Évangile (Mt 15,21-28)
Partant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »
Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »
Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »
Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.
Commentaire
L’intensité de son activité poussait parfois Jésus à se retirer, avec ses disciples, dans un endroit, au calme, pour s’y reposer et pour les former. Ici, il quitte les confins de la Galilée et va vers la région de Tyr et de Sidon, zone non juive, peuplée de Cananéens de culture hellénistique.
Or la renommée de Jésus ayant atteint cette contrée, une femme vient à sa rencontre pour lui demander de secourir sa fille : “ Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon” (v. 22). Elle n’appartient pas au peuple élu, cependant, elle le reconnaît comme le fils de David, le Messie tant attendu, et lui demande, en toute confiance, de secourir sa fille.
Et saint Augustin de noter que cette femme cananéenne “est pour nous un exemple d’humilité et un chemin de piété ” (Saint Augustin, Sermon 77: La foi de la cananéenne, n. 1). Au départ, Jésus ne semble pas s’en occuper. Cela dit, elle interpellait, à grands cris, le Seigneur qui semblait ne pas l’écouter pas mais qui réfléchissait en silence à ce qu’il allait exécuter” (Saint Augustin, Idem, n. 1). Elle insiste toujours. Alors le Maître lui répond qu’il est venu chercher les brebis perdues de la maison d’Israël. Or, Jésus est venu pour le salut de tous, comme il l’avait avoué nettement par ailleurs, à ses disciples : “ J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur” (Jn 10,16). Cela dit, sa mission rédemptrice devait commencer par son propre peuple, les Juifs.
La femme cananéenne ne s’avoue pas vaincue et continue de l’importuner. En ce temps-là les Juifs méprisaient les païens et les traitaient de ‘chiens’, le chien étant pour eux un animal impur. Aussi, les paroles que Jésus lui adresse semblent très dures :
“Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. ” (v. 26). Or le ton de cette réponse ne fâche ni ne blesse cette femme. “Elle reprend sa demande, et devant ce qui paraissait une insulte, elle montre son humilité et obtient miséricorde ” (Saint Augustin, Idem, n. 10).
Le pape François, observe que “l’apparente distance de Jésus ne décourage pas cette mère qui persiste à l’invoquer. La force intérieure de cette femme qui lui permet de surmonter tout obstacle, est à chercher dans son amour maternel et dans la confiance qu’elle a en Jésus qui peut satisfaire sa demande. Cela me fait penser à la force des femmes. Avec leur force d’âme elles sont en mesure d’obtenir de grandes choses. Nous en avons rencontré tellement ! Nous pouvons dire ainsi que c’est l’amour qui déclenche la foi et que la foi, de son côté, devient le prix de cet amour. L’amour touchant qu’elle a pour sa fille la pousse à s’écrier : Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David !’ et sa foi persévérante en Jésus lui permet de ne pas se décourager, même pas devant son rejet initial” (Pape François, Angélus 20 août 2017.)
La persévérance de cette femme que le découragement ne saurait ébranler, est toute une leçon de foi vivante et agissante. Elle nous apprend à ne pas nous décourager devant les difficultés de la vie et à persévérer dans la prière, même s’il nous semble que le bon Dieu ne nous écoute pas. Parfois, disait saint Josémaria, “nous imaginons aussi que le Seigneur ne nous écoute pas, que nous nous méprenons, que l’on n’entend que le monologue de notre voix. Nous nous trouvons comme sans repères, sur terre, abandonnés du ciel (…) Avec l’entêtement de la cananéenne, nous nous prosternons humblement, comme elle, et l’adorons en suppliant: ‘Seigneur, viens à mon secours’ Et l’obscurité, dépassée par la lumière de l’Amour disparaîtra (…). Notre Seigneur tient à ce que nous comptions sur Lui pour tout. Nous percevons, de toute évidence, que sans Lui, nous ne pouvons rien faire et qu’avec Lui, nous pouvons tout” (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n. 304).
