Évangile (Jn 19, 31-37)
Jésus venait de mourir.
Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi),
il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat,
d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque.
Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps
après leur avoir brisé les jambes.
Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier,
puis de l’autre homme crucifié avec Jésus.
Quand ils arrivèrent à Jésus,
voyant qu’il était déjà mort,
ils ne lui brisèrent pas les jambes,
mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ;
et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.
Celui qui a vu rend témoignage,
et son témoignage est véridique ;
et celui-là sait qu’il dit vrai
afin que vous aussi, vous croyiez.
Cela, en effet, arriva
pour que s’accomplisse l’Écriture :
Aucun de ses os ne sera brisé.
Un autre passage de l’Écriture dit encore :
Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.
Commentaire
La Passion du Seigneur est terminée. Son corps, broyé, soumis à la plus cruelle des tortures, n'est plus qu'un cadavre.
Cependant, bien que son cœur se soit arrêté de battre, les manifestations de son amour n'ont pas cessé. Il y a encore une dernière manifestation. Il y a encore du sang et de l'eau : peut-être les deux principaux symboles de la vie. Et Jésus ne veut pas les garder pour lui : c'est précisément pour nous donner la vie qu'il a voulu mourir.
Les Pères de l'Église ont écrit d'innombrables et belles réflexions sur la signification du côté ouvert du Christ, qui nous permet de regarder et de contempler son Cœur. Certains, comme saint Augustin, insisteront sur le fait que, comme Eve est née du côté d'Adam, l'Église est née du côté du Christ. C'est aussi le sentiment commun des saints des premiers siècles que ce sang et cette eau sont des indications claires de la source d'où jaillissent les sacrements. Et par Sainte Faustine, nous savons que Jésus lui-même a voulu que les deux rayons, l'un rouge et l'autre blanc, qui représentent le sang et l'eau de son Cœur, se retrouvent dans l'image de la Miséricorde Divine.
C'est pourquoi la solennité du Sacré-Cœur de Jésus revêt une signification très profonde pour les chrétiens. Lorsque nous faisons référence au cœur d'une personne, nous pensons à ses émotions, à ses sentiments, à sa façon d'aimer. Mais comme nous le rappelle saint Josémaria, "quand l'Écriture Sainte parle du cœur, il ne s'agit pas d'un sentiment passager provoquant l'émotion ou les larmes. On parle du cœur pour désigner la personne tout entière orientée - corps et âme - comme le Christ lui-même l’a montré, vers ce qu'elle considère comme son bien : car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur" (Le Christ passe, n° 164).
Cette dernière phrase peut être un encouragement à se laisser surprendre par l'amour de Dieu : là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. C'est pourquoi, maintenant que nous contemplons le Christ crucifié, donnant sa vie pour nous, le côté ouvert et le cœur transpercé, nous pouvons affirmer sans crainte de nous tromper : nous sommes le trésor de Dieu.
Il est très significatif que celui qui en témoigne soit saint Jean, celui-là même qui était allongé sur la poitrine de Jésus lors de la dernière Cène. L'apôtre adolescent a eu l'occasion unique de percevoir les battements du Cœur du Seigneur qui, en ce moment culminant qu'il avait ardemment désiré, seraient particulièrement forts. Pour ainsi dire, saint Jean a pris le pouls de l'amour de Dieu jusqu'à ce qu'il soit témoin de sa dernière palpitation et qu'il ait vu que Jésus a vécu et est mort pour nous donner la vie.
"Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru." (1 Jean 4, 16). L'apôtre utilise deux verbes : savoir et croire. Ce sont deux indices qui peuvent nous aider à profiter de la solennité d'aujourd'hui, si fortement appréciée par la piété populaire de l'Église. Saint Jean sait qu'il transmet quelque chose de sublime, impossible à exprimer par des mots, mais il essaie quand même. C'est pourquoi il souligne tant dans ses lettres, de toutes les manières possibles, que Dieu est Amour. C'est pourquoi il se charge de tout raconter : parce qu'il sait qu'il dit la vérité, afin que vous puissiez vous aussi croire.
Connaître le Sacré-Cœur de Jésus pour croire en son Amour est le besoin le plus profond de notre propre cœur. Recourons à l'intercession de la Vierge et de saint Jean, dont les cœurs battent à l'unisson avec celui du Christ, afin de ne jamais cesser de nous émerveiller devant ce mystère : nous sommes le trésor du Cœur de Dieu.
Évangile (Mt 8, 23-27)
Il monta alors dans la barque, suivi de ses disciples. Et voici qu’une grande agitation se fit dans la mer, de sorte que les flots couvraient la barque. Lui, cependant, dormait. Ses disciples venant à lui l’éveillèrent et lui dirent : «Seigneur, au secours, nous périssons !» Jésus leur dit : « Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi ? » Alors il se leva, commanda aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme. Et saisis d’étonnement, tous disaient : « Quel est celui-ci, que même les vents et la mer lui obéissent ? »
Commentaire
Comme les disciples, il nous arrivera souvent de vivre au milieu des tempêtes.
