Évangile du Dimanche de la Très Sainte Trinité (Cycle A) et son commentaire
Évangile (Jn 3,16-18)
Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Commentaire
Dans l’intimité du dialogue avec Nicodème, Jésus dévoile les profondeurs de l’amour divin. “Dieu a tant aimé le monde”, avoue-t-il, au départ.
Le monde, l’univers entier, était bon en sortant des mains de Dieu, comme en témoigne le livre de la Genèse qui dit: “et Dieu vit qu’il était bon ” (Gn 1,10), en ponctuant tout ce que le Seigneur créait, jour après jour.
Or ce monde qui était bon fut blessé par le péché de l’homme. Toutefois, Dieu ne l’abandonne pas et maintient toujours son amour, plus fort que le péché. Un amour qui va jusqu’à l’extrême ; “Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a livré son Fils Unique” (v. 16).
Vers la moitié du troisième siècle, Saint Cyprien, Père de l’Église, nous invite à considérer que “les bienfaits du bon Dieu, que, la bonté généreuse de Dieu le Père et du Christ a toujours accordés et accordera toujours pour notre salut, sont très nombreux et très grands.
En effet, pour nous préserver et nous accorder une vie nouvelle, le Père envoya son Fils afin de nous racheter. Ce Fils envoyé, voulut aussi être appelé Fils de l’homme, et pour faire de nous des enfants de Dieu, il s’humilia pour élever le peuple qui gisait à terre, il fut blessé pour soigner nos blessures, se fit esclave pour nous guider vers la liberté, nous qui étions des esclaves. Il accepta de mourir afin de pouvoir offrir l’immortalité aux mortels.” (Saint Cyprien, De opere el eleemosynis, 1 PL 4,601-603)
Dieu le Père nous livra “son Fils Unique ” (v. 16), dit Jésus. Le Père est donateur de tout. Tout d’abord, depuis toute éternité, il donne tout à son Fils, tel que Jésus lui-même le reconnaît dans sa prière au Père, lors de la dernière Cène ; “Tout ce qui est à moi, est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi ” (Jn 17,10). Le Père et le Fils partagent une nature divine identique.
Or, dans le temps, Dieu le Père donne aussi tout au monde lorsqu’il livre son Fils Unique, par amour.
Benoît XVI explique que “le terme ‘unique’ renvoie, d’un côté au Prologue [de l’Évangile de Jean], où le Logos est dit « le fils « l’unique » - monogenes theos -(Jn 1, 18). Mais d’autre part, il rappelle aussi Abraham qui n’a pas refusé à Dieu son fils ; le fils « unique » (Gn 22,2.12). Le ‘don’ du Père se parachève dans l’amour du Fils ‘jusqu’au bout’, (cf. Jn 13,1), c'est-à-dire jusqu’à la croix” (Joseph Ratzinger - Benoît XVI, Jésus de Nazaret. I. Du Baptême à la Transfiguration, Flammarion, Paris, 2007, p. 372).
Le don de Dieu qu’est son Fils Unique ne fut pas accordé à un groupe de gens élus et sélectionnés, mais destiné “au monde”. De ce fait, il a une portée universelle. Le monde entier qui avait besoin de salut, a été racheté par Lui, à fin “qu’il ne se perde pas mais obtienne la vie éternelle ” (v. 16).
“Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé” (v. 17). Jésus, le Fils de Dieu fait homme, nous fait considérer saint Josémaria, “ne vient pas nous condamner, nous reprocher notre indigence ou notre mesquinerie : il vient nous sauver, nous pardonner, nous excuser, nous apporter la paix et la joie. Si nous reconnaissons cette merveilleuse relation du Seigneur avec ses enfants, notre cœur changera nécessairement et nous réaliserons que, devant nos yeux, s’ouvre un panorama absolument nouveau, plein de relief, de profondeur et de lumière ” (Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 165)
Et saint Josémaria d’ajouter : “Si Dieu nous a créés, s’il nous a rachetés, s’il nous aime jusqu’à livrer son Fils unique pour nous, s’il nous attend, - chaque jour ! - comme le père de la parabole attendait son enfant prodigue, comment ne désirerait-il pas que nous le fréquentions amoureusement ? Ce qui serait étrange, ce serait de ne pas parler à Dieu, de s’écarter de lui, de l’oublier, d’agir en tournant le dos aux appels ininterrompus de la grâce.” (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n. 251)
Évangile de la Solennité du Corpus Christi (cycle A) et son commentaire
Évangile : Jn 6, 51-58
« Moi, je suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour le salut du monde. »
Là-dessus, les Juifs se disputaient entre eux disant : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Alors Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous-mêmes. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour.Car ma chair est une vraie nourriture et mon sang est une vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé, et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra lui aussi par moi. Tel est le pain descendu du ciel : il n’est point comme celui qu’ont mangé les pères et qui sont morts ; celui qui mange de ce pain vivra éternellement. »
Commentaire
L'Évangile de la solennité du Corpus Christi reprend un fragment du discours sur le pain de vie prononcé par Jésus dans la synagogue de Capharnaüm, après le miracle de la multiplication des pains et des poissons. Saint Jean nous dit que les paroles de Jésus sur le futur mystère de son Corps et de son Sang ont provoqué la surprise et le rejet. Mais l'Église n'a pas cessé de renouveler jour après jour sa foi reconnaissante en la présence réelle de Jésus sous les espèces sacramentelles ; c'est pourquoi elle l'emmène aussi en procession dans les rues, afin que tous l'adorent et reçoivent ses bénédictions.
Dans son discours, Jésus fait référence à la célèbre manne que Dieu a fait pleuvoir sur les Israélites dans le désert et qu'il a tant admirée. Le livre de l'Exode nous dit que "lorsque les enfants d'Israël l'ont vu, ils se sont dit : 'Man-hu ? (ce qui signifie : "Qu'est-ce que c'est ?") Car ils ne savaient pas ce que c'était. Moïse leur dit : "Voici le pain que l'Éternel vous donne comme nourriture" (Ex 16, 15). Il est logique que nous, chrétiens, manifestions aussi notre étonnement devant un don beaucoup plus sublime et mystérieux comme l'Eucharistie, qui nous donne la vie éternelle.
