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Commentaire du 21ème dimanche du temps ordinaire (cycle C)
Jésus-Christ est la porte (cf. Jn 10, 9) qui nous donne accès à Dieu le Père. En communion avec lui, nous jouissons de sa miséricorde, de sa protection et de son amour.

Évangile (Lc 13,22-30)

Tandis qu’il faisait route vers Jérusalem, Jésus traversait villes et villages en enseignant.

Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » Jésus leur dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas.

Lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : “Seigneur, ouvre-nous”, il vous répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes. ”Alors vous vous mettrez à dire : “Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.”

Il vous répondra : “Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’iniquité”.

Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous-mêmes, vous serez jetés dehors.

Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »


Commentaire

Cette scène de l’Évangile est vraiment d’actualité. Jésus va vers Jérusalem. Il discute en chemin avec ceux qui font route avec lui et lui parlent de leurs soucis. Comme eux, nous sommes, nous aussi, en route vers la patrie céleste.

Sur la route de la vie l’on peut adopter l’attitude du touriste, tranquille et décontracté, ne cherchant qu’à se faire plaisir, ou bien celle du pèlerin, sans excès de bagage qui ne s’attarde pas trop en chemin parce qu’il tient à arriver vite à destination. Cela dit, on est en droit de se poser la question : ne puis-je pas me présenter au Seigneur, en marchant à mon aise, en profitant de ce dont j’ai envie à chaque instant ? Puisqu’Il est bon et miséricordieux, ne nous ouvrira-t-il pas sa porte pour nous inviter à son banquet éternel ? On trouve fréquemment des personnes convaincues qu’au final, le grand nombre, voire tout le monde, sera sauvé. C’était sans doute aussi ce que pensaient certains de ceux qui entouraient Jésus. Alors, à l’écoute de ce qu’Il vient de dire, l’un d’entre eux, tout craintif, osa lui demander pour en être rassuré : « Seigneur, n’y-a-t-il que peu de gens qui soient sauvés » ?

Jésus qui ne lui répond pas directement, l’invite à réfléchir. L’important, lui dit-il, n’est pas d’en connaître le nombre, de savoir s’il y en aura peu ou beaucoup, mais de réussir soi-même à trouver le bon chemin, celui qui mène vers la porte d’accès au salut.

Le Christ est la porte d’accès à Dieu le Père et c’est en communion avec lui que nous jouissons de sa miséricorde, de sa protection et de son affection. La porte est étroite parce qu’elle nous demande d’être sacrifiés, d’étouffer notre orgueil, de nous délester de nos fautes et de ne pas avoir peur d’ouvrir notre cœur humblement. Elle est étroite mais elle est toujours grande ouverte.

Dans sa réponse, Jésus évoque l’invitation au banquet de la vie qui a été adressée à toute l’humanité et des gens s’y dirigent de tous les points cardinaux. On y attend des pauvres, des riches, des malades et des bien-portants, des vieillards et des enfants, hommes et femmes, et tous seront l’objet d’un accueil sans mesure. Le salut n’est ni classiste ni réservé à quelques privilégiés. Cela dit, Jésus fait remarquer “qu’il n’y a qu’une seule condition, la même pour tout le monde : s’efforcer de le suivre et de l’imiter, en prenant sur soi, comme il le fit, sa croix personnelle et en vouant sa vie au service des frères” (Benoît XVI, Angélus 26 août 2007).

Le salut est à la portée de tous, mais il n’est pas bradé. On ne joue pas sa vie devant une vidéo console, la vie n’est pas un feuilleton, une série télévisée où les acteurs interprètent des rôles sans aucune suite réelle. Elle est l’enjeu d’affaires importantes qui nous demandent l’effort d’agir avec responsabilité.

Au jour du jugement nous serons jugés selon nos œuvres. Il ne suffira pas de déclarer que l’on est ami de Jésus : “Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.” Il y a bien un ciel et un enfer. Les “serviteurs de l’iniquité ” (v. 27) se trouveront là “où il y aura des pleurs et des grincements de dents ” (v. 28). En revanche, ceux qui auront fait le bien et recherché la justice au prix de leurs sacrifices, y seront accueillis. Dieu n’exclut personne, mais ceux qui ne tiennent pas à entrer par la porte étroite n’y entreront pas.

“J’aimerais vous proposer quelque chose – disait le pape François. Pensons maintenant un instant, en silence, à tout ce qui en nous, nous empêche de franchir cette porte : ma fierté, mon orgueil, mes péchés. Et puis, pensons à l’autre issue, cette porte grande ouverte par la miséricorde de Dieu qui, nous attend, de l’autre côté, pour nous accorder son pardon” (Pape François, Angélus 21 août 2016).





