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Commentaire d’évangile: L’Agneau de Dieu

Évangile du 2ème dimanche du temps ordinaire (Cycle A), et son commentaire

Évangile (Jn 1,29-34)

Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean déclara :

« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. Alors Jean rendit ce témoignage :

« J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.”Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.»


Commentaire

Sur les rives du Jourdain, Jean Baptise prêchait un baptême de pénitence à des personnes de toute origine, pour préparer l’arrivée du Messie. Saint Jean nous dit dans son évangile que lorsque Jean Baptiste vit enfin Jésus devant lui, prêt à ce qu’il le baptise, il l’annonça à haute voix en lui octroyant un titre mystérieux et solennel que la liturgie romaine proclame toujours à la Messe avant la communion : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ».

L’image de l’agneau, son aspect doux, tout couvert de laine blanche, était sans doute très parlante à tout Juif contemporain de Jésus. Beaucoup étaient issus de la campagne où l’on trouve d’abondantes pièces de bétail de ce type. Ils avaient sans doute en tête le passage du prophète Isaïe qui présente le serviteur du Seigneur comme un agneau se laissant conduire à l’abattoir pour y être sacrifié, sans qu’il ouvre la bouche, afin de nous délivrer de tous nos maux (Is 53,7).

Tous les ans, les juifs pieux faisaient un pèlerinage à Jérusalem pour la fête de la Pâque et venaient au Temple pour choisir au moins un agneau par famille pour l’immoler et manger la pâque la nuit. L’agneau devait être un mâle, d’un an, sans défaut et aucun os ne devait lui être brisé, comme la Loi de Moïse le stipulait (cf. Exode 12,1 et s.). Il devait aussi être sacrifié à midi – entre les deux lumières du jour-, être mangé debout, la ceinture aux reins, avec des pains azymes et l’on devait badigeonner de son sang les linteaux des portes afin de commémorer le passage du Seigneur, en Égypte, lorsque la dernière plaie avait sévi et tué tous les premiers-nés qui n’avaient pas été protégés par le sang des agneaux immolés.

En annonçant le Messie comme l’Agneau de Dieu, Jean Baptiste révélait des aspects de sa mission rédemptrice. Benoît XVI l’explique ainsi: “L’expression ‘agneau de Dieu’ interprète, si nous pouvons nous exprimer ainsi-, le baptême de Jésus, sa descente dans les profondeurs de la mort, dans les termes d’une théologie de la croix » (Benoît XVI, Jésus de Nazareth. Du Baptême à la Transfiguration, Flammarion 2007, p.42). L’agneau pascal qui commémorait la libération d’Égypte, commençait à se révéler, au Jourdain, comme la préfiguration du véritable agneau, innocent et doux, qui serait immolé à midi sur la croix, pour tous les hommes, afin de les libérer du péché par son sang versé. C’est cette mission que Jésus assume avec son baptême au Jourdain.

Voici ce que le Pape François commentait à propos de l’expression que Jean Baptiste emploie pour parler de Jésus ‘l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde’ : « le verbe que l’on traduit par ‘enlever’, veut littéralement dire ‘soulager’, ‘prendre sur soi’. Jésus est venu au monde avec une mission précise : le délivrer de l’esclavage du péché en prenant sur lui les fautes de l’humanité. De quelle façon ? En aimant. Il n’y a pas d’autre façon de vaincre le mal et le péché si ce n’est avec l’amour qui pousse au don de sa propre vie pour les autres” (Pape François, Angélus, 19 janvier 2014)

Aussi le Pape François se demandait : "que signifie donc pour l’Église, pour nous aujourd’hui, le fait d’être des disciples de Jésus, Agneau de Dieu ? Cela veut dire mettre l’innocence à la place de la méchanceté, l’amour, à la place de la force, au lieu de l’orgueil, l’humilité, au lieu du prestige, le service” (Idem).





