Évangile (Mt 24,37-44)
Comme il en fut aux jours de Noé, ainsi en sera-t-il lors de la venue du Fils de l’homme.
En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme.
Alors deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé.
Deux femmes seront au moulin en train de moudre : l’une sera prise, l’autre laissée.
Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient.
Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra.
Commentaire
Nous entamons aujourd’hui le temps de l’Avent, temps de préparation à la venue du Seigneur. La première venue, lors de l’Incarnation et de la Naissance de Jésus à Bethléem, s’est prolongée durant toute sa vie sur terre et jusqu’à sa glorieuse Ascension aux Cieux. Cela dit, il y aura encore une nouvelle et dernière visite, celle que nous professons en cet article du Credo : « Il reviendra de nouveau, dans la gloire, pour juger les vivants et les morts ».
Ce passage de l’Évangile évoque cette dernière visite du Seigneur qui aura lieu à la fin des temps :
“ Depuis l’Ascension, l’avènement du Christ dans la gloire est imminent- dit le Catéchisme de l’Église catholique-même s’il ne nous " appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité " (Ac 1, 7 ). Cet avènement eschatologique peut s’accomplir à tout moment ” (Catéchisme de l’Eglise Catholique, n. 673)
D’où l’avertissement de Jésus qui nous invite à y être toujours prêts. Il ne prétend pas nous faire peur mais nous inviter à mener une existence élevée au-dessus des petits soucis du quotidien qui sont, au passage, doués d’une valeur déterminante. La venue du Seigneur peut nous surprendre à tout instant, soudainement, alors que nous sommes plongés dans le train-train quotidien :
“En ces jours-là, avant le déluge, on mangeait et on buvait, on prenait femme et on prenait mari, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; les gens ne se sont doutés de rien, jusqu’à ce que survienne le déluge qui les a tous engloutis : telle sera aussi la venue du Fils de l’homme” (v. 38-39).
Jésus nous invite donc à être vigilants. Nous savons qu’il viendra, mais comme nous ignorons quand et comment, il nous faut être toujours prêts, à tout instant, libres pour aller à sa rencontre, sans nous laisser prendre par les affaires de ce monde, mais en les maîtrisant, pour qu’elles deviennent un chemin de sanctification.
Pour nous alerter sur l’importance d’être vigilants, Jésus propose une courte parabole, dans le cadre de vie d’un village en Palestine : “ Si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.” (v. 43).
L’obscurité nocturne est favorable à l’approche des voleurs qui rôdent autour des maisons qui ne sont souvent couvertes que par des planches de bois et du chaume et avec des murs en briques d’argile et de paille, faciles à percer pour s’y introduire et piller.
Or, si le maître avait su que les pilleurs allaient arriver, il s’en serait occupé, et aurait veillé à protéger tout ce qu’il possédait.
Combien le chrétien se doit-il alors d’être vigilant pour garder les trésors reçus de la foi et de la grâce !
“ Toi, chrétien, et de ce fait fils de Dieu, tu dois ressentir une grave responsabilité: celle de répondre aux preuves de miséricorde que tu as reçues du Seigneur, dans une attitude vigilante et ferme dans l’amour, pour que rien ni personne ne puisse effacer les traits caractéristiques de l’Amour, qu’il a scellés dans ton âme.” (St Josémaria, Forge, 416)
Très conscient qu’à un moment donné chacun de nous aura à répondre de sa vie devant le tribunal du Seigneur, dans son testament, Saint Jean-Paul II prend très au sérieux cet avertissement du Maître :
“ ‘Veillez car vous ne savez pas le jour où notre Seigneur viendra ’ (Mt 24, 42) – ces paroles évoquent le dernier appel qui aura lieu à l’instant voulu par le Seigneur. Je souhaite y répondre et je désire que tout ce qui fait partie de ma vie sur terre me prépare à cet instant-là. J’ignore quand est-ce que cela aura lieu, mais, comme pour tout, je m'en remets aussi, à ce moment-là, dans les mains de la Mère de mon Maître : Totus Tuus”. (St. Jean- Paul II, Testament, Rome 6.III.1979) Si nous y sommes bien préparés, nous pourrons, comme lui, attendre avec confiance la venue du Seigneur, avec sérénité et en nous abandonnant entre les mains de la Vierge.
Évangile (Mt 3,1-12)
En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée :
« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »
Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ».
Il portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage.
Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.
Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit :
« Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons Abraham pour père” ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Commentaire
En ce deuxième dimanche d’Avent, cet évangile nous présente saint Jean-Baptiste, au Jourdain.