Ces tempêtes de nos vies, nos misères et nos chutes, nos défaites et nos échecs, la maladie et la souffrance, mettent en évidence notre vulnérabilité. Elles mettent également en évidence nos points d’ancrage.
Le problème des disciples est qu'ils se sont laissés effrayer par cette tempête, ils ont eu peur. Ils pensent que le Christ, bien qu'il soit avec eux, les a en fait abandonnés. « Seigneur, au secours, nous périssons ! » lui disent-ils.
Et il leur dit : « Pourquoi avez-vous peur, hommes de peu de foi ? »
Face aux tempêtes de la vie, le chrétien peut attendre l'intervention continuelle, constante et envahissante de Dieu. Ou bien il peut choisir de vivre de foi.
Le Seigneur nous demande de mûrir intérieurement : passer de l'enfant qui se plaint et se met en colère parce que son père semble ne pas faire attention à lui, à l'enfant qui a confiance, qui s'abandonne dans les bras de son père.
Dans la vie d'un chrétien, il se passe la même chose que pour un enfant qui apprend à marcher. Un pas, puis un autre, il tombe, il se relève. Toujours sous l'œil attentif de son père, qui l'encourage, le relève, mais ne le porte pas partout dans ses bras pour lui éviter de souffrir.
Dans nos tempêtes, nous devons nous tourner vers le Seigneur, nous réfugier en Lui, parce qu'Il est toujours à nos côtés, non pas tant pour faire disparaître la tempête, que pour nous aider à grandir, à mûrir.
Peut-être que dans cette tempête, nous sommes la main secourable qui aide les autres à avancer ; le bateau où ils peuvent rencontrer le Dieu qui ne nous oublie jamais.
Évangile (Matthieu 9, 14-17)
En ce temps-là, les disciples de Jean le Baptiste s’approchèrent de Jésus en disant :
« Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? »
Jésus leur répondit :
« Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. Et personne ne pose une pièce d’étoffe neuve sur un vieux vêtement, car le morceau ajouté tire sur le vêtement, et la déchirure s’agrandit. Et on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, les outres éclatent, le vin se répand, et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le tout se conserve. »
Commentaire
Dans l'Évangile d'aujourd'hui, Jésus nous enseigne le véritable sens du jeûne. Il nous apprend que le jeûne extérieur doit être accompagné d'une disposition intérieure juste, visant la simplicité du cœur.
L'attitude critique des pharisiens, résultat du zèle apparent pour la loi, révèle, d'une part, une méconnaissance du sens de la loi et, d'autre part, une intention peu droite. Pour ces pharisiens, le jeûne avait une valeur absolue, une valeur en soi. Ils ont pourtant modifié ces jeûnes, pour des occasions spéciales. Jésus leur fait voir que " l'époux " est présent. L'"époux", c'est Lui-même. Il est le Messie, il va épouser l'Église. Le jeûne a un sens dans un contexte de pénitence. Or, c'est maintenant un moment de joie, puisque Jésus est avec ses disciples.
Nos actes manifestent ce qui est dans notre cœur. Si nous allons à la messe et que nous avons la foi en la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie, nous arrivons à l'heure, nous nous présentons avec élégance, nous participons activement, nous nous comportons avec respect. Les grandes choses doivent être célébrées dignement, y compris avec des banquets qui sont une véritable action de grâce à Dieu. Ce Dieu, qui nous a donné les aliments, grâce auxquels il nous montre que la vie humaine est toujours un cadeau venant de quelqu'un qui nous aime et qui est généreux.
Le pape François prêche le vrai sens du jeûne : "La prière, la charité et le jeûne sont les principaux moyens qui permettent à Dieu d'intervenir dans nos vies et dans la vie du monde. Ce sont les armes de l'esprit." (François, Homélie, 2-III-2022)
Mais si l'intention est déformée, ils perdent complètement leur sens. "même la prière, la charité et le jeûne peuvent devenir autoréférentiels. Dans chaque geste, même le plus beau, le ver de l’autosatisfaction peut se cacher. Le cœur n’est pas alors complètement libre car il ne cherche pas l’amour pour le Père et pour les frères, mais l’approbation humaine, les applaudissements des gens, la gloire " (Idem).
Le jeûne, une pratique juive traditionnelle, est bon. Nous, chrétiens, le pratiquons selon ce bon esprit, mais nous aspirons à ce temps de joie, lorsque le jeûne aura perdu sa valeur parce que nous vivrons avec Dieu pour toujours.