Évangile (Mt 16,13-20)
Jésus, arrivé dans la région de Césarée-de-Philippe, demandait à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Alors Simon-Pierre prit la parole et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui dit : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne que c’était lui le Christ.
Commentaire
La question au sujet de l’identité de Jésus apparaît fréquemment dans les évangiles, un mystère que ses contemporains ne savaient pas déchiffrer et que l’Église allait mettre du temps à définir doctrinalement.
A cette occasion, lors d’un séjour dans les environs de Césarée de Philippe, c’est Jésus lui-même qui demande à ses disciples qui Il est, aux dires des gens, et d’après eux. Les apôtres répondent que d’aucuns pensent qu’Il est “ Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. ” (v. 14). Les limites de la capacité humaine pour comprendre l’identité et la mission de Jésus sont manifestes : on le prend même pour Jean le Baptiste, déjà décédé, voire pour l’un des prophètes,
Or, « Il n’en va pas de même pour Pierre quand il confesse que Jésus est" le Christ, le Fils du Dieu vivant " (Mt 16, 16) puisque le Seigneur lui répond avec solennité : " Cette révélation ne t’est pas venue de la chair et du sang mais de mon Père qui est dans les cieux " (Mt 16, 17) » (Catéchisme de l’Église Catholique, n. 442).
Par cette déclaration, Jésus met en évidence que le mystère de sa Personne n’est compris que si Dieu le Père le fait connaître, ou plutôt, quand il nous rend de plus en plus capables de le connaître. Pierre, par un dessein divin, a reçu cette révélation du Ciel, il est donc en mesure de la confesser.
“Simon Pierre, dit le pape François, trouve sur ses lèvres des paroles qui le dépassent, qui ne viennent pas de ses lumières naturelles. Il n’avait peut-être même pas été à l’école, et il est en mesure de dire ces paroles, plus fortes que lui ! (cf v. 17), Cela dit, elles lui sont inspirées par le Père du ciel qui révèle, au premier des douze, la véritable identité de Jésus. Il est le Messie, le Fils envoyé par Dieu pour le salut de l’humanité. Et, avec sa réponse, Jésus comprend, que grâce à la foi, don du Père, il y a un fondement solide sur lequel il peut bâtir sa communauté, son Église. Aussi, dit-il à Simon : ‘Tu es Pierre et sur cette pierre, Je bâtirai mon Église’ (v. 18)” (Pape François, Angélus, 27 août 2017)
Jésus aurait pu choisir le fondement de son église parmi tant d’autres hommes, plus influents, plus capables que Pierre, humainement parlant. Cependant, il choisit Simon, le pêcheur, celui que les autres disciples ont reconnu comme le successeur direct de Jésus, le premier parmi tous.
Le pape saint Léon le Grand, dans son commentaire, fait dire à Jésus des paroles qui expliquent le primat de Pierre, sa participation au pouvoir du Seigneur et sa continuité tout au long des temps : “ De même que mon Père t’a révélé ma divinité, de même, moi aussi je fais connaître ta dignité : Tu es Pierre. Moi, qui suis la pierre inébranlable, la pierre angulaire qui a fait des deux peuples une seule chose, moi, qui suis le fondement en dehors duquel personne ne peut édifier, je te dis à toi, Pierre, que tu es aussi pierre parce que tu seras raffermi par mon pouvoir de telle sorte que ce qui m’appartient de par ma propre puissance soit commun à tous les deux, dans ton partage avec moi. C’est sur cette pierre que je bâtirai mon Église et la puissance de l’enfer ne pourra rien contre elle. C’est,-voulait-il dire-, sur cette forteresse, que je construirai le temple éternel et la sublimité de mon Église qui atteindra le ciel et s’élèvera sur la fermeté de la foi de Pierre” (St. Léon le Grand, Sermo 4 in anniversario ordinationi suae 2-3).
