Évangile du 30ème dimanche du temps ordinaire (cycle A) et son commentaire.
Évangile (Mt 22,34-40)
En ce temps-là, les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve :
« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »
Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit.
Voilà le grand, le premier commandement.
Et le second lui est semblable :
Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
Commentaire
Les Pharisiens et les Sadducéens étaient deux groupes très influents dans la société où vivait Jésus, mais ils interprétaient la Loi de façon différente. Les Sadducéens étaient des gens de la haute société. Parmi eux, se trouvaient, depuis le début de l'occupation romaine, les grands prêtres qui, à cette époque, étaient les représentants des Juifs devant le pouvoir de l'empereur. Ils étaient plus préoccupés par la politique et le Temple que par les questions religieuses liées à la vie quotidienne. Les Pharisiens, quant à eux, étaient très méticuleux dans l'accomplissement des prescriptions de la Loi de Dieu.
Peut-être étonnés par la réponse que Jésus avait faite à certains Sadducéens restés sans voix, certains Pharisiens le mirent à l'épreuve en lui posant une question très délicate. Dans leur observation méticuleuse pour respecter la moindre indication de la loi, les pharisiens dressaient une liste de six cent treize commandements. Face à une telle abondance et variété de préceptes, dont la mémorisation est déjà en soi une difficulté, la question qu'ils posent n'est pas superflue : Quel est le principal commandement de la Loi ?
Bien que surprenante, la réponse de Jésus est très adroite. Il ne rappelle aucun des dix commandements du Décalogue, mais en mentionne deux qui n'en font pas partie. Il cite d'abord un texte qui, dans l'Ancien Testament, fait partie d'une prière appelée Shema, contenue dans le livre du Deutéronome : "Ecoute, Israël : le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est Un. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force" (Dt 6, 4-5). Le second, "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" (Lv 19, 18), est l'un des nombreux préceptes inclus dans la loi dite de sainteté, qui se trouve dans le livre du Lévitique.
Ce qui est unique dans la réponse de Jésus, c'est le fait d’en appeler à ces deux commandements perdus au milieu de la multitude de préceptes contenus dans la Loi, et de les mentionner ensemble, en précisant que l'amour de Dieu et l'amour du prochain sont inséparables et complémentaires.
Le plus important est l'amour de Dieu, un amour qui correspond justement à celui qu'il s'est proposé pour nous aimer. En quoi consiste l'amour de Dieu ? Benoît XVI nous l'explique dans son encyclique Deus caritas est : « L'histoire d'amour entre Dieu et l'homme consiste justement dans le fait que cette communion de volonté grandit dans la communion de pensée et de sentiment, et ainsi notre vouloir et la volonté de Dieu coïncident toujours plus : la volonté de Dieu n'est plus pour moi une volonté étrangère que les commandements m'imposent de l'extérieur, mais elle est ma propre volonté, sur la base de l'expérience que, de fait, Dieu est plus intime à moi-même que je ne le suis à moi-même » (Benoît XVI, Enc. Deus caritas est, n°17).
En même temps, l'amour pour Dieu nous conduit à aimer notre prochain, comme il continue à l'expliquer plus tard : « J'aime aussi, en Dieu et avec Dieu, j'aime aussi la personne que je n'apprécie pas ou que je ne connais même pas. (...) J'apprends alors à regarder cette autre personne non seulement avec mes yeux et mes sentiments, mais aussi selon la perspective de Jésus-Christ. Son ami est mon ami. (...) Je vois avec les yeux du Christ et je peux donner à l'autre beaucoup plus que les choses qui lui sont extérieurement nécessaires : je peux lui donner le regard d'amour dont il a besoin » (Ibid. n°18).
"Si nous voulons aider les autres, nous devons les aimer - j'insiste - d'un amour fait de compréhension et don de soi, d'affection et d'humilité volontaire. Alors nous comprendrons pourquoi notre Seigneur a choisi de résumer toute la Loi dans ce double commandement, qui n'en fait, en réalité, qu'un seul et unique : l'amour de Dieu et l'amour du prochain, de tout notre cœur" (Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n°167).
Évangile (Mc 10, 46b-52)
En ce temps-là, tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse,
le fils de Timée, Bartimée, un aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin.
Quand il entendit que c’était Jésus de Nazareth,
il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! »
Beaucoup de gens le rabrouaient pour le faire taire,
mais il criait de plus belle : « Fils de David, prends pitié de moi ! »
Jésus s’arrête et dit : « Appelez-le. »
On appelle donc l’aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. »
L’aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus.