Commentaire du 20ème dimanche du temps ordinaire (cycle C)
"Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !". Avoir un cœur rempli de l'Esprit Saint - rempli de son feu - nous conduira sur le chemin de la charité, du pardon et de la paix.

Évangile ( Lc 12,49-53)

Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !

Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli !

Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division.

Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ;

ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »


Commentaire

C’est saint Luc qui rapporte que lorsque Jésus s’approchait de Jérusalem pour y subir sa passion, il révéla aux disciples les vœux de son cœur les plus profonds en faisant vivement allusion à ce baptême imminent « dans l’Esprit Saint et le feu » qu’il allait consommer et que Jean Baptiste avait annoncé auparavant (cf. Lc 2,16). Sur un ton paradoxal qui nous déconcerte, Jésus prédit aussi le profond changement qu’il allait provoquer sur la terre et qui allait engendrer des réactions très diverses y compris au sein des familles.

Dans la Sainte Écriture, le feu qui symbolise la présence divine, comme on le constate dans l’épisode du buisson ardent (cf. Ex 3,14), symbolise aussi, “l’énergie transformante des actes de l’Esprit Saint ” (CEC, n° 696). Grâce à son sacrifice sur la croix, Jésus allait envoyer au monde cette énergie, ce feu. Cela dit, saint Ambroise précise : “ce n’est pas, bien sûr, un feu qui ravage, mais un feu qui génère une volonté bien disposée. (…) C’est le feu qui brûle les os des prophètes, comme le dit Jérémie : “c’était comme un feu brûlant enfermé dans mes os.” (Jr 20,9); (…) le feu dont parlent les disciples d’Emmaüs, que le Seigneur lui-même avait allumé dans leur cœur : “Notre cœur n’était-il pas tout brûlant lorsqu’Il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ?” (Lc 24,32)” (Saint Ambroise, Tract. In Luc. 7,131).

Tout au long de l’histoire, ce désir de Jésus de faire brûler les cœurs a pris chez d’innombrables personnes qui ont su y correspondre généreusement. Ainsi, saint Josémaria parlait de sa réaction personnelle: “lorsque je pressentais que le Seigneur voulait quelque chose et que je ne savais pas ce que c’était, je disais à grands cris, en chantant, comme je pouvais ! ces mots que vous avez sûrement dits, sinon de vive voix, au moins du fond du cœur en les savourant : ignem veni mittere in terram et quid volo nisi ut accendatur? (Lc 12, 49) : Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il fût déjà allumé ! Et je répondais : ecce ego quia vocasti me! (1 Reg 3, 9), me voici parce que tu m’as appelé" (Saint Josémaría, Notes prises lors d’une méditation, Roma, 2-X-1962; AGP, sec A, liasse 51 dans P. Rodríguez, Camino. Edición crítico-histórica, Rialp, Madrid 2002, p. 872). Demandons-nous si nous avons le courage et la disponibilité des saints pour permettre que Dieu agisse en nous, si notre dialogue quotidien avec Lui embrase notre cœur comme ce fut le cas des disciples d’Emmaüs ; si nous permettons que l’Esprit Saint nous pousse comme eux à l’annoncer à d’autres, pleins de joie et avec le même souci apostolique.

Pour provoquer l’incendie d’amour que Jésus cherchait, il devait d’abord subir sa passion, ce ‘baptême’ dont il parle, et qui le fait s’écrier : “comme je voudrais qu’il fût déjà allumé!”, non pas tant à cause de la peur de la mort que par le désir aimant de son accomplissement. Et Jésus d’ajouter qu’il est venu apporter non pas la paix mais la division y compris au sein de la famille. Cela dit “Jésus ne tient pas à diviser les hommes entre eux – dit le pape François – au contraire : Jésus est notre paix, notre réconciliation. Mais cette paix-là n’est pas la paix des sépulcres, n’est pas la neutralité. Jésus n’instaure pas la neutralité, cette paix n’est pas un arrangement à n’importe quel prix. Suivre Jésus comporte un renoncement au mal, à l’égoïsme et un choix du bien, de la vérité, de la justice, y compris lorsque cela nous demande de nous sacrifier et de renoncer à nos propres intérêts. Et, bien entendu, cela divise, nous le savons bien, cela provoque la division y compris dans nos relations les plus proches. Mais, attention !, ce n’est pas Jésus qui divise. Lui ne fait qu’établir ce critère : vivre pour soi-même ou vivre pour Dieu et pour les autres ; se faire servir, ou servir ; être soumis à son moi ou obéir au bon Dieu. Et c’est là où Jésus devient « un signe de contradiction » (Lc 2, 34)” (Pape François, Angélus, 18 août 2013).











Commentaire du 19ème dimanche du temps ordinaire (cycle C)
"Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur". Levons notre regard au-delà du moment présent et regardons le trésor qui nous attend. Ainsi, nous agirons de manière juste et miséricordieuse.