Dans l’histoire des Temps Anciens, le terme “avent ” désignait l’entrée de l’empereur dans la cité après ses importantes campagnes militaires. Toute la cité se préparait à cet accueil triomphal. Ainsi l’Église se prépare-t-elle aussi à un avent, à une arrivée bien plus importante : celle du Fils de Dieu à Noël. Elle est très différente de celle que célébraient les puissants de ce monde puisqu’elle advient en l’humilité d’un enfant couché dans une mangeoire. La voix de Jean-Baptiste en ce temps liturgique, se fait entendre grâce au récit de Matthieu, dans un message fort qui appelle à la conversion personnelle, moyen efficace pour se préparer à l’arrivée du Messie.
Le récit de Matthieu attire notre attention sur plusieurs points. Tout d’abord, sur le cadre choisi par le Précurseur pour exercer son ministère.
Jean-Baptiste ne prêche pas dans une cité animée où son message aurait pu atteindre beaucoup de monde d’un seul coup.
Au contraire, il choisit le désert, un lieu inhospitalier, rarement habité, qui évoque le Paradis perdu par le péché originel (cf. Gn 2-3). Le désert qui fut aussi le lieu de l’épreuve pour le peuple d’Israël, comme il est dit dans le livre de l’Exode et dans celui des Nombres, fut de même le cadre de ses conversions successives grâce au secours provident de Dieu, toujours fidèle à l’alliance avec son peuple.
De fait, après avoir été baptisé par Jean, le Fils de Dieu vaincra au désert dans les épreuves qu’Israël n’a pas su surmonter. Le désert va finalement favoriser l’ambiance de sobriété et de pénitence, nécessaire à la réception du baptême de conversion, et que Jean demandait.
Matthieu décrit Jean, qui portait «un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; et avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage » (v. 4). En se servant de cette description, l’iconographie représente habituellement le Précurseur pauvrement vêtu. Or on peut aussi supposer que Jean s’habillait de la sorte pour signifier que sa mission était prophétique. Aussi, par exemple, le livre de Zacharie 13,4, laisse entendre que les faux prophètes étaient parés de riches manteaux. Dans son cas, les gens étaient en mesure de reconnaître chez Jean l’autorité du prophète puisqu’il n’était pas habillé comme un faux-prophète. En tout cas, Jean, avec son exemple, son port austère et digne et sa diète exigeante, témoignait de la disposition intérieure et de la préparation dont il parlait et qu’il demandait aux gens.
L’évangéliste résume ainsi la prédication de saint Jean : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » (v. 2). Le texte grec d’origine emploie le verbe metanoein, qui parle du changement d’avis et de critère personnel. Dans le contexte de ce passage cela suppose une transformation intérieure de la façon de penser et de vivre, un changement de point de vue. C’est cette attitude-là que l’Église a toujours dénommée « conversion » et qui implique nécessairement un sens profond de purification personnelle. De ce fait la version latine de la Bible se sert de l’expression « faites pénitence » pour traduire ce que dit Jean-Baptiste.
Le message de Jean est aussi exigeant que l’est l’évangile du Royaume prêché par le Christ. Nous, nous courons toujours le risque de vouloir adapter cet évangile à notre façon de voir et à nos circonstances actuelles. Certes, il faut savoir transmettre la foi à tout moment et en tout lieu, avec le don de langues approprié. Mais ce qui découle du message de Jean-Baptiste et que l’Avent actualise, est plutôt que c’est nous qui sommes tenus de nous adapter à l’évangile en changeant de mentalité et d’attitude, dans un esprit de pénitence personnelle.
C’est ce que nous confiait le pape François: « La voix de Jean-Baptiste résonne encore dans les déserts actuels de l’humanité, qui sont — quels sont les déserts d’aujourd’hui? — les esprits fermés et les cœurs durs, et qui nous incite à nous demander si effectivement nous parcourons la bonne voie, en vivant une vie selon l’Évangile. Aujourd’hui comme alors, il nous admoneste avec les paroles du prophète Isaïe: «Préparez la voie du Seigneur!» (v. 4). C’est une invitation pressante à ouvrir notre cœur et à accueillir le salut que Dieu semble s’acharner à nous offrir, parce qu’il tient à tous nous délivrer de l’esclavage du péché » (Pape François, Angélus, 6 décembre 2015).
Évangile du 3ème dimanche d’Avent (Cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 11,2-11)
Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle.
Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »
Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ?
Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois.
Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète.
C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi.
Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui ».
Commentaire
Guidés par la parole de Jean le Baptiste, ce texte de l’évangile du troisième dimanche d’Avent, nous invite à nous préparer à rencontrer le Seigneur,.
