Évangile (Marc 6, 30-34)
En ce temps-là,
après leur première mission,
les Apôtres se réunirent auprès de Jésus,
et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.
Il leur dit :
« Venez à l’écart dans un endroit désert,
et reposez-vous un peu. »
De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux,
et l’on n’avait même pas le temps de manger.
Alors, ils partirent en barque
pour un endroit désert, à l’écart.
Les gens les virent s’éloigner,
et beaucoup comprirent leur intention.
Alors, à pied, de toutes les villes,
ils coururent là-bas
et arrivèrent avant eux.
En débarquant, Jésus vit une grande foule.
Il fut saisi de compassion envers eux,
parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger.
Alors, il se mit à les enseigner longuement.
Commentaire
Jésus cherche un endroit solitaire pour se reposer. Il y avait tellement de gens qui venaient le voir qu'ils ne trouvaient même pas le temps de se nourrir. Ils partent en bateau vers un endroit désert, mais à peine arrivés, ils trouvent une foule de gens qui le cherchent. Et Jésus, les regardant avec compassion, oublie de se reposer et reste avec eux, en leur enseignant beaucoup de choses.
Toute la vie de Jésus est une vie d'amour. Il travaille par amour et se repose par amour. Jésus se repose en regardant la foule, en la regardant avec amour, en étant intérieurement ému par chacun d'entre eux.
Il nous apprend ainsi que le vrai repos naît de l'amour. Un repos qui permet de se régénérer, de regarder les autres et de nous réjouir avec eux.
Au contraire, quand nous nous regardons, quand nous cherchons le repos en ne pensant qu'à nous-mêmes, alors aucun repos ne régénère, aucun repos n'est suffisant. Parfois, nous pensons avoir besoin d'un peu de répit parce que nous sommes mécontents de notre travail et que nous voulons nous en échapper. Et nous recherchons des divertissements qui nous éloignent de la réalité, de la vie, des autres. Et, au fond, ce repos ne donne qu'une insatisfaction intérieure.
Jésus-Christ va se reposer, mais pas pour oublier cette foule, mais pour pouvoir se donner à elle. C'est pourquoi, lorsqu'il la voit, il se met à son service, car il sait que la seule façon de se reposer est de s'ouvrir à elle.
La même chose nous arrive. Combien de fois nous est-il arrivé qu'après une journée fatigante, en rentrant chez nous, nous oubliions notre fatigue parce qu'il y avait quelque chose qui nous intéressait et nous nous y mettions sans penser à autre chose.
Ce qui nous repose, ce n'est pas de ne rien faire, mais de découvrir l'amour qui se trouve au cœur de notre vie, de découvrir le Dieu-Amour qui a été dans notre journée, de découvrir nos amours. Ce dont nous avons besoin pour nous reposer, c'est de nous arrêter afin d'être poussés à regarder l'autre avec joie.
Précisément, Dieu nous offre le dimanche pour nous reposer. Dieu nous dit : "arrête-toi, arrête-toi un moment ; rends-toi compte de qui tu es ; ne va pas trop vite dans la vie ; si tu vas trop vite, tu perds la ligne d'horizon".
Nous devons nous arrêter pour contempler ce monde et l'apprécier, pour vivre dans la louange et la gratitude, pour regarder notre famille, nos amis, notre travail et dire : "Comme la vie est belle". Pour voir ce que nous portons dans nos cœurs, si durant cette semaine nous les avons remplis de cendres ou de feu de l'amour.
En bref, découvrir que nous sommes enfants de Dieu. Comme nous le conseille saint Josémaria : " Repose-toi sur la filiation divine. Dieu est un Père — ton Père ! — plein de tendresse, d’un amour infini.— Appelle-le souvent ainsi, Père. Et dis-lui, seul à seul, que tu l’aimes très fort ! Que tu te sens fier et fort d’être son fils." (Forge 331).
Jésus est intérieurement ému, il regarde avec joie ces hommes et ces femmes. Nous aussi, nous nous reposerons lorsque nous serons capables de redécouvrir avec le Christ le sens de notre travail et de nos tâches, lorsque nous serons intérieurement émus devant notre mari, notre femme, nos enfants, nos frères et sœurs, nos amis, et que nous les regarderons avec joie.
Évangile (Matthieu 12, 38-42)
En ce temps-là,
quelques-uns des scribes et des pharisiens
adressèrent la parole à Jésus :
« Maître, nous voulons voir un signe venant de toi. »
Il leur répondit :
« Cette génération mauvaise et adultère réclame un signe,
mais, en fait de signe,
il ne lui sera donné que le signe du prophète Jonas.
En effet, comme Jonas est resté dans le ventre du monstre marin
trois jours et trois nuits,
le Fils de l’homme restera de même au cœur de la terre
trois jours et trois nuits.
Lors du Jugement, les habitants de Ninive
se lèveront en même temps que cette génération,
et ils la condamneront ;
en effet, ils se sont convertis
en réponse à la proclamation faite par Jonas
Commentaire
Notre Seigneur sait que la demande des scribes et des pharisiens n'est pas sincère et manque de bonne foi. Par leur demande explicite, ils veulent mettre Jésus à l'épreuve, et sont probablement prêts à attribuer à Belzébul (comme ils l'avaient fait peu avant, cf. Mt 12,24) tout miracle qu'il pourrait accomplir. Il rejette donc fermement leur demande.
