Évangile (Mc 12, 1-12)
Jésus se mit à leur parler en paraboles : « Un homme planta une vigne, il l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. Le moment venu, il envoya un serviteur auprès des vignerons pour se faire remettre par eux ce qui lui revenait des fruits de la vigne. Mais les vignerons se saisirent du serviteur, le frappèrent, et le renvoyèrent les mains vides. De nouveau, il leur envoya un autre serviteur ; et celui-là, ils l’assommèrent et l’humilièrent. Il en envoya encore un autre, et celui-là, ils le tuèrent ; puis beaucoup d’autres serviteurs : ils frappèrent les uns et tuèrent les autres. Il lui restait encore quelqu’un : son fils bien-aimé. Il l’envoya vers eux en dernier, en se disant : “Ils respecteront mon fils.” Mais ces vignerons-là se dirent entre eux : “Voici l’héritier : allons-y ! tuons-le, et l’héritage va être à nous !” Ils se saisirent de lui, le tuèrent, et le jetèrent hors de la vigne. Que fera le maître de la vigne ? Il viendra, fera périr les vignerons, et donnera la vigne à d’autres. N’avez-vous pas lu ce passage de l’Écriture ? La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! » Les chefs du peuple cherchaient à arrêter Jésus, mais ils eurent peur de la foule. – Ils avaient bien compris en effet qu’il avait dit la parabole à leur intention. Ils le laissèrent donc et s’en allèrent.
Commentaire
La parabole des vignerons homicides est l'expression littéraire d'un effondrement,conséquence du refus obstiné des dons de Dieu. Le texte commence par rappeler la vigne d'Isaïe 5,1-4, un passage court et merveilleux qui parle de l'alliance de Dieu avec les hommes et de quelque chose qui ne s'est pas bien passé. La relation entre le Seigneur et Israël présente un point de fragilité permanente, un risque continuel de rupture. Et pourquoi ? À cause du désir d'usurpation des hommes, qui ne veulent pas accepter ce qui leur est offert comme un don divin. Cette attitude provient d'un cœur rebelle, qui cherche encore et toujours à s'affirmer en excluant Dieu de son horizon. Mais cette exclusion entraîne finalement l'autodestruction, et Dieu ne s'y résigne pas : son amour pour l'homme est si grand et si fidèle. Il ne cessera jamais de nous tendre la main. Et c'est pourquoi il envoie des émissaires, des serviteurs, encore et encore, pour nous faire réfléchir et rétablir les liens qui ont été rompus ou qui sont sur le point de l'être.
La question à laquelle répond cette parabole a été posée maintes fois au cours de l'histoire : " Par quelle autorité fais-tu cela ? Ou alors qui t’a donné cette autorité pour le faire ? »". (Mc 11,28). C'est-à-dire : qui êtes-vous, quel rôle jouez-vous dans ma vie, avec quel droit et quelle intention ? Et voici la réponse : je suis le fils bien-aimé qui s'offre pour toi, je suis la parole définitive de Dieu le Père avec laquelle il te parle de son amour pour toi et de son désir d'ouvrir ton cœur à la vraie vie. Notre vie est conçue comme une construction. Nous avons souvent l'impression d'être de fiers architectes ou bâtisseurs à qui personne ne doit rien dire. Mais la construction de notre vie n'est possible que si Jésus est la pierre angulaire qui maintient l'unité de l'ensemble (Ps 118, 22-23). Une construction véritablement renouvelée. Sinon, les fruits seront, encore et toujours, aigres au lieu d'être des raisins mûrs (Is 5,2). Notre Seigneur vient à notre rencontre comme médiateur et aussi comme accusateur avec une intention salvatrice. La parabole nous invite à lire et à prier avec la vie de notre Seigneur, avec le désir d'écouter, d'accepter avec gratitude sa réprimande aimante et de faire nôtres ses paroles.
Évangile (Mt 11, 25-30)
En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de les avoir révélées aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir ! Toutes choses m'ont été remises par mon Père, et personne ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.. Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et qui ployez sous le fardeau, et moi je vous donnerai du repos. Prenez sur vous mon joug et recevez mes leçons, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est facile et mon fardeau léger."
