Évangile (Jean 20, 1-9)
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ;
c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit :
« On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Commentaire
Comment s'est opérée la résurrection de Jésus ? Comment ses membres déchirés par la Passion sont-ils revenus à la vie, transformés en un corps glorieux ? Nous ne le savons pas : les seuls témoins de cet événement merveilleux ont été le tombeau, les linges et le suaire. Ces témoins muets sont les premiers à annoncer que quelque chose de totalement nouveau s'est produit.
Jean est le premier à entendre le message des linges et du linceul. Quelques jours auparavant, il avait été le disciple courageux qui se tenait fermement au pied de la Croix, près du Maître. Il est maintenant le disciple qui court au tombeau pour chercher le Seigneur. Celui qui sait être patient au moment de l'épreuve est aussi celui qui avance avec diligence dans sa recherche. La même force le soutient dans toutes les situations : l'amour pour le Seigneur. Et cet amour n'est pas sans récompense : Dieu lui accorde une grâce spéciale pour lire dans le linge plié et dans le linceul roulé le message le plus lumineux de toute l'histoire: Jésus vit !
Mais Jean n'est pas le seul à courir le matin du dimanche de Pâques. Marie-Madeleine a couru avant lui. Le pouvoir de l'amour est également très intense chez elle. Son affection pour le Seigneur la faisait se lever tôt, aux premières heures du matin, pour le servir de manière totalement désintéressée. Elle voulait seulement faire une dernière chose pour Jésus, sans rien attendre en retour. Et elle sera la première à contempler le Seigneur dans sa gloire, et à annoncer à l'Église qu'il vit.
Pierre sait aussi courir. Il a été un peu plus lent à atteindre la tombe. Il n'a pas l'impatience de Marie-Madeleine ni l'agilité de Jean. Mais il est arrivé au tombeau et il est le premier à recevoir les signes de la Résurrection - les linges et le linceul - même s'il est lent à croire. Peut-être parce que la blessure qu'il porte est plus profonde : à la douleur de la mort du Maître s'ajoute le souvenir de l'avoir abandonné pendant la Passion. Malgré tout, il a su aussi courir. L'amour n'a pas disparu : il est comme une petite lumière qui fait timidement son chemin.
Comme il a été difficile pour les disciples de croire que Jésus était revenu à la vie ! Et comme il peut être difficile pour nous d'accepter que Jésus soutienne notre vie ! Parfois, la tombe semble s'imposer d'elle-même : problèmes au travail ou à la maison, défauts de caractère, opposition aux valeurs chrétiennes dans certains milieux... Cependant, si nous examinons de près ces situations, nous trouverons probablement des signes d'espoir, qui peuvent être que des personnes continuent avec ténacité à faire le bien ou qu'une solution apparaisse tout simplement. Ce sont des signes qui attendent que nous les lisions avec foi, comme les linges et le linceul au matin de la Résurrection.
Pour lire les signes que Dieu nous donne, nous devons accepter le don de la foi. De notre côté, nous pouvons mettre en avant notre désir sincère de chercher le Seigneur, même lorsqu'il semble s'être éloigné. C'est ce qu'ont fait Marie-Madeleine, Jean et Pierre : ils cherchaient encore le Christ, ils ont voulu lui rendre service, même s'ils le croyaient encore mort. Le Seigneur récompense cet amour fidèle par la joie de le retrouver vivant, enveloppé dans la gloire de Pâques.
Évangile (Matthieu 28, 8-15)
En ce temps-là, quand les femmes eurent entendu les paroles de l’ange, vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit :
« Je vous salue. »
Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui.
Alors Jésus leur dit :
« Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »
Tandis qu’elles étaient en chemin, quelques-uns des gardes allèrent en ville annoncer aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. Ceux-ci, après s’être réunis avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme en disant :
« Voici ce que vous direz :
“Ses disciples sont venus voler le corps, la nuit pendant que nous dormions.”
Et si tout cela vient aux oreilles du gouverneur, nous lui expliquerons la chose, et nous vous éviterons tout ennui. »
Les soldats prirent l’argent et suivirent les instructions.
Et cette explication s’est propagée chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui.