Évangile (Lc 12,32-48)

Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume.

Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne détruit pas.

Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.

Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte.

Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir.

S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils !

Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.

Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »

Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tous ? »

Le Seigneur répondit : « Que dire de l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de son personnel pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ?

Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi !

Vraiment, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens.

Mais si le serviteur se dit en lui-même : “Mon maître tarde à venir”, et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles.

Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups.

Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, celui-là n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage.


Commentaire

Jésus, en s’adressant à ses disciples, leur apprend à prendre soin du peuple de Dieu qui leur a été confié.

En se servant de paraboles et de comparaisons, il leur montre le style de vie qui doit caractériser les pasteurs de l’Église.

Et comme ils sont tenus de vivre intensément, avec la grandeur d’un cœur rempli d’idéaux, il les somme d’être sobres et détachés des richesses. Dieu est Père et prendra soin d’eux et de leurs nécessités, ils n’ont donc pas besoin de thésauriser pour eux. Jésus les invite à vivre dans la logique de l’amour qui tient tout d’abord à se soucier des autres.

Il élève leur pensée afin qu’ils apprécient les valeurs qui vont rythmer leur existence puisqu’ils devront rendre compte à Dieu de leurs actes. Les deux paraboles de l’Évangile de ce dimanche sont une aimable exhortation à la vigilance. En se servant d’exemples tirés de la vie ordinaire, le Seigneur les encourage à être éveillés et vigilants.

D’après Benoît XVI, «cette vigilance signifie, d’une part, que l’homme ne s’enferme pas dans le moment présent en se donnant aux choses tangibles, mais élève le regard au-delà du momentané et de son urgence. Ce qui compte c’est de tenir librement le regard sur Dieu, pour recevoir de lui le critère et la capacité d’agir de façon juste. Vigilance signifie surtout ouverture au bien, à la vérité, à Dieu, au milieu d’un monde souvent inexplicable et au milieu du pouvoir du mal. Cela signifie que l’homme cherche de toutes ses forces et avec grande sobriété à faire ce quiest juste, ne vivant pas selon ses propres désirs, mais selon l’orientation de la foi. » (Joseph Ratzinger-Benoît XVI, Jésus de Nazareth II. De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection Ed. du Rocher 2011, p. 324-325).

C’est ce que Jésus explique dans ses paraboles sur les serviteurs avisés (Lc 12,35-40) et celle de l’intendant fidèle et prudent (Lc 12,42-48). Le mot ‘serviteur’ (doulos, en grec) ainsi que le mot ‘intendant’ (oikonomos), sont des termes qui désignent, dans l’Église primitive, ceux qui sont spécialement tenus de veiller sur les autres frères dans la foi. Aussi, par exemple, saint Paul qui se présente comme ‘Paul, serviteur de Jésus-Christ’ au début de sa lettre aux Romains (Rm 1,1) aimerait que les fidèles le considèrent ‘intendant des mystères de Dieu’ (1 Co 4,1), et, à la suite de ce que Jésus avait enseigné dans cette parabole, il précise que ce « que l’on attend des intendants c’est qu’ils soient fidèles » (1Co 4,2).

Parmi les tâches de ‘l’intendant’ fidèle, Jésus évoque tout d’abord celle de ‘distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture’ (v.42). Sans doute, ne fait-il pas seulement allusion aux aliments et évoque-t-il délicatement l’Eucharistie.

La tâche principale des successeurs des Apôtres et de leurs collaborateurs dans le sacerdoce consiste, sans nul doute, à mettre à la disposition du peuple chrétien la nourriture de l’âme.

La venue glorieuse du Christ pour juger les vivants et les morts ne doit pas faire peur à ceux qui ont été des serviteurs fidèles puisqu’Il se mettra lui-même à les servir à cet instant-là : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir.(cfr.v. 37). « Cela implique – dit toujours Benoît XVI- la certitude dans l’espérance que Dieu essuiera toute larme, que rien qui soit privé de sens ne demeurera, que toute injustice sera dépassée et la justice établie. La victoire de l’amour sera l’ultime parole de l’histoire du monde.» (Ibidem, p. 324)





Commentaire de l’Évangile du 18ème dimanche du Temps ordinaire (Cycle C)
"j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens. Alors je me dirai à moi-même : (...) Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.” La richesse matérielle et spirituelle ne doit pas nous éloigner de Dieu. Au contraire, elle doit nous conduire à servir et à aimer les autres.

Évangile (Lc 12,13-21)

Du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »

Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? »

Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »

Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté.

Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.”

Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens.

Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”

Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?”

Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »


Commentaire

L’évangile nous rapporte qu’à un moment donné, lorsque Jésus prêchait, quelqu’un dans la foule le pria de demander à son frère de partager l’héritage avec lui. Mais, au lieu de s’y plier, comme il l’avait souvent fait, Jésus met en garde les assistants sur le danger de l’avarice et du souci de s’assurer un avenir avec la richesse.

Apparemment, il peut paraître justifié que quelqu’un réclame à son frère sa part d’héritage. Cela dit nous ignorons quelle est la part de conflit familial qu’il y a sous cette demande. En revanche, d’après la réponse prudente de Jésus qui connaît le fond du cœur de chacun(cf. Jn 2,25), l’on déduit que cette demande n’est pas droite. Tout d’abord parce qu’on lui propose d’être juge dans une cause matérielle qui a déjà ses propres juges, prévus par la loi. Saint Ambroise nous dit, qu’avec son refus, Jésus montre qu’il ne veut pas « être l’arbitre des richesses des hommes mais celui de leurs mérites » (Saint Ambroise, Catena aurea, in loc.). Cela dit, Jésus, qui sait bien que cette demande est provoquée par l’avarice, exhorte les assistants à s’en garder. En effet, ni l’envie d’en avoir, ni la possession de biens ne garantissent le bien suprême de la vie. En revanche, comme l’explique le pape François « l’avarice est une marche vers la porte ouverte à la vanité – se croire important, penser que l’on est puissant- puis à l’orgueil d’où découlent tous les vices, tous : ce sont des marches à gravir dont la première est l’avarice, le désir d’entasser des richesses. Or c’est bien notre combat de chaque jour : comment gérer correctement les richesses d’ici-bas pour les orienter vers le ciel et qu’elles deviennent des richesses au ciel ». C’est précisément dans ce sens qu’est orientée la vertu chrétienne de la pauvreté, qui « ne consiste pas à ne rien posséder, mais à être détaché des choses, à renoncer volontairement à leur possession » (Saint Josémaria, Chemin, n°632)

Si on lit trop vite la parabole, avec laquelle Jésus illustre son enseignement, on peut se dire que le protagoniste n’agit pas si mal que ça : si sa récolte a été bonne, pourquoi ne pas l’engranger et en profiter aisément ? Saint Augustin, qui a par la suite inspiré de nombreux Pères de l’Église, dit : «Le superflu des riches est le nécessaire des pauvres. Dans ce sens, l’on possède le bien d’autrui quant on possède du superflu» (Saint Agustin, Coment. in psalm. 147). Le souci d’assurer ses arrières conduit à engranger et à accumuler des biens et des choses, ‘au cas où,’ alors qu’en réalité on ne va pratiquement jamais s’en servir.

Ce sont des biens dont pourraient profiter ceux qui sont réellement dans le besoin et dont les nécessités ne sont pas seulement imaginaires et improbables. Les greniers des riches entassent ce dont manquent les pauvres. En revanche, ceux qui sont bénis par les richesses et qui y reconnaissent une façon de servir les autres, apprennent à vivre la pauvreté et le détachement.

Par ailleurs, Jésus taxe d’insensé le personnage de la parabole, poussé par l’appât du gain le jour même où il allait quitter ce monde. Jésus aborde dans cette parabole le sujet de la mort afin de nous aider à éviter la fausse sécurité des choses matérielles qui ne garantissent pas une vie plus longue.

Il est logique de vouloir assurer le bien-être et la prospérité à sa famille, mais il faut éviter le non sens d’appuyer son espérance et son bonheur sur les biens matériels. Nous devrions être alertés dans ce sens par l’exemple historique et réel de personnes connues et très riches, dont la vie a tourné à la tragédie. Benoît XVI en parlait ainsi « “En ce XVIIIe dimanche du Temps ordinaire, la Parole de Dieu nous invite à réfléchir sur quelle doit être notre relation avec les biens matériels. La richesse, tout en étant un bien en soi, ne doit pas être considérée comme un bien absolu. Et surtout, elle n'assure pas le salut, au contraire, elle pourrait même gravement le compromettre. C'est précisément contre ce risque que Jésus, dans la page évangélique d'aujourd'hui, met en garde ses disciples. C'est une sagesse et une vertu de ne pas attacher son cœur aux biens de ce monde, car tout passe, tout peut finir brusquement. Le trésor véritable que nous, chrétiens, devons rechercher sans cesse, réside dans les "choses d'En haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu"."” (Benoît XVI, Ángélus, 5-VIII-2007).





Commentaire de l’Évangile du 17ème dimanche du Temps ordinaire (Cycle C)
« Lorsque vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous aujourd’hui le pain nécessaire à notre subsistance, et remets-nous nos offenses (...) ". La considération de notre filiation divine donne le ton juste à notre prière, qui n'est autre que le dialogue confiant d'un enfant avec un père qui l'aime tendrement.