Commentaire
Aujourd’hui, nous célébrons dans l’Église la fête du Sacré-Cœur de Jésus. Une fête en l’honneur de notre Seigneur. Le Sacré-Cœur de Jésus est le symbole de l’amour divin. Le cœur de Jésus est l’expression de son don total et de son amour pour l’humanité.
En 1675, Jésus a dit à Sainte Marguerite-Marie Alacoque qu’il veut que la fête du Sacré-Cœur soit célébrée le vendredi suivant l’octave de la Fête-Dieu. En 1856, la fête du Sacré-Cœur est devenue une fête universelle. Saint Jean-Paul II, grand dévot du Sacré-Cœur, a déclaré : « Cette fête nous rappelle le mystère de l’amour de Dieu pour les hommes de tous les temps ».
La solennité du Sacré-Cœur de Jésus a une signification très profonde pour les chrétiens. Lorsque nous parlons du cœur d’une personne, nous pensons à ses affections, à ses sentiments, à sa façon d’aimer. Mais, comme le rappelle saint Josémaria, « quand la Sainte Écriture parle du cœur, il ne s’agit pas d’un sentiment passager, provoquant l’émotion ou les larmes. On parle du cœur pour désigner la personne tout entière orientée — corps et âme — comme le Christ Jésus lui-même l’a montré, vers ce qu’elle considère comme son bien : Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 164).
Pour nous faire mieux connaître le cœur de Jésus, l’Église nous présente aujourd’hui une prière de louange de Jésus au Père. Ses paroles nous montrent comment est son cœur. Il nous montre que ce qu’il désire le plus est de louer le Père et qu’il adresse son message aux plus petits. Contrairement à ceux qui ne croient pas en lui, Jésus est rempli de joie pour ceux qui l’acceptent, les humbles, qui ne se fient pas à leur propre sagesse, qui ne s’estiment pas sages et prudents.
Ce passage a été appelé le joyau des évangiles synoptiques, parce qu’il contient la prière de Jésus, qui appelle Dieu Père, parce qu’il se présente à nous comme celui qui connaît Dieu et qui a tout reçu de lui, et parce qu’il est celui qui nous le révèle, si nous l’accueillons avec humilité.
Son émouvant « Oui, Père » exprime le fond de son cœur, son adhésion à la volonté du Père, écho du Fiat de sa Mère au moment de la conception, et prélude à ce que Jésus dira dans l’agonie du Calvaire, l’acceptation absolue des desseins du Père.
Jésus nous libère du joug. Le joug est un mot utilisé pour désigner la loi de Moïse qui, au fil du temps, s’est surchargée de pratiques devenues insupportables. Mais Jésus rétablit une nouvelle alliance où il attire tous à lui par les liens de l’amour. Son joug est désormais léger, car il le porte avec nous.
« Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur », terme également utilisé dans les Béatitudes et qui, dans l’Ancien Testament, désigne celui qui renonce à la colère et met sa confiance en Dieu. « Merci ! Merci ! mon Jésus, et donne-nous un cœur à la mesure du Tien ! » (Saint Josémaria, Sillon, n° 813.)
Aujourd’hui est un jour pour entrer dans le Sacré-Cœur de Jésus, pour croire que son Amour est le besoin le plus profond de notre propre cœur. Recourons à l’intercession de la Vierge Marie afin de ne jamais cesser de nous émerveiller de ce mystère : nous sommes le trésor du Cœur de Dieu.
Évangile (Mt 9, 36 - 38 ; 10, 1 - 8)
Or, en voyant ces foules, il fut ému de compassion pour elles, parce qu'elles étaient harassées et abattues comme des brebis sans pasteur. Alors il dit à ses disciples: "La moisson est grande, mais les ouvriers peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers à sa moisson."
Puis, ayant appelé auprès de lui ses douze disciples, il leur donna pouvoir sur les esprits impurs, afin de les chasser et de guérir toute maladie et toute infirmité. Or voici les noms des douze Apôtres : le premier est Simon, appelé Pierre, puis André son frère; Jacques fils de Zébédée et Jean son frère; Philippe et Barthélemy, Thomas et Matthieu le publicain; Jacques, fils d'Alphée et Thaddée; Simon le Zélote et Judas Iscariote, qui le livra. Tels sont les douze que Jésus envoya, après leur avoir donné les instructions suivantes : "Ne prenez pas la route des païens, et n'entrez point dans une ville de Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d'Israël. Sur votre chemin, proclamez que le royaume des cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons : vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. Ne vous procurez ni or, ni argent, ni menue monnaie pour vos ceintures, ni sac pour la route, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâton, car l'ouvrier mérite sa nourriture.