De ce fait, l’amour du pape, quel qu’il soit, est une caractéristique essentielle pour tout chrétien et saint Josémaria aimait l’exposer ainsi :
« Envers le pape, le vice-Christ sur la terre, tu dois montrer aussi le plus grand amour, la plus grande estime, la plus profonde vénération, en même temps que l’obéissance la plus soumise et la plus grande affection.
Nous autres catholiques, nous comprenons bien qu’après Dieu et notre Mère la très Sainte Vierge, c’est le Saint-Père qui vient en troisième lieu dans la hiérarchie de l’amour et de l’autorité. » (Saint Josémaria, Forge, n. 135)
Évangile du 22ème dimanche du Temps Ordinaire (Cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 16,21-27)
À partir de ce moment, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le Fils de l’homme venir dans son Règne. »
Commentaire
Ce passage de l’Évangile est la suite du dialogue de Jésus avec ses disciples, après leur avoir demandé “Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ?,” (Mt 16,13). Après quelques instants de silence, c’est Pierre qui répondit : “Tu es le Christ, le Fils de Dieu vivant” (Mt 16, 16). Cette affirmation fut solennellement confirmée par le Maître qui leur enjoignit de ne dire à personne qu’Il était le Christ (cf. Mt 16,20).
Les apôtres ont sans doute été très frappés par la clarté avec laquelle Jésus leur avait confirmé que ce dont ils avaient l’intuition, à savoir que le Maître était le Messie longuement attendu, le descendant de David qui viendrait régner à tout jamais en délivrant le peuple de toute oppression. Ils pensaient probablement, comme pratiquement tous leurs contemporains, que le règne du Messie serait une glorieuse succession de réussites triomphales. Aussi, Jésus les fait immédiatement revenir sur terre et leur parle de ses projets visant des objectifs bien différents de ceux qu’ils imaginaient.
Il les prévient “qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.” (v. 21).
Et c’est toujours Pierre qui prend alors la parole pour exprimer ce que d’autres n’arrivent pas à avouer. Il ose reprendre le Maître: “Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. ” (v. 22). Ce à quoi Jésus répond avec des propos très forts “Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes” (v. 23).
Jésus se dirige vers la Croix et invite ses disciples à le suivre: “Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive” (v. 24). Contre toute logique humaine, la croix n’implique cependant pas la mésaventure, le malheur qu’il faut éviter à tout prix, mais bel et bien la chance d’accompagner Jésus dans sa victoire. Dans la logique de Dieu, le chemin qui mène vers le triomphe glorieux sur le péché et la mort passe par la passion et la croix.
Saint Josémaria évoquait dans sa prédication le rêve décrit par un auteur castillan classique où il parle de deux chemins. L’un est large et aisé qui aboutit à un ravin sans fond. C’est celui qu’empruntent les mondains, dans leur étourdissement. “L’autre emprunte une direction différente : il est si étroit et sa pente est si raide qu’il est impossible de le parcourir à cheval. Tous ceux qui le prennent avancent à pied, peut-être en zigzaguant, mais le visage serein, foulant des chardons et contournant des rochers. Par endroits, ils abandonnent des lambeaux de leurs vêtements et même de leur chair. Mais un verger les attend au bout, le bonheur pour toujours, le Ciel. C’est le chemin des âmes saintes qui s’humilient ; qui, par amour pour Jésus-Christ, se sacrifient avec joie pour les autres ; la route de ceux qui ne craignent pas de grimper, chargés amoureusement de leur Croix, aussi lourde soit-elle, car ils savent que si le poids les renverse, ils pourront se relever et continuer l’ascension : le Christ est la force de ces voyageurs.” (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n. 130).
L’objectif de tout être humain est d’atteindre le bonheur. Or on ne peut pas y arriver si l’on cherche toujours ce qui est le plus facile, le plus aisé, le plus plaisant, mais bien lorsqu’on aime vraiment.
« Ce qui est nécessaire pour atteindre le bonheur, ce n’est pas une vie facile, mais un cœur plein d’amour » (Saint Josémarie, Sillon, 795), avouait saint Josémaria. “ C’est pourquoi j’aime demander à Jésus pour moi : Seigneur, aucun jour sans la croix ! Ainsi, avec la grâce divine, notre caractère se trempera, et nous servirons d’appui à notre Dieu, par delà nos misères personnelles” (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n. 216).