Commentaire du 2ème dimanche du temps ordinaire (cycle A)
« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche ». La conversion implique un changement d'orientation. Elle implique de se détourner du péché pour regarder droit vers le but auquel nous sommes tous appelés, qui est la félicité dans le Royaume des Cieux.

Évangile (Mt 4,12-23)

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée.

Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe :

Pays de Zabulon et pays de Nephtali,

route de la mer et pays au-delà du Jourdain,

Galilée des nations !

Le peuple qui habitait dans les ténèbres

a vu une grande lumière.

Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort,

une lumière s’est levée.

À partir de ce moment-là, Jésus commença à proclamer :

« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »

Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs.

Jésus leur dit :

« Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »

Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.

De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela.

Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent.

Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.


Commentaire

Dès le tout début de sa vie publique, Jésus s’installa à Capharnaüm, une localité en zone frontalière, près de la route qui unissait la Galilée à la tétrarchie gouvernée par Philippe.

C’était un lieu plein d’activité où l’on trouvait des juifs et des païens, des gens de toute origine. Là, dans cette « Galilée des gentils », on commençait à percevoir « une grande lumière » (v. 15-16) puisque Jésus venait apporter le salut à tous. Dans ce passage de l’Évangile où Matthieu nous décrit les premiers pas du Maître, nous retrouvons trois traits essentiels de son activité.

D’abord, on présente un résumé du contenu essentiel de sa prédication : « Convertissez vous car le Royaume des Cieux est tout proche » (v.17)

La conversion suppose un changement d’orientation. Elle demande de s’écarter du péché pour regarder vers le but auquel nous sommes tous appelés, c’est-à-dire vers la béatitude du royaume des Cieux. Mais aussi une attitude de rejet de la routine et de non conformisme avec ce que l’on fait normalement et que l’on pourrait mieux faire pour que cela produise plus de fruits. Quand on entend Jésus, quelque chose commence à changer dans notre vie personnelle. C’est cela qu’ont éprouvé Pierre, André, Jacques et Jean.

Ensuite, avec l’invitation à le suivre que Jésus adresse à ceux qui vont devenir ses premiers disciples (v. 18-22), il met en route son Église, qui s’appuie sur des hommes simples, du tout venant, et qu’Il va constituer Apôtres. Il se servira ainsi d’eux et de leurs successeurs pour actualiser continuellement l’appel universel à la conversion et à la pénitence qui ouvre la voie du Royaume des Cieux.

Ces hommes étaient investis à la tâche dans leur labeur quotidien, ils étaient pêcheurs lorsque Jésus ouvrit devant eux des horizons insoupçonnés. Et ils le suivirent promptement. Jusque là, leur travail consistait à jeter les filets, à les laver, les réparer pour qu’ils soient toujours prêts, à vendre leur poisson. Or le Seigneur leur fait voir que, sans lacher leur métier, c’est une autre pêche qui les attend désormais. Leur grande aventure a commencé,- par hasard, apparemment-, avec une rencontre toute simple. Dès qu’ils s’en ouvrirent à Jésus et que, généreusement, ils délaissèrent leur routine pour s’engager à sa suite, ils commencèrent, eux aussi, à avoir une connaissance directe du Maître. Il ne les appelait pas qu’à être de simples annonciateurs d’une doctrine, mais des amis intimes et des témoins de sa personne. Avec cet hameçon-là, désormais, ils seraient des « pêcheurs d’hommes » (v.19).

Cette scène se reproduit dans la vie de chacun de nous si, comme ces hommes-là, nous écoutons son appel et nous décidons de le suivre, sans ménagements. Une nouvelle dimension nous est proposée, merveilleuse, divine, qui remplit toute notre existence de contenu et de sens

“Mes enfants, - disait saint Josémaria- suivre le Christ – ‘venite post me et faciam vos fieri piscatores hominum’ (Mt 4,19) – est notre vocation. Le suivre de si près que nous vivions avec Lui, comme les Douze premiers, de si près, que nous nous identifiions à Lui, que nous vivions sa Vie, jusqu’au moment où,- n’ayant pas dressé d’obstacles-, nous puissions dire avec saint Paul : ‘Ce n’est pas moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi’(Ga 2,20)” (Saint Josémaria, En dialogue avec le Seigneur , “Vivre pour la gloire de Dieu ”, 1b)

Et pour finir, Matthieu dit clairement que Jésus est quelqu’un de bien plus qu’un grand maître puisqu’il est là pour “guérir toute maladie et toute infirmité dans le peuple ” (v. 23). Il est le rédempteur de l’homme, à tous les niveaux de sa vie, puisqu’il guérit tout en enseignant.