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L'évangile d'aujourd'hui commence par la compassion de Jésus. Il veut le mieux pour ces hommes. Les voyant comme hagards, il leur offre ce qu'il a de meilleur : Dieu lui-même. Cette compassion le pousse à agir en faveur des personnes qui se trouvent devant lui.
Jésus prend l'initiative et choisit les apôtres pour porter Dieu au monde entier. Il demande de prier pour que Dieu envoie des ouvriers à sa moisson. Cet enseignement de Jésus, nous montre clairement que c’est Lui l’acteur principal du salut, c'est Lui, et non pas nous ; que les moyens les plus importants pour apporter la foi dans les cœurs ne sont pas des moyens humains, mais des moyens surnaturels. La première chose n'est pas de commencer des activités apostoliques, de parler, d'écrire, de se déplacer d'un bout à l'autre du monde. La première chose à faire est de prier. Saint Josémaria écrivait, suivant l'enseignement de Jésus : « D'abord, prière ; ensuite, expiation ; en troisième lieu, et bien en ‘troisième lieu’, action. »[1] L'apostolat ne sera efficace que s'il est fondé sur la prière, sur l'union amoureuse avec Dieu. Et qui sont ces ouvriers dont nous avons tant besoin ? Tous les chrétiens : laïcs, prêtres, religieux ? Nous sommes tous appelés par Dieu à porter la bonne nouvelle du salut au monde entier.
Jésus fait participer les douze à sa mission. Lorsqu'il les choisit, il les appelle "apôtres", ce qui signifie envoyés, parce qu'il les envoie faire ce qu'il a fait Lui-même dès le début de sa vie publique : guérir les malades, ressusciter les morts, guérir les lépreux, chasser les démons. Ces tâches dépassaient de loin les possibilités humaines de ces douze hommes, pour la plupart des pêcheurs, sans formation particulière.
Et quel est le contenu du message que Jésus donne aux disciples ? Le Royaume de Dieu. Dieu croit tellement à l'établissement du Royaume des cieux et à la rédemption des cœurs humains qu'il "ose", pour ainsi dire, compter sur les apôtres pour le réaliser. Comme les apôtres, vous et moi sommes également impliqués dans cette mission. Dieu attend notre réponse libre et notre coopération pour faire du Royaume une réalité.
Jésus compte sur nous aussi, aujourd'hui, maintenant, sans attendre des temps meilleurs, où nous nous sentirons mieux préparés et mieux disposés, ce qui n'arrivera jamais, parce que nous ne serons jamais de dignes ambassadeurs de son message de salut. Nous devons dire oui, maintenant, quand le Christ passe et nous demande de le faire : et Dieu sait déjà comment tirer parti de notre générosité pour faire de chacun de nous un apôtre efficace et fidèle.
Évangile (Matthieu 8, 5-17)
Comme Jésus était entré à Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui et le supplia : « Seigneur, mon serviteur est couché, à la maison, paralysé, et il souffre terriblement. » Jésus lui dit : « Je vais aller moi-même le guérir. » Le centurion reprit : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit, mais dis seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Moi-même qui suis soumis à une autorité, j’ai des soldats sous mes ordres ; à l’un, je dis : “Va”, et il va ; à un autre : “Viens”, et il vient, et à mon esclave : “Fais ceci”, et il le fait. » À ces mots, Jésus fut dans l’admiration et dit à ceux qui le suivaient : « Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi. Aussi je vous le dis : Beaucoup viendront de l’orient et de l’occident et prendront place avec Abraham, Isaac et Jacob au festin du royaume des Cieux, mais les fils du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. » Et Jésus dit au centurion : « Rentre chez toi, que tout se passe pour toi selon ta foi. » Et, à l’heure même, le serviteur fut guéri. Comme Jésus entrait chez Pierre, dans sa maison, il vit sa belle-mère couchée avec de la fièvre. Il lui toucha la main, et la fièvre la quitta. Elle se leva, et elle le servait. Le soir venu, on présenta à Jésus beaucoup de possédés. D’une parole, il expulsa les esprits et, tous ceux qui étaient atteints d’un mal, il les guérit, pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe : Il a pris nos souffrances, il a porté nos maladies.