La personne et le message de Jean ont profondément touché les gens de Juda. En ce temps-là, de grands espoirs messianiques éveillaient chez eux l’envie d’une proche intervention salvifique de Dieu en leur faveur. Après des siècles où le Seigneur n’avait envoyé aucun prophète, la personnalité austère de Jean et son appel à la conversion l’accréditaient en tant qu’envoyé du Seigneur. Et ce, d’autant plus qu’il ne cherchait pas à se faire valoir mais qu’il annonçait la nouvelle intervention divine dans l’histoire, toute proche déjà, de quelqu’un de plus grand que lui dont l’arrivée était imminente.
Jean est celui dont il est dit dans l’Ancien Testament : “Je vais envoyer un ange devant toi pour te garder en chemin.”. La première partie de cette phrase, tirée du livre de l’Exode (Ex 23,20) fait allusion tout d’abord à Moïse, que le Seigneur avait envoyé pour garder et guider son peuple dans sa marche à travers le désert, en route vers la terre promise. La deuxième partie est une reprise de Malachie de ce passage de l’Exode. Le messager n’est plus Moïse mais quelqu’un qui viendra après lui et qui aura aussi la mission de préparer une grande intervention divine
“Voici que j’envoie mon messager pour qu’il prépare le chemin devant moi” (Ml 3,1). Ces deux textes bibliques qui annoncent une intervention proche et salutaire de Dieu qui vient pour juger et sauver, nous invitent à ouvrir la porte de notre cœur pour qu’il puisse y pénétrer et le sauver dès qu’il arrivera.
Ces paroles qui avaient nourri l’espérance de beaucoup de générations d’hommes et de femmes fidèles dans le peuple de Dieu se sont réalisées en Jésus après l’annonce de Jean le Baptiste.
Leur lecture, aujourd’hui, quelques jours avant la célébration de la naissance à Bethléem du Fils de Dieu fait homme, nourrit aussi notre espérance et nous invite à nous préparer à fond pour lui frayer le chemin de notre cœur de sorte qu’il puisse y pénétrer et en faire sa demeure.
Qu’en était-il de ceux qui, ayant entendu Jean le Baptiste et son appel à la pénitence, avaient bien accueilli Jésus ? Tout le monde pouvait le constater :
“Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle” (v.5). Chacun avait connu l’effet transformateur, revitalisant et guérisseur de l’action divine.
En même temps, ceux qui se sont laissé guérir et transformer par le Seigneur en sont devenus tellement amis qu’ils sont partis dans le monde entier pour y semer la paix et l’espérance que leur Maître avait répandue sur sa route ici-bas.
Saint Josémaria le faisait ainsi remarquer :
« Ces miracles, le Seigneur continue à les accomplir maintenant, par vos mains : des gens qui ne voyaient pas et qui maintenant voient ; des gens qui ne pouvaient pas parler, parce qu’ils avaient le démon muet, mais qui le chassent et se mettent à parler ; des gens incapables de se déplacer, infirmes pour ce qui n’est pas purement humain, et qui rompent cette tranquillité et se mettent à réaliser des œuvres de vertu et d’apostolat. D’autres qui semblent vivants mais qui sont morts comme Lazare : ‘Jam fœtet, quatriduanus est enim ’ (Jn 11, 39). Vous, avec l’aide de la grâce divine et par le témoignage de votre vie et de votre doctrine, de votre parole prudente et imprudente, vous les ramenez à Dieu et ils revivent. » (Saint. Josémaría, Textes de la prédication orale, “Maintenant que l’année commence”)
Évangile du 4ème dimanche d’Avent (Cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 1,18-24)
Or, Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret.
Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
Tout cela est arrivé pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète :
Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ; on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous »
Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse,
Commentaire
Aux portes de Noël, l’évangile du quatrième dimanche d’Avent est le récit de la naissance de Jésus selon saint Matthieu qui l’aborde ainsi.
« Voici comment fut engendré Jésus Christ ». Cette phrase étonnante a touché les Pères de l’Église dont certains comprirent que Matthieu voulait dire que la génération de Jésus avait besoin d’être explicitée parce qu’elle était spéciale et unique.
“Comme quelqu’un qui tient à dire quelque chose de nouveau – assure saint Jean Chrysostome-Matthieu annonce le récit de la façon dont cette génération s’est produite, au cas où quelqu’un, en entendant parler de ‘’l’époux de Marie’’ ait pu se dire que le Christ était né selon la loi générale de la nature’’ (Saint Jean Chrysostome, Homiliae in Matthaeum 4). Aussi, avec ce récit, l’évangéliste précise que la conception de Jésus qui a eu lieu sans l’intervention d’un homme, a donc été virginale et miraculeuse, par l’œuvre du Saint Esprit.
Qui plus est, dans cet événement les Écritures se sont accomplies et notamment le fameux oracle d’Isaïe7,14, qui annonçait que l’Emmanuel naîtrait d’une vierge.