Prenant la parole, Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
L’aveugle lui dit : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! »
Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé. »
Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin.
Commentaire
En chemin vers Jérusalem où doit s'accomplir notre salut, Jésus passe par un village appelé Jéricho. Et là, au bord de la route, était assis un aveugle dont nous connaissons le nom, Bartimée. Toute la journée, cet homme avait demandé l'aumône à ceux qui passaient par là. Il s'adresse alors au Seigneur en criant : "Aie pitié de moi".
Non seulement Jésus l'entend crier, mais il connaît aussi sa situation et ses besoins les plus profonds. Dans un premier temps, cependant, il ne l'écoute pas. Il veut que Bartimée surmonte le respect humain vis-à-vis de ceux qui l'invitent à se taire, il veut qu'il crie plus fort encore. Et c'est ce qui se passe. Puis Jésus s'arrête et l'appelle en passant par les mêmes personnes qui l'avaient réprimandé et qui ont maintenant des paroles d'encouragement : "Courage, lève-toi, il t'appelle".
En d'autres occasions, le Maître avait immédiatement guéri les malades qui se trouvaient devant lui. Cette fois, en revanche, il lui demande, comme s'il y avait un doute sur ce qu'il voulait : " Que veux-tu que je fasse pour toi ? ".
Il en va de même dans notre prière : il ne suffit pas de demander une fois, il faut crier, il faut persévérer dans la supplication. Nous devons réussir à nous tenir devant Dieu, même si nos yeux sont aveugles à sa proximité. Et Dieu nous demande la même chose : "Que veux-tu de moi, que veux-tu que je fasse pour toi ?
L'aveugle a un souhait évident : voir. Et c'est ce dont nous avons tous besoin : voir, mieux voir, avoir de la vision surnaturelle dans notre vie, apprendre de Dieu à regarder le monde avec ses yeux.
En réponse à la supplique de Bartimée, le Seigneur ne lui ordonne pas de voir, mais d'aller, de marcher. Il lui rend la vue pour marcher, pour le suivre sur le chemin. Les temps de prière dans nos journées, au milieu de toutes les activités que nous menons, sont un trésor de grande valeur, comme la rencontre de Bartimée avec Jésus qui passe. Il s'agit de s'arrêter, de l'appeler et de le revoir, pour le suivre de plus près.
Saint Josémaria répétait souvent ces mots dans sa jeunesse : Domine, ut videam ! Seigneur, que je voie, avant de recevoir de Dieu l'inspiration de l'Opus Dei. C'est ainsi qu'il recommandait à tous la récitation constante de cette oraison jaculatoire :
"Place-toi chaque jour devant le Seigneur et, comme le pauvre homme de l’Évangile, dis-lui lentement, mais avec tout l’élan de ton cœur : “Domine, ut videam !” — Seigneur, fais que je voie ! Que je voie ce que tu attends de moi, et que je lutte pour t’être fidèle. " (Forge n°318)
Évangile du lundi de la 30ème semaine du temps ordinaire (année paire) et son commentaire.
Évangile Luc 13, 10-17
En ce temps-là, Jésus était en train d’enseigner dans une synagogue, le jour du sabbat.
Voici qu’il y avait là une femme, possédée par un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ; elle était toute courbée et absolument incapable de se redresser.
Quand Jésus la vit, il l’interpella et lui dit :
« Femme, te voici délivrée de ton infirmité. »
Et il lui imposa les mains.
À l’instant même elle redevint droite et rendait gloire à Dieu.
Alors le chef de la synagogue, indigné de voir Jésus faire une guérison le jour du sabbat, prit la parole et dit à la foule :
« Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. »
Le Seigneur lui répliqua :« Hypocrites ! Chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache-t-il pas de la mangeoire son bœuf ou son âne pour le mener boire ? Alors cette femme, une fille d’Abraham, que Satan avait liée voici dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat ? »
À ces paroles de Jésus, tous ses adversaires furent remplis de honte, et toute la foule était dans la joie à cause de toutes les actions éclatantes qu’il faisait.
Commentaire
La femme de l’Évangile, était courbée depuis près de vingt ans sans pouvoir se redresser, mais elle s'approche de Dieu, va à la synagogue, sa maladie la rend humble. Le Christ, qui pénètre les cœurs, voit dans cette femme une âme simple et purifiée. Il se tourne vers elle, lui impose les mains et lui dit : "Sois libérée de ton mal". C'est là une bonne image du sacrement de la miséricorde de Dieu, de la confession, par lequel Jésus nous libère des liens du péché, en nous bénissant de ses mains pour nous délivrer du mal. Quelle joie profonde a dû ressentir cette femme ! Elle pouvait se lever et regarder facilement le ciel. Son regard a rencontré celui du Seigneur et des larmes de gratitude ont coulé sur son visage.