Commentaire
Le centurion s'approche du Seigneur, mû par l'affection envers son serviteur. Il aime son serviteur malade et cette affection lui fait dépasser les possibles peurs du qu’en dira-t-on.
Il fait également preuve d'une grande délicatesse à l'égard de Jésus. Lorsqu'un Juif entrait dans la maison d'un païen, il contractait une impureté légale, selon la loi de Moïse. C'est pourquoi il voulait éviter à Jésus d'entrer dans sa maison. Cette délicatesse du centurion à l'égard du Seigneur est remarquable.
Mais c'est surtout sa foi en la puissance de Jésus qui est frappante. Alors que lui, en tant que centurion romain, a un pouvoir sur les soldats, il est conscient que le pouvoir de Dieu est bien plus grand : tout ce qu'Il dit sera fait. Sa foi a été efficace, car à ce moment-là, le serviteur a été guéri. Et Jésus est impressionné par sa foi : "Amen, je vous le déclare, chez personne en Israël, je n’ai trouvé une telle foi." Quelle belle louange ! Demandons au Seigneur la foi du centurion.
La liturgie de l'Église reprend les paroles du centurion pour vivifier la foi au moment de recevoir Jésus lui-même dans la Sainte Eucharistie. Car la foi doit aussi être humble. L'humilité du centurion a été la porte par laquelle le Seigneur est entré, non seulement pour guérir le corps du malade, mais aussi pour entrer dans l'âme du centurion.
Après ce premier miracle, Jésus guérit la belle-mère de Pierre, qui se met immédiatement à leur service. Plus tard, il continue à guérir les malades et à chasser les esprits des démoniaques. Jésus est touché par la souffrance humaine, il la fait sienne : "Il a pris nos infirmités et s'est chargé de nos maladies" (Is 53,4).
Nous aussi, nous avons nos maladies intérieures : nos péchés. Tournons-nous vers le Seigneur avec foi, en particulier dans les sacrements et dans la prière. Quand Jésus trouve en nous la foi du centurion, quand nous comptons sur lui, il vient à notre secours.
Évangile (Mt 20, 20-28)
Alors la mère des fils de Zébédée s'approcha de Jésus avec ses fils et se prosterna pour lui demander quelque chose. Il lui dit : "Que voulez-vous ?" Elle répondit : "Ordonne que mes deux fils, que voici, siègent l'un à ta droite, l'autre à ta gauche, dans ton Royaume." Jésus leur dit : "Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire ?" - "Nous le pouvons", lui dirent-ils. Il leur répondit : "Vous boirez en effet mon calice ; quant à être assis à ma droite ou à ma gauche, ce n'est pas à moi de l'accorder; car cela revient à qui mon Père l'a destiné." Ayant entendu cela, les dix autres furent indignés contre les deux frères. Mais Jésus les appela et leur dit : "Vous savez que les chefs des nations leur commandent en maîtres, et que les grands exercent leur empire sur elles. Il n'en sera pas ainsi parmi vous ; mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il se fasse votre serviteur ; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il se fasse votre esclave. C'est ainsi que le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude."
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L'Évangile d'aujourd'hui se termine par une phrase brève, par laquelle Jésus résume le sens de sa vie, sa façon d'être et de vivre : "Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie pour la rédemption de la multitude".
En même temps, il nous indique le sens de la vie de tout chrétien. Nous sommes nés pour servir, pour donner vie, pour donner la vie. Si nous ne vivons pas au service des autres, si les autres ne sont pas heureux de notre présence et de nos actions, alors notre vie n'a aucun poids, aucune cohérence.
Cette phrase est la fin d'un dialogue entre Jésus et Jean et Jacques, initié par la mère des deux frères. Sur le chemin de Jéricho, quelques jours avant l'entrée à Jérusalem, cette mère parvient à être seule avec Jésus-Christ. Elle se prosterna devant lui et lui demanda que ses fils soient assis dans son royaume, l'un à sa droite et l'autre à sa gauche.
