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3ème Dimanche de Pâques - Commentaire d’Évangile: Tu sais que je t’aime

Évangile du 3ème Dimanche de Pâques et son commentaire

Évangile (Jn 21,1-19)

Après cela, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment.

Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples.

Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. »

Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.

Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui.

Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. »

Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons.

Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau.

Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres.

Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain.

Jésus leur dit :« Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. » Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré.

Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : " Qui es-tu ? " Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson.

Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? »

Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. »

Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »

Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? »

Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. »

Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. »

Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait :« M’aimes-tu ? »

Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. »

Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. »

Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »


Commentaire

Cette scène évoque la pêche miraculeuse précédente où Jésus avait dit à Pierre qu’il allait devenir pêcheur d’hommes (Lc 5,1-11).

Ce nouveau récit (21,1-14) préfigure la multitude de peuples que l’apostolat de l’Église allait gagner au Christ et c’est à ce niveau ecclésiologique que s’insère le passage du récit de la remise à Saint-Pierre du primat de l’Église. (21,15-19).

Après la résurrection de Jésus, les Apôtres, à sa demande, partent en Galilée (cf. Mt 28,10), et Pierre y reprend son travail professionnel.

"Pêcheur avant de devenir apôtre. Puis, apôtre et de nouveau pêcheur. Qu’est-ce qui change alors ? Ce qui change c’est que l’âme - où est entré le Christ, comme il est monté dans la barque de Pierre -, a des horizons plus vastes, une plus grande ambition de service " (S. Josémaria, Amis de Dieu, n. 264-265)

Alors qu’ils s’échinent en mer sans aucun résultat, quelqu’un qu’ils ne reconnaissent pas de prime abord, leur dit, depuis le rivage, de jeter leurs filets à droite.

Ils s’exécutent et sont ahuris d’avoir pris une telle quantité de poissons et de si bonne qualité.

Le premier à percevoir que c’est le Seigneur c’est “le disciple que Jésus aimait” (21,7). Et saint Grégoire de Nysse de commenter que c’est parce que “Dieu se laisse contempler par ceux qui ont le cœur pur ” (S. Grégoire de Nysse, De beatitudinibus 6).

Ce fut une pêche abondante: “cent cinquante trois gros poissons ” (21,11). Et Saint Jérôme commente « les experts grecs en zoologie avaient recensé 153 espèces en cette mer-là et qu’en nous livrant ce chiffre Jean faisait sans doute symboliquement allusion à la totalité et à la diversité de la pêche des disciples en anticipant ainsi les résultats de la mission chrétienne qui devait atteindre tout type de personnes. » (S. Jérôme, Commentaire à Ez 47,6-12 - PL 25,474C)

Lorsqu’ils descendent de la barque, Jésus se trouve là, et, près de Lui, “ ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain.” (21,9). A part cet épisode, la seule fois où Jean parle de braises dans son évangile c’est chez Caïphe : là où, près d’elles, Pierre renia le Seigneur (Jn 18,18). Aussi, il se peut que lorsque Jésus, tout de suite après, va lui demander s’il l’aime, les braises vont rappeler à Pierre ses infidélités avec l’assurance de constater que, tout en connaissant sa faiblesse, Jésus va de nouveau lui faire confiance.

C’est en offrant à Pierre trois nouvelles occasions de lui dire “tu sais que je t’aime” (21,15.16.17) que Jésus soigne les blessures de ses trois reniements durant la Passion.

Cette scène modifie brusquement le symbole de la première puisque Jésus ne parle plus de poissons mais des brebis dont il doit prendre soin. Le profil du portrait de Pierre est ainsi complété : en plus d’être un apôtre missionnaire (un pêcheur), Pierre est appelé à être le modèle responsable de la mission pastorale (cf. 1 P 5,1-4; Ac 20,28). Jésus est le seul pasteur et la tâche de Pierre est en continuité avec celle du Christ: le pâturage de Pierre tient à son amour de Jésus. Le troupeau appartient à Jésus, non à Pierre, aussi le Christ lui dit-il “sois le berger de mes agneaux ” (21,15), “sois le berger de mes brebis” (21,16), “sois le pasteur de mes brebis”(21,17), et Pierre accepte de donner sa vie pour elles.

Lorsque Jésus lui dit “ Quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller ” (21,18), il fait allusion au martyre de Saint Pierre qui allait lui aussi mourir sur la croix, comme son Maître.





2ème dimanche de Pâques Commentaire d’Évangile: “Nous avons vu le Seigneur!”

Évangile du 2ème Dimanche de Pâques et son commentaire

Évangile (Jn 20,19-31)

Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit :

« La paix soit avec vous ! »

Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

Jésus leur dit de nouveau :

« La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit :

« Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.

Les autres disciples lui disaient :

« Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara :

« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit :

« La paix soit avec vous ! »

Puis il dit à Thomas :

« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

Alors Thomas lui dit :

« Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Jésus lui dit :

« Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.

Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.