Matthieu rapporte que lorsque Marie conçut le Seigneur dans son sein, Joseph et elle étaient déjà mariés. C’est-à-dire qu’ils s’étaient déjà engagés dans le mariage par les qiddûshîn, alors qu’ils n’avaient pas encore célébré les noces (nissûîn), après lesquelles l’épouse était reçue chez l’époux pour le début de leur vie ensemble.
Cela dit, la première cérémonie avait déjà les effets juridiques de tout mariage.
Et c’est précisément entre ces deux cérémonies qu’eut lieu la conception “par œuvre de l’Esprit Saint ” (v. 20).
Selon la loi de Moïse, Joseph était tenu de dénoncer publiquement Marie pour qu’elle fût lapidée à cause de son adultère présumé (Dt 22,23-24). Or, dès qu’il perçut qu’elle était enceinte, il décida de répudier Marie secrètement.
Cette attitude de Joseph montre de quelle trempe il est fait puisque, tout en se mettant à l’écart, il veille à protéger Marie. Aussi mérite-t-il l’éloge de l’évangéliste qui en parle comme d’un «juste».
Le pape François conseillait de “méditer ce récit pour comprendre quelle fut l’épreuve qu’endura Joseph les jours précédant la naissance de Jésus. Ce fut une épreuve semblable à celle du sacrifice d’Abraham quand Dieu lui demanda son fils Isaac. Il lui fallait renoncer à ce qu’il avait de plus précieux, à la personne qu’il aimait le plus (cf. Gn 22).Or, comme ce fut le cas pour Abraham, le Seigneur est intervenu : Joseph recouvre la foi qu’il avait toujours eue qui ouvre devant lui une voie différente, une voie d’amour et de bonheur :
“Joseph —lui dit-il —ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint” (Mt 1,20).
Cet évangile, - en concluait le pape- nous montre toute la grandeur de l’âme de saint Joseph. Il avait un bon projet de vie, or Dieu avait un autre dessein pour lui, une mission plus grande. Joseph était quelqu’un qui laissait toujours un espace à l’écoute de la voix de Dieu parce qu’il était profondément sensible à son vouloir secret, un homme attentif aux messages parvenus du fond de son cœur et d’en haut.” (Pape François, Homélie, 22 décembre 2013)
Dès qu’il eût fait ce choix difficile, Joseph reçut en songes l’indication de l’ange de prendre sans crainte Marie et l’enfant comme son propre fils puisque, d’après la Loi, il allait lui donner un nom.
Par cette obéissance à l’ange, Joseph fait penser au patriarche, son homonyme, qui sut interpréter la volonté de Dieu qui lui fut révélée en songes (Gn 40,8 et suiv.). Le nom de l’Enfant, Jesua o Yehosúa, veut dire «Dieu sauve» et précise sa mission puisque, comme l’ange le lui explique, «c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés» (v. 21).
La stature de Joseph que nous livre ce récit a toujours éveillé la dévotion des saints envers l’époux de Marie.
C’était le cas de saint Josémaria qui nous invitait à considérer: “Vois toutes les raisons que nous avons pour vénérer saint Joseph et pour apprendre de sa vie. Il fut un homme fort dans la foi...; par son travail constant, il a fait vivre sa famille — Jésus et Marie —; il a préservé la pureté de Marie, qui était son épouse...; et il a respecté — il a aimé ! — la liberté de Dieu, qui non seulement avait choisi la Sainte Vierge pour Mère, mais avait aussi fait de lui l’époux de Sainte Marie.” (Saint Josémaria : Forge, 552)
Solennité de Noël et commentaire de l'Évangile de la Messe de la nuit (cycle A)
Évangile (Lc 2, 1-14)
En ces jours-là fut publié un édit de César Auguste, pour le recensement de toute la terre. Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius gouvernait la Syrie. Et tous allaient se faire recenser chacun dans sa ville. Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, vers la Judée, à la ville de David appelée Bethléem, parce qu’il était de la maison et de la lignée de David, pour être recensé avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient en ce lieu, le temps où elle devait enfanter s’accomplit. Et elle mit au monde son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.
Il y avait dans la même contrée des bergers qui restaient aux champs et qui passaient les veilles de la nuit à veiller sur leur troupeau. Et voici qu’un ange du Seigneur parut auprès d’eux et le rayonnement de la gloire du Seigneur les environna, et ils furent saisis d’une grande crainte. Mais l’ange leur dit : « Ne craignez point, car voici que je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie qui sera pour tout le peuple. Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur. Et en voici le signe pour vous : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche. » Au même instant se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu et disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux !
