Évangile (Mc 1, 29-39)
En ce temps-là, aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm, Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André. Or, la belle-mère de Simon était au lit, elle avait de la fièvre. Aussitôt, on parla à Jésus de la malade. Jésus s’approcha, la saisit par la main et la fit lever. La fièvre la quitta, et elle les servait.
Le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était.
Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube. Il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait. Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche. Ils le trouvent et lui disent :
« Tout le monde te cherche. »
Jésus leur dit :
«
Allons ailleurs, dans les villages voisins, afin que là aussi je proclame l’Évangile ; car c’est pour cela que je suis sorti. »
Et il parcourut toute la Galilée, proclamant l’Évangile dans leurs synagogues, et expulsant les démons.
Commentaire
Saint Marc nous présente aujourd’hui plusieurs épisodes qui interviennent au début de la vie publique de notre Seigneur, ces trois années qui ont suivi les trente de sa vie cachée, dont la signification est si importante pour les chrétiens vivant au milieu de monde. En réalité, pour évoquer ces 30 années, nous pourrions employer l’expression « vie ordinaire de Jésus ».
Le texte d’aujourd’hui nous offre un bon résumé des premiers pas de cette nouvelle période de sa vie, qui se terminera par la Passion, sa Mort rédemptrice et sa glorieuse Résurrection, finalité principale de l’Incarnation. Ce résume constitue, de surcroît, un excellent modèle pour les chrétiens qui doivent accomplir leur mission d’apôtres dans la vie de tous les jours. Lus avec attention, ces onze versets rapportent d’une certaine manière un jour complet, c’est-à-dire 24 heures, de la vie du Seigneur. Il s’agissait d’un sabbat, car tout commence par le service de la synagogue et, en plus, nous voyons que les habitants de Capharnaüm ont dû attendre le coucher du soleil pour lui amener leurs malades, afin de respecter le repos sabbatique. Au terme d’une journée si intense, Jésus les accueille tous : « Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ». Ce qui devrait nous encourager à avoir recours à lui lorsque nous sommes confrontés à des difficultés ou à des problèmes, sans jamais penser que nous pourrions le déranger. Il est toujours disponible. Nous aussi, essayons à notre tour d’être toujours disponibles pour ceux qui nous entourent.
Saint Marc ajoute juste après que « bien avant l’aube, il sortit et se rendit dans un endroit désert, et là il priait », comme s’il voulait mettre en relief l’importance que le Seigneur accordait à la prière, importante aussi pour nous y compris lorsque nous pensons être débordés. Sans prière, la vie intérieure est pratiquement impossible, ainsi que l’une de ses conséquences les plus évidentes, ce que saint Josémaria appelait « unité de vie » du chrétien. Il a toujours répété, inlassablement, qu’« il n’y a qu’une seule vie, faite de chair et d’esprit et c’est cette vie-là qui doit être corps et âme sainte et pleine de Dieu » (Entretiens, n° 114).
L’Évangile, par conséquent, nous offre un exemple très clair de l’unité de vie du Seigneur, de la manière dont il profitait chaque jour du temps disponible. En ce sens, nous pouvons établir un parallèle entre les 24 heures du jour et le « délai » que Dieu signale dans les paraboles si bien connues des talents : « Faites-les valoir jusqu’à mon retour » (Lc 19, 13) et des dix vierges : « Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre » (Mt 25, 6).
C’est pourquoi la Sainte Écriture insiste souvent sur l’idée d’un « délai » pour mener à bien nos tâches. Dieu n’aime pas la tiédeur ni l’égoïsme, car l’enjeu en est le salut des âmes et du monde. Demandons à la très Sainte Vierge Marie, notre Mère, de nous obtenir la même docilité et la même promptitude avec lesquelles elle a répondu à l’annonce de saint Gabriel : « Fiat mihi ».