Il fait ensuite référence à un "signe de Jonas". Ce signe fonctionne à plusieurs niveaux. Concrètement, comme le dit l'Évangile, les trois jours et les trois nuits de Jonas dans le ventre de la baleine sont un signe de l'intervalle entre la mort et la résurrection de notre Seigneur. Cette interprétation est également soutenue par le signe parallèle du temple reconstruit en trois jours. Lorsque le même groupe de personnes lui avait demandé : "Quel signe nous donnes-tu pour faire cela ?", Jésus avait répondu : "Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai" (Jn 2, 17-22).
Mais il existe d'autres points de comparaison évidents avec Jonas, et Jésus y faisait probablement aussi référence. Plus largement, toute la mission de Jonas est un signe : le sacrifice volontaire de sa vie pour sauver ses compagnons, sa fuite miraculeuse de sa mort et le succès merveilleux de sa prédication à Ninive. Tout cela est mis en parallèle avec la mort rédemptrice de notre Seigneur, sa résurrection et le triomphe ultérieur de l'Évangile.
Les scribes et les pharisiens, instruits des Écritures, pouvaient aussi comprendre l'avertissement des paroles de Notre Seigneur : " Réalisez qu'il y a plus ici que Jonas ". Ils ont obstinément rejeté le message de Jésus. Cependant, les Ninivites se sont repentis lorsqu'ils ont été confrontés au message de Jonas : "Dans quarante jours, Ninive sera détruite". Ainsi, si les scribes et les pharisiens continuaient à mépriser le message de notre Seigneur, ils seraient eux aussi confrontés au désastre, et - semble-t-il ajouter - cela arrivera à cette génération.
Quant à nous, tout le passage est une exhortation à nous tourner vers Notre Seigneur et à accepter ses enseignements, car ils sont la vraie et seule voie du salut.
Évangile (Matthieu 12, 46-50)
En ce temps-là, comme Jésus parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler. Quelqu’un lui dit :
« Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler. »
Jésus lui répondit :
« Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? »
Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit :
« Voici ma mère et mes frères. Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »
Commentaire
Tout au long de sa vie publique, Jésus n'a cessé de donner la priorité à sa mission, et tout autre lien terrestre passe au second plan. Le Royaume des Cieux est au-dessus de tous les autres engagements. Même les liens familiaux, qui étaient cruciaux dans cette culture, sont de moindre importance : Jésus avertit ses auditeurs que quiconque aime sa famille plus que lui n'est pas digne de lui (cf. Mt 10, 34-37).
À cette occasion, les membres de sa famille se sont rendus à Capharnaüm, où ils savaient qu'il était avec ses disciples, pour lui parler. Peut-être voulaient-ils l'inciter à être plus prudent face à l'opposition croissante des scribes et des pharisiens. Le trouvant occupé à enseigner à ses disciples, ils sont restés dehors et lui ont envoyé un message.
Ils s'attendaient à ce qu'il quitte un instant leur enseignement pour venir à eux. Mais Jésus a saisi ce moment pour proclamer un nouvel enseignement à ses disciples. Tendant la main vers eux, il a proclamé solennellement : "celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère ». Cette déclaration a ouvert des horizons inattendus : Jésus construisait une nouvelle famille fondée sur des liens spirituels plutôt que sur la généalogie ou la parenté. Pour en faire partie, dit Jésus, il suffit de s'engager à faire la volonté de Dieu. Tout le monde peut s'inscrire.
Les liens qui se tissent entre les chrétiens sont très étroits. Jésus les compare aux liens familiaux, ce qui montre qu'il considère les familles physiques comme une bénédiction, comme des écoles de fraternité et d'amour. En effet, "le Christ a voulu naître et grandir au sein de la Sainte Famille de Joseph et Marie" (CEC, n. 1655). Cependant, cette nouvelle famille est considérée comme une bénédiction encore plus grande, et elle étendra cette fraternité et cet amour à tous.
Nous appartenons à cette famille : "l'Église n'est autre que la famille de Dieu" (CEC, n. 1655). Jésus a enseigné à ses disciples combien nous sommes responsables les uns des autres. La veille de sa passion, il leur a ordonné : "Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres." (Jn 13,34-35).
Et cette charité se manifeste de manière très concrète. Nous devons régulièrement nous demander comment nous pouvons "Portez les fardeaux les uns des autres : ainsi vous accomplirez la loi du Christ" (Gal 6,2).
Évangile (Matthieu 13, 1-9)
Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer.
Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage. Il leur dit beaucoup de choses en paraboles :
« Voici que le semeur sortit pour semer. Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger. D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde. Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché. D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés. D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Commentaire
Cette parabole est un nouveau départ dans le ministère de notre Seigneur. Jusqu'alors, son enseignement avait été clair et explicite, et facilement compris par les multitudes. Nous pouvons donc comprendre leur surprise lorsqu'après sa belle description du semeur et de la semence, au lieu de leur expliquer la parabole, il termine brusquement : "Que celui qui a des oreilles, qu’il entende". Jésus a effectivement donné l'interprétation, mais seulement plus tard, en privé, aux apôtres.
Pour nous, le sens de cette parabole semble évident, mais en réalité c'est parce que nous avons l'explication de Notre Seigneur lui-même (cf. Mt 13,18-23). Pour les foules, qui l'entendaient pour la première fois sur les rives du lac, cela semblait mystérieux, comme une énigme sans réponse. Ils devaient donc en découvrir le sens, et le seul moyen sûr de le faire était de demander à un maître, qui serait une personne accréditée par Jésus lui-même. En enseignant en paraboles et en donnant la clé de leur signification aux apôtres, Jésus leur a donné l'autorité d'enseigner en son nom, tout en les formant à leur rôle. En cela, nous pouvons discerner, au moins en pratique, le début de l'autorité pédagogique de l'Église.
