,

et ils disaient : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! »

Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, réprimande tes disciples ! »

Mais il prit la parole en disant : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront. »


Commentaire

La liturgie considère ce dimanche comme le “Dimanche des Rameaux dans la Passion du Seigneur” puisqu’il commémore l’entrée du Christ à Jérusalem pour y consumer son Mystère Pascal.

Aussi, depuis très longue date, lit-on deux évangiles ce jour-là. Le pape François l’explique ainsi : « Cette célébration a une saveur aigre-douce, elle est joyeuse et douloureuse en même temps puisquenous y célébrons l’entrée du Seigneur à Jérusalem, acclamé comme un roi par ses disciples et que nous proclamons, en même temps et solennellement, le récit de sa passion. C’est pourquoi notre cœur ressent ce douloureux contraste et éprouve dans une certaine mesure ce que Jésus ressentit dans le sien ce jour-là où il se réjouit avec ses amis et pleura sur Jérusalem » (Pape François, Homélie, Dimanche des Rameaux 2017).

Pour Benoît XVI le texte de l’entrée triomphale “est lourd de significations mystérieuses” (Benoît XVI, Jésus de Nazareth, De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection., Éditions du Rocher, p. 17).

Dans la version de Luc nous en trouvons plusieurs. D’un côté, venant de Bethphagé et de Béthanie, Jésus arrive au Mont des Oliviers, d’où on attend l’arrivée du Messie.

En indiquant très précisément les caractéristiques de l’âne, Jésus revendique le droit royal d’en réquisitionner un. David fit que son fils Salomon monte sur sa propre mule pour aller recevoir l’onction en tant que roi (1Re 1,33). Ici, l’ânon était à l’attache, tel que Jacob l’annonça en se référant à l’âne de Juda. (Gn, 49,11).

Par ailleurs, les gens tapissaient de leurs manteaux l’endroit où passait Jésus, comme le faisaient anciennement les habitants de Jérusalem pour honorer les rois (2Re 9,13). Et la multitude en liesse, qui entonna pour Jésus une version du Psaume 118 : “Béni soit le Roi qui vient au nom du Seigneur !” disait aussi : “Paix au ciel, gloire au plut haut des cieux”, ce qui nous rappelle le chant des anges à la naissance de Jésus à Bethléem (cf Lc 2,14), en la cité du roi David et du Messie.

Cette toile de fond messianique de ce qui se passe n’a pas échappé aux Pharisiens qui, outrés, ont demandé à Jésus de rabrouer ses disciples. Mais le Maître leur reproche leur dureté de cœur. Les signes du Messie étaient si clairs que les pierres auraient parlé en son honneur s’ils étaient parvenus à faire taire ses disciples.

Saint Bède, Père de l’Église, fait donc cette remarque: “Dès que le Seigneur fut crucifié, ceux qui le connaissaient se turent parce qu’ils avaient peur alors que les pierres, les rochers, firent sa louange puisque la terre trembla lorsqu’Il expira, les pierres se fendirent et les sépulcres s’ouvrirent” (Bède, Catena Áurea)

“De même que le Seigneur était alors entré dans la Cité Sainte montant l’ânon,- dit Benoît XVI -; ainsi l’Église le voit aussi toujours arriver de nouveau sous les humbles apparences du pain et du vin” (Benoît XVI, Jésus de Nazareth, De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection., Éditions du Rocher, p.24)

De ce fait, la scène du dimanche des Rameaux se répète-t-elle d’une certaine façon dans notre propre vie. Jésus s’approche de notre âme sur le dos de l’ordinaire, dans la sobriété des sacrements ou dans les douces insinuations dont saint Josémaria parle en son homélie sur cette fête :

“Accomplis consciencieusement ton devoir, souris à qui en a besoin, même si ton âme est blessée, consacre, sans lésiner, le temps nécessaire à l’oraison, viens en aide à qui te cherche, pratique la justice, en la dépassant avec la grâce de la charité ” (Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 77).

Saint Josémaria nous fait aussi contempler en cet épisode la figure du petit âne :

“Il y a, certes, des centaines d’animaux plus beaux, plus adroits, et plus cruels. Cela dit, le Christ a jeté son dévolu sur lui pour se présenter en tant que roi devant le peuple qui l’acclamait. Car, Jésus n’a que faire de la ruse calculatrice, de la cruauté des cœurs froids, de la beauté tape à l’œil mais creuse. Pour régner dans l’âme, Notre Seigneur aime la joie d’un cœur jeune, la démarche simple, la voix bien posée, sans fausset, le regard propre, l’oreille attentive à sa parole affectueuse.C'est ainsi qu'Il règne dans l'âme.” (Ibidem. 181).

Qui accueille Jésus humblement et simplement est à même ensuite de le porter partout.


Pablo M. Edo