Évangile (Marc 6, 53-56)
En ce temps-là, après la traversée, abordant à Génésareth Jésus et ses disciples accostèrent. Ils sortirent de la barque, et aussitôt les gens reconnurent Jésus : ils parcoururent toute la région, et se mirent à apporter les malades sur des brancards là où l’on apprenait que Jésus se trouvait. Et dans tous les endroits où il se rendait, dans les villages, les villes ou les campagnes, on déposait les infirmes sur les places. Ils le suppliaient de leur laisser toucher ne serait-ce que la frange de son manteau. Et tous ceux qui la touchèrent étaient sauvés.
Commentaire
L'arrivée d'un personnage important produit généralement une petite révolution dans les endroits qu'il visite, surtout s'il s'agit de lieux peu habitués à vivre de grands événements. Ce qui domine généralement dans les petites villes, c'est la normalité de la vie quotidienne, la régularité d'une vie marquée par le fait de toujours faire la même chose, de toujours voir les mêmes personnes. Pour cette raison, l'arrivée de Jésus à Génésareth a été une véritable révolution. Dès le moment où il a été reconnu, la nouvelle s'est répandue de bouche à oreille avec la rapidité de qui ne veut pas manquer l'occasion de sa vie. Les places des villages et des villes étaient donc remplies de malades. C'est pourquoi le bruit des brancards qui heurtent le sol est devenu le son par excellence dans cette partie de la Galilée.
Le pape François aime parler de la révolution de la tendresse provoquée par l'Incarnation du Fils de Dieu (cf. Evangelii Gaudium, n. 88). Il est facile d'imaginer que c'est précisément cela, la tendresse du regard de Jésus en guérissant chaque malade, alors que, comme il l'a fait dans d'autres circonstances similaires, il a produit en eux la véritable révolution : celle du pardon de leurs péchés (cf. Marc 2, 5).
Mais cette révolution nécessite une étape préalable : lorsqu'ils sont sortis du bateau, ils l'ont immédiatement reconnu. Seuls ceux qui sont capables de le reconnaître peuvent être guéris par le Christ. Peut-être, comme les saints ont su le faire, pouvons-nous commencer par reconnaître Jésus dans la chair de nos frères et sœurs malades, en sachant regarder avec tendresse toutes les blessures de leur âme et de leur corps.
Marc 7, 1-13.
En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus :
« Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. »
Jésus leur répondit :
« Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Il leur disait encore :
«Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour établir votre tradition. En effet, Moïse a dit : Honore ton père et ta mère. Et encore : Celui qui maudit son père ou sa mère sera mis à mort.
Mais vous, vous dites : Supposons qu’un homme déclare à son père ou à sa mère : “Les ressources qui m’auraient permis de t’aider sont korbane,
c’est-à-dire don réservé à Dieu”, alors vous ne l’autorisez plus à faire quoi que ce soit pour son père ou sa mère ; vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup de choses du même genre.»
Commentaire
Nous sommes peut-être nombreux à partager un souvenir commun : celui de nos mères ou de nos grands-mères insistant sur l'importance de se laver les mains avant de se mettre à table.
Souvent, nous l'avons fait à contrecœur, sans accorder beaucoup d'importance aux règles d'hygiène ou à la possibilité de contracter une maladie. Nous aimions jouer, et donc nous salir. Nous aimions manger, et donc, tout ce qui retardait ce moment était une formalité à éviter.
Néanmoins, nous obéissions. Que ce soit pour éviter une punition, une réprimande ou simplement pour manger le plus vite possible, nous avons obéi. Aussi, au fond, parce que nous avons constaté que la parole de la mère ou de la grand-mère était empreinte d'une sagesse qu'il fallait respecter.
Mais ensuite, nous avons grandi. Et nous avons continué à nous laver les mains, même si notre mère ou notre grand-mère n'était plus là pour nous le rappeler. Simplement, le souvenir de leur affection et l'expérience que nous avons acquise nous ont fait comprendre que ce n'était pas un simple caprice : il était important de se laver les mains. Elle avait un sens. La santé était en jeu.
Malheureusement, dans la vie de ceux qui critiquaient Jésus, il y avait un drame : ils n'ont jamais grandi. Leur amour a stagné. Ils continuaient à se laver les mains, mais ils le faisaient toujours par peur de la punition. Ils n'ont jamais compris que les commandements de Dieu n'étaient pas un caprice, mais une orientation qui leur était prescrite pour la santé de leur âme.