Jésus explique que la manne dans le désert préfigurait le vrai pain du ciel que Dieu allait donner aux hommes par son Fils. Le miracle de la multiplication des pains voulait aussi en quelque sorte préfigurer l'Eucharistie, et c'était donc le prélude au discours de Jésus. Mais ceux qui ont mangé la manne dans le désert sont morts ; de même que ceux qui ont cherché Jésus uniquement parce qu'il avait rassasié leur corps. Le Seigneur nous invite à désirer le vrai pain du ciel qui rassasie les âmes de leur faim de Dieu et leur communique la vie éternelle ; la vie de Jésus ressuscité lui-même.
Lorsque Jésus les a invités à manger et à boire son propre corps et son propre sang, ce fut le drame de l’abandon de beaucoup de ses disciples. Mais la foi en la présence réelle du Corps et du Sang de Jésus sous les espèces sacramentelles est l'un des éléments les plus caractéristiques du credo chrétien. Outre le fait qu'elle s'appuie sur les textes du Nouveau Testament, comme ce discours de Jésus ou les récits de l'institution de l'Eucharistie, elle est évidente dès les débuts de l'Église. Par exemple, vers l'an 90 après J.C., Saint Ignace d'Antioche a écrit : « Les savants s'éloignent de l'Eucharistie et de la prière, parce qu'ils ne confessent pas que l'Eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, celui qui a souffert pour nos péchés, celui que le Père dans sa bonté a ressuscité. » (Saint Ignace d'Antioche, Lettre au peuple de Smyrne, 7)
En commentant le discours de Jésus, le pape François nous a invités à renouveler cette foi eucharistique séculaire et à nous laisser transformer par le Christ lorsque nous le recevons : "le pain est vraiment Son Corps donné pour nous, le vin est vraiment Son Sang versé pour nous. L'Eucharistie est Jésus lui-même qui se donne entièrement à nous. Se nourrir de Lui et vivre en Lui par la Communion eucharistique, si nous le faisons avec foi, transforme notre vie, en fait un don à Dieu et à nos frères et sœurs. Se nourrir de ce "Pain de Vie" signifie entrer en harmonie avec le cœur du Christ, faire siens ses choix, ses pensées et ses comportements. Cela signifie entrer dans une dynamique d'amour et devenir des personnes de paix, des personnes de pardon, de réconciliation, de partage solidaire. Comme l'a fait Jésus" (Pape François, Angelus, 16 août 2015)
"Notre Dieu a décidé de demeurer dans le Tabernacle pour nous alimenter, pour nous fortifier, pour nous diviniser, pour rendre efficace notre tâche et notre effort" (Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 151), commentait saint Josémaria. Et il a ajouté : "Si la réception du corps du Seigneur nous a renouvelés, nous devons le prouver par nos actes. Que nos pensées soient sincères : qu’elles soient des pensées de paix, de générosité, de service.Que nos paroles soient véridiques, claires, opportunes ; qu’elles sachent consoler et aider ; surtout, qu’elles sachent apporter aux autres la lumière de Dieu. Que nos actes soient cohérents, efficaces, opportuns ; qu’ils aient le bonus odor Christi, la bonne odeur du Christ, parce qu’ils rappelleront sa façon d’agir et de vivre. » (Ibid, n° 156)
Évangile du 12ème dimanche du Temps ordinaire (cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 10,26-33)
« Ne les craignez donc point. Car il n’y a rien de caché qui ne se découvre, rien de secret qui ne finisse par être connu. Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour, et ce qui vous est dit à l’oreille, publiez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme. Craignez plutôt Celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. Deux moineaux ne se vendent-ils pas un as ? Pourtant, il n’en tombe pas un seul sur la terre, sans la permission de votre Père. Quant à vous même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Ne craignez donc point : vous valez davantage que beaucoup de moineaux !
Celui donc qui m’aura confessé devant les hommes, moi aussi je le confesserai devant mon Père qui est dans les cieux, mais celui qui m’aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux. »
Commentaire
Le dixième chapitre de l'Évangile de Saint Matthieu nous dit que Jésus, après avoir choisi les douze Apôtres, les a envoyés et leur a donné quelques instructions pour leur travail. L'Évangile de ce dimanche en cite quelques unes qui développent l'idée principale : "N'ayez pas peur". Mais la plus grande menace ne vient pas de ceux qui tentent de les faire taire, ni même de ceux qui s'en prennent à leur vie. Le seul danger réel est celui "qui peut vous faire périr l’âme et le corps dans la géhenne", celui qui peut conduire au péché, à la perte de l'amitié avec Dieu.
Qu'on le veuille ou non, la peur fait partie de la vie humaine. Depuis l'enfance, nous avons connu des peurs parfois infondées qui ont ensuite disparu. La maturité nous fait également connaître des craintes face à des situations difficiles - douleur, incompréhension, solitude, incertitude, mort, ... - qui nous viennent à l'esprit et que nous devons affronter et surmonter, en comptant sur nos efforts et l'aide de Dieu.
Mais un disciple du Christ ne doit pas avoir peur, car il n'est pas seul. Dieu est un Père aimant, qui, s'il s'occupe de ses créatures dans les moindres détails, à plus forte raison s'occupera de ses enfants fidèles. "La solution consiste à aimer. L’apôtre saint Jean écrit des mots qui me vont droit au cœur : ‘ Qui autem timet, non est perfectus in caritate.’ Je les traduis ainsi, presque littéralement : celui qui a peur ne sait pas aimer.