Jésus ne répond pas par un refus, et ne lui reproche pas non plus de demander de cette manière. Peut-être parce que cette femme, et ses fils, désirent la gloire. Ils le font d'une manière trop humaine, mais c'est une bonne demande. C'est ce qui est formidable avec Jésus-Christ : il partage nos désirs, nos illusions, nos projets, nos demandes, pour les purifier, pour les remplir de sa gloire, de son éternité.
Jésus, s'adressant à Jean et Jacques, leur répond : "Vous ne savez pas ce que vous demandez" ; "Vous n'avez pas conscience de ce que vous me demandez vraiment, de ce que cache votre désir". Et il engage un dialogue pour leur faire voir la profondeur de ce qu'ils désirent : " Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? " " Voulez-vous vraiment ma gloire ? Assumez-vous ce que je vais assumer ? Vous immerger là où je vais me plonger ? ".
Ils répondront avec une certaine présomption : "Nous pouvons". Et face à cette réponse, Jésus-Christ affirme de manière surprenante : "Vous boirez ma coupe".
Jésus a pu mettre ces deux frères sur le chemin de la prière. Ce qui est important dans notre prière, ce n'est pas tant ce que je veux, mais ce que Jésus veut de moi. Jésus s'intéresse à notre vie et nous demande : « Que veux-tu de moi ? » Et ainsi, de nos désirs, il nous conduit à ses désirs, à ses désirs les plus profonds.
La prière est donc une rencontre avec Jésus-Christ qui change notre rythme, qui nous emmène au-delà de nous-mêmes. Il nous emmène dans son cœur, dans ses désirs, dans ses illusions. Chaque jour, il nous demande : "Veux-tu savoir ce que j'ai dans mon cœur, quels sont mes désirs ?"
Et il nous parle de son désir de servir, de se donner aux autres avec joie, avec liberté. Car la liberté n'est rien d'autre que de vivre sa vie comme un cadeau. Seul celui qui possède quelque chose peut le donner ; nous ne sommes libres que lorsque nous nous donnons aux autres, lorsque nous leur donnons notre vie. Telle est la personnalité de Jésus-Christ, libre. Et il nous donne sa personnalité pour que nous soyons libres.
Ces frères diront oui. Mais ensuite, quand viendra l'heure de Jésus-Christ, l'heure de boire la coupe, l'heure de Gethsémani et de la Croix, ils s'écrouleront. Ils doivent encore apprendre qu'ils ne peuvent pas le faire par leurs seules forces, par eux-mêmes. Ils ont besoin de la force du Ressuscité. Une force dont ils ne manqueront jamais.
Jésus aussi nous parle, il nous regarde avec enthousiasme lorsqu’il voit notre désir d'être avec lui, de lui donner notre vie, et il nous confirme qu'il est toujours avec nous pour que nous puissions boire sa coupe, pour que nous puissions vraiment nous donner, pour que nous puissions donner la vie autour de nous.
Évangile (Mt 17,1-9)
Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et les conduisit à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux : son visage se mit à briller comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. Et voici que Moïse et Elie leur apparurent conversant avec lui. Prenant alors la parole, Pierre dit à Jésus : « Seigneur, il nous est bon d’être ici. Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie. » Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les recouvrit, et du sein de la nuée une voix se fit entendre, disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me complais : écoutez-le ! » En entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d’une grande frayeur. Mais Jésus, s’approchant, les toucha et leur dit : « Levez-vous et ne craignez point ! » Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur fit cette recommandation : « Ne parlez à personne de cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité des morts. »
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L'Évangile de Matthieu situe cette scène à un moment délicat pour les apôtres. Peu avant, Jésus leur avait fait comprendre « qu'il devait se rendre à Jérusalem, y souffrir beaucoup, de la part des Anciens, des grands prêtres et des scribes, y être mis à mort et ressusciter le troisième jour. » (Mt 16, 21). En même temps, il leur avait dit, également en termes très durs, que « si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie, la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, la trouvera » (Mt 16, 24-25). On peut comprendre la perplexité et la peur de ses disciples face à des avertissements aussi graves.
Il veut donc maintenant renforcer leur espérance en manifestant sa gloire devant Pierre, Jacques et Jean. Il monte sur une haute montagne, accompagné d'abord de trois disciples, comme Moïse est monté sur le mont Sinaï accompagné d'Aaron, de Nadab et d'Abihu, suivis des anciens du peuple (Ex 24,9). Ce sont ces trois mêmes apôtres qu'il appellera à Gethsémani pour l'accompagner de plus près, tandis que les autres se tiendront un peu plus à l'écart du lieu où Jésus priait à l'agonie (Mc 14,33).