Commentaire

Le dimanche de sa Résurrection, Jésus s’est montré aux disciples, retranchés chez eux, dans la peur afin de les combler de joie et les envoyer comme le Père l’avait envoyé lui-même. Le Seigneur leur montre ses plaies glorieuses, preuves palpables de son triomphe, et leur souhaite la paix, « C’est le don précieux que le Christ offre à ses disciples après être passé par la mort et descendu aux enfers. C’est le fruit de la victoire de l’amour de Dieu sur le mal, c’est le fruit du pardon » (Pape François, Regina Cœli, 2ème Dimanche de Pâques 2013)

L’évangile dit que son disciple Thomas n’était pas avec les autres à ce moment-là. Quand il arrive, il ne croît pas ce dont tous témoignent dans la joie : « Nous avons vu le Seigneur ! ». Il se dit qu’il ne peut s’agir que d’une expérience intérieure ou d’un égarement collectif. Thomas veut plus qu’un témoignage apostolique, il demande des signes évidents pour croire et changer de vie. Le dimanche suivant, Jésus se montre à nouveau chez eux.

« Peut-être entends-tu, toi aussi, en ce moment, le reproche adressé à Thomas : porte ton doigt ici : voici mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté et ne soirs plus incrédule mais croyant, et du fond de ton cœur tu t’écrieras avec l’apôtre, dans un élan de contrition sincère : Mon Seigneur et mon Dieu ! Je te reconnais pour mon Maître à tout jamais et, avec ton secours, je garderai comme un trésor tes enseignements et je m’efforcerai de les suivre loyalement » (Saint Josémaria, Amis de Dieu, 145)

« En ce dimanche de la Miséricorde, c’est en pénétrant dans le Mystère de Dieu à travers ces plaies – commente le pape François-, que nous comprenons que la miséricorde de Dieu n’est pas une de ses qualités, parmi tant d’autres, mais le battement de son cœur lui-même. Alors, comme Thomas, nous ne vivons plus comme des disciples incertains, dévots mais hésitants, mais nous, nous devenons aussi de vrais amoureux du Seigneur » (Pape François, Homélie, Messe 2ème Dimanche de Pâques 2018)

Il est naturel que nous ressentions le désir de Thomas, -vouloir voir et toucher Jésus-, parce que notre connaissance passe par nos sens corporels. Aussi nous nous demandons avec le pape : « Comment apprécier cet amour, comment toucher aujourd’hui de nos mains la miséricorde de Jésus? C’est l’Évangile qui nous le suggère en soulignant que la nuit de Pâques même (cf. v 19), ce que Jésus fit en premier, à peine ressuscité, ce fut communiquer l’Esprit pour le pardon des péchés. Pour éprouver cet amour il faut passer par là : se laisser pardonner » (Ibidem.)

Nous nous sentons visés, nous aussi, par cette dernière béatitude que,à cause de la méfiance de Thomas, le Seigneur a prononcée sur terre :

La foi, la confiance en Dieu, sans en avoir des preuves évidentes, est un bonheur, un don à demander humblement: « Augmente en nous la foi! » (Lc 17,5). Il s’agit d’un don à cultiver et à mettre en pratique dans nos œuvres quotidiennes. En effet :

C’est dans ce sens que saint Josémaria disait : « Dieu est celui de toujours. — Il faut des hommes de foi : et les prodiges que nous lisons dans la sainte Écriture se renouvelleront.
Ecce non est abbreviata manus Domini, le bras de Dieu — sa puissance — ne s’est pas raccourci ! » (Saint Josémaria, Chemin, 586)





Commentaire du 4ème Dimanche de Pâques (année C).
"Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent." Notre vie est totalement en sécurité entre les mains de Jésus et du Père. Réfugions-nous dans son immense tendresse et sa miséricorde infinie.

Évangile (Jn 10,27-30)

En ce temps là Jésus dit:

Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent.

Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main.

Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père.

Le Père et moi, nous sommes un. »


Commentaire

En ce quatrième dimanche de Pâques,- « dimanche du Bon Pasteur »-, l’évangile retient, dans tous les cycles liturgiques, une partie du passage de Jean 10, 1-30, ensemble de discours de Jésus autour de l’image du berger et des brebis. En ce dimanche, Jésus évoque la protection dont Dieu entoure tout homme qui a recours à Lui.

L’image du berger et des brebis est très enracinée dans la Bible. Des personnages importants de l’histoire d’Israël furent des bergers. Abel, par exemple, (Gn 4,2), ainsi que Moïse (Ex 3,1ss.) ou David (1 S 16,11-13). David lui-même et ses descendants, tout comme Josué (Nm 27, 17 s.) auparavant, ont été des pasteurs de leur peuple. Cela dit, c’est au bon Dieu que l’on attribue très souvent la fonction du pasteur qui prend soin de ses « brebis », les hommes (cf. Gn 49,15; Is 40,11; Ez 34,5; Sal 23,1; Si 18,13).

Aussi, les discours de Jésus sur le bon pasteur soient présentés durant la Pâque ont-ils un sens très profond car, comme l’expliquait Benoît XVI, “ nous sommes ici immédiatement conduits au cœur, au sommet de la révélation de Dieu comme pasteur de son peuple ; ce cœur et ce sommet, c’est Jésus, Jésus qui, précisément, meurt sur la croix et ressuscite du tombeau le troisième jour, qui ressuscite dans toute son humanité et ainsi, nous engage, engage tout homme, dans son passage de la mort à la vie” (Benoît XVI, Homélie, 29 avril 2012).