C'est pourquoi ils n'étaient pas capables de vivre même le plus doux des préceptes, comme saint Josémaria appelait le quatrième commandement. Précisément parce qu'ils n'ont pas compris que derrière le commandement il y a un esprit. Derrière le fait de se laver les mains avant de manger se cachait un profond désir de se voir digne, sain et fort.
Le même esprit qui anime chacun des dix commandements : le désir de Dieu que nous ayons un cœur pur, surtout pour pouvoir le contempler (cf. Matthieu 5, 8).
Évangile (Marc 7, 14-23)
En ce temps-là, appelant de nouveau la foule, Jésus lui disait :
« Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
Quand il eut quitté la foule pour rentrer à la maison, ses disciples l’interrogeaient sur cette parabole. Alors il leur dit :
« Êtes-vous donc sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ? »
C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments. Il leur dit encore :
« Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur. Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »
Commentaire
Il n'y a peut-être pas de preuves, mais il est possible que notre époque soit celle des régimes alimentaires. Il est difficile de croire que les ventes actuelles de livres sur la nutrition saine et les bonnes habitudes alimentaires aient été aussi élevées à une autre époque.
Cela peut certainement être considéré comme une avancée. Les progrès scientifiques et médicaux ont conduit à une connaissance de plus en plus détaillée du corps humain, de ses réactions, de ce qui est bon pour lui et de ce qui est mauvais pour lui. Ces connaissances ont probablement amélioré la santé et la qualité de vie de nombreuses personnes.
Cependant, il serait utile de faire une analyse de la situation : combien de ces personnes qui consacrent de l'argent, du temps et des efforts à l'entretien de leur corps, consacrent au moins les mêmes ressources à l'entretien de leur âme ? Essaient-elles au moins de lire des livres qui les guident dans cette direction ? Dans ce passage de l'Évangile, qui est la suite de celui que nous avons lu hier, Jésus essaie d'aider les personnes qui l'écoutent à se concentrer sur ce qui est vraiment important : à cette époque, en raison de l'influence des Pharisiens, il y avait un grand souci de pureté rituelle, qui comprenait l'interdiction d'un certain nombre d'aliments qui pouvaient souiller une personne.
Cependant, le Seigneur veut que vous compreniez que le mouvement doit être inversé : ce n'est pas de l'extérieur que l'âme est tachée, c'est de l'intérieur que l'impureté surgit.
Nous avons parfois tendance à mettre l'accent sur les circonstances de l'environnement : la publicité, les conversations des amis, l'influence négative de certains médias. Mais Jésus insiste sur le fait que la première chose que nous devons regarder dans chaque examen de conscience est notre propre cœur. Savons-nous vraiment nous passer de ce qui tache notre âme ? Savons-nous vraiment comment purifier cette source de péché qu'est notre propre intériorité ?
Il convient de se demander si nous faisons au moins autant d'efforts pour avoir une âme propre que pour avoir un corps sain. Pour cela, le contact continu avec Marie Très Sainte est très utile : Elle, qui est totalement pure, purifiera avec son amour maternel toutes ces mauvaises choses qui viennent de l'intérieur et qui rendent l'homme impur, en nous conduisant sur le chemin de la contrition.
Évangile (Mc 7, 24-30)
En ce temps-là, Jésus partit et se rendit dans le territoire de Tyr. Il était entré dans une maison, et il ne voulait pas qu’on le sache, mais il ne put rester inaperçu : une femme entendit aussitôt parler de lui ; elle avait une petite fille possédée par un esprit impur ; elle vint se jeter à ses pieds. Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance, et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille. Il lui disait :
« Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Mais elle lui répliqua :
« Seigneur, les petits chiens, sous la table,
mangent bien les miettes des petits enfants ! »
Alors il lui dit :
« À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille. »
Elle rentra à la maison, et elle trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d’elle.