Évangile (Mt 12, 1-8)
En ce temps-là, Jésus traversait des champs de blé un jour de sabbat, et ses disciples, ayant faim, se mirent à cueillir des épis et à les manger. Les Pharisiens, voyant cela, lui dirent : "Voici que tes disciples font une chose qu'il n'est pas permis de faire pendant le sabbat !" Mais il leur répondit : "N'avez-vous pas lu ce que fit David, lorsqu'il eut faim, lui et ceux qui étaient avec lui : comment il entra dans la maison de Dieu et mangea les pains de proposition qu'il ne lui était pas permis de manger, non plus qu'à ceux qui étaient avec lui, mais aux prêtres seuls ? Ou n'avez-vous pas lu dans la Loi que, le jour du sabbat, les prêtres violent le sabbat dans le Temple sans commettre de péché ? Or, je vous le dis : il y a ici plus grand que le Temple ! Si vous compreniez cette parole : "Je veux la miséricorde, et non le sacrifice", vous n'auriez pas condamné des innocents. Car le Fils de l'homme est Seigneur même du sabbat.
Commentaire
Dans l'Évangile de ce jour, Jésus nous invite à réfléchir au repos dominical. Il nous enseigne qu'il ne s'agit pas simplement de respecter des règles juridiques, mais que ces règles sont subordonnées à un précepte plus grand: honorer Dieu.
Les Pharisiens affrontent Jésus sur la question du sabbat. Jésus, en vertu de son autorité divine, transmet l'interprétation définitive de la Loi. Dieu a commandé le respect du sabbat, l'a institué et a ordonné au peuple de s'abstenir de travailler ce jour-là. Au fil du temps, le précepte donné par Dieu s'est compliqué et est devenu un ensemble de règles rigides : il y avait 39 travaux interdits le jour du sabbat.
Mais Jésus nous enseigne quel est le véritable sens du sabbat : honorer Dieu en un jour dédié au Seigneur qui nous rappelle que notre vie appartient à Dieu et doit être orientée vers Dieu. Pour illustrer cela, il donne l'exemple du roi David qui, affamé, a mangé les pains de proposition. Lorsque nous avons faim, soif ou sommeil, notre esprit peut difficilement se concentrer sur Dieu.
Les chrétiens, suivant cette même tradition juive, déplacent le sabbat au dimanche comme le jour où a eu lieu l'événement central de notre salut : la résurrection du Christ. Le respect du repos dominical nous rappelle la centralité du Christ dans nos vies.
Le pape François nous a rappelé que "le dimanche n'est pas le jour pour effacer les autres jours, mais pour s'en souvenir, pour les bénir et pour faire la paix avec la vie. La vie est précieuse. Ce n'est pas facile, c'est parfois douloureux, mais c'est précieux" (François, Homélie, 5-IX-2018).
Saint Josémaria disait que " se reposer c'est faire le plein : amasser des forces, faire provision d'idéaux, de projets... En peu de mots : changer d'occupation, pour revenir ensuite, avec un nouvel entrain, aux occupations habituelles." (Saint Josémaria, Sillon 514).
Nous avons besoin de nous reposer, mais pour recentrer notre tête et notre cœur sur la chose la plus importante de notre vie : aimer Dieu au quotidien. Ainsi, lorsque Jésus réprimande les pharisiens, il le fait parce que leur cœur s'est éloigné du véritable but du repos, qui est d'honorer Dieu. En respectant un ensemble de règles, les pharisiens détournent le précepte vers eux-mêmes.
Vous et moi, nous voulons aussi que Dieu soit le centre de notre vie. Le dimanche oriente notre regard vers Dieu, qui peut vraiment nous rendre heureux, et nous rappelle de mettre Dieu au centre de nos affaires courantes.
Évangile (Mt 13, 10-17)
Alors ses disciples, s'approchant, lui dirent : "Pourquoi leur parles-tu en paraboles ?" Il leur répondit : "À vous, il a été donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, mais à eux, cela n'a pas été donné. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance ; mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a. C'est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu'ils voient sans voir, et qu'ils entendent sans entendre ni comprendre. En eux s'accomplit la prophétie d'Isaïe : Vous entendrez de vos oreilles, et vous ne comprendrez pas ; vous regarderez de vos yeux, et vous ne verrez pas. Car le cœur de ce peuple s'est alourdi ; ils ont endurci leurs oreilles et fermé leurs yeux : de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur cœur ne comprenne, qu'ils ne se convertissent et que je les guérisse.
Quant à vous, heureux vos yeux parce qu'ils voient, et vos oreilles parce qu'elles entendent ! En vérité je vous le dis, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu ; entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu."
Commentaire
Les disciples demandent à Jésus pourquoi il parle en paraboles. Le Maître leur fait voir qu'il prêche "les mystères du Royaume". Il est difficile pour les gens de les comprendre directement. C'est pourquoi il utilise un langage figuratif, avec des images qui sont proches des auditeurs et qui font référence de manière voilée aux mystères.
Dans son explication aux disciples, Jésus dit : "on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance ; mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a" (v. 12). Cette phrase nous met mal à l'aise car elle paraît injuste. Au contraire, Jésus explique ainsi que celui qui ne reçoit pas l'évangile et la grâce avec bonne volonté, devient incapable de le comprendre et de recevoir davantage. En revanche, celui qui se laisse volontairement transformer par la parole de Dieu - ce que les disciples ont fait - reçoit non seulement la grâce de la conversion, mais devient capable de recevoir encore plus de grâce.