L’évangile selon saint Jean indique que Jésus prononça ces paroles durant la fête juive de la Dédicace du Temple. Cette fête commémorait la purification du lieu et la dédicace de l’autel des sacrifices durant l’époque des Maccabées qui avaient fortifié les remparts pour protéger l’enceinte sacrée de profanations comme celle d’Antiochus IV Épiphane (cf. I Ma 4,52-61 y 2 Ma 10,1-9). Qui plus est, Jésus se trouvait dans le portique de Salomon. Sans doute cette enceinte emmurée, aux solides colonnes, justifie-t-elle la référence de Jésus à la protection qu’il exerce sur ses brebis.

“Les paroles de Jésus de ce dimanche, disait le Saint-Père, nous transmettent un sentiment de sécurité absolue et d’immense tendresse. Notre vie est pleinement à l’abri entre les mains de Jésus et du Père, qui sont Un : un unique amour, une unique miséricorde, révélés une fois pour toutes dans le sacrifice de la croix. (…) C’est pourquoi nous n’avons plus peur : notre vie est désormais à l’abri de la perdition. Rien ni personne ne pourra nous arracher des mains de Jésus, parce que rien ni personne ne peut vaincre son amour. L’amour de Jésus est invincible !” (Pape François, Regina Coeli, 17 avril 2016).

C’est l’intimité protectrice de Jésus sur ses brebis qui nous pousse à vivre notre vie avec une grande espérance dans le combat que nous menons pour être agréables à Dieu. Saint Josémaria expliquait cela ainsi :

La vertu de l’espérance, – cette certitude que Dieu nous gouverne par sa Toute-Puissance providente et qu’il nous accorde tous les secours nécessaires - évoque cette bonté continuelle du Seigneur pour les hommes, pour toi et pour moi , toujours prêt à nous entendre, parce qu’il ne se lasse jamais d’écouter. Il s’intéresse à tes joies, à tes réussites, à ton amour, et à tes soucis aussi, à tes douleurs, à tes échecs. C’est pourquoi tu ne dois pas seulement espérer en lui lorsque tu te heurtes à ta faiblesse : adresse-toi à ton Père du Ciel dans les circonstances favorables et adverses, en te réfugiant sous sa protection pleine de miséricorde. Alors la certitude de notre nullité personnelle,- il ne faut pas, en effet, une grande humilité pour reconnaître cette réalité-là : nous ne sommes alignement de zéros -,se changera en une force irrésistible, parce que, à gauche de nos zéros, il y aura toujours le Christ. Ce chiffre deviendra incommensurable! Nous pourrons alors dire : Le Seigneur est ma forteresse et mon refuge, de qui aurais-je crainte (Saint Josémara, Amis de Dieu, n° 218).





Commentaire d’Évangile: Un commandement nouveau

Évangile du 5ème Dimanche de Pâques et son commentaire.

Évangile (Jn 13, 31-33a. 34-35)

Quand [Judas ] fut sorti du Cénacle, Jésus déclara :

« Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt.

Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. (…) Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres.

À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »


Commentaire

Durant la Dernière Cène Jésus s’entretient au Cénacle avec ses disciples. Judas Iscariote vient de partir. Le Maître leur annonce que l’heure de son triomphe et de la glorification du Père est arrivée : “Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui”. Il ne dit pas qu’il sera glorifié après sa passion, au moyen de la résurrection, mais que sa glorification commence précisément avec la passion. La Gloire et la Croix sont inséparables.

Puis, il s’adresse à eux d’une manière inhabituelle: “ Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous”. C’est la seule fois dans l’évangile qu’il les appelle petits enfants. C’est de plein droit que Jésus peut les nommer ainsi puisqu’il avait dit lui-même “Le Père et moi nous sommes un ” (Jn 10,30), et “le Père est en moi et moi dans le Père” (Jn 10,38). Saint Bonaventure explique théologiquement cette réalité lorsqu’il dit qu’ “entre les Personnes divines il y a une suprême et parfaite circumincessio”, étant donné que l’un est dans l’autre et vice-versa”, ce qui, au sens propre et parfait des termes ne se passe qu’en Dieu puisque ce n’est qu’entre les trois Personnes de la Très Sainte Trinité « qu’il y a l’unité la plus élevée dans la distinction, de sorte qu’il est possible de faire cette distinction sans mélange et cette unité sans séparation” (S. Bonaventure, Sent. I, d.19, p.1, q.4).

En même temps Jésus semble leur suggérer que, de façon analogue à ce qui se passe chez lui, eux aussi doivent être l’objet d’une mystérieuse participation à ces relations entre les Personnes divines, en vertu de laquelle ils doivent avoir des sentiments de paternité vis-à-vis de leurs frères. Si Jésus-Christ,“premier né d’entre les frères” (Rm 8, 29) les appelle “ mes enfants”, ils doivent eux aussi avoir un cœur de père vis-à-vis de leurs frères.