Commentaire
Comment cette femme syro-phénicienne a-t-elle su qui était Jésus ? L’Évangile ne nous dit rien à ce sujet. En raison de ses origines, elle n'a probablement pas vécu loin de la Galilée. Or c’est là que le Seigneur avait fait de nombreux miracles et enthousiasmé les foules par sa prédication. De plus, l'espoir de la venue du Messie circulait parmi les Juifs. Il est donc logique que les villages environnants aient eu vent des aspirations du peuple d'Israël.
Quoi qu'il en soit, cette femme avait un cœur ouvert à l'action de Dieu. Les commentaires sur la disponibilité de Jésus pour prendre soin des personnes dans le besoin - les malades, les possédés, etc. - lui auraient donné de l'espoir. Dans son dialogue avec le Christ, elle semble admettre que le peuple d'Israël a une relation spéciale avec le Seigneur, car il est comme le fils à la table du père. Ainsi, on peut deviner que la syro-phénicienne a une certaine foi dans les promesses que Dieu avait faites aux Juifs. Mais elle sent aussi que cette relation particulière du Seigneur avec son peuple n'est pas isolée, et que d'une certaine manière la miséricorde de Dieu déborde pour atteindre toute l'humanité.
Cette femme est un modèle d'humilité et de confiance. Elle n'hésite pas à poser la tête aux pieds de ce prophète étranger. Et elle sait insister même quand il semble qu'elle n'ait pas beaucoup de raisons de justifier sa demande. Que notre foi sache aussi dépasser les frontières, et qu'elle se transforme en une prière constante, pleine d'abandon dans le Seigneur, Il ne regarde jamais personne avec indifférence.
Évangile (Mc 7, 31-37)
En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui. Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit :
« Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement. Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient. Extrêmement frappés, ils disaient :
« Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »
Commentaire
La guérison du sourd-muet peut nous aider à considérer comment, dans la vie spirituelle, le Seigneur est capable d'ouvrir les oreilles du cœur et de délier la langue. L'Évangile montre le pauvre malade amené à Jésus par d'autres personnes : sans doute ses proches ont essayé toutes sortes de moyens pour le guérir, mais sans grand succès. Ils se limitent maintenant à faciliter cette rencontre personnelle avec Jésus.
Cela se produit également dans la vie spirituelle : parfois, nous pouvons souffrir lorsque nous voyons des amis qui s'isolent, qui ne veulent pas parler de leurs problèmes ou envisager ce qui peut les éloigner de Dieu. Que pouvons-nous faire ? Favoriser la rencontre personnelle avec le Christ : d'abord par la prière et la mortification, puis peut-être par un commentaire ouvert qui invite à la réflexion personnelle ; ainsi ces amis pourront avancer sur un plan incliné, comme le disait saint Josémaria.
Jésus a écarté le malade de la foule avant d'accomplir le miracle. Pour entrer en contact avec notre Seigneur, il est souvent nécessaire de se séparer de ce qui produit du bruit. Ce n'est pas tant le bruit extérieur, mais le bruit intérieur : celui qui est provoqué lorsque l'on perd son équilibre et que l'on donne libre cours à toutes les exigences de la vue, du goût, du confort... Un premier pas vers la conversion est souvent la reconnaissance qu'une vie tournée vers l'extérieur produit un vide intérieur dans lequel on n'entend qu'un bruit incohérent. Il est intéressant de mettre un terme à certaines sollicitations des sens afin de travailler notre intériorité. Et là, nous trouvons le Christ.
L'Évangile d'aujourd'hui se termine par l'enthousiasme des personnes qui contemplent le miracle. "Il a bien fait toutes choses" (v. 31). Nous aussi, nous pouvons nous émerveiller de la façon dont le Seigneur est capable de remédier à toutes les situations, si nous nous tournons vers lui dans la foi.
Évangile (Mc 8, 1-10)
En ces jours-là, comme il y avait une grande foule, et que les gens n’avaient rien à manger, Jésus appelle à lui ses disciples et leur dit :
« J’ai de la compassion pour cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi,
et n’ont rien à manger. Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en chemin,
et certains d’entre eux sont venus de loin. »
Ses disciples lui répondirent :
« Où donc pourra- t-on trouver du pain pour les rassasier ici, dans le désert ? »
Il leur demanda :
« Combien de pains avez-vous ? »
Ils lui dirent :
« Sept. »
Alors il ordonna à la foule de s’asseoir par terre.