Commentaire
En ce lundi de Pâques, la joie de la résurrection de Jésus continue de nous envahir, comme ce fut le cas pour ces femmes, "Marie de Magdala et l'autre Marie", lorsqu'elles ont vu le tombeau vide et entendu la nouvelle de l'ange. Elles ont été effrayées, mais pas paralysées. Sans même avoir vu Jésus, elles ont obéi rapidement à l'ordre de l'ange d'annoncer la résurrection. Entre la peur et la joie, la joie l'a emporté, car elles ont cru et, par leur foi, elles ont obéi. Totalement soutenues par un amour inconditionnel pour le Maître. Et elles ont été immédiatement récompensées : Jésus ressuscité lui-même est venu à leur rencontre. Ces femmes croyantes, joyeuses et obéissantes, méritaient une salutation de Jésus lui-même pour recevoir de lui la sérénité. L'ange leur avait déjà dit : "N'ayez pas peur". Mais elles avaient encore peur. C'est pourquoi la même annonce leur est faite une seconde fois, mais cette fois des lèvres de Jésus lui-même. Et l'amour les pousse à embrasser ses pieds : " Il n’y a pas de crainte dans l’amour, l’amour parfait bannit la crainte" (1 Jean 4, 18).
Rien n'a été annoncé aux gardiens de la tombe : ce n'était pas nécessaire, car ils ont tout vu. Et bien qu'ils semblaient avoir été terrasés comme morts, ils se levèrent pour raconter tout ce qui s'était passé. Dans leur annonce, il n'y avait pas de joie, seulement la peur. Le calme leur est venu grâce à l'argent qu'ils ont reçu en échange de ne rien dire à personne. Qu'auraient pu devenir ces soldats bâillonnés par le pot-de-vin mais témoins de la Vérité ?
Aujourd'hui, nous sommes confrontés à ces deux réactions : la foi en Jésus ressuscité et l'audace de le proclamer, ou le silence à cause de la cupidité, "la racine de tous les maux" (1 Timothée 6:10). Chez les soldats, ce que Jésus a dit dans la parabole du semeur s'est accompli : "Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit » (Matthieu 13, 22). Chez les femmes, c'est le contraire qui s'est produit : " Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. » (Matthieu 13, 23). À une autre Marie, la Mère du Ressuscité, nous demandons la foi et l'audace de ces femmes, pour "annoncer les œuvres du Seigneur" (Ps 118,17).
Évangile (Jean 20, 11-18)
En ce temps-là, Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs.
Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau.
Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent :
« Femme, pourquoi pleures-tu ? »
Elle leur répond :
« On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. »
Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit :
« Femme, pourquoi pleures-tu ?
Qui cherches-tu ? »
Le prenant pour le jardinier, elle lui répond :
« Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. »
Jésus lui dit alors :
« Marie ! »
S’étant retournée, elle lui dit en hébreu :
« Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître.
Jésus reprend :
« Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père.
Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »
Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples :
« J’ai vu le Seigneur ! »,
et elle raconta ce qu’il lui avait dit.
Commentaire
Nous suivons très attentivement cette scène de l’Évangile. Nous respectons la solitude et la tristesse de Marie de Magdala, car nous sentons que quelque chose de grand est sur le point de se produire. Elle avait déjà vu le tombeau vide et, pensant que le corps du Seigneur avait été emporté, elle annonça la triste nouvelle à Pierre et au disciple bien-aimé. Ils vinrent, puis s'en allèrent ; mais Marie resta près du tombeau vide et fondit en larmes : elle ne pouvait supporter d'avoir perdu le corps sans vie de son Seigneur. Elle ne reconnaît pas non plus les anges comme des messagers de bonnes nouvelles. Sa tristesse était telle qu'elle ne pouvait même pas distinguer la voix du Maître qui l'interrogeait.
Mais le présumé "jardinier" insiste, appelant cette fois la femme par son nom : "Marie". La réaction est immédiate : " Maître » ! Jésus avait été pour Marie le Docteur divin qui l'avait libérée des sept démons (cf. Luc 8,2). À partir de ce moment, il était son maître. Maintenant, au tombeau, il est son Bon Pasteur, celui qui "appelle ses brebis chacune par leur nom et les fait sortir (...) et elles connaissent sa voix" (Jean 10,3.4). Bienheureuse Marie qui a pleuré parce qu'elle a été consolée ! (cf. Matthieu 5:4). Jésus lui-même doit contenir la force de Marie qui ne veut pas le laisser partir. En plus, elle doit partir pour annoncer la grande nouvelle aux "frères" de Jésus. Avant, elle avait annoncé la fausse nouvelle du vol du corps du Christ. Elle doit maintenant annoncer la vérité : elle a vu le Seigneur vivant et il lui a dit qu'il montait vers le Père !