Saint Josémaria s’inspirant de cet enseignement de Jésus et avec beaucoup de sens pratique, proposait : “En imitant l’exemple de Jésus, comprenez vos frères avec un cœur grand qui ne s’étonne de rien, et aimez-les vraiment (…). En étant très humains, vous saurez passer par-dessus de petits défauts et toujours voir, avec une compréhension maternelle, le bon côté des choses. En plaisantant, et de façon imagée, je vous ai fait noter l’impression différente que l’on a d’un même phénomène, s’il est observé avec ou sans tendresse. Je vous disais – et excusez-moi de parler crûment– qu’en faisant allusion à un enfant qui met son doigt dans le nez, les visites se disent « qu’il est dégoûtant » ! alors que sa mère se dit : « c’est un futur chercheur ! (…). Regardez vos frères avec du cœur et vous en conclurez – avec une grande charité- que nous sommes tous dans la recherche !” (S. Josémaria, Lettre 29-IX-1957, 35. Citée dans Ernst Burkhart - Javier López, Vida cotidiana y santidad en la enseñanza de San Josemaría: estudio de teología espiritual, vol. 2, Madrid, Rialp, 2011, p. 331-332).

À cet instant si intime, Jésus ajoute : “Je vous donne un commandement nouveau, aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres”. Ce précepte de l’amour avait déjà été formulé dans l’Ancien Testament.

Cela dit, il y a ici une nuance nouvelle: Jésus se présente comme le modèle et la source de cet amour. Son amour est sans limite, universel, capable même de faire que la douleur et les circonstances négatives deviennent des occasions d’aimer. Aimer est donc la marque qui distingue ses disciples. Nous avons encore un bon bout de chemin à parcourir pour vivre comme Jésus nous l’apprend !

“Nous devons demander au Seigneur – nous rappelle le pape François- de nous faire comprendre à fond cette loi de l’amour. Qu’il est beau de s’aimer les uns les autres comme de vrais frères. C’est vraiment beau ! Aujourd’hui même, appliquons-nous. Nous avons tous, sans doute, de la sympathie ou moins de sympathie pour quelqu’un. Parlons-en au Seigneur : Seigneur, je suis fâché avec un tel, avec une telle. Je prie pour lui, pour elle. Prier pour ceux avec qui nous sommes brouillés est un bon pas de fait dans cette loi de l’amour. Le faisons-nous ? Appliquons-nous à le faire aujourd’hui même !” (Pape François, Audience générale, mercredi 12 juin 2013)





Commentaire du 6ème Dimanche de Pâques (année C).
"Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure". La Trinité est tombée amoureuse de chacun d'entre nous, comment pouvons-nous répondre à un tel amour ? Saint Augustin nous donne un conseil : "Aime-le et il viendra à toi ; aime-le et il demeurera en toi".

Évangile (Jn 14,23-29)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples:

« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure.Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé.Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi.Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez."


Commentaire

Dans l’intimité de la Dernière Cène, Jésus livre à ses disciples des enseignements empreints du sentiment de l’adieu et du testament final.

C’est le cas de l’évangile de ce sixième dimanche de Pâques.

Tout d’abord, Jésus fait allusion au profond mystère de la présence de Dieu dans l’âme. Dans l’Ancien Testament, Dieu se fit progressivement connaître au peuple d’Israël et lui promit de demeurer parmi eux. Cette présence était signifiée tout spécialement dans le Saint des Saint, le plus sacré des lieux du temple de Jérusalem. Maintenant, Jésus annonce une nouvelle forme de présence chez celui qui aimera et gardera ses paroles pour devenir ainsi le temple où Dieu habite, comme saint Paul le rappelait aux premiers chrétiens : “ Nous, en effet, nous sommes le sanctuaire du Dieu vivant, comme Dieu l’a dit lui-même : J’habiterai et je marcherai parmi eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple” (2 Co 6,16).

Cette présence de Dieu dans l’âme a toujours fasciné les saints qui ont perçu l’urgence de correspondre à un tel amour de Dieu pour ses créatures. Ce fut le cas de saint Josémaria :

“La Trinité qui s’est éprise de l’homme, l’a élevé à l’ordre de la grâce et fait à son image et à sa ressemblance, elle l’a racheté du péché (…) et désire vivement demeurer en nôtre âme” (Saint Josémaría, Quand le Christ passe, n° 84) Sommes-nous habituellement conscients de cette profonde vérité, de cette présence de Dieu en notre âme en grâce ?

Savons nous y correspondre chaque jour, avec gratitude, avec des gestes d’affection et d’adoration ?

Saint Augustin conseillait: “En réalité, Dieu n’est pas loin. C’est toi qui fais qu’il soit loin. Aime-le et il s’approchera de toi, aime-le et il demeurera en toi. Le Seigneur est proche. Ne vous faites du souci pour rien” (Saint Augustin, Sermón 21).