La citation d'Isaïe que Jésus utilise est surprenante : " de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n'entendent, que leur cœur ne comprenne, qu'ils ne se convertissent et que je les guérisse. " (v. 15). En effet, le Seigneur utilise ici l'ironie, pour déplorer le fait que ses auditeurs accomplissent, délibérément, la prophétie d'Isaïe, malgré l’effort du Seigneur pour les sauver. En effet, bien que beaucoup aient vu les miracles accomplis par Jésus et soient peut-être plus à même que les douze de comprendre ses paroles, ils ont librement fait la sourde oreille au message et se sont plongés dans un aveuglement volontaire.
Dans notre vie quotidienne, il nous arrive peut-être de ne pas comprendre un point de notre foi, de notre morale ou une action qui nous fait souffrir et nous semble injuste. À ce moment là, mettons notre confiance, non pas dans notre propre compréhension, mais dans le Seigneur qui nous invite à lever les yeux et à nous placer sur un plan surnaturel. Il est normal que nous ne comprenions pas quelquefois : c'est le moment de mettre notre confiance dans le Seigneur et de demander à l'Esprit Saint la lumière pour essayer de comprendre. Même les disciples ne peuvent pas tout comprendre. Le message profond et libérateur contenu dans les paraboles de Jésus ne peut être vraiment assimilé que par ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur.
Évangile (Mt 16, 24-28)
Alors Jésus dit à ses disciples: "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra; et celui qui perdra sa vie à cause de moi, la trouvera. À quoi sert à l'homme de gagner le monde entier, s'il vient à perdre son âme? Ou que donnera un homme en échange de son âme ? Car le Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. En vérité je vous le dis, certains de ceux qui se trouvent ici ne mourront pas avant d'avoir vu le Fils de l'homme venir dans son Royaume."
Commentaire
Ce passage de l'Évangile suit immédiatement l'affirmation de Pierre à l'égard de Jésus : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant" (Mt 16, 16). Cette affirmation a été confirmée solennellement par le Maître qui, en même temps, leur a ordonné de ne dire à personne qu'il est le Christ (cf. Mt 16, 20). Les apôtres devaient être impressionnés par la clarté avec laquelle Jésus avait confirmé ce qu'ils pressentaient, à savoir que leur Maître était le Messie tant attendu.
À cette occasion, Jésus se tourne vers la Croix et invite ses disciples à le suivre : " Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive " (v. 24). Contrairement à toute logique humaine, la croix n'implique pas le malheur, un malheur à éviter à tout prix, mais une occasion d'accompagner Jésus dans sa victoire. Dans la logique de Dieu, le chemin qui mène au triomphe glorieux sur le péché et la mort passe par la passion et la croix.
Dans une homélie, saint Josémaria a évoqué un rêve d'un classique castillan dans lequel deux chemins s’ouvrent. L'une est large et carrossable, mais il débouche sur un précipice sans fond. C'est celui que suivent les mondains, dans leur étourderie. " Dans ce songe, une autre sentier prend une direction différente : il est si étroit et sa pente est si raide qu’il est impossible de le parcourir à cheval. Tous ceux qui l’empruntent avancent à pied, peut-être un zigzaguant, mais le visage serein, foulant des chardons et contournant des rochers. Par endroits, ils abandonnent des lambeaux de leurs vêtements et même de leur chair. Mais un verger les attend au bout, le bonheur pour toujours, le Ciel. C’est le chemin des âmes saintes qui s’humilient ; qui, par amour pour Jésus-Christ, se sacrifient avec joie pour les autres ; la route de ceux qui ne craignent pas de grimper, chargés amoureusement de leur Croix, aussi lourde soit-elle, car ils savent que si le poids les renverse, ils pourront se relever et continuer l’ascension : le Christ est la force de ces voyageurs." (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 130)
Le but de tout être humain est d'atteindre le bonheur. Mais le bonheur ne s'obtient pas en recherchant toujours le plus confortable et le plus désirable, mais en aimant résolument, même si l'amour implique des sacrifices. "Ce qui est nécessaire pour atteindre le bonheur, ce n’est pas une vie facile, mais un cœur plein d’amour. » (Saint Josémaria, Sillon, n° 795), disait saint Josémaria. " C'est pourquoi j'aime demander à Jésus pour moi : Seigneur, aucun jour sans la croix ! Ainsi, avec la grâce divine, notre caractère se trempera, et nous servirons d’appui à notre Dieu, par delà nos misères personnelles" (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 216).
Évangile (Lc 9, 28b-36)
Environ huit jours après qu’il eut dit ces paroles, il prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et monta sur la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage changea, et ses vêtements devinrent éblouissants de blancheur. Et voilà que deux hommes conversaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparaissant dans la gloire ; ils parlaient de son départ qui devait s’accomplir dans Jérusalem. Mais Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; s’étant réveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes qui étaient avec lui.
Au moment où ceux-ci s’éloignaient de lui, Pierre dit à Jésus : « Maître, mieux vaut que nous restions ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » Il ne savait ce qu’il disait.