Évangile (Lc 11,1-13)

« Un jour que Jésus était en prière en un certain lieu, lorsqu’il eut achevé, un de ses disciples lui dit : « Seigneur, apprends-nous à prier comme Jean l’a appris à ses disciples. » Il leur dit : « Lorsque vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous aujourd’hui le pain nécessaire à notre subsistance, et remets-nous nos offenses, car nous-mêmes aussi remettons à quiconque nous doit ; et ne nous fais pas entrer en tentation. »

Il leur dit encore : « Si l’un de vous, ayant un ami, va le trouver au milieu de la nuit, disant : Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis qui voyage est arrivé chez moi, et je n’ai rien à lui offrir ; et que, de l’intérieur de la maison l’autre réponde : Ne m’importune pas : la porte est déjà fermé, mes enfants et moi sommes au lit ; je ne puis me lever pour t’en donner ; je vous le dis, quand bien même il ne se lèverait pas pour lui en donner parce qu’il est son ami, il se lèvera à cause de son importunité, et lui donnera autant de pains qu’il en a besoin. Et moi je vous dis : Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car qui conque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe l’on ouvrira. Quel est parmi vous le père qui, si son fils lui demande du pain, lui donnera une pierre ? ou, si c’est un poisson, lui donnera, au lieu du poisson, un serpent ? ou, s’il lui demande un œuf, lui donnera un scorpion ? Si donc vous, tout mauvais que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »


Commentaire

Saint Josémaria a été ému par la scène que nous raconte ce passage de l'Évangile : "Jésus vit en compagnie de ses disciples, Il les connaît, Il répond à leurs questions Il dissipe leurs doutes. C’est le Rabbi, le Maître qui parle avec autorité, le Messie envoyé par Dieu. Mais Il est aussi accessible et proche. Un jour Jésus se retire pour prier ; les disciples se trouvaient non loin, et peut-être Le regardaient-ils, essayant de deviner ses paroles. Quand Jésus revient, l’un d’entre eux Lui demande : Domine, doce nos orare, sicut docuit et Ioannes discipulos suos ; apprends-nous à prier, comme Jean l'a appris à ses disciples" (Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 108) Comme la prière de Jésus devait être intense pour que les disciples se sentent attirés, tout en craignant de le déranger ?

Jésus répond naturellement et leur apprend simplement à se joindre à sa prière : "Quand tu pries, dis : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne" (v. 2). La première chose est de s'adresser à Dieu comme "Père" parce que nous sommes enfants de Dieu. La considération de notre filiation divine donne le ton à la prière, qui n'est rien de plus qu'un dialogue confiant d'un fils avec un père qui l'aime tendrement.

Jésus, le Fils qui parle avec son Père, partage avec ses disciples et avec nous les sentiments qu'il abrite au plus profond de son cœur et qui sont le thème de sa prière et de la nôtre. D'abord, "que ton nom soit sanctifié". Dieu n'a pas besoin que nous le lui rappelions, mais il est bon pour nous de le reconnaître, pour ne pas oublier où se trouve la source et l’origine de toute sainteté. Puis il ajoute : "Que ton règne vienne", c'est-à-dire le désir que Dieu règne dans toutes les âmes pour qu'elles soient heureuses et sauvées. Là aussi, Il est le premier intéressé à ce que cela se réalise, mais Il compte sur notre insistance et sur notre action pour l'aider à régner dans tous les cœurs et dans le monde.

Il suggère ensuite trois demandes pour implorer ce dont nous avons le plus besoin pour le présent, pour le passé et pour l'avenir.

Premièrement : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » (v. 3). Nous demandons à Dieu la nourriture quotidienne, de chaque jour, la possession sobre de ce qui est nécessaire, aussi loin de l'opulence que de la misère (cf. Pr 30, 8). Les saints Pères ont vu dans le pain qui est demandé ici, non seulement la nourriture matérielle, mais aussi l'Eucharistie, sans laquelle nous ne pouvons vivre en vrais chrétiens. L'Église nous l'offre chaque jour à la Sainte Messe. Si seulement nous apprenions à l'apprécier et à y trouver la force pour toute notre journée !

Dans la deuxième demande de cette série, « pardonne-nous nos péchés, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » (v. 4), nous l’implorons de soulager notre conscience de tout ce qui l’oppresse. Le Seigneur sait que nous sommes faibles. C'est pourquoi il nous invite à être simples pour reconnaître nos erreurs, nos limites et nos péchés, pour en demander pardon et pour les réparer avec beaucoup d'amour.