La présence de Dieu dans l’âme ne peut pas être séparée de l’action efficace du Saint-Esprit. Aussi, Jésus en parle ici et l’appelle le Paraclet. Ce terme grec signifie littéralement celui qui marche à vos côtés, tout en s’adressant à vous, en suggérant, en prévenant. On peut donc le traduire par “avocat ” et “consolateur”. Avocat, parce qu’il intercède devant la justice divine pour obtenir le pardon de nos péchés, grâce à la passion de Jésus et consolateur, parce qu’il nous soulage devant l’affliction avec ses suggestions.

En commentant ce passage, les Pères de l’Église expliquent que c’est justement l’absence physique de Jésus devant nous qui permet cette action efficace de son Esprit en notre cœur, où le Paraclet est à même de nous “rappeler ” ses paroles, comme Jésus l’avait lui-même annoncé à ses disciples, et de nous suggérer, en même temps, de les aimer et les suivre, “en inspirant, invisiblement dans notre intelligence, l’Esprit de vérité, de la science des choses divines ” (Didime, De Spiritu Sancto, dans Catena áurea).

Quand nous cherchons vraiment à suivre docilement les suggestions de l'Esprit Saint, notre âme est remplie de paix et de joie, signes certains de la présence divine, même au milieu des difficultés. C'est pourquoi Jésus parle aussi du premier fruit qu'il obtiendrait avec sa passion et avec lequel il se présentait ressuscité : la paix. Non la paix qu’offre le monde, la vie confortable, mais la paix du Christ, fruit de la croix et de la lutte. C'est pourquoi, dit saint Josémaria, « Combien de contrariétés disparaissent, quand nous nous plaçons intérieurement tout près de notre Dieu, lui qui ne nous abandonne jamais ! Avec des nuances différentes, c’est cet amour de Jésus envers les siens, envers les malades, envers les infirmes qui se renouvelle, de Jésus qui demande : que t’arrive-t-il ? Il m’arrive que... Et aussitôt vient la lumière ou, au moins, l’acceptation et la paix » (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 249).
Puissions-nous savoir revenir toujours à la présence de Dieu dans notre âme, comme à une source d'eau vive où nous pouvons étancher toute notre soif, comme source où nous pouvons retrouver encore et encore la joie et la paix que nous devons apporter partout.





Commentaire d’Évangile: L’Ascension

Évangile de la Solennité de l’Ascension du Seigneur (Cycle C) et son commentaire

Évangile (Lc 24, 46-53)

Et il (Jésus) leur dit : « Ainsi a-t-il été écrit que le Christ souffrirait et qu’il ressusciterait des morts le troisième jour, et que le repentir pour la rémission des péchés serait prêché en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. Vous êtes témoins de ces choses. Et voici que moi, je vais envoyer sur vous la Promesse de mon Père. Vous donc, restez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une force d’en haut. » Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, ayant levé les mains, il les bénit. Pendant qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il fut enlevé au ciel. Pour eux, après s’être prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem avec une grande joie. Et ils étaient continuellement dans le Temple, louant et bénissant Dieu. »


L’Évangile selon saint Luc s’achève avec ces paroles de Jésus, résumé des grands thèmes qui sont au cœur de la foi et de la mission de l’Église : Le Christ est mort, il a vaincu la mort afin que tous soient sauvés. L’ “exode” dont Jésus avait parlé à Moïse et à Elie lors de la Transfiguration (cf. Lc 9,31), s’est accompli à Jérusalem. C’est de là qu’il envoie les apôtres, revêtus de la force de celui « que mon Père vous a promis », c’est-à-dire du Saint Esprit, pour qu’ils prêchent partout dans le monde la conversion pour le pardon des péchés. (v. 46-49).

Témoins de “toutes ces choses” (v. 48), puisqu’ils ont vu la crucifixion et Jésus Ressuscité, ils peuvent désormais comprendre les Écritures qui parlent du mystère du Christ, le Fils de Dieu fait homme, mort pour nous et ressuscité, vivant à tout jamais et gage de notre vie éternelle.

«C’est le témoignage, non seulement de nos paroles mais aussi de notre vie quotidienne – dit le pape François-, le témoignage qui devrait partir de nos églises tous les dimanches pour pénétrer ensuite pendant toute la semaine, dans les foyers, les bureaux, l’école, les lieux de rencontre et de loisirs, les hôpitaux, les prisons, chez les personnes âgées, là où il y a plein de migrants, dans les périphéries de nos villes. C’est bien le témoignage que nous devons porter toutes les semaines : le Christ est avec nous ! Il est monté au Ciel, il demeure parmi nous. Le Christ est vivant ! » (Pape François, Regina coeli, Dimanche 8 mai 2016).

« Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, ayant levé les mains, il les bénit. Pendant qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il fut enlevé au ciel. Pour eux, après s’être prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem avec une grande joie. » (v. 50-52). La réaction des Apôtres est surprenante. Ils auraient dû, logiquement, être déconcertés, abasourdis, puisque Jésus se séparait d’eux définitivement et les laissait tout seuls sur terre, devant une tâche qui dépassait complètement leur force et leur capacité, et face à des difficultés que leur Maître avait connues également.