Comme il parlait ainsi, une nuée vint les couvrir de son ombre et les disciples furent saisis de frayeur tandis qu’ils entraient dans la nuée. Et de la nuée sortit une voix qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. »
Pendant que la voix parlait, Jésus se retrouva seul. Les disciples gardèrent le silence, et ils ne racontèrent à personne, en ce temps-là, rien de ce qu’ils avaient vu.
Commentaire
Aujourd'hui, nous célébrons la fête de la Transfiguration du Seigneur. La fête a été fixée au 6 août, quarante jours avant la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, le 14 septembre. Dans certaines traditions, ce temps constitue un second carême. Ainsi, l'Église byzantine vit cette période comme un temps de jeûne et de contemplation de la Croix. Il nous montre que la manifestation de la gloire de Dieu est étroitement liée à sa Passion et à sa mort sur la Croix.
Sur une haute montagne, le Seigneur a montré sa gloire aux trois disciples les plus proches afin de les préparer à la Passion imminente. L'annonce faite quelques jours plus tôt s'est donc réalisée : " En vérité, Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui sont ici présents ne goûteront pas la mort qu’ils n’aient vu le Royaume de Dieu. » (Luc 9, 27). Luc souligne intentionnellement que tout cela s'est passé "pendant que Jésus priait".
Cette "apparition pascale anticipée", comme l'appelle le Pape François (Pape François, Angelus, 25 février 2018), transcende les barrières du temps et de l'espace et d'une grande signification théologique. L'apôtre Pierre expliquait aux premiers chrétiens: « C’est pour avoir vu de nos propres yeux sa majesté. Car il a reçu de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque du sein de la gloire magnifique cette voix se fit entendre : ‘Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis mes complaisances’. Nous-mêmes avons entendu cette voix venant du ciel, quand nous étions avec lui sur la montagne sainte » (2 Pierre 1,16-18).
Dans la Bible, la montagne représente la proximité de Dieu. C'est là que Moïse et Elie ont eu des conversations intimes avec le Seigneur (cf. Exode 24 et 1 Rois 19). Les deux personnages apparaissent maintenant glorieux et parlent avec Jésus de leur départ (exode) à Jérusalem. Ils représentent la Loi et les Prophètes, qui annoncent le mystère de la Passion et de la Résurrection du Messie, comme Jésus ressuscité l'expliquera aux disciples d'Emmaüs (cf. Luc 24, 1ss). Le passage révèle également " toute la Trinité : le Père dans la voix, le Fils dans l'homme, l'Esprit dans la nuée lumineuse " (Saint Thomas d’Aquin, S.th. 3, q. 45, a. 4, ad 2.).
L'enseignement le plus important, cependant, est condensé dans l'invitation de la voix concernant Jésus : " Écoutez-le ". Moïse a annoncé que Dieu susciterait un prophète comme lui, qui serait écouté (cf. Dt 18, 15). La voix présente ainsi le nouveau Moïse : le Fils qui nous révèle le Père avec autorité et que nous devons écouter. Pour cela, nous devons suivre l'exemple du Maître : monter sur la montagne de la prière, réserver un temps dans notre emploi du temps quotidien pour dialoguer exclusivement avec Dieu. Dans ces moments de contact personnel et intime, nous pouvons lui dire avec les mots de saint Josémaria : « Seigneur, nous voici pour écouter ce que tu veux nous dire. Parle-nous ; nous sommes attentifs à ta voix. Que tes paroles, en descendant dans notre âme, enflamment notre volonté pour qu’elle s’élance avec ferveur pour te servir » (Saint Rosaire, Appendice, 4ème mystère lumineux).
Saint Josémaria avait l'habitude de rapporter ce passage à la recherche amoureuse du visage de Jésus et de sa Très Sainte Humanité : " Jésus, te voir, te parler ! Demeurer là, en te contemplant, abîmé dans l’immensité de ta beauté et ne cesser jamais, jamais, de te contempler ! Ô Christ, si l’on te voyait ! Qui ne serait, en te voyant, blessé d’amour pour toi ! » (Ibid.) Il vaut la peine d'insister chaque jour sur ces temps de prière, de tenir compagnie au Seigneur avec le même empressement que le psalmiste exprime : « De toi mon cœur a dit : « Cherche sa face ! » Je cherche ta face, ô Yahvé : ne la détourne pas de moi. » (Psaume 27, 8-9). Notre humble persévérance sera récompensée. Moïse a fini par avoir le visage "rayonnant parce qu'il avait parlé au Seigneur" (Exode 34, 29). Et Jésus, qui est "Lumière née de la Lumière", comme nous le confessons dans le Credo, nous transfigurera également par sa grâce, de sorte que notre journée, notre travail et nos relations avec les autres seront illuminés par la présence de Dieu dans notre âme.