Dans l'introduction de son Commentaire sur le Livre de Job, saint Grégoire le Grand a écrit de façon mémorable : "Le Verbe divin (...) est une sorte de fleuve, si je puis le comparer, qui est à la fois large et profond, dans lequel l'agneau peut marcher et l'éléphant nager" (Grégoire le Grand, Moralia, Epître à Léandre 4). Cette description est très appropriée pour les paraboles de Notre Seigneur, et cette qualité en fait une méthode d'enseignement idéale pour les auditeurs qui ont différentes capacités ; tout le monde peut y apprendre quelque chose.
Les chrétiens de différentes époques ont apprisde Notre Seigneur et de l'Église primitive à communiquer le contenu de la foi avec des mots que les différents publics pouvaient comprendre. Les vérités restent inchangées, mais le langage change pour s'adapter à la mentalité de l'époque et à la capacité des auditeurs. Cette tâche incombe à chaque fidèle, et nous pouvons demander à l'Esprit Saint de nous aider à trouver les mots justes pour que nos auditeurs puissent assimiler la doctrine qu'ils contiennent (cf. Lc 12,12).
Évangile (Jean 20, 1-2 ; 11-18)
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus.
Ils lui demandent :
« Femme, pourquoi pleures-tu ? »
Elle leur répond :
« On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. »
Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
Jésus lui dit :
« Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? »
Le prenant pour le jardinier, elle lui répond :
« Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. »
Jésus lui dit alors :
« Marie ! »
S’étant retournée, elle lui dit en hébreu :
« Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître.
Jésus reprend :
« Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »
Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples :
« J’ai vu le Seigneur ! »,
et elle raconta ce qu’il lui avait dit.
Commentaire
Dans le Cantique des Cantiques, il est dit que "Un homme donnerait-il toutes les richesses de sa maison pour acheter l’amour, il ne recueillerait que mépris. " (8:7).
Celui qui prétend qu'il existe une richesse supérieure à l'amour n'a tout simplement rien compris.
Celui qui donnerait quelque chose en échange d'un amour qui n'est pas de l'amour, n'a tout simplement rien donné.
C'est ce que nous enseigne sainte Marie-Madeleine : que, comme le disait saint Josémaria, " il n'y a d'autre amour que l'Amour ". (Chemin, 417).
La préface que l'Église utilise pour louer Dieu dans la messe d'aujourd'hui résume le parcours de cette sainte : on y lit que le Christ ressuscité est apparu à Marie Madeleine de façon évidente dans le jardin, car elle l'a aimé dans la vie, l'a vu mourir sur la Croix, l'a cherché couché dans le tombeau, et a donc été la première à l'adorer après sa résurrection. Le texte conclut que ce chemin a conduit Dieu à l'honorer en lui confiant la mission d'être "apostolorum apostola", l'apôtre des apôtres, afin que la bonne nouvelle de la vie nouvelle atteigne les extrémités de la terre.
"Si tu veux connaître une personne, demande-lui non pas ce qu'elle pense, mais ce qu'elle aime". Cette phrase bien connue, attribuée à Saint Augustin, nous permet de nous rendre compte que nous savons tout sur Marie Madeleine : peut-être ne connaissons-nous pas beaucoup de traits de sa biographie, si ce n'est que Jésus avait chassé d'elle sept démons (cf. Lc 8,2), mais nous découvrons ce qui est fondamental dans les jours cruciaux de la vie du Seigneur : elle ne s'est séparée de Lui ni sur la Croix ni dans le tombeau, et c'est pourquoi Dieu l'a unie à elle pour toujours dans l'heureux événement de la Résurrection.
Il est significatif que la seule femme qui partage et surpasse tous ces attributs de Madeleine porte le même nom : Marie, la Mère de Jésus. En effet, ces deux femmes ont été choisies par le Seigneur pour une mission spécifique : aimer en vivant, vivre en aimant. Et pour que le feu marque dans leur cœur le chemin de tous ceux qui viendront après eux.
Évangile (Matthieu 13, 18-23)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Écoutez ce que veut dire la parabole du semeur. Quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin.
Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt.
Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit.
Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »
Commentaire
La parabole du semeur a été appelée par le Pape François "la mère" de toutes les paraboles, parce qu'elle nous parle de deux choses essentielles : de l'écoute de la Parole de Dieu, et du fonctionnement du cœur de Dieu, qui répand sa semence dans toutes les personnes sans distinction (cf. Angélus, 12 juillet 2020).
Mais c'est aussi une de ces paraboles dont nous avons non seulement la narration, mais aussi une explication offerte par Jésus lui-même : tout en nous révélant le cœur du Père, il nous permet de regarder dans notre propre cœur, avec le désir de mieux nous préparer et de devenir un terrain fertile.
Comme nous pouvons le remarquer, le Seigneur met en garde contre trois obstacles qui empêchent le développement harmonieux de la semence divine dans notre âme : ne pas comprendre, ne pas avoir de racine, vivre préoccupé et séduit. Ces trois scénarios peuvent finir par étouffer une Parole qui pourrait remplir notre vie de joie, la transformant en une vie stérile.