Et sur terre, paix aux hommes,
Objets de sa bienveillance ! »
Commentaire
L'Évangile de Luc commence son récit en situant la naissance de Jésus à un moment précis de l'histoire humaine, plus précisément sous le règne de César Auguste.
L'empereur romain a été loué dans des inscriptions sous le titre de "sauveur du monde". Cependant, loin des centres du pouvoir impérial, dans la modeste ville de Bethléem, dans une grotte, parmi des gens simples, est né celui qui apporte vraiment le salut au monde.
Quand le moment fut venu pour Marie d'accoucher, " elle mit au monde son fils premier-né, l'enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire " (v. 7). Le mot " premier-né " se réfère uniquement au fait qu'il s'agissait de son premier enfant, mais n'implique pas que d'autres sont nés par la suite. Dans une inscription funéraire de 5 av. J.-C. trouvée à Léontopolis, en Égypte, dédiée à une femme juive, il est mentionné qu'elle est morte en couches de son fils aîné. De toute évidence, elle n'aurait pas pu donner naissance à plus. En fait, comme on le sait, Marie a toujours été vierge et n'a donné naissance à Jésus que par l'œuvre et la grâce de l'Esprit Saint.
Loin de la vaine splendeur d'Auguste, le vrai sauveur du monde est un enfant sans défense, né dans un endroit pauvre, " dans la périphérie ", parmi ceux qui n'ont rien, entouré seulement de la tendresse et de l'amour de Marie et de Joseph. " Cette nuit sainte, où nous contemplons l'Enfant Jésus à peine né et couché dans une mangeoire, nous invite à réfléchir, dit le pape François. Comment accueillons-nous la tendresse de Dieu ? Est-ce que je me laisse atteindre par lui, est-ce que je me laisse embrasser par lui ou est-ce que je l'empêche de s'approcher ? ‘ Mais si je cherche le Seigneur ! ' pourrions-nous répondre. Cependant, le plus important n'est pas de le chercher, mais de le laisser me chercher, me trouver et me caresser avec amour. C'est la question que l'Enfant nous pose par sa présence même : est-ce que je permets à Dieu de m'aimer ? " (Pape François, Homélie 24.12.2014)
Saint Luc dit que Marie " le déposa dans une mangeoire ", à l'endroit où on laissait la nourriture pour les animaux. Il suggère donc, de façon très délicate, que cet enfant est donné en nourriture. Le nom de Bethléem, en hébreu Betléem, signifie précisément « maison du pain », et c'est justement dans une étable située en dehors de la ville, que se trouve le vrai Pain de Vie, qui soutient et donne vigueur au monde.
Les icônes orientales peignent l'enfant enveloppé dans un linge sur une mangeoire, ce qui dans bien des cas suggère la forme d'une table. L'image de l'enfant enveloppé dans des langes nous fait penser au Christ enveloppé dans un drap déposé dans le tombeau, faisant allusion à sa résurrection, et la table symbolise l'autel, où il est et où nous recevons ce corps qui est né humblement à Bethléem, mais qui vit maintenant glorieusement après avoir vaincu la mort.
Comme la prière peut facilement jaillir lorsque nous entrons à Bethléem et accompagnons Jésus, Marie et Joseph ! Saint Josémaria a laissé libre cours à son imagination pour jouir de l'amour tendre du fils de Dieu fait enfant : " Froid. -Pauvreté. -Je suis un petit serviteur de Joseph. -Comme il est bon Joseph ! -Il me traite comme un père. –Et même il me pardonne si je prends l'Enfant dans mes bras et passe des heures entières à lui dire des choses douces et ardentes !...