Évangile du 23ème dimanche du Temps Ordinaire (Cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 18,15-20)
Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère.
S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins.
S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain.
Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux.
En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
Commentaire
L’évangile de ce dimanche est une suite de trois interventions de Jésus concernant des aspects importants pour la vie future de l’Église: la correction fraternelle entre les fidèles, le pouvoir de lier et de délier octroyé aux apôtres et à ses successeurs et l’efficacité de la prière ensemble.
Le message de Jésus, qui ne fait pas de nous des gens impeccables, nous demande cependant de nous aimer les uns les autres, en dépit de nos défauts et de nos erreurs.
L’aide mutuelle, au moyen du pardon et de la correction, est une preuve manifeste de cet amour. Avec ce premier enseignement, Jésus nous invite à nous situer comme un juge miséricordieux qui traite avec compréhension celui qui a bravé la loi ou qui s’est peut-être égaré par ailleurs. Aussi, disait saint Josémaria, “la pratique de la correction fraternelle, profondément évangélique, est-elle une preuve d’affection surnaturelle et de confiance. Sois en reconnaissant lorsque tu la reçois et ne cesse jamais de la pratiquer avec ceux qui t’entourent” (Saint Josémaria, Forge, n. 566). Le pape François explique aussi que la correction fraternelle évite « cette amertume du cœur qui conduit à la colère et au ressentiment et qui nous conduisent à insulter et à agresser. Cela est très laid de voir sortir de la bouche d’un chrétien une insulte ou une agression. (…) Insulter n’est pas chrétien ! » (Pape François, Angélus, 7 septembre 2014).
De nombreux Pères de l’Église ont parlé de la correction fraternelle, véritable acte de noblesse et d’amitié. Ils tiraient des conséquences pratiques des paroles de Jésus. Saint Augustin, par exemple, encourageait ainsi ses fidèles : “Corrigeons donc notre frère par amour, non pas en voulant lui faire du mal, mais avec l’intention affectueuse de réussir à ce qu’il se corrige. Ce faisant, nous accomplirons très bien ce précepte” (Saint Augustin, Sermon 82)
Quant au deuxième message de Jésus (v. 18), le Catéchisme de l’Église explique que «les mots lier et délier signifient : celui que vous exclurez de votre communion, celui-là sera exclu de la communion avec Dieu ; celui que vous recevez de nouveau dans votre communion, Dieu l’accueillera aussi dans la sienne. La réconciliation avec l’Église est inséparable de la réconciliation avec Dieu. (n. 1445).
Après avoir parlé de la réconciliation entre frères, Jésus confère à ses apôtres le pouvoir de réconcilier les fidèles avec l’Église.
Ce pouvoir est normalement exprimé par l’aveu des péchés au confesseur qui a reçu le pouvoir de l’évêque, successeur des apôtres, d’écouter la confession.
Finalement, Jésus parle d’un « autre fruit de la charité dans la communauté : la prière harmonieuse –comme le disait Benoît XVI- (…) La prière personnelle est certainement importante, voire indispensable, mais le Seigneur assure sa présence à la communauté qui — même si elle est très petite — est unie et unanime, parce qu’elle reflète la réalité même de Dieu Un et Trine, parfaite communion d’amour. » (Pape Benoît XVI, Angélus, 4 septembre 2011) Quand nous prions ensemble, non seulement nous poussons Dieu à nous accorder ce que nous demandons, mais surtout, Dieu Lui-même offre sa présence parmi nous, ce qui est en fait le premier don que nous pouvons et devons demander.