- Donc toi, qui as en toi l’amour et qui sais aimer, tu ne dois avoir peur de rien. – En avant ! » (Saint Josémaria, Forge, n°260)
« Le croyant ne s'effraye donc devant rien, dit Benoît XVI, car il sait qu'il est dans les mains de Dieu, il sait que le mal et l'irrationnel n'ont pas le dernier mot, mais que le seul Seigneur du monde et de la vie, c'est le Christ, le Verbe de Dieu incarné, qui nous a aimés jusqu'à se sacrifier lui-même, en mourant sur la croix pour notre salut. Plus nous grandissons dans cette intimité avec Dieu, imprégnée d'amour, plus nous surmontons toute forme de peur avec facilité. » (Benoît XVI, Angelus, 22 juin 2008)
Le cri de saint Jean-Paul II, plein de foi et de confiance en Dieu, lors de la messe d'ouverture de son pontificat, résonne encore dans de nombreux cœurs : « N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! À sa puissance salvatrice ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N’ayez pas peur ! Le Christ sait « ce qu’il y a dans l’homme » ! Et lui seul le sait !
Aujourd’hui, si souvent l’homme ignore ce qu’il porte au-dedans de lui, dans les profondeurs de son esprit et de son cœur. Si souvent il est incertain du sens de sa vie sur cette terre. Il est envahi par le doute qui se transforme en désespoir. Permettez donc — je vous prie, je vous implore avec humilité et confiance, — permettez au Christ de parler à l’homme. Lui seul a les paroles de vie, oui, de vie éternelle ! » (Saint Jean Paul II, Homélie au début de son pontificat. 22 octobre 1978, n° 5)
L'Apôtre est courageux, audacieux. La vertu de l'audace le pousse à affronter des tâches qui sont à la limite de ses possibilités ou semblent les dépasser. Mais lorsqu'il s'agit de tâches divines, l'audace n'est pas l'insouciance, car "Celui qui vous appelle est fidèle, et c’est lui qui fera encore cela » (cf. 1 Th 5, 24). Saint Josémaria le souligne clairement dans un point de Chemin : " Dieu et audace ! -L'audace n'est pas imprudence. - L'audace n'est pas témérité." (Saint Josémaria, Chemin, n°401)
Évangile du 13ème dimanche du Temps ordinaire (cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 10,37-42)
« Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi ; et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi, n’est pas digne de moi. Celui qi ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. Celui qui aura trouvé sa vie, la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi, la sauvera.
Celui qui vous reçoit, me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé. Celui qui reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra une récompense de prophète ; et celui qui reçoit un juste en qualité de juste, recevra une récompense de juste. Et quiconque donnera seulement un verre d’eau fraîche à l’un de ces petits parce qu’il est de mes disciples, en vérité, je vous le dis : il ne perdra point sa récompense. »
Commentaire
L'Évangile selon saint Matthieu contient cinq grands discours de Jésus, une allusion aux cinq rouleaux de la loi de Moïse ou du Pentateuque. Le second de ces discours est généralement appelé le discours de mission, car il contient une série d'instructions du Maître à ceux qu'il a envoyés dans les villes et villages pour annoncer l'arrivée imminente du Royaume de Dieu. Comme dimanche dernier, la liturgie d'aujourd'hui comprend un extrait de ce discours.
"Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi..." (v. 37). Les paroles de Jésus sont très exigeantes et appellent des décisions fermes et généreuses de la part des disciples. Jésus oppose délibérément le désir de le suivre et d’évangéliser aux dimensions les plus essentielles et les plus importantes de la personne, comme la famille et sa propre vie.
Le Pape François a expliqué cette priorité comme suit : "L'affection d'un père, la tendresse d'une mère, la douce amitié entre frères et sœurs, tout cela, même si c'est très bon et légitime, ne peut passer avant le Christ. Non pas parce qu'Il nous veut ingrats et sans cœur, mais au contraire parce que la condition du disciple exige une relation prioritaire avec le maître." (Pape François, Angelus, 2 juillet 2017) Jésus n'encourage pas le rejet ou le mépris des êtres chers. Il souligne plutôt la valeur radicale et primordiale de l'amour pour Dieu et de la recherche du bien des âmes, qui est la meilleure façon d'aimer les autres.
"Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas..." (v. 38). Il est surprenant que Jésus parle déjà de la croix aux apôtres, alors qu'il vient de les choisir au début de son ministère en Galilée. Nous ne savons pas comment ceux-ci ont compris ces mots, prononcés bien avant la passion. En tout cas, ils signifient que le disciple peut s'identifier au Maître ; non seulement parce qu'il est envoyé pour annoncer l'Evangile comme lui, mais aussi parce qu'il peut se sacrifier pour les autres, comme Jésus l'a fait sur la Croix.
L'idée de la croix produit une certaine peur naturelle et pourrait nous retenir de suivre le Seigneur de plus près. Mais c'est une peur qui peut être surmontée si nous connaissons bien la signification de la croix pour chacun d'entre nous. Saint Grégoire le Grand a clairement indiqué que "nous pouvons porter la croix de deux façons : soit en maîtrisant notre chair par la sobriété, soit en faisant nôtres les besoins de notre prochain par compassion. » (Saint Grégoire le Grand, Homélie dans Evangelia, 57)
Porter sa croix tous les jours signifie généralement pour la plupart des chrétiens apprendre à dominer leurs propres passions et goûts, surtout pour rendre la vie plus agréable et plaisante aux autres. Saint Josémaria commentait : « les vrais obstacles qui vous séparent du Christ – l’orgueil, la sensualité... – se surmontent par la prière et par la pénitence. Et prier, et se mortifier, c'est aussi s’occuper des autres et s'oublier soi-même. Si tu vis de la sorte, tu verras que la plupart de tes ennuis disparaîtront. » (Saint Josémaria, Chemin de Croix, Station X, n° 4)
D'autre part, Jésus ne parle pas seulement de renoncement. Il fait également référence à la récompense que nous obtenons lorsque nous le suivons de près et lorsque nous nous occupons de ses disciples. Comme le disait aussi saint Josémaria, "se donner sincèrement aux autres est d’une telle efficacité que Dieu accorde en retour une humilité pleine de joie. » (Saint Josémaria, Forge, 591). Le disciple de Jésus qui se donne généreusement est heureux. Et il a souvent le sentiment que ceux qui bénéficient de son travail le reçoivent avec affection et l’apprécient. Même le petit geste d'offrir un verre d'eau au disciple est réalisé comme s'il l'offrait à son propre maître. Et c'est pourquoi les gestes d'affection envers les serviteurs du Maître ne manqueront pas non plus d'être récompensés par Dieu.