Et je l'embrasse – embrasse-le toi aussi - et je le berce, et je chante tout bas, et je l’appelle Roi, Amour, mon Dieu, mon Unique, mon Tout !... Comme l'Enfant est beau ! » (Saint Josémaria, Saint Rosaire, troisième mystère joyeux)
Évangile (Mt 2,13-15; 19-23)
« Après leur départ, voici qu’un ange du Seigneur apparut à Joseph pendant son sommeil, et lui dit : ‘ Lève-toi, prends l’Enfant et sa mère, fuis en Egypte, et restes-y jusqu’à ce que je t’avertisse ; car Hérode va rechercher l’Enfant pour le faire périr. ‘ Joseph se leva, et la nuit même, prenant l’Enfant avec sa mère, il se retira en Egypte. Et il y resta jusqu’à la mort d’Hérode, afin que s’accomplît ce qu’avait dit le Seigneur par le Prophète : ‘ J’ai rappelé mon fils d’Egypte. ‘
(…) Hérode étant mort voici qu’un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph dans la terre d’Egypte, et lui dit : ‘ Lève-toi, prends l’Enfant et sa mère, et va dans la terre d’Israël, car ceux qui en voulaient à la vie de l’Enfant sont morts. ‘ Joseph s’étant levé, prit l’Enfant et sa mère, et vint dans la terre d’Israël. Mais apprenant qu’Archélaüs régnait en Judée à la place d’Hérode, son père, il n’osa y aller, et, ayant été averti en songe, il se retira dans la Galilée et vint habiter une ville nommé Nazareth, afin que s’accomplît ce qu’avaient dis les prophètes : ‘ Il sera appelé Nazaréen. ‘ »
Commentaire
L'Évangile de la fête liturgique de la Sainte Famille reprend deux passages du récit de l'enfance selon saint Matthieu : la fuite en Égypte, à cause d'Hérode, et le retour de la Sainte Famille sur la terre d'Israël, à Nazareth. Matthieu s'attache à montrer que les événements dramatiques de la vie cachée de Jésus et les événements plus ordinaires et courants se sont produits selon les Écritures. Ils avaient donc un sens profond prévu par la providence divine. En effet, si le peuple d'Israël devait fuir la menace de l'Egypte, comme le raconte le livre de l'Exode, maintenant l'Egypte sera, par un heureux contraste, le lieu de refuge du Messie. De là, Dieu l'appellerait comme un fils, pour retourner sur la terre d'Israël afin de sauver son peuple et les païens. Les indications divines et les décisions prises selon les circonstances conduiront Marie et Joseph à s'installer à Nazareth, où Jésus passera la plus grande partie de sa vie.
Sur l'événement dramatique de la fuite en Egypte, le Pape François a commenté un jour : " Aujourd'hui, l'Évangile nous présente la Sainte Famille sur le chemin douloureux de l'exil, cherchant refuge en Egypte. Joseph, Marie et Jésus font l'expérience de la condition dramatique des réfugiés, marquée par la peur, l'incertitude et le malaise (cf. Mt 2, 13-15.19-23). (...) Jésus a voulu appartenir à une famille qui a connu ces difficultés, afin que personne ne se sente exclu de la proximité amoureuse de Dieu. La fuite en Egypte causée par les menaces d'Hérode nous montre que Dieu est présent là où l'homme est en danger, où l'homme souffre, où il fuit, où il fait l'expérience du rejet et de l'abandon ; mais Dieu est aussi là où l'homme rêve, espère revenir dans sa patrie en liberté, planifie et choisit en fonction de la vie, de sa propre dignité et celle de sa famille". (Pape François, Angelus, 29 décembre 2013) Il découle de ce passage que les événements de notre vie n'échappent pas au regard attentif et aimant de Dieu, tout comme les événements de la vie de son Fils ne lui ont pas échappé. Tout ce qui nous arrive a un sens que nous devons comprendre et construire aussi par notre correspondance libre, même si, à première vue, ils nous semblent douloureux.
Même ces événements qui semblent ordinaires et banals ont une signification aux yeux de Dieu. En effet, comme le Pape continue à le dire: « aujourd'hui, notre regard sur la Sainte Famille est attiré aussi par la simplicité de sa vie à Nazareth. C'est un exemple qui fait beaucoup de bien à nos familles, et les aide à devenir de plus en plus une communauté d'amour et de réconciliation, où l'on fait l'expérience de la tendresse, de l'aide mutuelle et du pardon réciproque. » (Idem)
La Sainte Famille, et surtout saint Joseph, apparaissent dans cet Évangile comme un modèle d'amour par l'acceptation de la volonté divine et par l'effort pour la comprendre et la seconder. Grâce aux décisions de Marie et Joseph, le Fils de Dieu accomplira la volonté divine de vivre dans une famille normale, de mener une vie ordinaire pendant de nombreuses années et d'être appelé "Nazaréen". Comme l'expliquait saint Josémaria, " En grandissant et en vivant comme l’un d’entre nous, Jésus nous révèle que l’existence humaine, nos occupations courantes et ordinaires, ont un sens divin. Même si nous avons largement médité ces vérités, nous devons toujours admirer ces trente années de vie obscure qui constituent la plus grande partie de la vie de Jésus parmi ses frères les hommes. Années obscures, mais, pour nous, claires comme la lumière du soleil. Ou mieux, splendeur qui illumine nos journées et leur donne leur véritable dimension, puisque nous sommes des chrétiens courants, qui menons une vie ordinaire, semblable à celle de millions de gens dans les coins les plus divers du monde.