D'abord, ne pas comprendre. Il est clair que Jésus ne parle pas de l'impossibilité de connaître les mystères divins : par exemple, nous ne comprendrons jamais complètement la Sainte Trinité. Le Seigneur fait référence à l'attitude intérieure. Si notre vie manque de disposition à étudier les choses, à consacrer des heures pour mieux connaître la foi, à embrasser la fécondité du silence, nous ne pourrons guère porter le fruit attendu. Nous resterons dans la superficialité, dans le bruit, dans l'idéologie.
Deuxièmement, nous n'avons pas de racines. C'est comme le rêve qu'a fait saint Josémaria : les personnes qui veulent être des saints, mais qui n'ont pas de vie intérieure, traversent le monde de façon incertaine, peu sûre, comme une personne qui voyage en avion mais sur installé sur les ailes (cf. Amis de Dieu, 18). Sans la prière, sans l'Eucharistie, sans les sacrements, sans la piété, il ne peut y avoir de fruits.
Troisièmement, vivre préoccupé et séduit. Même ceux d'entre nous qui veulent suivre le Christ ne sont pas exempts de la tentation de la vanité, de la richesse, du succès, du luxe, du désir de sécurité financière. Nous pouvons facilement oublier que le fruit de notre travail est pour Dieu, et que le reste n'est que poussière et cendres.
C'est pourquoi, il n'y a rien de mieux que de se tourner vers le terrain fertile par excellence : Marie Très Sainte. Elle saura, avec sa patience de mère, déraciner tout ce qui, dans nos vies, empêche la Parole de porter du fruit. Parfois, cela fera mal, mais c'est nécessaire : nous ne pouvons pas oublier que "si le grain de blé ne tombe pas en terre et ne meurt pas, il reste infructueux" (Jean 12, 24).
Évangile : Matthieu, 13, 24-30
En ce temps-là, Jésus proposa aux foules une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : « Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? » Il leur dit : « C’est un ennemi qui a fait cela. »
Les serviteurs lui disent : « Veux-tu donc que nous allions l’enlever ? »
Il répond : « Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier. » »
Commentaire
Il est certain que l'existence du mal nous choque profondément. C'est d'ailleurs la raison invoquée par beaucoup de personnes pour remettre en question l'existence de Dieu, car elles ne voient aucune compatibilité possible entre sa bonté et toutes les mauvaises choses qui se produisent. De la même manière, de nombreux croyants sont témoins de scénarios complexes et d'injustices flagrantes, tandis que le Seigneur semble rester impassible.
Grâce à la parabole du bon grain et de l'ivraie, que Jésus lui-même a expliquée (bien que cette partie n'apparaisse pas dans l'Évangile d'aujourd'hui), révèle la raison et le sens de cette réalité tragique. Ainsi, il nous fait voir que Dieu n'est ni indifférent, ni naïf : le Seigneur voit parfaitement tout le mal de l'histoire, il ne le nie pas et ne l'ignore pas. Et un jour, il la jugera : "Ne vous y trompez pas : on ne se moque pas de Dieu. Chacun récolte ce qu'il a semé" (Galates 6, 7).
En fait, cette parabole de Jésus affirme catégoriquement que le mal existe, qu'il est présent dans la vie des hommes. En même temps, elle déclare qu'il ne peut pas venir de Dieu. C'est quelqu'un d'autre qui a semé cette graine : "L'ivraie est le fruit du malin, et l'ennemi qui l'a semée, c'est le diable" (Matthieu 13, 38).
Pourquoi Dieu n'arrache-t-il pas l'ivraie ? Jésus le dit clairement : le déraciner signifierait emporter avec lui le bon fruit qu'il a semé : la liberté. Le Seigneur n'intervient pas comme il nous plairait, en partie parce qu'il veut intervenir à travers nous : "la bonne semence, ce sont les enfants du Royaume" (Matthieu 13, 38). Retirer à l'humanité la possibilité de faire le mal, c'est aussi lui retirer la liberté de faire le bien, la liberté d'aimer.
Avec une simplicité extrême, mais avec une grande profondeur, le Seigneur nous montre que toute l'histoire humaine, aussi complexe soit-elle, connaîtra un moment définitif : le blé sera séparé de l'ivraie. Mais ce moment n'est pas décidé par nous : il est décidé par Dieu, qui connaît les temps de la moisson.
C'est à nous de cultiver avec patience tout ce qu'il y a de beau, d'admirable et de grand, qui est donné par Dieu et de lui confier les résultats. Il rend à chacun selon ses œuvres : " Parce que tu as gardé la parole de la persévérance en moi, je te garderai aussi à l'heure de la tentation qui va venir sur le monde entier, pour éprouver les habitants de la terre. Je viens bientôt. Retiens ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne." (Apocalypse 3, 10-11).
Évangile (Jean 6, 1-15)
En ce temps-là, Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade. Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades. Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples. Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche. Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. » Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! » Jésus dit : « Faites asseoir les gens. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient. Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. » Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.
À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. » Mais Jésus savait qu’ils allaient l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.