L'expression de Pierre "Comme il est bon d'être ici ! Faisons trois tentes" exprime la joie de la rencontre avec Dieu. Il fait également référence aux "tentes éternelles" que le Messie rétablirait (Lc 16, 9) et que les Juifs commémoraient lors de la fête des tentes. Pierre veut entretenir le moment de bonheur que lui procure ce moment intime avec Dieu. " Mais la prière ne signifie pas s'isoler du monde et de ses contradictions, explique Benoît XVI : « L’existence chrétienne consiste en une ascension continue du mont de la rencontre avec Dieu pour ensuite redescendre, en portant l’amour et la force qui en dérivent, de manière à servir nos frères et sœurs avec le même amour que Dieu » (Benoît XVI, Angelus, 24 février 2013). La preuve évidente que, dans nos moments de prière, nous écoutons le Fils comme la voix du Père le demande, c'est que son Esprit nous remplit d'un zèle apostolique pour porter la lumière de Dieu à tous.
Évangile (Mt 17, 22-27)
Et, comme ils se trouvaient réunis en Galilée, Jésus leur dit : « Le Fils de l’homme doit être livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera. » Et ils furent profondément contristés.
Quand ils furent entrés à Capharnaüm, ceux qui percevaient les didrachmes s’avancèrent vers Pierre et dirent : « Votre maître ne paie pas les didrachmes ? »
- « Si », répond-il.
Et, quand Pierre fut arrivé à la maison, Jésus, prenant les devants, lui dit :
« Que t’en semble, Simon ? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils taxes ou tribut ? De leurs fils ou des étrangers ? » Et comme il avait répondu : « Des étrangers », Jésus lui déclara : « Ainsi donc, les fils en sont exempts. Toutefois, pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l’hameçon, et le premier poisson qui montera, saisis-le ; ouvre-lui la bouche et tu trouveras un statère. Prends-le, et donne-le-leur pour moi et pour toi. »
Commentaire
L'Évangile commence par l'annonce de la passion, de la mort et de la résurrection futures de Jésus et se termine en montrant la puissance de Jésus par un miracle.
C'est la deuxième annonce de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus. Les disciples étaient très tristes, ils ne veulent pas perdre le maître. Le deuil est l'une des expériences les plus courantes de la vie. Nous pouvons souvent souffrir profondément pour des raisons et des motifs auxquels nous ne nous attendions pas. Comme les disciples, nous pouvons aussi nous décourager dans notre vie quotidienne à cause de la croix : nous sommes attristés par une injustice, par quelque chose qui ne se passe pas comme nous l'attendons, par une difficulté. Cela peut nous amener à souffrir. Saint Josémaria disait : " Si tu sais que ces souffrances - physiques ou morales - sont purification et mérite, bénis-les " (Chemin, 219).
L'Évangile se poursuit avec la question du tribut au Temple. Nous savons que de nombreux prêtres du Temple, à l'époque de Jésus, étaient exemptés du paiement du tribut. Jésus est le Fils de Dieu et le Seigneur du Temple, il avait donc plus de raisons que quiconque de ne pas payer le tribut. Cependant, le Seigneur ordonne à Pierre de payer, "pour ne pas les scandaliser". Il paie un statère d'une valeur de quatre deniers. Le tribut au Temple était de deux deniers par personne, c'était donc la bonne somme à payer pour Pierre et Jésus. Dans le miracle, on retrouve la providence attentive du Seigneur envers les siens. Le Seigneur nous invite également à remplir nos devoirs sociaux, à ne pas abuser des privilèges et à remplir nos obligations.
Le Seigneur fait le lien entre les deux événements. D'une part, nous voyons la souffrance et d'autre part, nous voyons la puissance de Dieu qui surmonte toute difficulté. L'enseignement est clair : dans notre vie nous souffrirons pour beaucoup de choses, mais si nous mettons notre confiance dans le Seigneur, il résoudra les problèmes les plus importants de notre vie. Saint Josémaria le dit ainsi : « Si, face à la réalité de la souffrance, vous sentez parfois votre âme vaciller, il n’y a qu’un remède : regarder le Christ.» (Quand le Christ passe, n° 168). Mettons notre confiance en notre Seigneur.
Évangile (Mt 23, 23-26)
Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui payez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, mais qui négligez les points les plus graves de la Loi : la justice, la miséricorde et la foi ! Ce sont ces choses qu’il fallait pratiquer, sans omettre les autres. Guides aveugles, qui filtrez le moucheron et avalez le chameau !
Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous purifiez le dehors de la coupe et du plat, tandis que le dedans est rempli de rapine et d’intempérance ! Pharisien aveugle, purifie d’abord le dedans de la coupe et du plat, afin que le dehors aussi devienne pur !
Commentaire
L'Évangile d'aujourd'hui fait partie du discours des malédictions où Jésus explique les conséquences d'un accomplissement purement formel de la Loi. Il y a une épithète répétée de Jésus : hypocrites et aveugles. L'hypocrite est celui qui dit une chose, mais en fait une autre, qui se comporte comme un acteur dans la vie réelle. Et l'hypocrite change facilement son cœur et devient aveugle. Il change sa façon de voir les choses, il les ajuste à ses circonstances personnelles, il pense à lui selon ses propres convenances et cette attitude conduit à l'aveuglement.