Puis, prenant les sept pains et rendant grâce, il les rompit, et il les donnait à ses disciples pour que ceux-ci les distribuent ;
et ils les distribuèrent à la foule. Ils avaient aussi quelques petits poissons, que Jésus bénit et fit aussi distribuer. Les gens mangèrent et furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait sept corbeilles. Or, ils étaient environ quatre mille. Puis Jésus les renvoya. Aussitôt,
montant dans la barque avec ses disciples, il alla dans la région de Dalmanoutha
Commentaire
La puissance de la parole de Jésus, la bonté qu'il rayonnait et l'espoir qu'il inspirait ont transporté les foules ! Elles le suivent, sans faire beaucoup de calculs pour leurs provisions. Certains sont même venus de loin pour l'écouter. Ces personnes nous apprennent à traduire en actes notre désir de connaître davantage le Seigneur. Il est vrai qu'ils ne comprennent peut-être pas encore exactement le sens surnaturel de leur mission, mais ils savent comment mettre le sacrifice au service de ce qui en vaut la peine.
Jésus a une compassion sincère pour eux. Il montre qu'il n'est pas simplement un leader qui cherche à réaliser un idéal abstrait, mais qu'il regarde chaque personne concrètement. Il leur a donné la nourriture de ses enseignements et maintenant, en plus, il leur donnera une nourriture matérielle pour qu'ils ne perdent pas courage. Nous, qui voulons être des apôtres du Seigneur, nous pouvons apprendre à partir de ce détail à prendre soin de chaque personne dans son unicité : l'amour que Dieu met en nous nous fait prendre soin de la santé spirituelle et physique des autres. Même dans les détails les plus matériels, l'amour divin se manifeste. "Les gens mangèrent et furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait sept corbeilles" (v. 8). Le miracle que le Seigneur accomplit est marqué par l'abondance. Ceux qui l'ont suivi - et nous avec eux - reçoivent la confirmation que Jésus n'abandonne pas ceux qui ont osé parier sur lui.
Évangile (Marc 1, 40-45)
En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit :
« Si tu le veux, tu peux me purifier. »
Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit :
« Je le veux, sois purifié. »
À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant :
« Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. »
Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.
Commentaire
Dans ce passage de l’Évangile, nous sommes confrontés à une nouvelle guérison miraculeuse effectuée par Jésus qui, est chargée d'un grand contenu symbolique.
Selon les prescriptions du Lévitique, la lèpre n'était pas seulement considérée comme une maladie, mais aussi comme un genre d'impureté grave qui obligeait à s'isoler le temps qu'elle durait (Lv 13, 1-59). Il appartenait aux prêtres de diagnostiquer ceux qui présentaient les symptômes, ainsi que de certifier la guérison, si elle se produisait.
Il est facile de comprendre la souffrance des personnes qui l'ont contractée, car, en plus des graves désagréments de la maladie, elles ont dû quitter leurs maisons et leurs villages et errer dans des lieux inhabités, loin de tout contact avec les autres. Avoir la lèpre, c'est comme être mort dans la vie, loin de la vie civile et religieuse. C'est pourquoi sa guérison est aussi comme une résurrection.
Cet homme lépreux, en voyant de loin que Jésus passait avec ses disciples sur une route dans la région où il se trouvait, sentit son cœur s'émouvoir avec l'espoir qu'il pourrait faire quelque chose pour lui. Il s'approche donc du Maître et, toujours au loin, agenouillé en sa présence, il lui parle, sûr que Jésus avait le pouvoir de le faire. En même temps, il s'adresse au Seigneur d'une manière très respectueuse de ce qu'il décide finalement de faire : "Si tu le veux, tu peux me purifier ».