Marie-Madeleine est l'exemple de celle qui cherche le Seigneur avec ardeur, comme la bien-aimée du Cantique des Cantiques : "Sur mon lit, la nuit, j’ai cherché celui que mon âme désire ; je l’ai cherché ; je ne l’ai pas trouvé.". Mais après avoir surmonté l'épreuve, "j’ai trouvé celui que mon âme désire : je l’ai saisi et ne le lâcherai pas" (Cantique des Cantiques, 3,1.4). Dans un monde où la présence de Dieu semble être cachée, l'attitude de Marie, persévérante dans sa recherche, est un exemple pour nous pour ne pas perdre courage dans les bonnes œuvres de chaque jour, où Jésus nous attend et nous appelle, vivant et ressuscité. Et ainsi, avec une foi renouvelée, nous sommes des apôtres, comme Marie-Madeleine. Elle a été la première à annoncer la résurrection, une vérité toujours nouvelle à annoncer au monde entier.
Évangile (Luc 24, 13-35)
Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.
Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.
Jésus leur dit :
« De quoi discutez-vous en marchant ? »
Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit :
« Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours ci. »
Il leur dit :
« Quels événements ? »
Ils lui répondirent :
« Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Il leur dit alors :
« Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »
Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir :
« Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. »
Il entra donc pour rester avec eux.
Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna.
Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.
Ils se dirent l’un à l’autre :
« Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? »
À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent :
« Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »
À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Commentaire
En célébrant Pâques, nous contemplons à nouveau le chemin d'Emmaüs, où nous accompagnons Cléophas et l'autre disciple, qui dialoguent avec leur compagnon inconnu. La spontanéité du récit nous permet de nous joindre facilement à la procession, et nous découvrons que chacun d'entre nous a été, à un moment ou à un autre, Cléophas. L'expérience d'un passé meilleur, les espoirs qui ne se sont pas réalisés nous conduisent vers la nostalgie, la tristesse et la déception. Nous n'avions pas compté sur l'auteur de la Vie, qui donne un sens à la nôtre.
Et Jésus vient à notre rencontre, comme le berger qui part à la recherche de la brebis perdue (cf. Matthieu 18,12). Il a donné sa vie pour ses brebis, il nous considère comme ses amis ; en effet, sa Parole nous a remplis, nous avons cru en ses œuvres, nous avons même accepté humblement ses reproches. Il veut à tout prix nous sauver, car "Or, telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour" (Jean 6,39).
La simplicité avec laquelle Jésus entre en scène est merveilleuse : incognito, il demande et écoute la raison de cette triste discussion. Ce sont ensuite les disciples qui l'écoutent. Et les choses commencent à changer. De la tristesse, ils passent à l'ardeur, de l'idée de le considérer comme un étranger à celle de vouloir qu'il reste avec eux et de le reconnaître vivant lorsqu'il rompt le Pain. Jésus est devenu pour ses disciples le Chemin, la Vérité et la Vie (cf. Jean 14,6). C'est ainsi que le Maître veut continuer à faire irruption dans notre vie quotidienne, lorsque nous nous perdons dans notre tristesse et nos désillusions. Et c'est ainsi qu'il veut que nous fassions de même avec nos amis. En méditant cette scène, saint Josémaria aimait à considérer que le chrétien est aussi le Christ qui passe : " Tout chrétien doit rendre le Christ présent parmi les hommes ; il doit agir de telle sorte que ceux qui le fréquentent perçoivent le bonus odor Christi (2 Corinthiens 2, 15), la bonne odeur du Christ ; il doit agir de telle sorte que, à travers les actions du disciple, on puisse découvrir le visage du Maître.
Évangile (Luc 24,35-48)
En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit :
« La paix soit avec vous ! »
Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit.
Jésus leur dit :
« Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. »
Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement.
Jésus leur dit :
« Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux. Puis il leur déclara :
« Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : “Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.” »
Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures.
Il leur dit :
« Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins. »
Commentaire
Jésus montre ses plaies. Jésus veut être reconnu dans ses plaies glorieuses. Ils sont le sceau que l'amour a laissé à jamais imprimé sur son corps glorieux. Sur ses mains, sur ses pieds et sur son côté.
Cette simple manifestation exprime la merveilleuse signification de la Croix. Les signes de l'amour de Jésus-Christ pour l'humanité ne restent pas sur le Calvaire, mais sont montés au Ciel. Ils sont montés dans la gloire. Il est vrai qu'ils ne saignent plus, mais ils continuent à dire la même chose que ce qu'ils ont exprimé sur le Calvaire.
Jésus nous enseigne par ses plaies glorieuses que nous ne devons pas avoir peur des plaies. Cette souffrance est la manifestation la plus sublime de l'amour. Et qu'il n'y a aucune raison de cacher les blessures de l'amour. Et il nous enseigne également que pour vivre en tant que ressuscité, je dois vivre en tant que crucifié.