L’Évangile raconte la réaction de colère du chef de synagogue, qui place l'observance d'un commandement avant la miséricorde. Une réaction qui cache l'hypocrisie et qui contraste avec la joie des gens qui voient les merveilles que Jésus réalise. Le diable, l'ennemi de notre sainteté, ne veut pas que nous nous approchions du Cœur miséricordieux de Jésus. Il met toutes sortes d'obstacles sur notre chemin - même en citant la Parole de Dieu - mais nous devons réagir avec fermeté, aller vers notre Seigneur et lui montrer simplement les nœuds qui tourmentent nos âmes, afin que sa miséricorde les dénoue.
Si nous sommes attachés au péché, nous allons vivre courbés et incapables de regarder le ciel, les yeux baissés, occupés uniquement par les choses de la terre, comme si Dieu n'existait pas. L'attachement au péché est une entrave qui nous pousse à nous replier sur nous-mêmes : l'horizon de la vie se rétrécit et les meilleurs talents sont gaspillés. Le cœur de l'homme est né de Dieu et aspire à l'infini, à s'approcher de lui. Il peut se satisfaire de l'éphémère, mais cela n'étanche pas sa soif profonde, il tourne en rond sans avancer, il se trahit lui-même et ses tentatives pour donner un peu de sens à sa vie s'étiolent et finissent par tomber comme des châteaux de sable. Remplissons nos cœurs de vrais désirs qui donnent la plénitude et nous feront aller de l'avant, les yeux tournés vers le ciel.
Évangile du mardi de la 30ème semaine du Temps ordinaire (année paire) et son commentaire.
Évangile Luc 13 18-21
En ce temps-là, Jésus disait :
« À quoi le règne de Dieu est-il comparable, à quoi vais-je le comparer ? Il est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et jetée dans son jardin. Elle a poussé, elle est devenue un arbre, et les oiseaux du ciel ont fait leur nid dans ses branches. »
Il dit encore :
« À quoi pourrai-je comparer le règne de Dieu ? Il est comparable au levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »
Commentaire
L'action sanctifiante du Saint-Esprit peut passer inaperçue. La croissance de la vie intérieure est progressive. Dieu compte avec le temps, il connaît notre fragilité et les difficultés qui se présentent dans notre vie, mais la grâce, son amour, est constante. Le bien est diffusif et la sainteté aussi. Le Seigneur nous donne l'image des oiseaux du ciel, qui viennent se poser sur les branches de la graine de moutarde devenue un arbre. Il en va de même pour les enfants de Dieu, s'ils s'efforcent d'être fidèles. Beaucoup viendront se réfugier dans l'amour de Dieu qui se manifeste dans leur vie.
Nous devons persévérer dans la lutte, une lutte quotidienne, presque toujours dans les petites choses, qui laisse l'âme prête à recevoir la semence divine et à porter du fruit. Peu importe que nos désirs de sainteté soient éphémères et inconstants, Dieu est si bon, qu'avec un peu de bonne volonté de notre part, il construit l'édifice de notre sainteté. Saint Josémaria disait que chaque fois qu'il faisait un acte de contrition, il recommençait. Nous faisons constamment l'expérience de notre imperfection, mais loin de nous décourager, nous savons que notre faiblesse attire l'amour de Dieu, un amour qui l'amène à s'écrier : "Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas." (Is. 49, 15).
Dieu agit comme le levain dans la pâte. Il applique à notre nature déchue les mérites infinis de sa Rédemption et la transforme, la divinise. C'est ainsi que nous devons agir au milieu du monde : être levain dans la pâte, en sanctifiant nos occupations quotidiennes, en profitant de ces circonstances pour grandir en sainteté et sanctifier les autres. La sainteté consiste à aimer. Le levain de l'amour fera naître une nouvelle civilisation, une nouvelle culture qui s'éveillera sur le monde, portée par les enfants de Dieu, car, comme le dit l'Apôtre : "En effet, la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu." (Rom. 8, 19).
Évangile (Lc 6, 12-19)
En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu. Le jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’Apôtres : Simon, auquel il donna le nom de Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Simon appelé le Zélote,Jude fils de Jacques, et Judas Iscariote, qui devint un traître.
Jésus descendit de la montagne avec eux et s’arrêta sur un terrain plat. Il y avait là un grand nombre de ses disciples et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon. Ils étaient venus l’entendre et se faire guérir de leurs maladies ; ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs retrouvaient la santé. Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous.