Les scènes de splendeur joyeuse dans lesquelles Pierre, Jacques et Jean l'accompagnent contrastent avec celles de souffrance angoissante mais en même temps, elles sont inséparablement liées. Il n'y a pas de gloire sans croix.
Moïse et Élie, qui avaient contemplé la gloire de Dieu et reçu sa révélation sur la montagne appelée Horeb ou Sinaï (cf. Ex 24, 15-16 et 1 R 19, 8), accompagnaient Jésus sur cette haute montagne quand « il fut transfiguré devant eux : son visage se mit à briller comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. » (v. 2). Maintenant, ils contemplent la gloire et parlent avec celui qui est la révélation de Dieu en personne.
Pierre ne peut contenir sa joie et s'exclame : « Seigneur, il nous est bon d’être ici. Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie" »(v. 4). Sa demande exprime le désir de tout cœur humain de demeurer pour toujours dans la contemplation joyeuse de la gloire de Dieu. C'est à cela que nous sommes appelés, à la béatitude. C'est avec ces mêmes sentiments que saint Josémaria priait en prêchant : « Jésus, te voir, te parler ! Rester ainsi, à te contempler, absorbé dans l'immensité de ta beauté, et ne jamais, jamais, cesser cette contemplation ! Oh, Christ, qui t'a vu ! Christ, qui pourrait te voir, qui pourrait te voir pour être blessé d'amour pour toi ? » (Saint Josémaria, cité dans Saint Rosaire. Édition critique-historique, commentaire du 4ème mystère de la lumière)
De la nuée de lumière qui les enveloppe, on entend des paroles significatives : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me complais : écoutez-le » (v. 5). L'expression « mon Fils bien-aimé » fait écho à celle par laquelle Dieu s'adresse à Abraham pour lui demander de sacrifier son fils Isaac : prends « ton fils, le bien-aimé" »(Gn 22,2). Un parallèle est ainsi établi entre la scène dramatique de la Genèse dans laquelle Abraham est prêt à sacrifier Isaac, qui l'accompagne sans résistance, et le drame qui sera consommé sur le Calvaire où Dieu le Père offrira son Fils en sacrifice, assumé volontairement pour la rédemption du genre humain. En effet, dans la scène de la Transfiguration, l'Église a vu les apôtres se préparer à affronter le scandale de la Croix. L’ajout « écoutez-le », quant à lui, fait clairement écho aux paroles du Seigneur à Moïse dans le Deutéronome : « Yahvé ton Dieu suscitera pour toi, du milieu de toi, parmi tes frères, un prophète comme moi, que vous écouterez. » (Dt 18, 15). Celui qui est le Fils que Dieu son père livre à la mort : Jésus, est en même temps le prophète que nous devons écouter, comme Moïse.
« De cet épisode de la Transfiguration je voudrais souligner deux éléments significatifs, que je synthétise en deux mots : montéeet descente. Nous avons besoin d’aller à l’écart, de monter sur la montagne dans un espace de silence, pour nous trouver nous-mêmes et mieux percevoir la voix du Seigneur. C’est ce que nous faisons dans la prière. Mais nous ne pouvons pas rester là! La rencontre avec Dieu dans la prière nous pousse à nouveau à « descendre de la montagne » et à retourner en bas, dans la plaine, où nous rencontrons tant de frères qui ploient sous les peines, les maladies, les injustices, l’ignorance, la pauvreté matérielle et spirituelle. À ces frères qui sont en difficulté, nous sommes appelés à apporter les fruits de l’expérience que nous avons faite avec Dieu, en partageant la grâce reçue. » (Pape François, Angélus du 16 mars 2014)
Évangile (Mc 6, 17-29)
Car c’était lui Hérode, qui avait envoyé arrêter Jean et l’avait enchaîné en prison, à cause d’Hérodiade, femme de son frère Philippe, qu’il avait épousée. Car Jean disait à Hérode : « Il ne t’est pas permis de prendre la femme de ton frère. » Hérodiade lui était donc hostile et voulait le faire périr, mais elle ne le pouvait pas, car Hérode craignait Jean, sachant que c’était un homme juste et saint, et il le protégeait. Après l’avoir entendu, il devenait fort perplexe, mais, cependant, il l’écoutait avec plaisir.