Avec notre logique mondaine, nous évitons tout signe et tout souvenir de la souffrance humaine. Tout souvenir de la mort est éliminé de la vie publique, de la conversation quotidienne... Mais Jésus, avec sa logique divine, publie et éternise sa passion et sa mort. Il ne veut pas oublier ce qu'il a fait, c'est pourquoi ses blessures sont comme un tatouage d'amour pour nous.
Et, surtout, il ne veut pas que nous oubliions ce qu'il a fait. Ce qu'il continue à faire chaque jour de manière non sanglante dans le sacrifice de la Sainte Messe.
Toi, moi et nous tous voulons nous approcher de ces signes de l'amour divin et les embrasser avec la même dévotion et la même tendresse que celles avec lesquelles Marie les embrasse au Ciel. Des blessures qui ne saignent plus mais qui donnent une vie surnaturelle. Vous et moi et nous tous désirons communier purement et humblement avec son corps glorieux.
Évangile (Jean 21, 1-14)
En ce temps-là, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment.
Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples.
Simon-Pierre leur dit :
« Je m’en vais à la pêche. »
Ils lui répondent :
« Nous aussi, nous allons avec toi. »
Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien. Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui.
Jésus leur dit :
« Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? »
Ils lui répondirent :
« Non. »
Il leur dit :
« Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. »
Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons. Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre :
« C’est le Seigneur ! »
Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau.
Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres. Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain.
Jésus leur dit :
« Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. »
Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré. Jésus leur dit alors :
« Venez manger. »
Aucun des disciples n’osait lui demander :
« Qui es-tu ? »
Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson.
C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.
Commentaire
Pierre et les disciples semblent s'être épuisés inutilement. Après une nuit de travail, ils n'ont pas réussi à attraper quoi que ce soit. C'est l'aube et il est temps d'abandonner le travail, de rassembler leurs affaires et d'attendre d'autres jours meilleurs.
Le récit évangélique ne nous dit rien sur l'éventuelle frustration et la colère qui auraient pu s'emparer de ces disciples, mais il est facile d'imaginer que ce fut le cas... Quelqu'un qui travaille toute une nuit ne reste imperturbable face à un échec aussi retentissant.
Cependant, cela n'a été vain. Ce sont probablement les meilleures minutes passées dans le bateau de pêche par Pierre, Thomas, Nathanaël et tous les autres.
Le bateau revient complètement vide par la volonté manifeste de Dieu. Carla barque est d'autant plus vide qu'elle est prête à recevoir le miracle généreux de Jésus-Christ ressuscité. Cela devrait être clair pour les premiers disciples que c'est Dieu qui pourvoit. Jésus leur avait déjà dit : "Sans moi, vous ne pouvez rien faire", mais maintenant il le leur rappelle de manière concrète et réelle.
Toute une nuit de labeur pour arriver à... rien, et il suffit d'accomplir une simple indication du Maître : "« Jetez le filet à droite de la barque", pour que les filets soient remplis de 153 gros poissons.
Nous devons nous présenter avec notre bateau également vide. Vide de notre orgueil. De cette manière, notre Dieu déversera sa grâce en abondance. Il est vrai que pour obtenir un bateau vide, il faut généralement se fatiguer et s'humilier. Mais cela en vaut la peine.
Évangile (Marc 16, 9-15)
Ressuscité le matin, le premier jour de la semaine, Jésus apparut d’abord à Marie Madeleine, de laquelle il avait expulsé sept démons. Celle-ci partit annoncer la nouvelle
à ceux qui, ayant vécu avec lui, s’affligeaient et pleuraient. Quand ils entendirent que Jésus était vivant et qu’elle l’avait vu, ils refusèrent de croire. Après cela, il se manifesta sous un autre aspect à deux d’entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne. Ceux-ci revinrent l’annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus. Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité. Puis il leur dit :
« Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création. »
Commentaire
Dans l'Évangile de saint Marc que l'Église nous invite à considérer aujourd'hui, le contraste entre l'incrédulité des apôtres face à la nouvelle qu'ils reçoivent de la résurrection de Jésus, et la confiance que le Seigneur place en eux, en leur donnant le mandat missionnaire : " Allez dans le monde entier et prêchez l'Évangile à toute créature ", est frappant.
Ce manque de foi des disciples n'est pas voulu par le Seigneur, qui leur reproche d'ailleurs "leur incrédulité et leur dureté de cœur", mais ce n'est pas non plus un obstacle insurmontable pour en faire des instruments de diffusion de l'Évangile dans le monde.
Le manque de foi des onze n'est pas non plus nouveau, mais Jésus leur donne toujours une nouvelle chance de recommencer et de leur faire à nouveau confiance.