Les scribes et les pharisiens accomplissent des actions extérieures comme payer la dîme, nettoyer la tasse et la soucoupe, etc. mais ils le font pour être vus par les autres. Tous ces travaux sont bons. Mais l'attitude intérieure est égoïste. Ils ne le font pas par amour, par miséricorde ou par fidélité, comme l'indique Jésus. Or, ces éléments sont au cœur de la loi, la raison d'être des actions extérieures.
Aux yeux de Dieu, l'intériorité prime sur l'extériorité. Nos actions extérieures sont la conséquence de notre intériorité. Nous devenons saints en purifiant nos intentions, en nous efforçant de choisir le bien, en cultivant le désir d'aimer Dieu par-dessus tout. Par conséquent, ce que nous faisons à l'extérieur est mû par le cœur. C'est pourquoi ce que nous devons changer, c'est notre cœur. Comme le dit le pape François, "la frontière entre le bien et le mal n'est pas à l'extérieur de nous, mais plutôt en nous. Nous pouvons nous demander : où est mon cœur (...). Sans un cœur purifié, on ne peut avoir des mains et des lèvres vraiment propres qui prononcent des paroles sincères d'amour, de miséricorde et de pardon. Seul un cœur sincère et purifié peut le faire" (François, Angelus, 30-VIII-2015).
L'Évangile reste toujours d'une actualité brûlante. Nous pouvons donc nous demander si nous sommes nous aussi comme les scribes et les pharisiens : qu'est-ce qui me pousse à faire cette action, l'amour pour Dieu et pour les autres, ou ma satisfaction personnelle ? Saint Josémaria nous encourageait : " Quand on aime Dieu avec sincérité, on n'épargne pas le don de soi, l'amour, qui apparaît dans des milliers de détails quotidiens. Et quand on aime vraiment, on donne avec joie, sans compter et sans chercher la gratitude : il suffit alors à l'âme de pouvoir se dépenser avec joie. » (Livre « Mémoire du bienheureux Josémaria Escriva. » Javier Echevarria.) Demandons à notre Sainte Mère Marie de nous aider à toujours travailler pour l'amour de Dieu et du prochain.
Évangile (Jn 19, 25-27)
Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie-Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Ensuite il dit au disciple : « Voilà ta mère. » Et dès cette heure-là, le disciple la prit chez lui.
Commentaire
Nous avons souvent contemplé, dans un tableau ou dans notre imagination, la scène de l'Évangile d'aujourd'hui : Jésus en croix et, à ses pieds, sa Mère, les saintes femmes et le disciple bien-aimé. Il y a de la place pour nous, qui sommes aussi des disciples bien-aimés, fidèles au Maître à son heure.
Jésus appelle sa Mère "femme", comme il l'a fait lors des noces de Cana. Elle est la nouvelle Eve. La première Eve était aussi appelée "femme", mais trompée par le serpent, elle a désobéi à l'ordre divin. Malgré cela, Dieu a promis que la femme s'opposerait au serpent, car un descendant de celle-ci, Jésus, lui écraserait la tête. C'est ainsi que commença une lutte dont parle le livre de l'Apocalypse : « Le dragon fut rempli de fureur contre la femme et alla faire la guerre au reste de sa descendance, à ceux qui observent les commandements de Dieu et ont le témoignage de Jésus » (Ap 12,17), bref, aux disciples. Aucune puissance n'est capable de vaincre un disciple qui se tient aux côtés de la Mère de Jésus.
Saint Jean-Paul II a évoqué Marie, pèlerine silencieuse jusqu'à la "nuit de la foi" (Saint Jean Paul II, Redemptoris Mater, n° 17.) Comment ne pas lui appliquer les paroles de l'Écriture : "Regardez et voyez s'il est une douleur pareille à la douleur qui me tourmente » (Lm 1,12) ? Sur le Golgotha, Marie a senti l'épée transpercer son âme, annoncée par le vieil homme Siméon. Et en union avec l'œuvre rédemptrice du Fils, elle devient la Mère qui donne naissance à tout chrétien, à tout disciple de Jésus. Aujourd'hui, nous pouvons dire à notre Mère les paroles que la liturgie lui applique, tirées de l'Écriture, lorsque le peuple exalte Judith qui a sauvé Israël de la puissance de l'ennemi babylonien : « Tu es la gloire de Jérusalem ! Tu es le suprême orgueil d’Israël ! » (Jdt 15, 9). L'amour pour la Mère nous obtient une grâce abondante pour être fidèles aux commandements du Christ et nous libère des pièges du Malin (Cf. saint Josémaria, Chemin, n° 493).