Et s’il est vrai que tout ‘au revoir’ est pénible, l’adieu définitif de Jésus quittant ce monde, aurait dû les plonger dans la tristesse. Alors, comment se fait-il qu’ils s’en retournent « avec une grande joie» ? (v. 52)

Benoît XVI nous fait remarquer que si les disciples s’en retournent « avec une grande joie », c’est parce qu’ils ne se sentent pas abandonnés, qu’ils ne croient pas que Jésus se soit évanoui dans un ciel inaccessible et loin d’eux. Évidemment ils sont certains d’une présence nouvelle de Jésus (…). La joie des disciples après l’“ ascension ” corrige notre image de l’événement. L’“ ascension ” n’est pas un départ dans une région lointaine du cosmos, mais la proximité permanente dont les disciples font si fortement l’expérience qu’ils en tirent une joie durable» (Joseph Ratzinger - Benoît XVI, Jésus de Nazareth. De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection (Éditions du Rocher 2011) ch. 9. p. 318).

Ils sont aussi contents parce qu’ils sont conscients du grand bien que cette Ascension entraîne pour toute l’humanité qui, dans le Christ, est appelée à participer de sa divinité. Aussi, dit saint Léon le Grand, « quand le Seigneur est monté au Ciel, les apôtres non seulement n’ont pas éprouvé la moindre tristesse, mais ils ont été remplis d’une grande joie. En effet, le fait que la nature humaine soit élevée au dessus de la dignité de toutes les créatures célestes, en présence d’une sainte multitude (…), par-dessus les archanges eux-mêmes, jusqu’à être exalté au-delà de toute mesure, au point d’être reçue auprès du Père, intronisée et associée à la gloire de celui dont elle avait partagé la nature divine en s’unissant à la personne du Fils, provoqua chez les apôtres une joie immense et ineffable» (St. Leon le Grand, Sermo 1 de ascensione Domini, 4).

Aussi, l’Ascension nourrit-elle notre espérance de partager aussi cette plénitude de vie auprès de Dieu, dans la gloire du Ciel.





Commentaire d’Évangile : la Très Sainte Trinité

Évangile de la Solennité de la Très Sainte Trinité (Cycle C) et son commentaire

Évangile (Jn 16,12-15)

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples:

— J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.

Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.

Tout ce que possède le Père est à moi ;


Commentaire

Lors de la dernière Cène, Jésus explique aux apôtres les vérités les plus profondes sur lui-même et sa relation avec le Père et l'Esprit Saint, tout en leur assurant qu'ils ne seront pas laissés seuls parce qu'ils auront l'aide de l'Esprit Saint, qui continuera sa mission pour guider l'Église dans le temps.

Les Apôtres ont été témoins de la prédication et de l'action de Jésus, ainsi que de sa relation filiale avec Dieu, qu'il appelle toujours "père", parfois même sous la forme enfantine d’ abba, "papa" (cf. Mc 14, 36). Or, il leur parle de l'aide que l'Esprit Saint va leur apporter: " il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître." (v. 14). L'action de l'Esprit sur l'Église ne consiste pas à susciter ou à enseigner d'autres choses que celles manifestées par Jésus-Christ - puisque la vérité ne change pas avec le temps, au gré des opinions ou de l’avis du peuple - mais à favoriser la pleine compréhension de tout ce que le Fils a entendu du Père et leur a communiqué (cf. v. 15).

Jésus leur avait déjà annoncé :"le Paraclet, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit" (Jn 14,26), et maintenant, il ajoute :' il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître" (v 13). Sa tâche sera de nous guider vers la vérité dans les situations nouvelles et changeantes de l'histoire et de la vie des gens, pour que nos yeux soient toujours rivés sur ce que Jésus nous a enseigné.

Jésus parle naturellement du Père et de l'Esprit en tant que personnes distinctes de lui et les unes des autres, tout en insinuant qu'ils partagent la même chose : "Tout ce que le Père a est à moi" (v. 15), et ce que l'Esprit proclame est ce qu'"il recevra de moi" (v. 14). Il n'y a qu'un seul Dieu, une seule nature divine, qui subsiste en trois personnes distinctes, le Père, le Fils et le Saint Esprit. Le Catéchisme de l'Église catholique, en utilisant la formule de l'ancienne confession de foi appelée Quicumque, affirme : « La foi catholique consiste en ceci : vénérer un seul Dieu dans la Trinité, et la Trinité dans l’Unité, sans confondre les personnes, sans diviser la substance : car autre est la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle de l’Esprit Saint ; mais du Père, du Fils et de l’Esprit Saint une est la divinité, égale la gloire, coéternelle la majesté » (Catéchisme de l’Église Catholique, n° 266).