Évangile (Mt 11,25-30)
En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler.
« Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos.
Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme.
Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
Commentaire
Jésus prie à voix haute et l’évangéliste évoque les paroles concrètes avec lesquelles il s’adresse à Dieu : “ Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits.” (Mt 11,25-27). Il l’appelle Père et se réjouit de ce qu’Il ait une préférence pour les plus petits, auxquels il révèle ce qu’il y a de plus profond. En effet, le bon Dieu a mis sa complaisance en ces enfants, qui, comme nous le rappelle le pape François, “sont en eux-mêmes une richesse pour l’humanité tout comme pour l’Église puisqu’ils nous renvoient constamment à la condition nécessaire pour entrer dans le Royaume de Dieu : ne pas se considérer auto-suffisants, mais ayant besoin d’aide, d’amour et de pardon, car nous avons tous besoin d’aide, d’amour et de pardon » (Pape François, Audience générale, Mercredi 18 mars 2015)
Saint Josémaria a éprouvé cette prédilection de Dieu qui, quand il le veut, éclaire les cœurs de ceux qui le cherchent avec simplicité, afin qu’ils pénètrent dans l’intimité divine et saisissent ce qu’être fils de Dieu implique. Ce fut l’expérience singulière qu’il fit un jour concret, le 16 octobre 1931. Par la suite, quelques années plus tard, il évoquait ce qu’il avait éprouvé ce jour-là, en percevant que les paroles de Jésus qu’évoque Matthieu s’accomplissaient chez lui
“Je pourrais vous vous dire même quand, le moment précis, le lieu même, de cette première prière de fils de Dieu.
J’avais appris à dire Père, dans le notre Père, depuis mon enfance, mais sentir, admirer le fait que Dieu veuille que nous soyons ses enfants, ce fut dans la rue, dans un tramway – durant une heure, une heure et demi, je ne sais pas- où je fus poussé à crier Abba, Pater !. Il y a dans l’Évangile des paroles merveilleuses, elles le sont toutes : ‘personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui a qui le Fils veut bien le révéler’ (Mt 11,27). Ce jour-là, Il voulut de façon explicite, claire, catégorique, qu’avec moi, vous vous sentiez toujours fils de Dieu, de ce Père qui est aux cieux et qui nous donnera ce que nous lui demanderons au nom de son Fils » (Saint Josémaria: En dialogue avec le Seigneur, Prier avec plus d’empressement - Méditation du 24-XII-1969, n° 3)
Jésus nous donne l’exemple de l’humilité et de la simplicité qu’il admire chez les enfants. En méditant ce passage de l’évangile, saint Josémaria nous en parlait ainsi : Dans sa prédication, Jésus-Christ notre Seigneur nous propose fréquemment l’exemple de son l’humilité : Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur. Afin que toi et moi nous apprenions qu’il n’y a pas d’autre chemin, que seule la connaissance sincère de notre néant a la force d’attirer sur nous la grâce divine. Pour nous, Jésus est venu souffrir de la faim et nourrir les autres, avoir soif et donner à boire, il est venu revêtir notre mortalité et nous revêtir d’immortalité, il est venu pauvre pour faire de nous des riches. (cf. Saint Josémaria, Amis de Dieu, 97)
Dans la scène de l’évangile que nous considérons, après avoir manifesté sa joie pour la prédilection du bon Dieu envers ceux qui sont simples comme des enfants, Jésus ajoute ceci, de très consolant:
“Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos” (Mt 11,28). Cela dit, il pose une condition “Prenez sur vous mon joug” (Mt 11,29). “Qu’est-ce que ce « joug » qui, au lieu de peser, soulage, et au lieu d’écraser soutient ? se demandait Benoît XVI. Le « joug » du Christ, c’est la loi de l’amour, et le commandement, qu’il a laissé à ses disciples (cf. Jn 13, 34 ; 15, 12). Le vrai remède aux blessures de l’humanité — matérielles comme la faim et les injustices, ou psychologiques et morales, provoquées par un faux bien-être — est une règle de vie fondée sur l’amour fraternel, qui a sa source dans l’amour de Dieu. Pour cela, il faut abandonner le chemin de l’arrogance de la violence dont on se sert pour se procurer des positions de pouvoir toujours plus grand, pour s’assurer la réussite à tout prix.” (Benoît XVI, Angélus, 3 juillet 2011)
Évangile du 15ème dimanche du Temps Ordinaire (Cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 13,1-23)
Ce jour-là, Jésus était sorti de la maison, et il était assis au bord de la mer.
Auprès de lui se rassemblèrent des foules si grandes qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.
Il leur dit beaucoup de choses en paraboles : « Voici que le semeur sortit pour semer.
Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin, et les oiseaux sont venus tout manger.
D’autres sont tombés sur le sol pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont levé aussitôt, parce que la terre était peu profonde.
Le soleil s’étant levé, ils ont brûlé et, faute de racines, ils ont séché.
D’autres sont tombés dans les ronces ; les ronces ont poussé et les ont étouffés.
D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Les disciples s’approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »
Il leur répondit : « À vous il est donné de connaître les mystères du royaume des Cieux, mais ce n’est pas donné à ceux-là.
À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a.