Commentaire
Comme dans d'autres occasions, l'Évangile d'aujourd'hui nous montre comment le Seigneur agit avant un événement important : il se retire pour prier. Dans ce cas précis, il passe la nuit en prière. "Quand il fit jour", il rassembla les disciples et, parmi eux, il choisit les douze apôtres. Ils seront les témoins de ses œuvres et lui donneront une continuité.
Aujourd'hui, nous célébrons deux de ces douze élus : Simon et Judas Thaddée (seul Luc l'appelle Judas de Jacques, contrairement à Matthieu et Marc qui l'appellent Thaddée). La différence faite entre les disciples et le groupe des douze, des Apôtres, est claire. Ce sera sur eux, sur ces douze colonnes, que le Seigneur rassemblera et construira son Église.
Le Seigneur choisit les Apôtres, leur donne le pouvoir de poursuivre l'œuvre de salut et les envoie, comme le rappelle le Concile Vatican II, pour qu' "ils fassent de tous les peuples ses disciples, pour qu’ils les sanctifient et les gouvernent, propageant ainsi l’Église et remplissant à son égard, sous la conduite du Seigneur, le ministère pastoral tous les jours jusqu’à la consommation des siècles" (Concile Vatican II, Lumen Gentium, n. 19).
La fête et l'évangile d'aujourd'hui peuvent nous servir à augmenter notre amour pour l'Église du Christ, qui est apostolique parce qu'elle a été fondée sur les douze apôtres, qui, dès le début, ont institué leurs successeurs - les évêques.
Évangile (Lc 13, 31-35)
En ce jour-là, quelques pharisiens s’approchèrent de Jésus pour lui dire :
« Pars, va-t’en d’ici : Hérode veut te tuer. »
Il leur répliqua :
« Allez dire à ce renard : voici que j’expulse les démons et je fais des guérisons aujourd’hui et demain, et, le troisième jour, j’arrive au terme. Mais il me faut continuer ma route aujourd’hui, demain et le jour suivant, car il ne convient pas qu’un prophète périsse en dehors de Jérusalem.
Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous n’avez pas voulu! Voici que votre temple est abandonné à vous-mêmes. Je vous le déclare : vous ne me verrez plus jusqu’à ce que vienne le jour où vous direz :
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »
Commentaire
La prédication et les merveilles accomplies par Jésus durant sa vie terrestre n'ont pas laissé indifférents tous les dirigeants du peuple d'Israël. Sa renommée était arrivée jusqu'à Hérode Antipas, qui régnait alors en Galilée. Il n’est pas étonnant que l'action du rabbin de Nazareth ait provoqué l'agitation d'un personnage qui a tout fait pour obtenir et consolider son pouvoir. Les Pharisiens ont sans doute profité de cette situation pour avertir Jésus, tenter de le faire partir ou du moins de limiter sa prédication.
Dans la réponse de Jésus à cette menace brille la noblesse avec laquelle il affronte ses adversaires.Le Seigneur ne permet pas que des rumeurs et des manœuvres de personnes envieuses arrêtent son travail. Il va de l'avant en faisant le bien : "Voici que j’expulse les démons et je fais des guérisons aujourd’hui et demain, et le troisième jour j'arrive au terme" (v. 32), car sa mission est très claire : "Mais il me faut continuer ma route aujourd’hui, demain et le jour suivant, car il ne convient pas qu’un prophète périsse en dehors de Jérusalem" (v. 33).
Jésus nous apprend à agir librement et avec aisance, même lorsque nous sommes confrontés à des malentendus en cours de route. Il est fréquent qu'un chrétien cohérent provoque une certaine inquiétude autour de lui, parce qu'il refuse de pactiser avec certaines pratiques abusives ou avec celles qui nuisent au bien commun de la société. Par sa parole et sa prière, il peut aider les autres à comprendre leurs actions et les inviter à participer au changement, à essayer de rendre leur environnement plus humain et plus chrétien. Cependant, il y a parfois des personnes qui refusent de s'améliorer et continuent à dresser des obstacles. À l'exemple du Seigneur, nous pouvons dans ces moments-là renouveler la conscience de notre mission, sans laisser les commentaires de quelques-uns arrêter le merveilleux travail de l'apostolat chrétien : "Je dois continuer sur mon chemin aujourd'hui et demain et le jour suivant" (v. 33).