Enfin, Jésus nous suggère de demander à Dieu de ne pas nous laisser entrer en tentation (cf. v. 4) : que voulons-nous dire exactement quand nous demandons cela ? C'est comme le soulagement filial d'un fils qui ouvre son cœur au Père. Benoît XVI dit que cette demande revient à dire à Dieu : "Je sais que j'ai besoin d'épreuves, afin que ma nature se purifie. Si tu décides de me soumettre à ces épreuves, si -comme pour Job- tu laisses un peu d’espace au mal, alors je t’en prie, n’oublie pas que ma force est limitée. Ne me crois pas capable de trop de choses. Ne trace pas trop larges les limites dans lesquelles je peux être tenté, et sois proche de moi avec ta main protectrice, lorsque l’épreuve devient trop dure pour moi. (...) Nous formulons cette demande dans la certitude confiante, selon laquelle saint Paul nous a dit : « Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Avec la tentation, il ménagera aussi une issue, afin que vous puissiez la supporter. » (1 Co 10,13) " (Joseph Ratzinger-Benoît XVI, Jésus de Nazareth Ier. Du baptême dans le Jourdain à la Transfiguration, Flammarion, Paris 2007, pp. 187-188).





Commentaire du 16ème dimanche du Temps ordinaire (cycle C)
"Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour beaucoup de chose. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleur part, qui ne lui sera pas enlevée." Il est important de comprendre qu'il ne s'agit pas d'une opposition entre deux attitudes : l'écoute de la Parole du Seigneur, la contemplation, et le service concret du prochain.

Évangile Lc 10, 38-42

« Pendant qu’ils étaient en chemin, Jésus entra dans un village, et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur nommée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole, tandis que Marthe s’empressait aux divers soins du service. S’étant approchée, elle dit : « Seigneur, tu ne te soucies pas que ma sœur m’ait laissée servir seule ? Dis-lui donc de m’aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour beaucoup de chose. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleur part, qui ne lui sera pas enlevée. »


Commentaire

Saint Luc nous dit qu'une femme nommée Marthe reçut Jésus dans sa maison. « Elle l'a accueilli comme on reçoit habituellement les pèlerins -dit saint Augustin-. Bien qu'en réalité, la servante ait reçu son Seigneur, la malade reçoit son Sauveur malade, la créature son Créateur" (Saint Augustin, Sermon 26). L'histoire nous dit que cette femme avait une sœur appelée Marie. Mais Marthe est nommée en premier, probablement parce qu'elle devait être la propriétaire de la maison. En tout cas, Marthe sera bientôt surchargée et agitée par la préparation de tout ce qui semble nécessaire pour servir Jésus. Pendant ce temps, Marie savoure la conversation "non seulement assise près de Jésus, dit saint Jean Chrysostome, mais à ses pieds, pour montrer sa disponibilité, son assiduité, son désir de l'entendre et le grand respect qu'elle professe envers le Seigneur. » (Saint Jean Chrystostome, Catena aurea, in loc.) Finalement, contrariée par ce qu'elle considère comme un manque de solidarité de sa sœur et peut-être une certaine indifférence de la part de Jésus, Marthe réprimande avec confiance le Seigneur pour que ce soit Lui qui demande à Marie de l’aider. Nous ne savons pas si, à la fin, Marie et Jésus lui-même se sont levés pour aider. L'évangéliste en tire une leçon fondamentale du Maître : "Marthe, Marthe, tu t'inquiètes de beaucoup de choses. Mais une seule chose est nécessaire : Marie a choisi la meilleure partie, qui ne lui sera pas enlevée".

Tout au long de l'histoire de l'Église, cette scène a été beaucoup méditée et interprétée par les Pères de l’Église et les saints. Marthe a souvent été considérée comme un symbole d'action et de travail dans ce monde, et Marie comme un symbole de contemplation et de ce que sera la vision béatifique de Dieu. Alors, "qu'est-ce que Jésus veut dire ? De quoi avons-nous besoin ? Tout d'abord, il est important de comprendre qu'il ne s'agit pas d’opposer deux attitudes : l'écoute de la Parole du Seigneur, la contemplation et le service concret envers son prochain. Ce ne sont pas deux attitudes opposées, mais, au contraire, ce sont deux aspects, tous deux essentiels pour notre vie chrétienne ; des aspects qui ne doivent jamais être séparés, mais vécus dans une unité et une harmonie profondes. Mais alors, pourquoi Marthe reçoit-elle la réprimande, même si elle est faite avec douceur ? Parce qu'elle ne considérait essentiel que ce qu'elle faisait, c'est-à-dire qu'elle était trop absorbée et préoccupée par ce qu'il fallait faire. Chez un chrétien, les œuvres de service et de charité ne sont jamais séparées de la source principale de chacune de nos actions : c'est-à-dire, écouter la Parole du Seigneur, être - comme Marie - aux pieds de Jésus, avec l'attitude du disciple. Et c'est pour cela que Marthe est réprimandée" (Pape François, Angelus, 21-VII-2013).