Si je leur parle en paraboles, c’est parce qu’ils regardent sans regarder, et qu’ils écoutent sans écouter ni comprendre.
Ainsi s’accomplit pour eux la prophétie d’Isaïe :
Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas. Vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.
Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et que moi, je les guérisse.
Mais vous, heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent !
Amen, je vous le dis : beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu.
Vous donc, écoutez ce que veut dire la parabole du semeur.
Quand quelqu’un entend la parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin.
Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ;mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt.
Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction de la richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit.
Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et la comprend : il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un. »
Commentaire
Dans l’évangile de Matthieu, la parabole du semeur est la première des sept du discours sur le Royaume de Dieu. Elle parle des différentes variétés de terre où tombe la semence semée à la volée par le semeur. Il s’agit d’une grande métaphore de la prédication de la parole de Dieu, au long de l’Histoire. Cette parabole explique pourquoi la même semence de l’Évangile produit des effets si différents chez les gens qui la reçoivent, chacun selon ses dispositions.
Avec la variété des sols que la semence peut rencontrer en tombant, Jésus résume les types de personnes qui l’accueillent. Aussi, non seulement il transmet une connaissance précieuse de ce que nous sommes, mais il nous interpelle et nous pousse à examiner ce que nous pouvons faire pour que notre correspondance soit meilleure.
C’est ce que le pape François nous explique : “notre cœur, comme du terreau, peut être bon. Alors la Parole donne du fruit, beaucoup de fruit. Mais, il peut être aussi dur, imperméable. C’est ce qui se passe quand nous écoutons la Parole, mais qu’elle nous est indifférente : ne nous touche pas, et n’arrive pas à pénétrer chez nous” (Pape François, Angelus, 16 juillet 2017)
Entre la bonne terre et la mauvaise, il y a aussi le terrain rocailleux, le cœur superficiel, qui accueille le Seigneur, veut bien prier, aimer, rendre témoignage, mais ne persévère pas, se fatigue et ne “décolle jamais” —dit toujours le pape—. “C’est un cœur sans profondeur, où les cailloux de la paresse l’emportent sur la bonne terre, où l’amour est inconstant et passager. Or celui qui n’accueille le Seigneur que quand ça lui dit, ne donne pas de fruit” (Ibidem.).
Pour finir, on a la semence qui tombe dans les ronces, “les vices, en lutte avec Dieu, qui étouffent sa présence. Ce sont surtout les idoles de la richesse mondaine, une vie avidement vécue que pour soi-même, pour les biens possédés et pour le pouvoir. Si nous cultivons ces ronces-là, nous étouffons la croissance de Dieu en nous. Chacun peut reconnaître ses petits ou ses grands buissons, les vices qui habitent son cœur, les arbustes, plus ou moins enracinés qui ne plaisent pas à Dieu et qui empêchent que le cœur soit propre. Il faut les arracher. Autrement la Parole ne donnera pas de fruit et la semence ne se développera pas.” (Ibidem.)
Les disciples veulent savoir pourquoi Jésus leur parle en paraboles. Le Maître leur fait alors comprendre qu’il prêche les “mystères du Royaume”, difficiles à comprendre directement par les hommes. C’est pourquoi, il emploie un langage figuré, avec des images qui parlent aux auditeurs et qui font référence aux mystères, de façon voilée.
Dans son explication Jésus dit à ses disciples: “À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a” (v. 12). Ce propos nous dérange, il nous semble une injustice.Cependant, Jésus explique de la sorte que celui qui ne reçoit pas l’évangile et la grâce, avec une bonne volonté, devient incapable de le comprendre et d’en recevoir davantage.
Par contre, celui qui, docilement, est prêt à se laisser transformer par la parole de Dieu – ce que faisaient les disciples- non seulement il reçoit la grâce de la conversion, mais il devient apte à recevoir davantage de grâce encore.
Jésus nous surprend aussi avec sa citation d’Isaïe : “de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, – et que moi, je les guérisse” (v. 15). En réalité, le Seigneur a recours ici à l’ironie pour se plaindre justement de ce que ses auditeurs, librement, sont en train d’accomplir la prophétie d’Isaïe, alors que Lui n’a de cesse de les sauver.
En effet, ils étaient nombreux ceux qui voyaient les miracles que Jésus faisait et ils avaient sans doute plus de capacité que les douze à comprendre ses paroles, cependant, en toute liberté, ils faisaient la sourde oreille au message et se plongeaient dans un aveuglement volontaire.