Évangile Luc 14, 1-6
Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l’observaient. Or voici qu’il y avait devant lui un homme atteint d’hydropisie. Prenant la parole, Jésus s’adressa aux docteurs de la Loi et aux pharisiens pour leur demander : « Est-il permis, oui ou non, de faire une guérison le jour du sabbat ? » Ils gardèrent le silence. Tenant alors le malade, Jésus le guérit et le laissa aller. Puis il leur dit : « Si l’un de vous a un fils ou un bœuf qui tombe dans un puits, ne va-t-il pas aussitôt l’en retirer, même le jour du sabbat ? » Et ils furent incapables de trouver une réponse.
Commentaire
Le Seigneur vit avec toutes sortes de gens. Il accepte l'invitation au banquet que Zachée a organisé juste après sa conversion. Il rencontre également un groupe d'amis plus intimes, comme Marthe, Marie et Lazare à Béthanie. Et il accepte même les invitations chez des Pharisiens, comme nous le voyons dans l’Évangile d'aujourd'hui.
Jésus se retrouve devant un homme malade, et les pharisiens observent la scène. Pour ces derniers, le malade n'est qu'une occasion de tester Jésus : le guérira-t-il le jour du sabbat ? Comment résoudra-t-il ce problème ? Ils ne semblent pas se soucier beaucoup de l'état de ce pauvre homme. Jésus, cependant, n'entre pas dans la logique de ses adversaires. Il ne voit pas dans ce malade une excuse pour avoir une discussion sur la loi. Il voit surtout une personne qui a besoin de son aide : "Si l’un de vous a un fils ou un bœuf qui tombe dans un puits, ne va-t-il pas aussitôt l’en retirer, même le jour du sabbat ? ». Par cette question, Jésus suggère aux Pharisiens de changer de point de vue : le malade n'est pas un cas pour faire une étude théorique, mais quelqu'un devant qui l’on ne peut pas rester indifférent.
Dans l'action du Christ, nous voyons comment la charité nous pousse vers la personne concrète. Il nous donne ce simple regard, et il ne se laisse pas piéger par des préjugés ou des idéologies qui obscurcissent souvent les besoins réels des autres. La charité nous permet d'entrer en contact avec les gens et de pénétrer dans leur monde intérieur. Une fois ce lien établi, il est beaucoup plus facile et naturel de trouver des solutions aux problèmes auxquels ils peuvent être confrontés. C'est pourquoi saint Josémaria disait : "Plus qu'à "donner", la charité consiste à "comprendre". (Chemin, n°463).
Évangile Luc 14, 1.7-11
Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l’observaient. Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places, et il leur dit : « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendra te dire : “Cède-lui ta place” ; et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : “Mon ami, avance plus haut”, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi. En effet, quiconque s’élève sera abaissé; qui s’abaisse sera élevé. »
Commentaire
Sainte Thérèse disait que l'humilité consiste à marcher dans la vérité. C'est la vertu qui nous permet de vivre en accord avec nous-mêmes, avec joie et sérénité. Dans la parabole qui nous est proposée dans l’Évangile d'aujourd'hui, Jésus nous montre comment marcher en accord avec nous-mêmes. Il nous fait comprendre que le meilleur moyen d'atteindre notre vérité est de considérer la manière dont Dieu nous voit.
À l'image de ceux qui sont invités au banquet et qui se jettent avec empressement sur la première place, on peut voir se refléter l'attitude de ceux qui cherchent une reconnaissance prématurée, un statut ou une situation prestigieuse, sans se demander si cela correspond vraiment à la réalité de leur condition. C'est une attitude qui, même d'un point de vue purement humain, n'est pas très élégante. Il est fréquent que l'évolution des événements finisse par révéler à quel point cette position est artificielle, mettant en cause la personne qui a vécu en dehors de la réalité, et alors "à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place.".
Mais dans cette parabole, le Seigneur ne veut pas se limiter à dénoncer la vanité, il veut surtout nous montrer le chemin pour atteindre notre vérité. C'est pourquoi il propose de ne pas se précipiter pour trouver une place de choix ou prétendre être traité d'une certaine manière. Il nous encourage à laisser Dieu notre Père nous dire "Mon ami, monte plus haut" (v. 10), c'est-à-dire à nous dire que pour Lui nous sommes toujours Ses amis et que la seule chose qui compte vraiment est d'être à Ses côtés. Notre condition d'enfants de Dieu est la vérité la plus fondamentale, à partir de laquelle nous pouvons mettre en valeur et construire tout le reste de notre vie.
"Car quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé" (v. 11). Sainte Marie nous enseigne à parcourir avec joie ce chemin que son Fils nous propose : "Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles" Luc 1, 48-49)