Il est émouvant de voir comment le Seigneur non seulement oublie et même pardonne leurs fautes, mais aussi place entre leurs mains une mission encore plus grande : annoncer l'œuvre du Salut à tous les hommes.
Lorsque Jésus nous invite à être ses apôtres - et rappelons que tous les chrétiens reçoivent cet appel au baptême - il ne se focalise pas sur ce que nous n'avons pas ou sur nos faiblesses, mais il nous projette dans l'avenir avec une confiance infinie dans l'œuvre que l'Esprit Saint accomplira en chacun de nous, si nous luttons pour le laisser agir dans nos vies.
Puissions-nous aussi savoir faire confiance aux personnes qui nous entourent, en voyant, avec les yeux du Christ, toute la possibilité de faire le bien que possède chaque enfant de Dieu.
Évangile (Jean 20,19-31)
C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara :
« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.
Commentaire
L’Évangile de ce deuxième dimanche du temps de Pâques, appelé aussi Dimanche de la Divine miséricorde, raconte deux apparitions du Seigneur à ses disciples.
Jésus Christ souffle sur eux, le soir du jour de sa résurrection ; sous le double signe de la paix et de la joie, il rappelle ainsi le souffle créateur, et il leur donne l’Esprit Saint – en hébreu, littéralement « le Souffle » –, dont le pouvoir leur permettra de pardonner les péchés. Seul Dieu peut pardonner les péchés, et il le fait parce qu’il a des entrailles de miséricorde. La toute-puissance de Dieu se manifeste dans cette amour intime qui nous lave pour nous faire entrer, propres, dans sa vie.
« Et moi, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, je vous pardonne tous vos péchés. » La formule de l’absolution du sacrement de Pénitence paraît tellement courte ! Pourtant, en elle est comme condensée toute la puissance des mérites de l’incarnation de Jésus, de sa vie d’enfance, de son travail pendant sa vie cachée à Nazareth, de sa passion, de sa mort et de sa résurrection (Cf. Fernando Ocáriz, À la lumière de l’Évangile. Textes pour la méditation, Le Laurier, Paris 2021, p. 75). À chaque fois que nous nous confessons, par la Communion des saints nous aidons les autres fidèles à demander pardon à Dieu. Lorsque, par l’exemple et la parole, nous aidons les autres à recevoir le sacrement de la réconciliation, nous faisons un acte de miséricorde : c’est le cas, par exemple, d’un père ou d’une mère de famille qui emmènent leurs fils et leurs filles au confessionnal, après y être allés eux-mêmes recevoir le pardon divin.
Thomas n’était pas là lors de l’apparition du jour de la résurrection. Le dimanche suivant, Jésus s’est rendu à nouveau présent dans son corps glorieux parmi ses disciples. Il s’est adressé à Thomas, il l’a invité à toucher ses plaies. Thomas, incrédule jusqu’alors, fait une profession de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » (v.28). C’est la plus haute confession christologique de l’Évangile. Nous pouvons la répéter, et ainsi nous manifestons notre foi dans le Christ, vrai Dieu et vrai Homme, fils éternel du Père (cf. Jn 5,1-6).
« Heureux ceux qui croient sans avoir vu » : le Seigneur nous bénit ; en même temps, nous lui demandons qu’il augmente notre foi dans l’amour que, dans l’Esprit Saint, Dieu le Père a pour nous, ses filles et ses fils dans le Christ. Le Seigneur a fait de nous non seulement des objets de sa miséricorde, mais encore des sujets qui la partageons avec les autres. Sa miséricorde est éternelle (Ps 118[117],2).
Avec cette foi, sous la protection de la Vierge Marie, Mère de Miséricorde, nous apprendrons à aider le prochain dans ses besoins spirituels et matériels, dans l’accomplissement des œuvres de miséricorde spirituelle – instruire, conseiller, consoler, conforter, pardonner et supporter avec patience – et corporelles – nourrir les affamés, loger les sans-logis, vêtir les déguenillés, visiter les malades et les prisonniers, ensevelir les morts, faire l’aumône aux pauvres. (Catéchisme de l’Église catholique, n. 2447) C’est ainsi que les Actes des apôtres nous décrivent les premiers chrétiens (cf. Ac 4,32-35). La Pâque du Seigneur leur donne la divine Miséricorde et les rend capable de la partager avec d’autres personnes.
Évangile (Jean 3, 1-8)
Il y avait un homme, un pharisien nommé Nicodème ; c’était un notable parmi les Juifs.
Il vint trouver Jésus pendant la nuit.