“La seigneurie de Dieu – dit Benoît XVI-se manifeste alors dans la guérison intégrale de l'homme. Jésus veut ainsi révéler le visage du vrai Dieu, le Dieu proche, plein de miséricorde pour tout être humain; le Dieu qui nous donne la vie, sa vie, en abondance.” (Benoît XVI, Angelus, 27 janvier 2008)





Commentaire d’évangile: la Présentation du Seigneur

Évangile de la Fête de la Présentation du Seigneur (Cycle A) et son commentaire

Évangile (Lc 2,22-40)

Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur,

selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur.

Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.

Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui.

Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur.

Sous l’action de l’Esprit, Siméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait,

Siméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant :

« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »

Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui.

Siméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère :

« Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »

Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage, demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.

Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.

Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.

L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.


Commentaire

L’évangile de ce quatrième dimanche du temps ordinaire est celui de la fête de la Présentation du Seigneur au Temple, célébrée le 2 février. Saint Luc nous fait le récit de la montée de Marie et de Joseph au Temple de Jérusalem ‘’quand fut accompli le temps pour la purification des parents”. Selon plusieurs prescriptions de la Loi de Moïse (cf. Lv 12,1-8), à partir du moment où une femme israélite accouchait d’un garçon, 40 jours devaient s’écouler avant sa présentation au Temple pour une cérémonie de purification rituelle. La cérémonie comprenait deux offrandes pour le sacrifice. Si la famille n’avait pas de ressources suffisantes, elle pouvait présenter deux tourterelles ou deux colombes.

La Sainte Famille profite de cette montée au Temple pour y présenter aussi l’enfant au Seigneur et le racheter. En effet, la Loi de Moïse stipulait aussi: “ c’est à moi qu’appartient tout premier-né : le jour où j’ai frappé tout premier-né au pays d’Égypte, je me suis consacré tout premier-né en Israël ; depuis l’homme jusqu’au bétail, ils sont à moi” (Nb 3,13). Il fallait donc le présenter au Seigneur et verser pour lui une rançon (cf. Ex 13,1-13), de quelques pièces de monnaie (cf. Nb 18,16).

Jésus était bien le Fils de Dieu incarné, sa naissance avait été virginale, cependant Marie et Joseph ont observé, avec révérence et docilité, toutes ces prescriptions de la Loi et, à leur grande surprise, (cf. v. 33), cette scène et les événements qui l’ont encadrée ont acquis une profonde signification. Ce que Siméon dit sur l’enfant et sa mère est enveloppé de mystère. L’enfant, que le vieillard prend dans ses bras, est le salut de Dieu incarné (d’où le nom de “Jésús”qui lui fut donné, c'est-à-dire ‘Dieu sauve’). Un salut qui sera une lumière pour les gentils et une gloire pour Israël.

Ensuite Siméon fait deux prédictions sur Jésus et sur Marie. Quant à l’Enfant, il sera un“signe de contradiction”, puisque l’incarnation du Fils de Dieu est un signe qui demande à chacun une réponse engageante.

Pour ce qui est de l’annonce de l’épée qui transpercerait l’âme de Marie, saint Bède le Vénérable pense que le vénérable Siméon faisait allusion à la souffrance de la Vierge provoquée par la passion du Seigneur : "En effet, Jésus, Fils de Dieu, donnait volontairement sa vie mais Marie, qui ne doutait pas qu’il vaincrait la mort elle-même, ne pouvait cependant pas assister au crucifiement du Fils de ses entrailles, sans en éprouver une vive douleur" (Catena Aurea, in loc.)