Cette vérité de foi n'est pas quelque chose de beau, mais lointain, mais nous parle de notre relation personnelle avec Dieu et avec chacune des personnes divines : "En effet, - rappelle le Pape François-, par le baptême, l'Esprit Saint nous a insérés dans le cœur et la vie même de Dieu, qui est une communion d'amour. Dieu est une 'famille' de trois Personnes qui s'aiment tellement qu'elles ne font qu’un. Cette " famille divine " n'est pas fermée en elle-même, mais ouverte, elle se communique dans la création et dans l'histoire et elle est entrée dans le monde des hommes pour les appeler tous à en faire partie. L'horizon trinitaire de communion nous embrasse tous et nous encourage à vivre dans l'amour et la fraternité, certains que Dieu est là où il y a amour" (Pape François, Angelus. Dimanche 22 mai 2016).

Nous avons été créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, c'est pourquoi il est dans notre nature même de cultiver l'unité et l'amour mutuel avec le Seigneur et avec les autres, dans la grande famille du monde et de l'Église, dans les relations sociales et domestiques, dans l'amitié et dans notre milieu professionnel. "La fête de la Très Sainte Trinité nous invite à nous engager dans les événements quotidiens pour y être un ferment de communion, de consolation et de miséricorde" (Ibidem).





Commentaire d’Évangile “Donnez-leur vous-mêmes à manger”

Évangile de la Fête-Dieu, du Corps et du Sang du Christ (cycle C) et son commentaire

Évangile (Lc 9,11b-17)

Les foules s’en aperçurent et le suivirent. Il leur fit bon accueil ; il leur parlait du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin.

Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. »

Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. »

Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. »

Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde.

Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule.

Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.


Commentaire

Les évangiles dépeignent souvent Jésus qui, porté par son immense amour pour les hommes, accueillait tout le monde, parlait patiemment du Royaume de Dieu et guérissait les malades qui lui étaient présentés. Dans le miracle de la multiplication des pains et des poissons, Jésus se soucie tout autant de leur indigence matérielle. Le Pape François l’exprime ainsi, "sa compassion n'est pas un vague sentiment ; elle montre, au contraire, toute la force de sa volonté d'être près de nous et de nous sauver. Jésus nous aime énormément et veut être avec nous. Le soir venu, Jésus a le souci de nourrir tous ceux qui sont fatigués et affamés, et de prendre soin de ceux qui le suivent" (Pape François, Audience, 17 août 2016).

Le miracle de la multiplication, que tous les évangélistes ont tenu à rapporter, fut le prélude de la richesse d'amour de Jésus dans l'Eucharistie. De fait, cette scène est empreinte de sens eucharistique. D’une part, Jésus nourrit la foule dans un endroit désert. Avec cet acte de bonté, dont parle le livre de l'Exode, il rappela et actualisa l'amour providentiel de Dieu, qui avait nourri Israël de la mystérieuse manne qui tombait du ciel chaque jour (cf. Ex 16, 1 et s), comme un prélude au véritable pain céleste de l'Eucharistie (cf. Jn 6, 30 et s).

D'autre part, les gestes de Jésus sur les pains - "il leva les yeux au ciel et les bénit, les rompit et commença à les leur donner" (v. 16) - rappelaient les gestes du chef de famille dans les maisons d'Israël et préfiguraient les gestes de l'institution eucharistique à la dernière cène (cf. 1 Co 11,23-26 ; Mc 14,12-26 ; Mt 26,17-20 et Lc 22,7-39). C’étaient ces gestes de la fraction du pain que le Ressuscité ferait par la suite, à table avec les disciples d'Emmaüs (cf. Lc 24, 30).Les mêmes gestes, somme toute, que les prêtres refont à chaque Messe. L'amour que Jésus manifesta le soir de la multiplication se répandrait ainsi dans l'espace et dans le temps.

C’est dans ce sens que sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus expliquait de façon étonnante que "Dieu ne descend pas tous les jours du ciel pour rester dans un ciboire doré, mais pour trouver un autre ciel qui lui est infiniment plus cher que le premier : le ciel de notre âme, créée à son image, et Temple vivant de l'adorable Trinité" (Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Histoire d’une âme A, ch. V).

Le miracle de la multiplication des pains, permit qu’environ cinq mille personnes soient largement rassasiées puisqu’il en resta énormément : "douze paniers de morceaux ". Ce fait, certainement prévu par Jésus, en plus de refléter combien le Maître veillait sur les petites choses, symbolisait aussi la grande abondance des temps messianiques annoncée par les prophètes (cf. Is 25,6 ; Ps 78,19-20), et anticipait la surabondance de l’amour de Jésus pour les hommes, parachevé dans le sacrifice de la croix et perpétué dans l'Eucharistie.

Enfin, Jésus voulait que les disciples partagent son amour dévoué pour les foules. C'est pourquoi, lorsqu'ils cherchent à renvoyer les gens, Jésus leur dit : "Donnez-leur vous-mêmes à manger ". En effet, dit le Pape François, "le Seigneur nous fait parcourir son chemin, celui du service, celui du partage, celui du don, et le peu que nous avons, le peu que nous sommes, devient une richesse, en ce partage, car la puissance de Dieu, celle de l'amour, descend sur notre pauvreté pour la transformer. (...) Aussi, demandons-nous quand nous adorons le Christ vraiment présent dans l'Eucharistie : est-ce que je me laisse transformer par Lui ? Est-ce que je permets que le Seigneur, qui se livre à moi, me guide et m’aide à quitter ma petite clôture, à en sortir, à ne pas avoir peur de donner, de partager, de l’aimer Lui et les autres" (Pape François, Homélie, 30 mai 2013).