Le Magistère l’explique ainsi: « le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la messe et dans la personne du ministre, « le même offrant maintenant par le ministère des prêtres, qui s’offrit alors lui-même sur la croix » et, au plus haut degré, sous les espèces eucharistiques. Il est présent, par sa puissance, dans les sacrements au point que lorsque quelqu’un baptise, c’est le Christ lui-même qui baptise. Il est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures. Enfin il est là présent lorsque l’Église prie et chante les psaumes, lui qui a promis : « Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis là, au milieu d’eux »” (Conc. Vatican II, Sacrosanctum Concilium, n. 7).
Évangile (Lc 6, 20-26)
"En ce temps là, Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara : "Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez. Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l'homme. Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c'est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.
Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim ! Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et vous pleurerez ! Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous ! C'est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes."
Commentaire
Le passage bien connu des Béatitudes que nous raconte saint Luc commence par nous dire que Jésus « a levé les yeux vers ses disciples et a commencé à leur dire ». Le Seigneur nous regarde et nous parle et nous montre qu'il y a un plus grand bonheur que celui auquel nous avions peut-être pensé. Il nous enseigne que nous sommes appelés à un bonheur beaucoup plus élevé, plus profond et plus grand, un bonheur qui ne peut être menacé par la douleur, la contrariété et la souffrance.
Certes, ces paroles du Seigneur peuvent être déconcertantes, mais en même temps elles nous éclairent beaucoup sur ce que signifie être un disciple du Christ. Le pape François nous dit que les Béatitudes sont "la carte d'identité du chrétien" (Pape François, Messes du matin dans la chapelle de la Domus Sanctae Marthae, lundi 9 juin 2014. L'Osservatore Romano, ed sem. in English, n. 24, vendredi 13 juin 2014)
Les Béatitudes sont le chemin pour suivre le Christ, s'identifier à Lui par l'amour. En suivant le Seigneur au milieu du monde, au milieu du travail ordinaire, nous vivrons cette rencontre avec le Seigneur dans la pauvreté et la faim, dans les larmes et la persécution.
La pauvreté et la faim de ne pas avoir de moyens matériels ou de travail ; la douleur et les pleurs face à des événements déchirants ; ou l'incompréhension et même la persécution pour avoir suivi le Seigneur : autant de réalités présentes dans la vie quotidienne de tous les chrétiens.
Lorsque nous devons traverser ces épreuves, cela peut nous aider de nous rappeler, comme le fait le Seigneur dans cet Évangile, que le dernier mot est toujours divin, et non humain. Les pauvres et les affamés seront rassasiés, ceux qui pleurent seront consolés, ceux qui sont persécutés auront une grande récompense dans le ciel.
Évangile (Luc 6, 27-38)
« Mais je vous le dis, à vous, qui m’écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Bénissez ceux qui vous maudissent, et priez pour ceux qui vous maltraitent.
Si quelqu’un te frappe sur une joue, présente-lui encore l’autre ; et si quelqu’un t’enlève ton manteau, ne l’empêche pas de prendre aussi ta tunique. Donne à quiconque te demande, et si l’on te prend ton bien, ne le réclame point.
Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pareillement pour eux. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien à ceux qui vous font du bien, quel gré vous en saura-t-on ? Des pécheurs aussi prêtent à des pécheurs, afin qu’on leur rende l’équivalent. Pour vous, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retour. Alorsvotre récompense sera grande et vous serez les fils du Très-Haut, qui Lui est bon pour les ingrats et les méchants. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.
Ne jugez point, et vous ne serez point jugés. Ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés. Remettez et il vous sera remis. Donnez et il vous sera donné : on versera dans votre pan de vêtement une bonne mesure, pressée, secouée et débordante, car, de la mesure dont vous mesurez, on se servira pour vous en retour. »
Commentaire
Selon certains auteurs, le discours des Béatitudes serait comme un autoportrait de Jésus. Ce discours nous fait connaître plus spécialement son cœur - le cœur du Fils qui a tout reçu du Père - lorsqu'il enseigne comment doivent vivre ceux qui le suivent.