Le Catéchisme de l’Église explique ainsi le mystère de toute cette scène :

“La présentation de Jésus au Temple (cf. Lc 2, 22-39) Le montre comme le Premier-né appartenant au Seigneur (cf. Ex 13, 12-13). Avec Siméon et Anne c’est toute l’attente d’Israël qui vient à la rencontre de son Sauveur (la tradition byzantine appelle ainsi cet événement). Jésus est reconnu comme le Messie tant attendu, " lumière des nations " et " gloire d’Israël ", mais aussi " signe de contradiction ". Le glaive de douleur prédit à Marie annonce cette autre oblation, parfaite et unique, de la Croix qui donnera le salut que Dieu a " préparé à la face de tous les peuples ".” (Catéchisme de l’Église Catholique, n° 529)

Saint Josémaria nous invitait à méditer ce passage de la Présentation en nous y plongeant, comme si nous y avions été, très concernés par tout ce qui s’y passait:

“Et cette fois c’est toi, mon ami, qui vas porter la cage avec les tourterelles. — Te rends-tu compte ? Elle — l’Immaculée ! — se soumet à la Loi comme si elle était souillée.

Cet exemple, petit sot, t’apprendra-t-il à obéir à la Sainte Loi de Dieu, malgré tous les sacrifices personnels ?

Se purifier ! Toi et moi nous avons bien besoin de purification ! — Expier et, en plus de l’expiation, l’Amour. — Un amour qui soit un cautère brûlant les impuretés de notre âme, et un feu embrasant de flammes divines la misère de notre cœur.” (Saint Josémaria, Saint Rosaire, 4ème mystère Joyeux, Purification de la Sainte Vierge)





Commentaire du 5ème dimanche du temps ordinaire (cycle A)
"Vous êtes le sel de la terre". Nous sommes invités, comme disciples du Christ que nous sommes, à être le sel dans tous les milieux dans lesquels nous vivons, en les purifiant et en les rendant agréables.

Évangile (Mt 5,13-16)

« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.

Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.

De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.


Commentaire

Tout de suite après son exposé des Béatitudes (Mt 5,1-12), Jésus évoque ce que deviennent dans le monde et dans la société ceux qui accueillent sa parole et vivent en accord avec ce message. Il le suggère avec des images très parlantes : le sel et la lumière.

La salaison des aliments pour les conserver, très importante à une époque où on ne disposait pas des systèmes frigorifiques actuels, leur procurait aussi un brin de saveur. Le sel évite la corruption tout en rendant plus agréable les aliments qu’il assaisonne discrètement, mélangé à d’autres ingrédients.

Dans l’Ancien Testament, le sel a une valeur purificatrice. (cf. Ex 30,35), il est le symbole de la fidélité (cf. Nm 18,19). C’est dans ce sens que les disciples du Christ sont invités à être le sel de tous les milieux où se déroule leur vie, en les purifiant et en les rendant agréables.

En Palestine, au temps de Jésus, le sel à usage domestique n’était pas très raffiné. C’était un matériau salé issu de la Mer Morte, mélange à beaucoup d’impuretés. Pour s’en servir, il était dilué, on lui ôtait la scorie de trop. Parfois cette substance avait plus de poussière que de sel ce qui faisait que la dissolution soit presque fade, etne serve plus à rien sinon à être jetée par terre. Jésus se sert de cette expérience de la vie quotidienne pour nous inviter à veiller sur l’intégrité de notre pensée, de notre agir. La leçon est toujours actuelle, comme nous le rappelait saint Josémaria :

“Tu es sel, âme d’apôtre. — Bonum est sal, le sel est bon, lit-on dans le saint Évangile, si autem sal evanuerit — mais si le sel s’affadit…, il ne vaut rien, ni pour les labours, ni pour le fumier ; on le jette comme inutile.