Commentaire Évangile : Liberté

Évangile du 13ème dimanche du temps ordinaire (cylcle C) et son commentaire

Évangile (Lc 9,51-62)

Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem.

Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue.

Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.

Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent :

« Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? »

Mais Jésus, se retournant, les réprimanda.

Puis ils partirent pour un autre village.

En cours de route, un homme dit à Jésus :

« Je te suivrai partout où tu iras. »

Jésus lui déclara :

« Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »

Il dit à un autre :

« Suis-moi. »

L’homme répondit :

« Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. »

Mais Jésus répliqua :

« Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »

Un autre encore lui dit :

« Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. »

Jésus lui répondit :

« Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »


Le moment culminant de la vie publique de Jésus approche. Le "temps de son départ", dit l'Évangile de Luc, est arrivé. Une traduction plus littérale du grec original serait plutôt "le temps de son ascension". En hébreu, voyager à Jérusalem - et c'est ce que Jésus allait faire pour la Pâque – se dit "monter à Jérusalem". Et c’est bien à ce voyage qu’il est fait allusion ici. Mais la phrase a aussi un double sens : "le temps de son ascension" est le moment de sa glorieuse ascension, de l'apogée de sa vie terrestre. En effet, après les souffrances de sa Passion et de sa glorieuse Résurrection, le temps viendrait de monter au ciel pour régner éternellement à la droite du Père. Jésus est conscient de ce qui l'attend à Jérusalem mais, avec courage, il a "décidé fermement", en toute liberté, d'affronter la tâche qu'il était venu accomplir, la rédemption du genre humain. Le chemin de la gloire passe par la Croix.

La liberté est la capacité de choisir le bien, de prendre des décisions conscientes mues par l'amour. La liberté chrétienne n'est pas arbitraire. Il ne s'agit pas de pouvoir choisir capricieusement ce qui nous dit le plus à un moment donné, ou ce qui se présente à nous comme plus attrayant, mais ce qui conduit à la pleine réalisation de la personne, en faisant notre l'aventure d'amour que Dieu a conçue pour chacun de nous. Comme l'a souligné Mgr Fernando Ocáriz, " si c’est fait par amour et avec amour, et donc librement"on peut faire avec joie – et non de mauvais gré -ce qui coûte, ce qui ne plaît pas » (Fernando Ocáriz, Lettre du 9 janvier 2018, n. 6).

Jésus a atteint le sommet de sa liberté en choisissant de se rendre en la cité où il finira par être cloué sur la Croix. Même lorsqu'ils lui criaient sur le Calvaire: "Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix" (Mt 27,40), il a pris la libre décision de demeurer sur ce gibet pour accomplir, en plénitude, la volonté miséricordieuse du Père.

Luc rapporte trois épisodes qui, dans le cadre des préparatifs de cette ascension à Jérusalem, montrent la force de l’entrain humain et surnaturel que Jésus avait, puisque des personnes très différentes s’offrent spontanément à lui pour le suivre.

Aussi ces personnages, dans le plein exercice de leur liberté personnelle, offrent-ils généreusement leur vie pour suivre Jésus. Mais, dans ces trois cas-là, le Maître les fait réfléchir à l'importance de prendre les décisions qui conviennent pour qu'il n'y ait pas de liens qui puissent limiter leur abandon total.

Ils doivent ainsi se dépouiller du désir de posséder ne serait-ce que quelques biens matériels jugés nécessaires, éviter de reporter leur choix à plus tard avec une excuse apparemment très raisonnable,couper leur lien affectifavec les êtres chers, s’interdire, quand la route devient pénible et que l’on est tenté de revenir sur ce que l’on a quitté, de se demander continuellement si la décision prise a été la bonne et ne pas regarder l’horizon merveilleux qui s’offre à nous, tout droit devant.

“Il n'y a jamais de bonne raison– disait saint Josémaria -,pour regarder en arrière: le Seigneur est à nos côtés. Nous devons être fidèles, loyaux, faire face à nos obligations, trouvant en Jésus l'amour et le stimulant qui nous feront comprendre les erreurs d'autrui et surmonter nos erreurs personnelles.” (St. Josémaria, Quand le Christ passe, n° 160)

La leçon de liberté, d'abandon total, de générosité et de fidélité que Jésus nous donne est toujours d'actualité. Dans un contexte culturel où la loyauté et la fidélité sont rares et où l'on se permet de jouer avec la parole donnée comme si l'engagement avec la vérité était négligeable, le témoignage d'hommes et de femmes critiqués, méprisés, persécutés et même martyrisés pour leur fidélité à leur vocation chrétienne est un cri retentissant de liberté et de libération. Il n’y a que celui qui appartient à la vérité qui n'est jamais esclave d'aucun pouvoir ni d'aucune servitude, puisqu’il garde, en son intégrité, la liberté de servir ses frères.