Il lui dit :
« Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. »
Jésus lui répondit :
« Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. »
Nicodème lui répliqua :
« Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? »
Jésus répondit :
« Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne sois pas étonné si je t’ai dit: il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. »
Commentaire
L'Évangile d'aujourd'hui nous présente le dialogue de Jésus avec Nicodème. Saint Jean nous dit que Nicodème était un Juif influent, un Pharisien. Cette position sociale explique peut-être pourquoi il est parti de nuit à la recherche de Jésus. Il ne voulait pas être vu par ses compagnons, qui s'étaient opposés à de nombreuses reprises au nouveau maître venu de Galilée.
Nicodème était émerveillé par les signes que Jésus accomplissait et voulait en savoir plus, le rencontrer personnellement. Il n'a aucun mal à exprimer son admiration, et lui dit sans ambages "personne ne peut faire les merveilles que tu fais si Dieu n'est pas avec lui" (v. 2). Cette curiosité est l'occasion pour Jésus de lui faire découvrir une nouvelle logique, celle du Royaume de Dieu, qui va déconcerter Nicodème.
Jésus commence à lui parler du nouveau Royaume et de la manière d'y entrer. Pour nous, chrétiens habitués au langage de la foi, les idées de Jésus ne nous choquent peut-être pas. Pour Nicodème, par contre, c'était mystérieux. Comment un homme peut-il naître alors qu'il est vieux ? Peut-il retourner dans le ventre de sa mère et renaître ? (v. 4).
Jésus invite ce pharisien influent à penser ce qui est vraiment décisif, ce ne sont pas tant les signes qu'il a vus que la nouvelle naissance que l'Esprit Saint engendre en nous. C'est l'action de Dieu qui nous fait quitter une vie selon la chair pour passer à une vie selon l'Esprit. En d'autres termes, l'Esprit Saint nous pousse à abandonner le péché, une vie centrée sur nos propres choses, sur notre "moi", pour passer à une vie de communion avec Dieu et avec les autres.
Le contraste entre ces deux mentalités peut nous aider à réfléchir à notre façon d'affronter la vie quotidienne. La liturgie nous rappelle cette fameuse conversation pour nous montrer que Dieu agit avec une logique différente et que, bien souvent, nos façons de penser et de réagir ne tiennent pas compte du point de vue surnaturel, elles sont trop "humaines". Jésus, en promettant le don de l'Esprit Saint, vient instaurer une nouvelle musique qui, comme le vent, nous ne savons ni d'où il vient ni où il va, et qui nécessite des instruments dociles, prêts à suivre le rythme divin et à apprendre à danser "au pas de Dieu".
Évangile (Jean 3, 5a. 7b-15)
En ce temps-là Jésus disait à Nicodème :
« Il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. »
Nicodème reprit :
« Comment cela peut-il se faire ? »
Jésus lui répondit :
« Tu es un maître qui enseigne Israël et tu ne connais pas ces choses-là ? Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. »
Commentaire
La liturgie, à la suite d'hier, nous présente la deuxième partie de la conversation entre Nicodème et Jésus. Le Seigneur invite ce juif influent à abandonner ses schémas de pensée et à accueillir le message d'un nouveau type de vie "selon l'esprit". Ces paroles laissent cependant Nicodème assez perplexe et il ne peut que demander : comment cela peut-il bien se faire ?
Peut-être avec une pointe d'ironie, Jésus répond qu'il est curieux qu'un " maître d'Israël " soit si déconcerté par les choses de Dieu, qui sont censées être de son ressort. Mais il ne le laisse pas dans l'ignorance et lui révèle un grand mystère. Dans la première partie de leur conversation, Jésus a indiqué que la Vie nouvelle viendrait par l'Esprit Saint (cf. Jn 3,5). Il lui apprend maintenant que cette Vie nous sera aussi donnée grâce à Lui. Pour lui montrer comment cela se passe, Jésus établit un parallèle avec l'histoire de Moïse et du serpent d'airain (cf. Nb 21, 4-9).
À cette occasion, le peuple, qui ressentait le poids de son cheminement dans le désert, a commencé à regretter les jours passés en Égypte et à maudire Dieu et Moïse pour cette situation. Dieu, en punition de leur ingratitude, envoya des serpents venimeux qui firent des ravages sur le peuple. Mais Moïse a intercédé pour le peuple auprès du Seigneur, qui lui a ordonné de fabriquer un serpent de bronze et de le dresser en haut en indiquant : " quiconque aura été mordu et le regardera vivra " (Nb 21, 8).
Ce symbole mystérieux est repris par Jésus pour montrer comment il va nous donner la Vie divine. De même que le serpent d'airain a guéri ceux qui étaient sur leur lit de mort à cause de la morsure du serpent - évoquant le drame du péché de nos premiers parents - de même Jésus donnera la vie à tous ceux qui " regardent celui qu'ils ont transpercé " sur la Croix (cf. Jn 19, 37).