Tu es sel, âme d’apôtre. — Mais si tu t’affadis...” (Saint Josémaria, Chemin, n° 921).

Par ailleurs, la lumière, indispensable pour voir, est allumée pour éclairer, non pas pour être cachée. Cela dit, il y a aussi un profond sens théologique dans cette image. Le Verbe qui était dès le début auprès de Dieu, qui est Dieu, est “la vraie lumière qui éclaire tout homme” (Jn 1,9), de ce fait, les disciples du Christ qui partagent cette clarté sont appelés à être “des lumières dans le monde ” (Ph 2,15). Dans les anciens textes liturgiques le baptême était appelé “illumination”, de sorte que le chrétien “après avoir été illuminé ” (Hb 10,32), devient ‘fils de la lumière’ (1Th 5,5), et ‘lumière’ lui-même’” (Catéchisme de l’Eglise Catholique, 1216)

Tout chrétien est sel et lumière du monde lorsqu’avec son exemple et sa parole, il s’investit dans une activité apostolique intense. C’est ce que le Concile Vatican II enseigne en faisant allusion à ce passage évangélique.

“Les laïcs ont d’innombrables occasions d’exercer l’apostolat d’évangélisation et de sanctification. Le témoignage même de la vie chrétienne et les œuvres accomplies dans un esprit surnaturel sont puissants pour attirer les hommes à la foi et à Dieu ; le Seigneur dit en effet : « Que votre lumière brille devant les hommes pour qu’ils voient vos œuvres bonnes et glorifient votre Père qui est aux cieux » (Mt 5, 16) (Concile Vatican II, Décret Apostolicam actuositatem, n°6).

Cette tâche apostolique que Jésus confie à ses disciples est particulièrement pressante dans un monde sécularisé où, comme l’évoquait le Bienheureux Alvaro del Portillo, “ un nombre innombrable de gens s’écartent de Lui à tous les niveaux de la société. Quant à nous, avec tant d’autres chrétiens qui travaillent aussi pour le Christ au sein de l’Église, il nous faut construire, -, que j’aime proposer cet idéal-là ! -, un mur de contention qui arrête les hommes dans leur fuite effrénée de Dieu, pour qu’ils deviennent des apôtres qui contribuent à ce que les âmes retournent au Seigneur. Et que sommes-nous donc ? Un peu de sel, un peu de levain dans la pâte de l’humanité (cf. Mt 5, 13). Cela dit, ce sel, ce levain, avec la grâce de Dieu et notre correspondance, redonneront la saveur divine à ceux qui sont devenus insipides et feront fermenter la farine pour qu’elle devienne du bon pain ” (Bienheureux Alvaro del Portillo, “Homélie 28-XI-1987”, ds Romana 5 (1987) 234).









Commentaire du 6ème dimanche du temps ordinaire (cycle A)
"Va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande". Dieu nous attend dans chaque Messe. Remercions-Le de son appel en répandant la paix et la joie autour de nous.

Évangile (Mt 5,17-37)

« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.

Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.

Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux.

Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.

« Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement.

Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.

Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,

laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.

Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.

Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère.

Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.

Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne.

Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.

Il a été dit également : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation.

Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère.

Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.

Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.

Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.

Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais.


Commentaire

Dans l’évangile selon saint Matthieu on trouve cinq grands discours de Jésus intercalés dans des récits de faits et de miracles. Le Sermon de la Montagne, passage de ce dimanche-ci, est l’un de ces passages. Il s’agit d’un fragment des dites ‘’antithèses’’. La nouveauté attrayante de ce que dit le Maître ne tombe pas dans le lieu commun de la transgression de la norme établie ou de son abolition : “ Je ne suis pas venu abolir la Loi et les Prophètes mais leur donner leur plénitude”.

Pour que nous devenions citoyens du Royaume des cieux, Jésus propose toujours la même chose, mais de la façon nouvelle, pleine et parfaite qu’Il incarne Lui-même. En effet, la loi de l’amour que Jésus instaure exige la plénitude jusqu’au plus petit détail.