Commentaire
L’Évangile d’aujourd’hui raconte une multiplication des pains et des poissons, un jour de printemps, puisqu’il y avait beaucoup d’herbe là où le Christ fit s’allonger une foule nombreuse (cf. Jn 6 ,10). Jésus interrogea auparavant Philippe, pour le préparer à recevoir le miracle par la foi. Comment nourrir tant de personnes ? Dieu veut avoir besoin des hommes. C’est la manière dont il agit pour nous faire grandir dans la foi et dans l’audace ; c’est aussi une façon de nous associer plus intimement à sa vie. André présente à Jésus un jeune garçon, qui a cinq pains d’orges et deux poissons. Le Seigneur rend grâce et multiplie cette nourriture en abondance. Nous ne savons pas exactement comment se produisit ce miracle. Dans une multiplication des pains racontée par Matthieu, Jésus fait appel à ses disciples pour distribuer la nourriture (cf. Mt 14, 19), et peut-être, comme le pensent certains Pères de l’Église, le pain ne cessait-il de sortir des corbeilles dans lesquelles les disciples plongeaient leurs mains, un peu comme dans un miracle d’Élisée, lorsque l’huile de la veuve ne cessait de couler d’un seul flacon (cf. 2 R 4, 1-7).
Saint Jean précise que la Pâque était proche. Un peu après, au même chapitre, l’Évangéliste rapporte le discours du pain de vie. Il y a donc dans le récit de Jean un symbolisme évident qui renvoie au mystère pascal et au mystère eucharistique. Dans ce passage, certains mots en grec, comme le verbe « eucharistein » (v. 11), « rendre grâce », ou le mot « klasma » (v.12), pour « fragment », ont une claire connotation eucharistique ; le premier, chez Luc et Paul (cf. Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 23) ; le second dans un texte très ancien, la Didachè (fin du Ier siècle).
La liturgie de la Messe de ce dimanche confirme ce symbolisme en proposant, comme première lecture, l’épisode d’une multiplication des pains par le prophète Élisée. C’est l’abondance des dons divins qui est soulignée, puisque Élisée peut affirmer : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : “On mangera, et il en restera” » (2 R 4, 43). Mais il s’agissait de vingt petits pains pour cent hommes. Le miracle de Jésus est plus important. Le Psaume 145(144) nous invite à rendre grâce pour cette nourriture que le Seigneur donne : il le fait grâce à un miracle, et aussi dans l’Eucharistie, de sorte que le récit du passé suscite aussi l’espérance du peuple ; le Psaume s’en fait l’écho : « Les yeux sur toi, tous, ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; tu ouvres ta main : tu rassasies avec bonté tout ce qui vit » (v. 15-16).
« L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4, 4 ; cf. Dt 8, 3). Jésus Christ, Parole vivante du Père, nous nourrit par la Parole et par les sacrements. Cette Parole emplit nos cœurs de paix et de joie, en même temps qu’elle nourrit notre intelligence, parce que le « Logos », la Parole éternelle de Dieu, donne un sens à nos vies. Saint Jean nous invite à croire en Jésus, qui est lui-même nourriture, comme le Discours du pain de vie le proclame (cf. Jn 6, 26-59), un pain qui donne la vie éternelle (cf. Jn 6, 58). Telle est l’espérance essentielle du chrétien, que la Lettre aux Éphésiens présente dans un chant à l’unité de l’Église, unité qui se manifeste sept fois : « Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous » (Eph 4, 6). En effet, c’est parce qu’ils mangent un même Pain que les chrétiens deviennent le Corps du Christ ; dans la célébration de l’Eucharistie, le Peuple de Dieu devient ce Corps.
Peu après ce récit de la multiplication des pains, Jean place l’épisode du Christ qui marche sur les eaux (cf. Jn 6, 16-21). Là aussi, d’une part il y a des miracles qui sont effectivement réalisés, ce ne sont pas de simples paraboles, mais des faits historiques, devant témoins, qui fondent leur foi et la nôtre. En même temps, au-delà des miracles, ces évocations de l’eau en quelque sorte « dominée » et du pain qui nourrit, ainsi que peu après des murmures de ceux qui s’étonnent des gestes et des paroles de Jésus (cf. Jn 6, 42), s’inscrivent dans la continuité des miracles de Moïse pendant l’Exode et des murmures du peuple hébreu (cf. Ex 16, 2.8) : la manne au désert, le passage de la mer Rouge.
La prière sur les offrandes de la Messe de ce jour affirme que le pain et le vin à peine présentés au Seigneur sont le fruit de sa largesse, de sa générosité. Dans l’Eucharistie, Dieu se donne lui-même, et il nous rend capables de nous donner à notre tour. La mesure de ce don n’est autre que celle de l’amour : l’amour porte en lui-même le don de soi, le sens d’un sacrifice joyeux. Aussi le Christ se retire-t-il, afin de ne pas être fait roi (cf. Jn 6, 15). Car sa royauté est amour et service. « Avec le Seigneur, la seule mesure est d’aimer sans mesure » (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 232). Ainsi la Vierge Marie est la Mère du bel Amour (cf. Si, 24,24). Qu’elle nous aide à découvrir comment répondre généreusement aux dons de Dieu dans nos vies et rendre grâce pour celui de l’Eucharistie, manifestation de l’Amour de Jésus pour son Père et pour l’humanité !
Évangile (Matthieu 13, 31-35)
En ce temps-là,
Jésus proposa aux foules une autre parabole :
« Le royaume des Cieux est comparable
à une graine de moutarde
qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ.
C’est la plus petite de toutes les semences,
mais, quand elle a poussé,
elle dépasse les autres plantes potagères
et devient un arbre,
si bien que les oiseaux du ciel viennent
et font leurs nids dans ses branches. »
Il leur dit une autre parabole :
« Le royaume des Cieux est comparable
au levain qu’une femme a pris
et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine,
jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles,
et il ne leur disait rien sans parabole,
accomplissant ainsi la parole du prophète :
J’ouvrirai la bouche pour des paraboles,
je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde.