C’est ainsi que vécut Jésus durant trente ans : il était fabri filius (Mt 13, 55), le fils du charpentier. Viendront ensuite les trois années de vie publique, avec les cris des foules. Les gens s’étonnent : qui est cet homme ? Où a-t-il appris tant de choses ? Car sa vie avait été celle de tous dans son village natal. C’était le faber, filius Mariæ (Mc 6, 3) le charpentier, le fils de Marie. Et c’était Dieu, et voici qu’il réalisait la Rédemption du genre humain, en attirant toute chose à lui (Jn 12, 32). » (Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n°14)
Évangile de la Solennité de Sainte Marie, Mère de Dieu (cycle A) et son commentaire.
Évangile (Lc 2, 16-21)
« Ils s’y rendirent en toute hâte, et trouvèrent Marie, Joseph, et le nouveau-né couché dans la crèche. Après l’avoir vu, ils publièrent la révélation qui leur avait été faite au sujet de cet Enfant. Et tous ceux qui les entendirent furent dans l’admiration de ce que leur disaient les bergers. Or Marie conservait avec soin toutes ces choses, les méditant dans son cœur. Et les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de tout ce qu’ils avaient vu et entendu, selon ce qui leur avait été annoncé.
Les huit jours étant accomplis, pour la circoncision de l’Enfant, il fut appelé Jésus, nom que l’ange lui avait donné avant qu’il eût été conçu dans le sein maternel. »
Commentaire
Aujourd'hui, l'Église célèbre le mystère de la maternité divine de Marie. Le récit de saint Luc nous montre que le Fils de Dieu était, comme tous les hommes, un bébé qui avait besoin d'une mère pour l'engendrer et en prendre soin. C'est pourquoi, comme l'expliquait saint Josémaria, « Nous pouvons dire bien haut à la Sainte Vierge, comme la meilleure des louanges, ces mots qui expriment sa dignité la plus élevée : Mère de Dieu. (...) La Maternité divine de Marie est la racine de toutes les perfections et de tous les privilèges dont elle est ornée (...) Il n'y a pas de danger d'exagérer. Nous n'approfondirons jamais assez ce mystère ineffable ; nous ne pourrons jamais remercier assez notre Mère de cette familiarité avec la Très Sainte Trinité qu’elle nous a donnée. » (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 274 et 276)
Saint Luc implique avec le terme grec phatné (v. 16) que Jésus est né dans une extrême pauvreté et difficulté, puisqu'il n'apparaît pas couché dans un berceau et une maison, mais couché dans une " crèche " ou une " mangeoire ". La tradition en a déduit la présence d'un animal sur les lieux et d'un portail ou d'une grotte pour les abriter, comme c'était l'usage. En tout cas, l'histoire montre que le détail particulier d'une pauvre crèche comme berceau de Dieu sera un signe pour ceux qui viendront l'adorer.
Jésus est né parmi des bergers, des gens simples et forts, le favori de Dieu dans l'Écriture : Abel, Moïse et le roi David étaient bergers ; et Dieu lui-même assume les traits du bon berger qui prend soin de ses brebis (cf. Ez 34, 15 ; Jn 10). Saint Luc décrit les bergers comme le prototype d'une foi active et communicative, car ils vont en hâte voir l'enfant Jésus, Marie et Joseph ; ils sont pleins d'admiration et de louange joyeuse de Dieu quand ils le rencontrent ; et ils sont prêts à transmettre, en communiquant leur joie à tout le monde, la merveille qui leur a été annoncée par les anges et qu'ils ont découvert. À l'exemple de ces bergers, le pape François nous a encouragés à contempler "le mystère de ce jour, qui produit une admiration infinie : Dieu s'est uni à l'humanité, pour toujours. Dieu et l'homme toujours ensemble, telle est la bonne nouvelle du début de l'année : Dieu n'est pas un seigneur lointain qui vit seul dans les cieux, mais l'Amour incarné, né comme nous d'une mère, pour être frère de chacun, pour être proche : le Dieu de la proximité. Il est sur les genoux de sa mère, qui est aussi notre mère, et de là il répand une nouvelle tendresse sur l'humanité. » (Pape François, Homélie, 1er janvier 2019)
Saint Luc présente Marie comme le modèle par excellence de la contemplation du mystère de Noël (v. 19). "Marie garde dans son cœur les paroles qui viennent de Dieu, a dit Benoît XVI, et, en les unissant comme une mosaïque, elle apprend à les comprendre. À son école, nous voulons nous aussi apprendre à être des disciples attentifs et dociles du Seigneur. Avec son aide maternelle, nous voulons nous engager à travailler assidûment dans l'"œuvre" de la paix, sur les traces du Christ, le Prince de la Paix. À l'exemple de la Sainte Vierge, nous voulons nous laisser guider toujours et seulement par Jésus-Christ, qui est le même hier, aujourd'hui et toujours (cf. He 13, 8)". (Benoît XVI, Homélie, 1er janvier 2006)
Le rite de la circoncision et l'imposition du nom se faisaient autrefois dans les foyers. Selon le récit de Luc, dans le cas de Jésus, cela a dû avoir lieu à Bethléem même. Marie et Joseph ont obéi à l'ange et ont appelé l'enfant : Jésus, ce qui signifie en hébreu "Dieu sauve". L'enfant est alors considéré comme leur fils et comme un membre du peuple élu.