Dans ce discours on trouve plusieurs fois une expression particulière pour évoquer la Loi de Moïse : “ Vous avez appris ”. Cette formule,(“vous avez appris”), avec laquelle les maîtres apprenaient à vivre avec justice, selon la volonté de Dieu exposée dans la Loi, renvoie d’un côté à la tradition orale en Israël. Et par ailleurs, la formule qu’il a été dit ” est une façon sémitique d’éviter, par respect, le nom de ce fût Dieu qui dit, Lui de qui nous tenons la Loi Mosaïque. Jésus se place ainsi par-dessus Moïse avec l’autorité législatrice de Dieu lui-même : “mais moi je vous dis

Afin de renforcer la valeur de la vie humaine, la Loi disait “tu ne tueras pas ” (Ex 20,13; Dt 5,17), pour ne pas être mis à mort (cf. Lv 24,17). Or Jésus assure que même la colère et l’insulte entraînent notre châtiment. Médire de quelqu’un va jusqu’à la peine de l’enfer. La dignité de la personne est telle qu’il faut s’entendre avec autrui avant que de faire des offrandes à Dieu.

Quant au précepte sur l’adultère(cf. Ex 20,14; Dt 5,18), Jésus insiste à nouveau sur l’éminent respect envers autrui que la Loi recèle. L’adultère consistant à s’approprier pour son plaisir personnel d’une personne mariée, il ne doit même pas être commis dans le for interne puisque le péché est le même tout en n’étant pas réalisé extérieurement parce que l’on “ a commis l’adultère dans son cœur” (v. 28).

“Si ton œil droit te scandalise …” (v. 29). Avec des exagérations courantes dans la rhétorique sémitique, Jésus dit qu’il vaut mieux perdre une partie de soi-même plutôt que pécher et mériter totalement l’enfer

Littéralement, “scandaliser” ne signifie pas tant porter atteinte à la bonne décence de quelqu’un que le pousser efficacement à mal agir. S’il y a chez nous quelque chose qui s’oppose à la loi de l’amour et du respect envers autrui, on doit l’arracher, aussi cher fût-il pour nous. C’est ce que veut dire “œil droit ” ou “ main droite ”.

Dans l’ancien usage de la répudiation, la législation mosaïque avait introduit l’obligation d’un acte signé par le mari qui permettait à la femme d’être reçue par un autre homme. Cela dit, afin de souligner la grandeur et la dignité du lien matrimonial avec une femme, Jésus invalide toutes les répudiations car elles exposent toujours la femme, et celui qui la reçoit, à l’adultère. C’est de ce fait que le répudiateur se rendait coupable.

Jésus évoque une exception qu’il ne nous est pas facile d’interpréter: “ sauf en cas d’union illégitime ou fornication (porneia)” (v. 32). Cela peut vouloir dire que l’on peut rejeter une femme avec laquelle on a une liaison illégitime.

Jésus interprète aussi la loi mosaïque sur les serments (cf. Lv 19,12; Nm 30,3; Dt 23,22), qui visait à éviter le mensonge ou la tromperie d’autant plus graves si en plus on prenait à témoin Dieu ou quelqu’un d’intouchable. Jésus qui bannit toute casuistique et tout serment grandiloquent en exigeant la simplicité et l’honnêteté - “ Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais” (V. 37)- , le fait sans doute parce que trop insister sur la parole donnée est déjà provoquer un début de soupçon.









Commentaire du 7ème dimanche du temps ordinaire (cycle A)
"Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent". Voilà la révolution des chrétiens, qui croient en l'amour de Dieu et le communiquent à toute personne, même au prix de leur propre honneur, de leur temps, de leur argent ou de leur prestige.

Évangile (Mt 5, 38-48)

Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent.

Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre.

Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.

Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.

À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos !

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.

Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.

En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?

Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?

Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.


Commentaire

La série de ce qu’il est convenu d’appeler les “antithèses” du Sermon sur la Montagne, que nous avions commencé à méditer dimanche dernier, se termine avec ce passage.