Commentaire
Qu’ils sont clairs les exemples que le Seigneur nous donne ! Clairs et, logiquement, instructifs, puisque nous sommes ainsi faits que nos actions s’améliorent si nous en comprenons bien les motifs.
La liturgie nous propose aujourd’hui deux exemples de sa pédagogie, deux courtes paraboles ou métaphores qui nous montrent la manière dont la grâce de Dieu agit dans notre âme. En réalité, deux étapes de son action en nous.
En premier lieu, le grain de sénevé. En lisant calmement le texte la conclusion s’impose à nous que Dieu n’est pas pressé, ou bien qu’il compte le temps d’une manière bien différente de la nôtre.
Nous, nous sommes habitués à mesurer l’efficacité de nos actions aux résultats immédiats obtenus. Dieu non. Il sait attendre et fait preuve de patience, y compris lorsque nous sommes peu dociles aux grâces qu’il nous envoie.
La seconde image est celle du levain enfoui dans la pâte. Ici aussi nous retrouvons l’idée de la patience et de la constance. En outre, une autre tout aussi importante sinon plus : que le levain doit « tout » faire lever : « jusqu’à ce que toute la pâte ait levé »
Ce qui signifie que la grâce de Dieu, c’est-à-dire le bon esprit chrétien, doit être présente dans l’ensemble de nos activités : travail, relations familiales et sociales et, bien entendu, dans notre vie de piété. Ainsi, si nous sommes dociles, Dieu pourra mener à bien son œuvre de sanctification dans notre âme et sanctifier aussi le milieu où nous évoluons.
Évangile (Matthieu 13, 36-43)
En ce temps-là,
laissant les foules, Jésus vint à la maison.
Ses disciples s’approchèrent et lui dirent :
« Explique-nous clairement
la parabole de l’ivraie dans le champ. »
Il leur répondit :
« Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ;
le champ, c’est le monde ;
le bon grain, ce sont les fils du Royaume ;
l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais.
L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ;
la moisson, c’est la fin du monde ;
les moissonneurs, ce sont les anges.
De même que l’on enlève l’ivraie
pour la jeter au feu,
ainsi en sera-t-il à la fin du monde.
Le Fils de l’homme enverra ses anges,
et ils enlèveront de son Royaume
toutes les causes de chute
et ceux qui font le mal ;
ils les jetteront dans la fournaise :
là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Alors les justes resplendiront comme le soleil
dans le royaume de leur Père.
Celui qui a des oreilles,
qu’il entende ! »
Commentaire
Pour bien comprendre l’Évangile d’aujourd’hui, présentant l’explication du Seigneur de la parabole de l’ivraie, il faut sans doute lire d’abord le texte complet, c’est-à-dire les versets 24 au 30 du chapitre 13 de saint Matthieu, lus samedi dernier. Cette lecture précise l’origine de l’ivraie : c’est un ennemi du propriétaire du champ qui l’a semée.
Cela explique aussi l’étonnement des serviteurs qui, un bon jour, ont découvert le champ envahi par cette plante nocive. Rappelons qu’au cours des première semaines après les semailles, les deux plantes se ressemblent beaucoup, à un point tel qu’il est assez difficile de les distinguer. C’est pourquoi le Seigneur leur conseille d’attendre la moisson, afin de ne pas arracher involontairement le bon blé.
Le Seigneur affirme que le champ est le monde et l’ennemi, le diable. Sans donner dans le pessimisme, nous le constatons chaque jour dans la plupart des pays. Or, cette explication n’exclut pas une autre, un peu plus personnelle, selon laquelle le champ serait notre âme. Dieu y sème sa grâce, comme nous le voyions hier, et le diable l’ivraie, les mauvais désirs.
Que faire ? Sur le plan personnel, il faut sans doute réagir au plus vite, sans attendre la fin des temps. Ce qui exige une des pratiques de piété, toujours présente dans la vie de l’Église : l’examen de conscience. Son objet ? Tout à la fois les questions personnelles et notre responsabilité dans les affaires du monde qui est le nôtre.
Résolution ? Peut-être, davantage de vigilance, une des causes de la présence abondante d’ivraie étant la paresse des hommes. Saint Josémaria nous le dit dans l’une de ses homélies : « Triste paresse que ce sommeil ! » (Quand le Christ passe, n° 123).
Évangile (Matthieu 13,44-46)
En ce temps-là,
Jésus disait aux foules :
« Le royaume des Cieux est comparable
à un trésor caché dans un champ ;
l'homme qui l'a découvert le cache de nouveau.
Dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il possède,
et il achète ce champ.
Ou encore :
Le royaume des Cieux est comparable
à un négociant qui recherche des perles fines.
Ayant trouvé une perle de grande valeur,
il va vendre tout ce qu'il possède,
et il achète la perle. »
Commentaire
Jésus parle du Royaume des Cieux à travers des paraboles et des comparaisons claires et simples, très imagées, qui peuvent être facilement retenues, et qui nous permettent d'y revenir sans cesse pour en tirer des enseignements et prendre des résolutions concrètes.
Dieu a un projet pour chaque personne, pour chacun d'entre nous, pour nous rendre heureux dans son Royaume et en travaillant pour son Royaume, ce qui se concrétise dans notre vocation personnelle. Tout au long de notre vie, il nous révèle ses projets jusqu'au moment où nous sommes confrontés à ce cadeau préparé de toute éternité. Nous sommes libres de l'accepter ou de le rejeter.