Évangile du 16ème dimanche du Temps Ordinaire (Cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 13, 24 – 43)
Il leur proposa une autre parabole, en disant : « Le royaume des cieux est semblable à un homme qui avait semé du bon grain dans son champ. Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint et sema de l’ivraie au milieu du blé, et s’en alla. Quand l’herbe eut poussé et donné son fruit, alors apparut aussi l’ivraie. Et les serviteurs du maître de maison vinrent lui dire : Seigneur, n’as-tu pas semé du bon grain dans ton champ ? D’où vient donc qu’il s’y trouve de l’ivraie ? Il leur répondit : C’est un ennemi qui a fait cela. Les serviteurs lui dirent : Veux-tu que nous allions la cueillir ? Non, leur dit-il, de peur qu’avec l’ivraie vous n’arrachiez aussi le blé. Laissez croître l’un et l’autre jusqu’à la moisson et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Cueillez d’abord l’ivraie et liez-la en gerbes pour la brûler, puis amassez le blé dans mon grenier. »
Il leur proposa une autre parabole, en disant : « Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé, qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, lorsqu’il a poussé, il est plus grand que toutes les plantes potagères, et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent s’abriter dans ses branches. »
Il leur dit encore cette parabole : « Le royaume des cieux est semblable au levain qu’une femme prend et mêle dans trois mesures de farine, pour faire lever toute la pâte. »
Jésus dit aux foules toutes ces choses en paraboles, et il ne leur parlait qu’en paraboles, accomplissant ainsi la parole du prophète : « J’ouvrirai ma bouche pour des paraboles, et je révélerai des choses cachées depuis la fondation du monde. »
Puis, ayant renvoyé le peuple, il revient dans la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous la parabole de l’ivraie dans le champ. » Il répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du royaume ; l’ivraie, les fils du Malin ; l’ennemi qui l’a semé, c’est le diable ; la moisson, la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. Comme on cueille l’ivraie et qu’on la brûle dans le feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son royaume tous les fauteurs de scandales, et ceux qui commettent l’iniquité, et ils les jetteront dans la fournaise ardente : c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles entende! »
Commentaire
L’image du champ sur lequel on a répandu la bonne semence de l’Évangile à pleines mains mais sur lequel l’ennemi a semé de l’ivraie, nous invite à penser à ce que dit le Catéchisme : « “l’Église, elle, qui renferme des pécheurs dans son propre sein, est donc à la fois sainte et appelée à se purifier, et poursuit constamment son effort de pénitence et de renouvellement " (LG 8, ; cf. UR 3 ; 6). Tous les membres de l’Église, ses ministres y compris, doivent se reconnaître pécheurs (cf. 1 Jn 1, 8-10). En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Évangile jusqu’à la fin des temps (cf. Mt 13, 24-30). L’Église rassemble donc des pécheurs saisis par le salut du Christ mais toujours en voie de sanctification » (Catéchisme de l’Église Catholique, n. 827)
En effet, la parabole du blé et de l’ivraie pose le problème de la coexistence du bien et du mal. « C’est clair : le champ est fertile, la semence est bonne – commentait saint Josémaria. Le propriétaire du champ a lancé la semence à la volée, au moment propice et avec un art consommé ; et pour protéger les nouvelles semailles il a organisé un tour de garde. Si l’ivraie vient à apparaître, c’est qu’il n’y a pas eu de réponse, c’est que les hommes –les chrétiens en particulier- se sont endormis et ont permis à l’ennemi de s’approcher.” (St. Josémaria, Quand le Christ passe, n. 123)
Mgr Xavier Echevarría nous invitait à considérer que “cette réalité-là doit nous pousser à la contrition, à la douleur d’amour, à la réparation, mais jamais au découragement ou au pessimisme. (…) En même temps, il nous faut considérer que désormais, sur terre, le bien est plus grand que le mal, la grâce plus forte que le péché, quoique son action soit parfois moins visible ” (Xavier Echevarría, Lettre du 1er août 2013. L’extrait de saint Josémaria cité est dans son homélie Loyauté envers l’Église, 4-VI-1972).
La parabole de Jésus laisse clairement comprendre que le mal ne vient pas de Dieu mais de l’ennemi, du malin, astucieux, qui sème le mal au milieu du bien, de sorte qu’il est difficile de le trier nettement. Seul le juste Juge sera en mesure de le faire. Cela dit, il ne faudra pas s’attendre à une intervention immédiate de Dieu pour surmonter le mal parce que Dieu est patient et miséricordieux.
Les serviteurs, impatients, veulent arracher l’ivraie, en revanche, dit le pape François, “le bon Dieu, qui sait attendre, jette un regard, patient et miséricordieux sur ’le champ’ de la vie de chaque personne: il voit, mieux que nous, la saleté et le mal, mais il perçoit aussi les petites pousses dubien et attend, tout confiant, qu’elles mûrissent.
Que c’est beau ! Notre Dieu est un père patient, toujours à nous attendre, le cœur sur la main, à nous accueillir pour nous pardonner. Il nous pardonne toujours si nous nous adressons à Lui ” (Pape François, Angelus 20 Juillet 2014)
Dieu est patient parce qu’Il sait que même le cœur, trop longtemps souillé par de nombreux péchés, peut changer et donner du bon fruit. Dans son commentaire à cette parabole, saint Augustin qui nous livre son expérience de pasteur d’âmes, constate “ qu’au départ, beaucoup sont de l’ivraie qui deviennent du blé par la suite, aussi a-t-on besoin de cette patience salutaire qui n’est pas indifférence devant le mal. Si ceux qui sont méchants n’étaient pas patiemment tolérés, ils n’atteindraient jamais leur changement louable ” (St. Augustin, Quaest. septend. in Ev. sec. Matth., 12, 4: PL 35, 1371).
Le propriétaire du champ ne prend pas le mal pour du bien. Il sait ce qui est bon ou mauvais pour la santé. Cela dit, il ne permet pas à ses serviteurs de se précipiter afin de donner du temps à la miséricorde. Jésus nous apprend à ronger notre frein et à savoir tenir bon : ce qui est mauvais peut devenir quelque chose de bon. Il y a toujours lieu d’espérer puisque la conversion est toujours possible.
Évangile du 17ème dimanche du Temps Ordinaire (Cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 13, 44-52)
« Le royaume des cieux est encore semblable à un trésor enfoui dans un champ. L’homme qui l’a trouvé l’y cache de nouveau et, dans sa joie, il s’en va, vend tout ce qu’il a, et achète ce champ.
Le royaume des cieux est encore semblable à un marchand qui cherchait de belles perles. Ayant trouvé une perle de grand prix, il s’en alla vendre tout ce qu’il possédait, et l’acheta.