Évangile (Luc 13, 22-30)
Il allait donc par les villes et les villages, enseignant et s’avançant vers Jérusalem. Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y aura-t-il qu’un petit nombre à être sauvés ? » Il leur dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car beaucoup, je vous le dis, chercheront à entrer et ne le pourront pas. Une fois que le père de famille se sera levé et aura fermé la porte, si vous êtes dehors et que vous vous mettiez à frapper, en disant : Seigneur, ouvre-nous ! il vous répondra : Je ne sais d’où vous êtes. Alors vous vous mettrez à dire : Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné sur nos places publiques. Et il vous répondra : Je vous le dis, je ne sais d’où vous êtes. Retirez-vous de moi vous tous, artisans d’iniquité ! C’est alors qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents, lorsque vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, tandis que vous serez jetés dehors. Il en viendra de l’Orient et de l’Occident, du nord et du midi, et ils prendront place au banquet dans le royaume de Dieu. Et c’est ainsi que des derniers seront premiers, et que des premiers seront derniers.»
Commentaire
Pour nous parler du Royaume des cieux et de notre destinée éternelle, le Seigneur s’est à plusieurs reprises servi de la métaphore du banquet, une image très suggestive pour la mentalité des orientaux, concrètement des sémites. Il l’a surtout fait dans la bien connue parabole des invités au festin, avec son invitation non moins bien connue à « les faire entrer de force » («compelle intrare» ; cf. Lc 14, 15), c’est-à-dire à convaincre les récalcitrants de faire le nécessaire pour occuper la place que Dieu les réserve dans la salle du banquet.
Dans le texte d’aujourd’hui, nous trouvons la même idée, avec quelques nuances propres. La plus importante, probablement, le caractère définitif de la question, puisque la porte se ferme par notre faute et que personne ne pourra plus l’ouvrir. L’affirmation que la porte est « étroite » souligne encore davantage la radicalité de l’affaire. Dans notre vie, nous pouvons assez souvent connaître l’échec. Or notre sanctification, c’est-à-dire le salut éternel, est essentielle, donc en aucun cas nous ne pouvons la manquer.
La résolution que nous pourrions prendre en méditant ce passage est sans doute la nécessité de vivre avec encore plus de zèle et de générosité notre mission d’apôtres, qui est la nôtre à titre de chrétiens. Nous devons nous proposer, dans une approche positive mais ferme, que ceux qui nous entourent prennent leur vie au sérieux, qu’ils pensent à leur destinée éternelle et cherchent à mettre en pratique les enseignements de notre Seigneur, tels que l’Église nous les présente. Ce n’est qu’ainsi qu’ils donneront à leur vie le bon sens.
Évangile (Luc 14, 12-14)
Il dit aussi à celui qui l'avait invité : Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins, sinon eux aussi te rendraient l’invitation et cela ne serait pour toi un don en retour. Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux et des aveugles ; heureux seras-tu, parce qu’ils n'ont rien à te donner en retour. Cela te sera rendu à la résurrection des justes.
Commentaire
Dans l'Évangile d'aujourd'hui, Jésus nous instruit à partir de l'image du banquet. Le contexte est un repas de sabbat dans la maison de l'un des principaux pharisiens. Plusieurs docteurs de la loi et quelques pharisiens sont irrités parce que Jésus fait des miracles le jour du sabbat. Mais Jésus ne se laisse pas décourager et met en lumière le caractère central de la charité à l'aide d'images comme celles du banquet. Après avoir expliqué l'importance de l'humilité, il veut nous montrer que cette vertu doit être complétée par la pratique de la charité.
En effet, la charité consiste à sortir de soi, à rechercher toujours le bien de l'autre, à ne pas chercher son propre intérêt, à ne pas se préoccuper des louanges ou des récompenses. La charité consiste à aimer Dieu et son prochain comme soi-même. Pour être heureux, l'homme doit rechercher le bonheur de son prochain. C'est pourquoi Jésus lui-même nous invite à donner à ceux qui ne peuvent pas nous rembourser, comme les pauvres.
Dieu lui-même est venu dans le monde et s'est fait pauvre. "Et c’est à cela que conduit l’amour du Christ, qui nous a aimés jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1) et qui arrive jusqu’aux extrémités, aux limites, aux frontières existentielles. Apporter les périphéries au centre signifie centrer notre vie dans le Christ, qui « s’est fait pauvre » pour nous, pour nous enrichir « par sa pauvreté » (2 Co 8, 9) " (2 Co 8,9) (Pape François, Audience générale, 19 août 2020).
Pour nous centrer sur le Christ, cela nous aidera de découvrir le Christ lui-même dans notre prochain. Saint Josémaria avait l'habitude de dire : " Mes enfants, savez-vous pourquoi je vous aime tant ? Parce que je vois le sang du Christ couler en vous." (Cité dans A. Vázquez de Prada, Le Fondateur de l’Opus Dei, vol. III.). Voir le Christ dans le prochain, voir le Christ dans le pauvre. Cela nous conduira à des actions concrètes en faveur des autres.
En compagnie de Jésus-Christ, nous entrons pauvres et repartons riches. Il nous donne son cœur pour accueillir les préoccupations des autres, pour que nous puissions partager avec tous ce qui nous appartient, les dons qu'il nous a faits, pour que nous puissions jouir et nous réjouir de ce monde avec magnanimité, grandeur d'âme.