Commentaire de l’Évangile du 15ème dimanche du Temps ordinaire (Cycle C)
"Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?" L'amour doit être visible et tangible. Comme le dit le pape François, l'amour est une vie concrète : des intentions, des attitudes, des comportements qui se vérifient dans la vie quotidienne.

Évangile (Lc 10,25-37)

Et voici qu’un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant :

« Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »

Jésus lui demanda :

« Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? »

L’autre répondit :

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. »

Jésus lui dit :

« Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »

Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus :

« Et qui est mon prochain ? »

Jésus reprit la parole :

« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté.

De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté.

Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion.

Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui.

Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant :

“Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.”

Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? »

Le docteur de la Loi répondit :

« Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit :

« Va, et toi aussi, fais de même. »


Commentaire

La conversation entre Jésus et ce docteur de la loi s'intègre bien dans le genre de dialogue habituel chez les maîtres d'Israël. Jésus ne répond pas directement à la question qui lui est posée, mais veut savoir quelle réponse il donnerait lui-même à ce qu’il faut faire pour avoir en héritage la vie éternelle. Le docteur de la loi répond en rattachant, à juste titre, un texte du Deutéronome sur la primauté de l'amour de Dieu (cf. Dt 6, 5) à celui du Lévitique sur l'amour du prochain (cf. Lv 19, 18). Il savait parfaitement quelle était la réponse théorique à ce qu'il avait demandé à Jésus, mais sa question ne fut pas de trop. En effet, souvent il ne suffit pas de connaître la doctrine ; les difficultés surgissent quant à la manière de la mettre en pratique. Dans ce cas, l’affaire qui n'était pas claire était de savoir qui doit être considéré comme le "prochain" et, par conséquent, devenir l’objet de notre amour.

Jésus lui répond en se servant d’une parabole dans laquelle il parle d'un prêtre et d'un lévite qui étaient passés, sans s’arrêter, devant un voyageur qui avait été dépouillé de tout par des brigands qui l’avaient abandonné en piteux état.

" Or un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion." (v. 33). Cet homme,un Samaritain, touché, réagit ainsi : " Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui.

Le lendemain, il tira deux deniers de sa poche et les donna à l'aubergiste en lui disant : " “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.” (v. 34-35).

L'amour doit être manifeste et se toucher du doigt. Il exige des actions concrètes qui aident à remédier aux besoins précis des autres. C'est pourquoi, après avoir évoqué la parabole, Jésus demande à son interlocuteur : " Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ?

Il lui dit:'' Celui qui a fait preuve de pitié envers lui " (v. 36-37).

La question de Jésus n'est pas "innocente". Dans le langage de l'Ancien Testament, le "prochain" (en hébreu, "re'a") n'est pas n'importe quel être humain, mais celui qui appartient au peuple élu. Le prêtre et le lévite en faisaient certainement partie. . Cela dit aucun de leurs contemporains n'aurait dit qu'un Samaritain était leur "prochain". Jésus met alors son interlocuteur dans l’embarras en lui disant de répondre « lequel des trois » (du prêtre, du lévite ou du Samaritain) était le prochain de cet homme malmené. Le docteur de la loi, pour ne pas avouer que c’était le Samaritain, ce qui semblait évident, mais impensable pour lui, a recours à une périphrase : ‘Celui qui a fait preuve de pitié envers lui’

“L’actualité de la parabole est évidente – commente Benoît XVI - (…) N’avons-nous pas nous aussi autour de nous des personnes exploitées, malmenées? Victimes de la drogue, du trafic des personnes, du tourisme sexuel, des personnes intérieurement démolies, vides au milieu de la richesse matérielle ? Tout cela nous touche et nous pousse à les voir avec le cœur et les yeux d’un proche et à avoir le courage d’aimer le prochain” (Joseph Ratzinger-Benoît XVI, Jésus de Nazareth. Du Baptême à la Transfiguration)

La parabole de Jésus est provocante : En pratique, qui était "celui qui eut pitié de lui" ? Certes, le Samaritain a été un vrai prochain cet homme, mais l'aubergiste aussi. C'est lui qui, pendant plusieurs jours, prit soin de ses blessures jusqu'à ce qu'elles soient guéries, veilla sur lui dès que nécessaire, lui prépara des plats appétissants pour l’aider à reprendre force. .

Tout cela sans se faire valoir, dans un service caché. Aussi, le pape François de souligner : "l'amour, somme toute, ne saurait jamais être un mot abstrait. De par sa nature même, c'est la vie concrète : des intentions, des attitudes, des comportements que l’on a dans la vie quotidienne" (Pape François, Misericordiae vultus, n° 9).