Jésus a immédiatement eu pitié de cet homme, s'est approché de lui, lui a tendu la main pour le toucher et a dit : "Je le ferai, sois purifié ». Et immédiatement, sa guérison a eu lieu. Le fait d'étendre la main et de toucher le corps blessé du lépreux montre que Dieu veut habituellement faire usage de gestes, de signes sensibles, qui par action divine sont efficaces. Le simple fait de toucher ne guérit pas, mais la puissance de Dieu par ce geste guérit cette personne en profondeur.
Cela ressemble à ce qui se passe dans les sacrements, qui ont été institués par notre Seigneur Jésus-Christ. Les signes sensibles, par l'action divine qui agit en eux, produisent effectivement la grâce qu'ils signifient.
Dans la lèpre, nous pouvons voir un symbole du péché, qui est la véritable impureté du cœur, qui entraîne un éloignement de Dieu. Contrairement aux anciennes règles rituelles du Lévitique, ce n'est pas la maladie physique qui nous sépare de Dieu, mais la faute, les taches morales et spirituelles de l'âme.
Parfois, nous pouvons aussi nous sentir souillés par nos fautes et nos péchés, et incapables de sortir de cette situation par nos propres forces. Il est alors temps de se tourner vers Jésus avec la même foi forte que cet homme : "Si tu le veux, tu peux me purifier". Et, si notre cœur est déterminé à se détourner du mal avec l'aide du Seigneur et que nous nous approchons du sacrement de la Réconciliation, nous pouvons également faire l'expérience de l'efficacité de ses paroles : "Je le veux, sois purifié".
Les péchés que nous avons peut-être commis - même s'ils ont causé la mort de l'âme, comme les taches sur la peau de ce lépreux l'avaient fait mourir d'une certaine manière - sont nettoyés lorsque nous les confessons humblement. Dans ce sacrement, Jésus-Christ, avec une miséricorde infinie, nous renouvelle et nous réconforte à travers ses ministres, nous permettant de recommencer une nouvelle vie pleine de paix et de joie.
Évangile (Marc 8, 11-13)
En ce temps-là, les pharisiens survinrent et se mirent à discuter avec Jésus ; pour le mettre à l’épreuve, ils cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel. Jésus soupira au plus profond de lui-même et dit :
« Pourquoi cette génération cherche-t-elle un signe
? Amen, je vous le déclare : aucun signe ne sera donné à cette génération. »
Puis il les quitta, remonta en barque, et il partit vers l’autre rive.
Commentaire
Samedi dernier, nous nous sommes réjouis en voyant que Jésus avait pitié de la foule affamée. Avec quelques pains, il les nourrit jusqu'à ce que tous soient rassasiés : un signe prodigieux venu du ciel. Mais aujourd'hui, nous sommes consternés : après le grand miracle, les pharisiens interpellent Jésus et lui demandent un autre miracle. Et Jésus est ébranlé : une telle dureté de cœur est-elle possible ? Pourquoi demandent-ils un signe ? La réponse est un non retentissant. Il n'y aura aucun signe.
Quelque chose de similaire se produit avec la technique du son : parfois un récepteur dit : "il n'y a pas de signal", parce qu'il y a une défaillance de connexion avec l'émetteur. Ici, il n'y a pas de lien entre Jésus et ceux qui vont à sa recherche avec de mauvaises intentions : non pas pour écouter sa parole, mais pour la contredire. Et comme ils ne parviennent pas à le vaincre verbalement, ils lui demandent de prouver sa vérité par un signe venu du ciel. Ils croient aux miracles, mais pas à la parole de celui qui fait ces miracles. En définitive, ils ne croient pas en Jésus. En fait, ils le rejettent. Ils lui tournent le dos par leur attitude, et Jésus ne peut rien faire d'autre que de leur tourner le dos à eux aussi en reprenant sa promenade en bateau. Ce n'est pas la première fois que nous voyons Jésus "affligé à cause de l'aveuglement de leur cœur" (Marc 3:5).