D'une part, nous percevons la beauté de l'horizon qui s'ouvre devant nous. D'autre part, les renonciations impliquent de tout laisser derrière soi pour se consacrer de toutes ses forces à ce que le Seigneur a placé devant nous. Jésus, en nous présentant la réaction logique de celui qui trouve un trésor caché ou une perle précieuse, nous aide à nous décider.
L'appel de Dieu est quelque chose de très précieux. "Si vous me demandez comment on ressent l'appel divin, dit saint Josémaria, comment on en prend conscience, je vous dirai que c'est une nouvelle vision de la vie. C'est comme si une lumière s'allumait en nous ; c'est une impulsion mystérieuse qui pousse l'homme à consacrer ses énergies les plus nobles à une activité qui, avec la pratique, finit par prendre la forme d'une profession. Cette force vitale, qui a quelque chose d'une avalanche irrésistible, est ce que d'autres appellent une vocation" (Saint Josémaria, Lettre n° 3, n° 9).
C'est pourquoi saint Josémaria souligne que " notre appel, lorsque nous avons su le recevoir avec amour, lorsque nous avons su l'estimer comme quelque chose de divin, est une pierre précieuse d'une valeur infinie. Cet appel est un trésor caché que tout le monde ne trouve pas. Il est trouvé par ceux que Dieu choisit vraiment : on demandera beaucoup à ceux à qui on a beaucoup donné" (Ibidem, n° 9-10).
Aujourd'hui, les paroles de Jésus nous font prendre conscience de la valeur de ce que Dieu nous offre quand il nous appelle, et elles nous invitent à considérer qu'il vaut la peine de tout risquer pour l'obtenir : c'est la perle que le marchand acquiert au prix de la vente de ce qu'il possède, c'est le trésor trouvé dans le champ.
Évangile (Matthieu 13,47-53)
Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons.
Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien.
Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes
et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. « Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ».
Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »
Lorsque Jésus eut terminé ces paraboles, il s’éloigna de là.
Commentaire
Jésus parle de la pêche avec un filet qui attrape tout ce qu'il trouve. Il s'agit d'une sorte de long et large filet tendu entre deux bateaux qui, lorsqu'il est traîné, attrape les poissons, les algues ou tout autre objet flottant dans l'eau.
Le Seigneur a trouvé ses premiers disciples au milieu des bateaux et des filets, et il a souvent comparé le travail des âmes à la pêche, rappelait saint Josémaria. « Te souviens-tu de cette pêche miraculeuse, lorsque les filets se rompaient ? (...) À cette pêche apostolique, ouverte à toutes les âmes, nous pourrions appliquer ce texte de saint Matthieu, qui parle d'"un filet qu’on jette en mer et qui ramène toutes sortes de poissons", de toutes les tailles et qualités car tout ce qui nage dans les eaux de la mer trouve sa place dans ses mailles (Saint Josémaria, En dialogue avec le Seigneur, " Avec la docilité de l'argile ", n° 3). En effet, Dieu veut que tous les hommes, de toutes cultures, races et conditions, jouissent du bonheur éternel dans son Royaume ; il n'exclut personne de son appel à l'amitié avec lui. Mais tout le monde n'acceptera pas forcément son appel.
La mer est le monde où cohabitent toutes sortes de personnes, avec les dispositions les plus diverses et dans des circonstances très différentes. La volonté salvatrice de Dieu parvient à tous, que chacun peut librement accepter ou rejeter. Tout comme les pêcheurs sur le rivage séparent le bon grain de l'ivraie parmi tout ce qui a été remonté par le filet, il en sera de même à la fin des temps : le Seigneur jugera et discernera le bon grain de l'ivraie. Certains seront sauvés et d'autres seront condamnés, selon les œuvres de chacun.
« Le Christ jugera les vivants et les morts avec la puissance qu'il s’est acquise en tant que Rédempteur du monde, venu pour sauver les hommes, enseigne le Catéchisme. Les secrets des cœurs seront dévoilés, ainsi que la conduite de chacun envers Dieu et son prochain. Tout homme recevra la vie ou ou sera condamné pour l'éternité, selon ses œuvres" (Compendium du Catéchisme de l'Église catholique, n° 135).
Jésus parle d'une manière claire et douce de sujets très sérieux. Il est possible d'accueillir et de recevoir le bonheur éternel qu'il est venu offrir à tous, mais il est aussi possible de le refuser et d'aller en enfer, la fournaise de feu où il y a des pleurs et des grincements de dents.
Évangile (Mt 13, 54-58)
En ce temps-là, Jésus se rendit dans son lieu d’origine, et il enseignait les gens dans leur synagogue, de telle manière qu’ils étaient frappés d’étonnement et disaient :
« D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ? N’est-il pas le fils du charpentier ?
Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères : Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? Alors, d’où lui vient tout cela ? »
Et ils étaient profondément choqués à son sujet. Jésus leur dit :
«Un prophète n’est méprisé que dans son pays et dans sa propre maison.»
Et il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit-là, à cause de leur manque de foi.
Commentaire
Jésus retourne dans sa ville natale, à Nazareth. Le lieu de son enfance et de sa jeunesse. L'endroit où il a appris le métier d'artisan avec Joseph.
C'est aussi le lieu de la foi, la maison de Marie et Joseph. L’endroit du monde où la parole s'est faite chair, grâce à une femme qui s'est impliquée dans le plan de Dieu et un homme qui a osé rêver les rêves de Dieu.