Si nous voulons devenir des enfants du Très-Haut, le modèle est clair : la miséricorde, le pardon, la douceur et l'amour, y compris pour nos ennemis. En Jésus, nous avons un exemple sublime, tout spécialement pendant sa Passion : le don silencieux et priant de sa vie traduit sa doctrine dans les faits. Aujourd'hui encore, assis à la droite du Père, il fait preuve d'une miséricorde infinie envers les pécheurs et est toujours prêt à pardonner. Il est le Fils du Très-Haut.
Mais l'objectif est très élevé. Cela semble un idéal inaccessible.
Jésus est le Chemin, c'est ainsi qu'il se définit pour nous. Et sa parole n'est pas seulement une exhortation, une consolation ou un message, mais surtout une grâce. Ce comportement héroïque demandé aux disciples n'est pas impossible. Il doit être reçu avec foi, médité dans la foi, fait sien, convaincu que tout est possible pour celui qui croit. Alors, nous pourrons le suivre, l'imiter, jusqu’à devenir notre référence immédiate dans la vie quotidienne : dans nos relation de voisinage, dans la vie familiale, au travail, dans la vie publique. Et nous allons vraiment transformer ce monde, si rempli d'indifférence et d’affrontements.
Évangile (Lc 6, 39-42)
"Il leur dit encore cette parabole : "Un aveugle peut-il conduire un aveugle? Ne tomberont-ils pas tous les deux dans la fosse ? Le disciple n'est pas au-dessus du maître, mais tout disciple, son instruction achevée, sera comme son maître.
Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l'œil de ton frère et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : Frère, laisse-moi ôter cette paille de ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et tu verras clair ensuite pour ôter la paille qui est dans l'œil de ton frère."
Commentaire
« Suivre le Christ, disait saint Josémaria, c'est le secret. L'accompagner si étroitement que nous vivons avec lui, comme ces douze premiers, si étroitement que nous nous identifions à lui. » (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 299)
Le disciple n'est pas au-dessus du maître ; quiconque est bien instruit peut être comme son maître. Le disciple du Christ cherche à être comme son Maître, idéal qui résume toutes ses aspirations. C'est ainsi que les saints l'ont vécu et enseigné et c'est aussi notre expérience quotidienne : lorsque, dans la prière, l'Esprit Saint nous fait entrevoir un trait de la vie de Jésus ou une de ses attitudes que nous pouvons intégrer dans nos luttes quotidiennes, nous sommes remplis de joie et d'un désir de nous identifier à lui. C'est pourquoi il est si important que le disciple se laisse instruire par le maître, pour devenir comme lui. Pour ce faire, le chrétien doit prendre soin de sa formation, cultive un vrai désir de connaître la doctrine en profondeur : la Parole du Seigneur et de son Église. Le temps consacré à sa propre formation est un temps fécond en amour de Dieu et du prochain.
Connaître la doctrine, la savourer dans la contemplation, et la vivre. Jésus se sert aussi de nos relations avec notre prochain pour nous enseigner : chaque chrétien est appelé à être un guide et d'une certaine manière un enseignant, dans la mesure où il s'identifie au Christ. A nous de faire le premier pas, assistés par la lumière de l'Esprit Saint : nous connaître, purifier notre regard, purifier notre âme par la contrition et la grâce du Seigneur. Nous regarder nous-mêmes avec le regard aimant du Seigneur nous rend humbles et nous permet de conduire les autres sur la voie de l'imitation du Christ. Seule la vérité sur soi-même permet de se corriger vraiment.
Jésus abhorre les hypocrites, ceux qui jugent sans amour et sans compréhension, ceux qui cherchent à être bien considérés par les autres, sans vraiment se soucier d'affronter leurs défauts : voilà la poutre, énorme, dans l'œil de l'hypocrite. Que Dieu nous sauve de ce terrible reproche.
Évangile du 24ème dimanche du temps ordinaire (cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 18,21-35)
Alors Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? »
Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.
Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent).
Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette.
Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.”
Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.
Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : “Rembourse ta dette !”
Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai.”
Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait.
Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé.
Alors celui-ci le fit appeler et lui dit :
“Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié.
Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?”
Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.
C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »
Commentaire
Pierre pose à Jésus la question sur la nécessité de pardonner, sujet épineux qui nous concerne tous. Question que l’on se pose souvent face aux heurts de la vie quotidienne, dans le vivre-ensemble familial, entre amis ou dans nos relations professionnelles.
Nous nous sentons fréquemment blessés, pensant que quelqu’un nous a offensé, méprisé ou jugé non seulement une fois mais à répétition. Il nous en coûte de pardonner. Aussi la question de Pierre nous semble-t-elle pertinente. Dois-je toujours pardonner ?
Benoît XVI nous invite à réfléchir sur ce que signifie le pardon.
“L’offense est une réalité, une réalité objective; elle a causé une destruction qui doit être surmontée. C’est pourquoi le pardon doit être plus qu’une volonté d’ignorer ou d’oublier. L’offense doit être assumée, réparée et ainsi surmontée. Le pardon a un coût, et d’abord pour celui qui pardonne. Le mal qui lui a été fait, il doit le surmonter intérieurement, le brûler au-dedans de lui et ainsi se renouveler, de sorte qu’il fasse entrer l’autre, le coupable, dans ce processus de transformation et de purification intérieures, que tous deux se renouvellent en souffrant le mal jusqu’au fond et en le surmontant. C’est là que nous butons sur le mystère de la croix du Christ.” (Joseph Ratzinger - Benoît XVI, Jésus de Nazareth I (Éditions Flammarion, Paris 2007, p. 182).
En effet, les difficultés à pardonner ne sont pas si grandes, comparées à ce que Jésus-Christ a souffert pour chacun de nous.
Cette parabole exprime très bien le contraste entre notre attitude mesquine à marchander notre pardon et la miséricorde infinie de Dieu. Un talent était l’équivalent de six mille deniers or le denier était le salaire journalier d’un ouvrier. Dix mille talents est donc la somme exorbitante qui nous permet de comprendre l’immense valeur du pardon reçu du bon Dieu.
Saint Josémaria nous fait comprendre que “les circonstances du serviteur de la parabole, débiteur de dix mille talents, reflètent bien la situation dans laquelle nous nous trouvons en face de Dieu : nous non plus, nous ne pouvons nous acquitter de la dette immense que nous avons contractée pour tant de bontés divines, et que nous avons accrue au rythme de nos péchés personnels. Même si nous luttons vaillamment, nous ne parviendrons pas à rendre équitablement au Seigneur tout ce qu'il nous a donné en nous pardonnant. Mais la miséricorde divine supplée au-delà de toute mesure à l’impuissance de la justice humaine. Il peut, lui, s’estimer satisfait et nous remettre notre dette, simplement parce qu’il est bon et que sa miséricorde est infinie. (Saint Josémaria, Amis de Dieu, 168) »
Et saint Josémaria de nous conseiller :
« Effaçons donc de notre souvenir les offenses que l’on nous a faites, les humiliations dont nous avons souffert, aussi injustes, inciviles et grossières qu’elles aient été, parce qu’il n’est pas digne d’un fils de Dieu de tenir un registre pour présenter ses doléances. Nous ne pouvons oublier l’exemple du Christ. » (Saint Josémaria, Amis de Dieu, 309)
Le regard rivé sur Jésus, nous parviendrons à chasser toute rancune et à garder un cœur pur et exempt de toute inimitié.
Dès que nous serons tentés de ne pas pardonner, pensons à ce que le maître miséricordieux dit à son serviteur impitoyable: “Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?” (v. 32-33). En éprouvant la joie, la sérénité, la tranquillité intérieure de nous sentir pardonné et avec l’aide de Dieu, nous arriverons à être ouverts à la possibilité de pardonner.
Évangile de la festivité du saint Nom de Marie et son commentaire.