Commentaire de l’Évangile du 14ème dimanche du Temps ordinaire (Cycle C)
"La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers dans sa moisson". La joie des disciples d'être envoyés en mission par Jésus ne vient pas du fait de se sentir influent dans ce monde, mais plutôt dans le Royaume de Dieu.

Évangile (Lc 10, 1-12.17-20)

Après cela, parmi les disciples le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre.

Il leur dit : " La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.

Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin. Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : “Paix à cette maison."

S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.

Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.

Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté.

Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.”

Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites :

“Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.”

Je vous le déclare : au dernier jour, Sodome sera mieux traitée que cette ville.

Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux, en disant :

« Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. »

Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire. Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »


Commentaire

Dès le commencement, Jésus a annoncé le Royaume de Dieu avec la collaboration des hommes. Luc, l'évangéliste des Gentils, nous dit qu'après avoir envoyé les douze comme représentants des tribus d'Israël, "le Seigneur en désigna soixante-douze autres et les envoya (...) là où il devait aller". Sous le nombre 72 il y a sans doute une allusion aux "lignages des fils de Noé" d'où, après le déluge, - comme nous le dit le livre de la Genèse-, "les peuples se répandirent dans tout le pays " (Gn 10, 32). Cet envoi missionnaire "dans chaque ville et chaque lieu" signifierait l'universalité des destinataires de la bonne nouvelle ainsi que celle de ceux qui doivent l'annoncer.

Nous ne savons pas qui étaient ces 72 disciples. Cela dit, un grand nombre d’entre eux étaient amis de Jésus, en confiance avec celui avec lequel ils travaillaient, qui avaient livré leur vie pour le Maître même si leurs noms ne n'ont pas été consignés dans les évangiles. Cette attitude discrète et efficace, avec "la simplicité de ne pas se faire remarquer, de ne pas s’exposer, de ne pas se cacher " (Cf. P. Agulles, Voix “Naturel”, Diccionario san Josemaría Escrivá de Balaguer, Burgos, Monte Carmelo – Instituto Histórico Josemaría Escrivá, 2013, p. 882), charmait saint Josémaria qui la proposait souvent comme une caractéristique propre aux fidèles chrétiens qui se savent envoyés au cœur du monde pour le transformer de leur foi et de leur vie.

Pour l'efficacité de leur mission, Jésus prépare ses disciples avec des instructions précises, valables à toute époque. D'abord il les exhorte à prier pour le nombre d'ouvriers qui travailleront à la moisson, parce que c'est lui qui les choisit et les envoie. Dans leur mission, c'est aux disciples de donner la priorité à la prière et de demander au Maître des âmes d'en appeler et de leur en envoyer un très grand nombre.

Par ailleurs, Jésus n'a pas une vision négative du monde, qu'il ne le voit pas comme une terre en friche, mais comme un champ préparé pour la moisson. "Les disciples ont peut être hésité, médité et se sont dit entre eux - comme saint Jean Chrysostome : "Comment se fait-il que, si peu nombreux, nous puissions convertir tout type de gens; que les simples persuadent les sophistes, que ceux qui n’ont rien à se mettre convainquent ceux qui étalent leurs parures, que les subalternes entraînent ceux qui les dominent ? Aussi le Seigneur, afin que tout cela ne les trouble point, parle de la moisson, et semble leur dire que"tout est prêt" (Saint Jean Chrysostome, in Mat. Hom. 34).

De plus, Jésus envoie les disciples "deux par deux", "afin qu'ils s'entraident et témoignent d'un amour fraternel", dit Benoît XVI, et "il les avertit qu'ils seront "comme des agneaux au milieu des loups", c'est-à-dire qu'ils doivent être pacifiques malgré tout et porter un message de paix en toute situation” (Benoit XVI, Angélus, 8-VII-2007).

Parmi les instructions de Jésus, priorité est donnée à la confiance en la Providence et au détachement des biens : "Ne portez ni sac, ni sandales", car, comme l'explique le Pape François, le détachement des biens est la condition pour être son disciple.

À leur retour, les disciples expriment leur joie et leur enthousiasme pour l'efficacité de la tâche, "Même les démons se soumettent à nous en ton nom", s'écrient-ils. Or, les fruits de leur travail n'étaient pas tant le fait de leur talent personnel que celui du nom de Jésus et de la docilité aux indications du Maître. Aussi, de son côté, Jésus donne-t-il un sens surnaturel à la joie de ses disciples, qui ne vient pas du fait de se sentir influent dans ce monde, mais dans l'autre, là où le nom de ceux qui aiment Dieu est inscrit "non pas à l'encre,[sur papier]", dit un Père de l'Église, "mais dans la mémoire et dans la grâce de Dieu.” (Téophilacte ,ACatena aurea, in loc.).