La première nous invite à en finir à tout jamais avec l’habitude ancestrale de la vengeance. Dans des sociétés très primitives, en réaction à un mal subi, il était normal de se faire justice soi-même et de rendre à l’agresseur un mal plus grand. Cela entraînait une série d’agressions et de réactions de plus en plus violentes qui provoquaient de grands maux et de grandes souffrances.

Dans ce cadre là, la “loi du talion” fut une aide pour tempérer ces escalades de violence puisqu’en décrétant la limite œil pour œil, dent pour dent (v. 38), elle établissait que le mal rendu pouvait être l’équivalent de celui qu’on avait subi, mais non pas pire.

Cependant, Jésus parle du rôle essentiel du pardon. Pardonner demande de vaincre les sentiments qui réclament de ne pas permettre que le mal enduré reste impuni. Or cela n’est possible que si l’on est uni au Christ par un amour plus fort que la haine. Cela suppose de réagir comme Jésus réagit sur la croix vis-à-vis de ceux qui le faisaient terriblement souffrir : “Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ” (Lc 23,34).

La deuxième antithèse cite un commandement du Lévitique: tu aimeras ton prochain auquel une mauvaise interprétation populaire avait ajouté et tu haïras ton ennemi.

La raison de cette erreur découle d’une interprétation restrictive du mot “prochain” qui ne concernait que les membres du peuple d’Israël. Ce commandement n’incluait donc pas ceux qui n’en faisaient pas partie. Ainsi donc, s’ils étaient des ennemis, ils méritaient bien la haine.

Là aussi, Jésus élève ce commandement à sa plénitude en l’étendant à tout être humain. N’importe qui, quel qu’il soit, indépendamment de ses qualités humaines ou morales, est digne d’être aimé. L’amour de Dieu nous a devancés également dans ce domaine, puisque “nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils alors que nous étions ses ennemis” (Rm 5,10).

Est-il donc possible de réagir de la sorte lorsque la rage jaillit spontanément d’un cœur blessé ? Jésus nous montre comment faire en nous apprenant à regarder le bon Dieu comme un Père aimant qui ne veut jamais le mal pour ses enfants, qui est même prêt à passer par-dessus ses oublis, ses infidélités ou ses offenses

“Pour les chrétiens, la non-violence n'est pas une simple stratégie, mais bien une manière d'être de la personne, l'attitude de celui qui est tellement convaincu de l'amour de Dieu et de sa puissance, qu'il n'a pas peur d'affronter le mal avec les seules armes de l'amour et de la vérité. L'amour de l'ennemi constitue le noyau de la "révolution chrétienne", une révolution qui n'est pas fondée sur des stratégies de pouvoir économique, politique ou médiatique. La révolution de l'amour, un amour qui ne s'appuie pas, en définitive, sur les ressources humaines, mais qui est un don de Dieu que l'on obtient uniquement en faisant confiance sans réserves à sa bonté miséricordieuse. Voilà la nouveauté de l'Évangile, qui change le monde sans faire de bruit. Voilà l'héroïsme des "petits", qui croient dans l'amour de Dieu et le diffusent même au prix de leur vie.” (Benoît XVI, Ángélus, 18 février 2007)

C’est en cela que consiste la perfection de Dieu et c’est à ce degré de générosité qu’il nous appelle tous: “Soyez parfaits vous aussi comme votre Père du Ciel est parfait ” (v. 48). L’évangile de Luc exprime de façon très parlante cette idée-là :

“Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux” (Lc 6,36). Cela dit, qui donc est capable d’atteindre un but si élevé ? Celui qui vit toujours comme un fils d’un aussi bon Père. Saint Cyprien écrivait que « à la paternité de Dieu doit correspondre un comportement de fils de Dieu, afin que Dieu soit glorifié et loué à cause de la bonne conduite de l’homme » (St. Cyprien, De zelo et livore, 15. CCL 3a, 83)









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