Évangile du dimanche, Baptême du Seigneur (Cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 3,13-17)
Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean,
pour être baptisé par lui.
Jean voulait l’en empêcher et disait :
«C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi !»
Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment, car il convient
que nous accomplissions ainsi toute justice. »
Alors Jean le laissa faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. »
Commentaire
Jean prêchait un baptême de pénitence pour la rémission des péchés. Beaucoup venaient auprès de lui écouter ses paroles et accomplir ce signe pénitentiel, prêts à commencer une nouvelle vie après ce rite de purification. Jésus arrive ainsi, parmi les gens, comme l'un d'entre eux. Mais est-il envisageable que Jésus s’y soumette aussi, lui qui n’a pas de péché à expier ?
Il y a quelque chose dans la démarche de Jésus que le Baptiste – tout comme nous d’ailleurs - ne comprend pas bien, c’est pourquoi il s’adresse à lui, déconcerté : C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » (Mt 3, 14).
Ce à quoi Jésus répond : "« Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice " (Mt 3, 15). Dans le contexte culturel du judaïsme de l’époque, l’on considère que la " justice "tient à l'accomplissement fidèle de la Torah, dans la mesure où celle-ciest la pleine acceptation de la volonté divine. Jésus reçoit le baptême de Jean comme une manifestation de sa conformité inconditionnelle à la volonté divine. Le sens profond de ce qui commence à être perçu désormais ne s’éclaircira qu'à la fin de la vie terrestre du Christ, c'est-à-dire à sa mort et à sa résurrection.
En arrivant pour recevoir ce baptême, Jésus commence à se manifester comme celui qui accomplit les plans de salut de Dieu pour amener son peuple à la terre promise du Ciel. En effet, Jésus commence sa vie publique lorsqu’il sort des eaux du Jourdain. Moïse était mort, après avoir contemplé la terre promise depuis le mont Nébo, juste avant de traverser précisément ce fleuve dans lequel Jésus a été baptisé. Maintenant, Jésus commence sa prédication depuis les rives du Jourdain, endroit où la vie de Moïse s'était achevée. C'est donc Jésus qui accomplit, en sa plénitude, ce que Moïse avait commencé.
Par ailleurs, les paroles que l’on entend indiquent assez clairement que tout ce qui avait été annoncé par Dieu commence à s'accomplir. L’expression " Celui-ci est mon Fils bien-aimé " (v. 17), prononcée par une voix venue du ciel, est un écho de celle que Dieu adressa à Abraham pour lui demander de sacrifier son fils Isaac : prends " ton fils bien-aimé " (Gn 22, 2). Cette manière de désigner son Fils est à mettre en parallèle avec la scène dramatique de la Genèse, dans laquelle Abraham est prêt à sacrifier Isaac qui l'accompagne sans résistance, et avec le drame qui s'est consommé au Calvaire, où Dieu le Père a offert son Fils en sacrifice, volontairement accepté pour la rédemption du genre humain.
De plus, en ajoutant " en qui j'ai mis tout mon amour" (v. 17) Dieu rappelle le début des Chants du Serviteur du Seigneur dans le livre d'Isaïe: " Regarde mon serviteur, que je soutiens, mon élu, en qui mon âme a mis tout son amour " (Is 42, 1). C'est précisément dans le quatrième de ces chants que l’on ébauche clairement tout ce que le Serviteur du Seigneur devra souffrir pour racheter le genre humain : " En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris." (Is 53,4-5).
Aussi,dit le Catéchisme de l’Église catholique, “L’Esprit que Jésus possède en plénitude dès sa conception, vient " reposer " sur lui (Jn 1, 32-33 ; cf. Is 11, 2). Il en sera la source pour toute l’humanité. A son Baptême, " les cieux s’ouvrirent " (Mt 3, 16) que le péché d’Adam avait fermés ; et les eaux sont sanctifiées par la descente de Jésus et de l’Esprit, prélude de la création nouvelle”. (Catéchisme de l’Église Catholique, n°536). Dès lors, l’action créatrice, rédemptrice et sanctificatrice de la Très Sainte Trinité devient de plus en plus manifeste dans la vie de Jésus, dans son enseignement, ses miracles, dans sa passion, sa mort et sa résurrection.