Le royaume des cieux est encore semblable à un filet qu’on a jeté dans la mer et qui ramasse des poissons de toutes sortes. Lorsqu’il est plein, les pêcheurs le retirent et, s’asseyant sur le rivage, ils choisissent les bons pour les mettre dans des paniers, et rejettent les mauvais. Il en sera de même à la fin du monde : les anges viendront et sépareront les méchants d’avec les justes, et ils les jetteront dans la fournaise ardente : c’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents. Avez-vous compris toutes ces choses ? » Ils lui dirent : « Oui, Seigneur. » Et il ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des cieux, ressemble à un maître de maison qui tire de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes. »
Commentaire
Jésus compare le Royaume des Cieux à un trésor enfoui dans un champ. La réaction de celui qui le trouve n’a pas l’air d’être la plus vertueuse puisqu’il cache sa trouvaille au propriétaire du champ et lui propose ses biens pour lui acheter le terrain et garder le trésor qu’il recèle. Cela dit, avec la réaction ambitieuse du personnage de cette parabole, Jésus veut souligner le contraste qu’il y a avec l’immense valeur du Royaume de Dieu, un trésor dont la découverte devrait nous remplir de joie et d’une volonté acharnée à nous en emparer.
À vrai dire, le trésor du chrétien – la perle précieuse dont parle la parabole suivante- c’est le Christ lui-même qui nous offre son amour et son amitié, et pour lequel nous avons intérêt à tout reléguer au deuxième plan dans la hiérarchie de nos attachements et de nos intérêts.
Saint Josémaria évoquait ainsi le sens de la parabole : "Le trésor. Pensez à la joie immense de celui qui a la chance de le trouver. Les gênes, les angoisses ont pris fin. Il vend tout ce qu’il possède et achète ce champ. Son cœur tout entier bat là où est cachée sa richesse. » (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n. 254) Et le fondateur de l'Opus Dei d'ajouter : "Le Christ est notre trésor : jeter par-dessus bord tout ce qui est inutile pour pouvoir le suivre ne doit pas nous coûter. Et la barque, délestée de tout ce qui est inutile, filera droit vers ce port tranquille qu’est l’Amour de Dieu. » (Ibid)
Le pape François identifiait aussi le trésor du champ à l’amour de Jésus : “Celui qui connaît Jésus, qui le rencontre personnellement, est fasciné, attiré, par tant de bonté, tant de vérité, tant de beauté et ce, dans une grande humilité, dans la simplicité. Chercher Jésus, trouver Jésus : voilà le grand trésor ! (…) Tu peux en effet, changer de vie, ou bien faire toujours ce que tu faisais auparavant – ajoute le Pape – mais tu es devenu quelqu’un d’autre, tu es rené : tu as trouvé ce qui donne un sens, une saveur, ce qui éclaire toute chose, y compris les fatigues, la souffrance et la mort” (Pape François, Angelus, 27 juillet 2014)
Jésus compare aussi le Royaume des Cieux à un filet de pêche, le chalut, à même de ramasser toute sorte de poissons, indifférenciés. Au final, nous devrons tous être soumis à un examen, comme le tri, que font sur le rivage, les pécheurs qui rejettent les mauvais poissons. La parabole est en fait une métaphore de la fin du monde juste avant que ceux qui l’ont mérité tout au long de leur vie ne prennent possession du Royaume.
“Cherche le Christ, trouve le Christ, aime le Christ” (Saint Josémaria, Chemin, n° 382), disait souvent Josémaria à ceux qu’il fréquentait, pour les encourager à aimer le Christ dans un élan généreux.
Il est important de noter, souligne saint Thomas d'Aquin, que la béatitude est accordée en fonction de la charité et non en fonction d'une autre vertu (Cfr. Saint Thomas d’Aquin, Sur la charité, 1, 204). Tout compte fait, la meilleure façon d’acheter le champ ou la perle précieuse qui fera de nous de bons poissons, ce sera notre amour de Dieu et des autres. C’est à cela que nous serons jugés : “ Au soir de cette vie, écrivait saint Jean de la Croix, on vous examinera sur l’amour. Apprenez donc à aimer Dieu comme il veut être aimé. ” (Saint Jean de la Croix, Maximes et Avis spirituels, n. 60)
Évangile du 18ème dimanche du Temps Ordinaire (Cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 14,13-21)
Quand Jésus apprit cela, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! »
Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »
Jésus dit : « Apportez-les moi. »
Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule.
Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins.
Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.
Commentaire
Jésus, dit l’évangile de saint Matthieu, en entendant que Jean Baptiste avait été emprisonné, “se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart (v. 13). Jésus cherche la solitude pour prier, comme il le faisait souvent. Or les gens des environs voulaient tant écouter sa parole et bénéficier de ses guérisons qu’ils ne le laissaient pas se reposer. Leur attitude importune ne le dérange pas, au contraire, il est ému par leur foi et passe toute la journée avec eux. A la tombée du soir, il ne veut pas les laisser partir sans leur avoir donné quelque chose à manger. Ils étaient loin de chez eux et n’avaient rien pris durant de longues heures.
On est tout d’abord frappés par sa patience et sa compassion. “Devant cette foule qui le suivait et qui ne le laissait pas en paix, explique le pape François, Jésus ne réagit pas en s’énervant. Il ne dit pas : ‘Ces gens me dérangent’, mais il est pris d’un sentiment de compassion parce qu’il sait que ce n’est pas la curiosité qui les pousse à le chercher, mais un vrai besoin. Cela dit, notons que ce que sent Jésus, la compassion, n’est pas que de la pitié. C’est bien plus ! Il compatit, c'est-à-dire, qu’il s’identifier à la souffrance d’autrui, au point de la prendre sur soi. Tout Jésus est là : il souffre près de nous, il souffre avec nous, il souffre pour nous” (Pape François, Angélus 3 août 2014)
Les disciples qui ont aussi réalisé qu’il est tard et que ces gens ont besoin de se nourrir, ne se sentant pas concernés, demandent à Jésus de les congédier “ pour qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ” (v. 15). En revanche, le Maître ne détourne pas son regard ni ne les abandonne à leur triste sort. Il demande aux siens de donner tout ce qu’ils ont, aussi peu soit il, afin de rassasier la faim de tant d’hommes, de femmes et d’enfants. Belle façon de réagir autrement devant les nécessités d’autrui !