Quel signe peut servir à des cœurs endurcis ? Aucun. Il s'agit plutôt de ne leur donner aucun signe. Cela a dû être très douloureux pour Jésus de devoir les quitter sans pouvoir pratiquer la miséricorde avec eux. C'était peut-être la seule issue pour eux, pour leur éventuelle conversion. Comme nous l'enseigne saint Josémaria, "Jésus ne se montre jamais distant ou hautain, bien que dans ses années de prédication nous le voyons parfois contrarié, parce que la méchanceté humaine lui fait mal". Mais si nous y prêtons un peu d’attention, nous verrons immédiatement que sa colère et sa fureur sont nées de l'amour : elles sont une invitation de plus à sortir de l'infidélité et du péché.
Évangile (Marc 8, 14-21)
En ce temps-là, les disciples avaient oublié d’emporter des pains ; ils n’avaient qu’un seul pain avec eux dans la barque. Or Jésus leur faisait cette recommandation :
«Attention ! Prenez garde au levain des pharisiens et au levain d’Hérode!»
Mais ils discutaient entre eux sur ce manque de pains. Jésus s’en rend compte et leur dit :
« Pourquoi discutez- vous sur ce manque de pains ? Vous ne saisissez pas? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur endurci ? Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, vous avez des oreilles et vous n’entendez pas ! Vous ne vous rappelez pas ? Quand j’ai rompu les cinq pains pour cinq mille personnes, combien avez-vous ramassé de paniers pleins de morceaux ? »
Ils lui répondirent :
« Douze.
– Et quand j’en ai rompu sept pour quatre mille, combien avez-vous rempli de corbeilles en ramassant les morceaux ? »
Ils lui répondirent :
« Sept. »
Il leur disait :
« Vous ne comprenez pas encore ? »
Commentaire
Aujourd'hui encore, nous contemplons Jésus qui regrette d'être en désaccord avec ceux qui, pour le tenter et sans foi, lui ont demandé un signe. C'est pourquoi, aujourd'hui, avec l'image du levain, il avertit ses disciples d'un grave danger : laisser la même attitude entrer dans leur cœur. Le levain a la qualité de faire fermenter la pâte entière. Il est indispensable pour l'utilisation de certains aliments, et une fois qu'il a agi, on peut dire qu'il n'y a pas de retour en arrière. C'est précisément pour cette raison que, utilisée comme une image, elle peut avoir une signification positive ou négative. Dans la parabole du levain qu'une femme a versé dans trois mesures de farine, Jésus veut exprimer la puissance transformatrice du Royaume qu'il apporte (cf. Matthieu 13, 33). Mais il s'agit ici d'une expression de manque de foi, d'aveuglement du cœur, de duplicité.
L'avertissement de Jésus a sa raison d'être, car ses disciples sont comme sur une autre longueur d'onde, préoccupés par leur oubli : ils n'ont pas pris de dispositions pour la traversée de la mer de Galilée. Tant de pain qui restait du miracle de la multiplication des pains ! Et maintenant, ils risquent de souffrir de la faim. Ils sont presque obstinés, comme si Jésus n'était pas avec eux. Ils ont des yeux pour le voir, mais ils ne le voient pas; ils ont des oreilles pour l'entendre, mais ils ne l'entendent pas. (cf. Jérémie 5:21).
Par conséquent, leur oubli réel et dangereux n'est pas celui du pain mais celui de ne pas se souvenir des actions que Dieu a réalisées pour eux. "Vous ne vous souvenez pas... ?" leur reproche-t-il paternellement. Ils doivent savoir qu'avec Jésus à leurs côtés, ils n'ont pas à avoir peur. Il n'y a pas de souci à se faire si Jésus est dans leur vie. Mais il leur manque encore cette vision surnaturelle : ils n'ont pas encore reçu le Saint-Esprit. Il est réconfortant de voir la patience de Jésus avec ses disciples. Il ne les a pas choisis en raison de leurs grandes qualités, parce que ce sont des hommes irréprochables. Mais ils ont la simplicité d'écouter Jésus, même si, ici, il s'agit d'un reproche sévère. C'est pourquoi il continuera à leur faire confiance pour la mission d'apporter partout le bon levain du Royaume de Dieu.