Enfin, il se présenta une occasion favorable. Le jour anniversaire de sa naissance, Hérode donna un festin aux grands de sa cour, à ses officiers et aux notables de la Galilée. La fille d’Hérodiade étant entrée dans la salle, dansa, et plut tellement à Hérode et à ses convives, que le roi dit à la jeune fille :
« Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. » Et il ajouta avec serment : « Quoi que ce soit que tu me demanderas, je te le donnerai, jusqu’à la moitié de mon royaume. »
Elle sortit et dit à sa mère : « Que demanderai-je ? »
Sa mère répondit : « La tête de Jean-Baptiste. »
Revenant aussitôt avec empressement auprès du roi, elle dit sa demande : « Je veux qu’à l’instant tu me donnes, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste ! »
Le roi en fut contristé ; néanmoins, à cause de ses serments et de ses convives, il ne voulut point la repousser. Il envoya aussitôt un garde avec ordre d’apporter la tête de Jean. Celui-ci s’en alla le décapiter dans la prison, et apporta la tête sur un plat. Il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. Les disciples de Jean l’ayant appris, vinrent prendre son corps et le déposèrent dans un sépulcre.
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Tous les évangiles commencent la vie publique de Jésus par le récit de son baptême dans le Jourdain par Jean le Baptiste. Saint Luc situe l'entrée en scène du Baptiste dans un contexte historique solennel. Le livre de Benoît XVI "Jésus de Nazareth" prend également comme point de départ le baptême de Jésus dans le Jourdain, un événement qui a eu une énorme résonance à son époque. De Jérusalem et de toute la Judée, les gens affluent pour entendre Jean le Baptiste et se faire baptiser par lui dans le fleuve, en confessant leurs péchés (cf. Mc 1,5). La renommée de Jean a pris une telle ampleur que beaucoup se sont demandé s'il pouvait vraiment être le Messie. Mais lui, souligne l'évangéliste, le nie catégoriquement : " Je ne suis point le Christ " (Jn 1,20). Il n'en reste pas moins le premier "témoin" de Jésus, ayant reçu des instructions du Ciel : "Celui sur lequel tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est lui qui baptise dans l’Esprit Saint. " (Jn 1,33). Cela s'est produit précisément lorsque Jésus, après avoir été baptisé, est sorti de l'eau : Jean a vu l'Esprit descendre sur lui comme une colombe. C'est alors qu'il " connut " la plénitude de la réalité de Jésus de Nazareth et qu'il commença à le faire connaître à Israël (Jn 1,31), en le désignant comme le Fils de Dieu et le Rédempteur de l'homme : " Voici l'Agneau de Dieu, celui qui ôte le péché du monde " (Jn 1,29).
Nous voyons comment Hérode admire Jean et l'écoute avec plaisir (v.20) mais finit par le décapiter (v.27). D'abord, il emprisonne Jean injustement, puis il organise une fête obscène, fait un serment téméraire, et cela le conduit finalement à commettre un crime bien plus grave : le meurtre. Ce passage nous montre la puissance du péché. Le péché agit comme une spirale, il nous entraîne dans un cercle vicieux. Lorsque nous nous laissons emporter par nos péchés, ils nous entraînent à commettre de plus grands péchés. C'est pourquoi nous devons toujours nous repentir de tout péché et aller à la confession où Dieu nous pardonne et où nous pouvons recommencer. Avec l'aide de Dieu, nous avons toujours la possibilité de vaincre le péché.
« En tant que prophète authentique, Jean rendit témoignage à la vérité sans compromis. Il dénonça les transgressions des commandements de Dieu, même lorsque leurs auteurs en étaient les puissants. Ainsi, lorsqu'il accusa Hérode et Hérodiade d'adultère, il le paya de sa vie, scellant par le martyre son service au Christ qui est la Vérité en personne. Invoquons son intercession, ainsi que celle de la Très Sainte Vierge Marie, afin que de nos jours également, l'Église sache demeurer fidèle au Christ et témoigner avec courage de sa vérité et de son amour pour tous. » (Benoît XVI, Angelus, 24 juin 2007).