Notons bien, comme le faisait saint Josémaria, que Jésus pouvait tirer du pain d’où il voulait. Or il cherche la collaboration humaine : “Il a besoin d’un enfant, de quelques bouts de pain et de quelques poissons. Il a besoin de toi et de moi, mon fils : alors qu’il est Dieu ! Cela nous pousse à être généreux dans notre réponse. Il n’a nul besoin d’aucun de nous et, en même temps, il a besoin de nous tous. C’est merveilleux ! Le peu que nous sommes, le peu que nous valons, nos petits talents, il nous les demande, nous ne saurions lésiner avec lui. Les deux poissons, le pain : tout” (Saint Josémaria, En dialogue avec le Seigneur, hom. 5: Fais que l’on voie que c’est bien Toi, n. 4 - cf. Forge, n° 674)
Les disciples ont été généreux, ils lui ont offert le peu de nourriture dont ils disposaient. Et l’évangile d’ajouter que Jésus “prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule.” (v. 19).
Les évangélistes emploient des expressions analogues lorsqu’ils rapportent l’institution de l’Eucharistie à la dernière Cène: “Lorsqu’ils étaient ensemble à table, il prit le pain, le bénit, le rompit et le leur donna ” (Lc 24,30). C’est ainsi, dans la magnitude avec laquelle il multiplie ce peu de pain et ces poissons, qu’est préfigurée “ la surabondance de cet unique pain de son Eucharistie ” (Catéchisme de l’Eglise Catholique, n. 1335), comme nous l’apprend le Catéchisme de l’Église Catholique.
“Répondre à tant d’amour demande de nous un don total du corps et de l’âme: nous écoutons le bon Dieu, nous lui parlons, nous le voyons, nous le goûtons. Et lorsque les paroles ne suffisent plus, nous chantons, nous encourageons notre langue Pange, lingua!– à proclamer, en présence de toute l’humanité, les grandeurs du Seigneur” (Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 87)
Évangile du 19ème dimanche du Temps ordinaire (Cyclo A) et son commentaire
Évangile (Mt 14,22-33)
Aussitôt Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules.
Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul. La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire. Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier. Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! C’est moi ; n’ayez plus peur ! »
Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. »
Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus. Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »
Commentaire
Cet épisode regorge de faits éblouissants. Tout d’abord, cette courte allusion à ce que Jésus fit après avoir congédié tout ce monde : “ il gravit la montagne, à l’écart, pour prier”. Jusqu’à la tombée de la nuit. (v. 23). Cette attitude du Fils de Dieu incarné souligne de façon éloquente l’importance capitale de la prière pour nous, le besoin qu’en tant que créatures, nous avons de consacrer des temps déterminés à dialoguer exclusivement avec Dieu.
“Jésus se retire souvent à l’écart, dans la solitude, sur la montagne, de préférence de nuit, pour prier. Il porte les hommes dans sa prière, puisque aussi bien qu’il assume l’humanité en son Incarnation, il les offre au Père en s’offrant lui-même.” (Catéchisme de l’Église Catholique, n° 2602). Savoir que Jésus s’est fait homme et a prié le Père afin que notre prière soit agréable à Dieu et écoutée elle aussi, comme l’est celle de son Fils, et ce, spécialement dans nos instants d’obscurité ou de difficulté, est une source de confiance pour nous
Tandis que Jésus prie le Père, les disciples sont en mer, tout seuls, sous un vent contraire très fort. Ils sont tellement apeurés qu’ils ne reconnaissent même pas le Maître lorsqu’il vient à leur secours. Troublés, croyant voir un fantôme, ils sont effarés. (v. 26). En revanche, Jésus leur communique la paix et l’assurance qu’il a gagnées dans sa prière: “Confiance, c’est moi ” (v. 27). Pierre, avec sa fougue habituelle, lui demande de le faire marcher sur les eaux et le Seigneur consent à sa demande. Or, quelques instants après, Pierre doute et, pris de panique, il commence à couler, sous le regard de son Maître. Quand Jésus vient à son secours et lui reproche son manque de foi, ils montent dans la barque et le vent se calme. Alors, les disciples, pleins d’admiration, l’adorent.
On perçoit facilement, dit le pape François, que “ce récit de l’Évangile, riche en symboles, nous fait réfléchir sur notre foi, soit en tant qu’individus, soit en tant que communauté ecclésiale. (…) La barque c’est la vie de chacun de nous, mais aussi la vie de l’Église; le vent contraire représente les difficultés et les épreuves. L’invocation de Pierre : ‘Seigneur ordonne que je vienne jusqu’à toi !’ et son cri : ‘Seigneur sauve-moi !’ ressemblent fort à notre désir de sentir la proximité du Seigneur, mais aussi à notre peur et à l’angoisse qui accompagnent les moments les plus durs de la vie” (Pape François, Angélus, 13 août 2017).
Ce passage est une grande leçon sur la foi chrétienne, c’est-à-dire sur la confiance en Jésus et en ses forces et pas en nous, ni en nos forces personnelles. De même que Jésus invite les disciples à la confiance en Lui, de même, il nous demande de ne pas avoir peur et de reconnaître qu’il est le Maître qui ne permettra jamais que la barque des siens fasse naufrage, alors que nous, nous pensons souvent que le vent de nos difficultés est trop fort.
Afin que notre foi ne défaille pas, il nous faut surtout découvrir la proximité réelle de Jésus au cœur de notre épreuve et ne pas le prendre pour un fantôme. Pour ce faire, soignons notre dialogue avec Dieu dans notre prière, tous les jours, comme le faisait Jésus. Nous serons alors en mesure de toujours garder la présence de Dieu, y compris au cœur de l’épreuve, de l’obscurité. Saint Josémaria nous assure alors que “ si tu demeures en présence de Dieu, bien au-dessus de la tempête assourdissante, le soleil brillera toujours dans ton regard; et sous les vagues tumultueuses et dévastatrices, le calme et la sérénité règneront dans ton âme.” (Saint Josémaria, Forge, n° 343)