Le message que Jésus annonce à Nicodème exige de nous une invitation à accepter la vie que Dieu nous offre et, comme les Israélites dans le désert, à être guéris de nos blessures et de nos misères. Pour cela, il est donc intéressant d'écouter ce que le Seigneur nous enseigne aujourd'hui : que la Vie avec une majuscule est possible si nous regardons et avons le cœur fixé sur Jésus Crucifié.
Évangile (Jean 3, 16-21)
En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème :
« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »
Commentaire
Dans la liturgie de ce jour, nous entendons la dernière partie de la conversation de Jésus avec Nicodème. Dans les passages précédents, nous avons entendu que ce que le Maître annonce a trait à la Vie nouvelle que l'Esprit Saint et la mort de Jésus sur la Croix nous donneront. Aujourd'hui, il nous est rappelé que tout ce message de salut est né de l'amour de Dieu le Père pour ses fils et ses filles.
En même temps, Jésus saisit l'occasion pour rappeler à Nicodème - et à nous tous - que si nous voulons vivre la Vie de Dieu et être éclairés par lui, nous devons nous détourner des mauvaises actions et ne pas nous laisser piéger par elles car elles obscurcissent notre vision surnaturelle : "Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière,de peur que ses œuvres ne soient dénoncées " (v. 20).
Le Seigneur rappelle ainsi à Nicodème que nos actions influencent notre capacité à reconnaître Dieu lorsqu'il passe dans nos vies. En fait, Jésus souligne que les bonnes actions nous rapprochent de la lumière de Dieu, tandis que les mauvaises actions nous plongent dans les ténèbres (cf. v. 21). La façon dont nous nous comportons n'est pas indifférente à notre relation avec Dieu. De cela dépend la propreté de nos yeux et la sensibilité que nous avons pour le reconnaître.
Ce que nous devons voir, c'est que l'amour de Dieu est toujours là, au point qu'il a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils pour nous (cf. v. 16). Il appartient à chacun d'entre nous de le reconnaître. Aujourd'hui, Jésus nous enseigne quelle est notre tâche : nous devons nous efforcer de garder les yeux de la foi purs grâce aux bonnes œuvres, afin de pouvoir reconnaître avec joie le grand amour que Dieu a pour chacun d'entre nous.
Évangile (Jean 3, 31-36)
« Celui qui vient d’en haut est au-dessus de tous. Celui qui est de la terre est terrestre, et il parle de façon terrestre. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous, il témoigne de ce qu’il a vu et entendu, et personne ne reçoit son témoignage. Mais celui qui reçoit son témoignage certifie par là que Dieu est vrai. En effet, celui que Dieu a envoyé dit les paroles de Dieu, car Dieu lui donne l’Esprit sans mesure. Le Père aime le Fils et il a tout remis dans sa main. Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui refuse de croire le Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui. »
Commentaire
Dans ce bref passage, mis dans la bouche de saint Jean Baptiste, nous avons un résumé de la révélation de Jésus, à travers le témoignage de l'Esprit.
Le thème principal est la relation entre le Père et le Fils et le témoignage très particulier du Père que le Christ, "celui qui vient d'en haut", nous offre.
Tous les prophètes - y compris Jean-Baptiste, le dernier d'entre eux - ont rendu témoignage à la lumière, mais ils n'étaient pas la lumière (cf. Jean 1, 7-8). Jésus-Christ est la lumière du monde non pas parce qu'il prononce les paroles de Dieu, mais parce qu'il est la Parole de Dieu, au sens propre du terme.
Prendre de la hauteur demande une plus grande perspective. La supériorité de Jésus est celle de celui qui est en haut, de celui qui vient du ciel et qui a vu les choses telles qu'elles sont réellement.
Il y a quelques jours, pendant la Semaine sainte, nous avons contemplé Jésus suspendu au bois du Calvaire, un lieu élevé. De cette hauteur, il avait plus de recul que ceux d'en bas.
C'est pourquoi, souvent, ceux qui souffrent comprennent la vie d'une manière plus profonde. Celui qui est cloué sur une croix peut observer la réalité telle que Dieu la regarde depuis le ciel. Mais cela dépend toujours de son acceptation ou de son refus.
C'est parfois difficile à admettre, mais la supériorité dont parle Jésus ne s'obtient pas en maîtrisant, mais en portant notre croix sur notre calvaire personnel. Croire au Fils de Dieu, c'est le suivre jusqu'au bout.
"Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive" (Marc 8,34). C'est en suivant ainsi le Christ que nous fondons notre foi. C'est pourquoi, d'une certaine manière, la foi est un changement de perspective, qui ne dépend pas tant de la manière dont nous voyons les choses, mais de la façon dont nous laissons le Christ parvenir jusqu'à notre cœur.
Évangile (Jean 6, 1-15)
En ce temps-là, Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade. Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades. Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples. Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche. Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions- nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? »
Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit :
« Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. »
Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
« Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
Jésus dit :
« Faites asseoir les gens. »
Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient. Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples :
« Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. »
Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.
À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient :
« C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »
Mais Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.
Commentaire
Après une autre journée intense de prédication et de guérisons, Jésus a eu de la compassion pour la foule qui rentrait chez elle l'estomac vide et a demandé aux apôtres de les nourrir eux-mêmes.
Cette demande du Seigneur ne serait peut-être pas très bien accueillie par les disciples, car eux aussi étaient épuisés de la journée et rêvaient de rester laissés seuls avec le Maître et de se retirer dans un endroit tranquille pour se reposer avec Lui.
Jésus était bien conscient de la difficulté de ce qu'il leur demandait, mais il l'a quand même fait. Le Seigneur nous demande aussi des choses qui semblent souvent impossibles à accomplir et à réaliser : un commandement que nous ne parvenons pas à vivre, une relation difficile, un ami dont nous nous éloignons, une vertu pour laquelle nous luttons depuis longtemps mais qui ne marche pas...
En fin de compte, ce que le Seigneur veut avec ce "donnez-leur quelque chose à manger", c'est que les apôtres aient confiance en Lui et pas tellement en ce qu'ils ont ou en ce qu'ils peuvent obtenir.
Après s'être mis au travail pour accumuler le plus de nourriture possible, le résultat est bien maigre. Qu'est-ce que cinq pains et deux poissons pour alimenter une multitude ? Certainement rien. Ou plutôt : presque rien. Mais ce "presque" est ce qui rend possible le grand miracle que le Seigneur accomplit.
Jésus, avec ce "presque", les fait tous se nourrir, et il reste douze paniers pleins. Jésus ne ménage pas ses efforts, il donne tout, il se donne entièrement. Et il le fait pour que nous ayons la vie, et que nous l'ayons en abondance (cf. Jn 10, 10).
Évangile (Jean 6, 16-21)
Le soir venu, les disciples de Jésus descendirent jusqu’à la mer. Ils s’embarquèrent pour gagner Capharnaüm, sur l’autre rive.
C’était déjà les ténèbres, et Jésus n’avait pas encore rejoint les disciples. Un grand vent soufflait, et la mer était agitée. Les disciples avaient ramé sur une distance de vingt-cinq ou trente stades (c’est-à-dire environ cinq mille mètres), lorsqu’ils virent Jésus qui marchait sur la mer et se rapprochait de la barque. Alors, ils furent saisis de peur.
Mais il leur dit :
« C’est moi. N’ayez plus peur. »
Les disciples voulaient le prendre dans la barque ; aussitôt, la barque toucha terre là où il se rendaient.
Commentaire
Après avoir considéré hier le miracle de la multiplication des pains et des poissons, la Liturgie nous offre aujourd'hui un autre miracle extraordinaire : Jésus va à la rencontre des disciples au milieu de la tempête, en marchant sur les eaux.
Cette action étonnante du Seigneur reflète une fois de plus sa puissance, qui domine la nature, et qui surprend une fois de plus la foi encore fragile des apôtres.
Si le livre de l'Exode raconte le départ du peuple d'Israël d'Égypte, en traversant la mer Rouge à pied, grâce à l'action de Dieu à travers Moïse, dans cet épisode, Jésus se montre plus grand que le "plus grand des prophètes", puisqu'il n'a même pas besoin de fendre les eaux pour s'approcher du bateau en détresse.
De même, l'expression que Jésus utilise pour se faire reconnaître : " C'est moi ", est la même que celle que Dieu a utilisée pour se faire connaître à Moïse dans l'épisode du buisson ardent (cf. Ex 3,8).
Les chrétiens de tous les temps, antérieurs et également représentés par les disciples effrayés dans la barque, ont besoin de la puissance de Dieu pour ne pas succomber à la tempête. Saint Thomas, commentant un texte de Saint Augustin, disait que si nous avons une grande foi en l'action de Dieu, "le vent, la tempête, les vagues et les ténèbres ne pourront pas détourner le navire de sa route et le détruire".
Ce bateau qui représente l'Église, apparemment faible face à une telle tempête, flottera toujours parce que celui qui le guide est, en dernière instance, Jésus-Christ lui-même.