Et c'est aussi le lieu de l'incrédulité. Jésus retourne dans sa ville et rencontre des hommes et des femmes qui n'ouvrent pas la porte à son œuvre rédemptrice, parce qu'ils sont enfermés dans un regard étroit, petit, limité. Incapable de voir en Jésus le Fils de Dieu.
Les gens sont étonnés par les merveilles de Jésus. "Où cet homme a-t-il trouvé cette sagesse et ces pouvoirs ?" demandent-ils, admiratifs. Mais, en même temps, ils font entrer Jésus dans leur schéma étroit et pauvre, dans leur vision horizontale de la vie : il est le fils de Joseph et de Marie, un de nous, juste un de nous, un de plus.
Ils ne veulent pas voir en Jésus le Fils de Dieu, le prophète qui parle au nom de Dieu.
D'une certaine manière, la même chose peut nous arriver lorsque nous regardons notre propre vie. Pour devenir nous-mêmes, nous devons découvrir dans notre dimension horizontale, dans notre vie quotidienne, notre véritable identité : nous sommes des enfants de Dieu, appelés à parler au nom de Dieu.
Nos relations familiales, notre travail, nos qualités et nos talents, nos amitiés, notre histoire, ne suffisent pas à expliquer qui nous sommes. Nous devons entrer dans une dimension verticale. Vivre dans ce monde comme ce que nous sommes vraiment : des enfants de Dieu.
Dans notre famille, dans notre travail et nos tâches quotidiennes, dans nos amitiés, où que nous vivions, nous sommes enfants de Dieu, nous parlons au nom de Dieu, nous remplissons tout du nom de Dieu, nous rendons présents le regard et la voix de Jésus-Christ.
Nous sommes plus que ce que l'on croit. Nous sommes une œuvre merveilleuse de Dieu. Dans nos vies, transparaît tout l'amour avec lequel Dieu nous a créés et toute notre capacité à lui dire oui chaque jour.
Évangile (Matthieu 14, 1-12)
En ce temps-là, Hérode, qui était au pouvoir en Galilée, apprit la renommée de Jésus et dit à ses serviteurs :
« Celui-là, c’est Jean le Baptiste, il est ressuscité d’entre les morts, et voilà pourquoi des miracles se réalisent par lui. »
Car Hérode avait fait arrêter Jean, l’avait fait enchaîner et mettre en prison. C’était à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe.
En effet, Jean lui avait dit :
« Tu n’as pas le droit de l’avoir pour femme. »
Hérode cherchait à le faire mourir, mais il eut peur de la foule qui le tenait pour un prophète. Lorsque arriva l’anniversaire d’Hérode, la fille d’Hérodiade dansa au milieu des convives, et elle plut à Hérode.
Alors il s’engagea par serment à lui donner ce qu’elle demanderait. Poussée par sa mère, elle dit :
« Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean le Baptiste. »
Le roi fut contrarié ; mais à cause de son serment et des convives, il commanda de la lui donner. Il envoya décapiter Jean dans la prison. La tête de celui-ci fut apportée sur un plat et donnée à la jeune fille, qui l’apporta à sa mère.
Les disciples de Jean arrivèrent pour prendre son corps, qu’ils ensevelirent ; puis ils allèrent l’annoncer à Jésus.
Commentaire
Jésus-Christ reçoit de la bouche de ses disciples la nouvelle de la mort de Jean-Baptiste. Ils savent combien ils se sont aimés et n'hésitent pas à aller le lui dire, peut-être pour trouver une petite consolation.
Avec quelle douleur Jésus-Christ a écouté l'histoire de la mort de son parent et ami ! Avec quelle tendresse il a réconforté les cœurs troublés de ces disciples, les amis de Jean ! Comment il les a encouragés à ce moment-là en leur parlant de la grandeur de cet homme ! Un homme qui n'a pas hésité à perdre sa tête pour Jésus.
La défense de la vérité, la vérité qui nous libère, la vérité qui n'est pas négociable, l'ennemi des faux compromis qui cherchent à sauver notre peau, nous fait perdre la tête.
Les paroles de Jean ont éclairé les hommes et les femmes de son temps, jusqu'à Hérode lui-même. Elles sont allées au fond de leur cœur et y ont semé les graines de la vérité, de la bonté, de la justice et de l'amour. C'étaient des mots capables de mettre en lumière cette parcelle d'humanité qui, bien qu'enterrée par une montagne de mensonges, habite le cœur de chaque homme.
Hérode avait glissé sur un chemin sans retour, se condamnant à une vie stérile et malheureuse, refermé sur lui-même, dans son égoïsme. Jean parle à son cœur, il veut le faire sortir de la prison dans laquelle il est enfermé.
Par l'exemple de sa propre vie, Jean veut lui montrer que l'amour véritable, profond et fécond est celui qui est prêt à se donner entièrement, à perdre sa vie pour les personnes aimées, à perdre sa tête pour elles.
C'est " le tumulte de l'amour " qui cherche " toujours, sans repos, le bien de l'autre, de l'être aimé, avec cette intensité qui va jusqu'aux larmes " ; qui " nous pousse à aller à la rencontre de l'autre, sans attendre que l'autre manifeste son besoin ".
Avec notre amour inlassable, plein de détails concrets, prenant sa source dans le Cœur de Jésus-Christ, nous rappelons aux autres ce qu'est l'amour de Dieu pour eux, ce qu'est leur vérité la plus profonde : ils sont des enfants bien-aimés de Dieu le Père. Nous ne devons pas avoir peur de perdre notre vie dans ces attentions de l'amour.