Évangile (Lc 1, 39 - 47)
En ces jours-là, Marie partit et se rendit en hâte dans la région des montagnes, vers une ville de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth. Or, dès qu'Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, l'enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit. Alors, criant d'une voix forte, elle dit :
"Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni ! Et d'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car ta voix, lorsque tu m'as saluée, n'a pas plus tôt frappé mes oreilles, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Heureuse celle qui a cru, car elles s'accompliront les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur!"
Marie dit alors :
"Mon âme exalte le Seigneur ; mon esprit tressaille de joie en Dieu, mon Sauveur"
Commentaire
Marie se met vite en route. L'amour est diligent, il surmonte la paresse, les appréhensions et la fatigue. Elle entreprend un long chemin jusqu'aux montagnes de Judée : plus de 100 km. Elle passera certainement par Jérusalem, car Ain Karim est à une courte distance de la ville de David, et elle viendra adorer Dieu dans son Temple, en portant Jésus dans son sein. Elle marchait avec joie, car elle portait le Sauveur du monde et partageait les merveilles de Dieu avec Élisabeth, qu'elle aimait tant. Lors de l'Annonciation, l'ange n'a pas dit à Marie d'aller voir Élisabeth, c'est elle qui a pris les devants. Comme il est important d’avoir de saintes initiatives, qui rendent gloire à Dieu et aident les autres ! Vous et moi sommes porteurs du Christ et nous devons le montrer au monde par des actes qui soutiennent l'action du Saint-Esprit en répandant l'amour de Dieu autour de nous.
Marie salue en entrant dans la maison : "Que la paix de Dieu soit avec toi!", et sa voix virginale remplit la pièce. La maison d'Élisabeth est illuminée d'une joie nouvelle. Deux mères s'embrassent. Chacune porte en elle le fruit de l'amour miséricordieux de Dieu. Et remarquez : le Seigneur se tait, mais son silence est compensé par la Grâce. Il fait exulter Élisabeth en louanges, appelant Marie par son nouveau nom : Mère du Seigneur, et l'enfant d’Élisabeth tressaille de joie. Dieu veut se montrer au monde par l'amour, par l'amitié.
Saint Luc ne nous dit pas si saint Joseph était présent, mais on est en droit de penser qu'il a accompagné son épouse immaculée pour ce long voyage. Lui aussi resta silencieux, étonné par les paroles d'Élisabeth, lorsqu'il vit que l'Esprit Saint lui avait fait connaître le mystère de la plénitude des temps : que le Fils unique de Dieu s'était incarné dans le sein très pur de Marie. Saint Joseph se souviendra très souvent de ce moment et le contemplera comme s'il y était, se remémorant sans cesse la salutation joyeuse de la Sainte Vierge et les paroles d'Élisabeth.
Évangile (Jn 3, 13 - 17)
"Or nul n'est monté au ciel si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est au ciel. Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé afin que tout homme qui croit en lui (ne périsse point, mais) ait la vie éternelle.
En effet, Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais ait la vie éternelle.
Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui."
Commentaire
L'Évangile de la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix comprend un extrait de la conversation entre Jésus et Nicodème, l'un des hommes illustres de Jérusalem, qui vient le voir, de nuit. Bien que Nicodème soit un "maître en Israël" (Jn 3,10), il s'approche du Seigneur avec déférence, attiré par sa figure imposante et sa prédication, pleine d'autorité et de sagesse. Les paroles de Jésus sont profondes et exigent de nous une attitude d'écoute attentive et humble, comme celle de Nicodème.
Le passage mentionne plusieurs fois le binôme haut/bas, et les actions de monter et descendre, d’un profond contenu théologique. "En haut" est le royaume du divin, le Ciel, où se trouve le Père, d'où est venu le Fils qui, descendant dans le monde, dans le royaume limité des hommes, est l'un de nous ; et d'ici, d'en bas, il retourne triomphalement au Père, avec notre humanité glorifiée et assumée, comme le dira Jésus ressuscité lui-même à la fin de l'Évangile : "Je monte vers mon Père et vers votre Père, vers mon Dieu et vers votre Dieu" (Jn 20, 17). Grâce à l'œuvre accomplie par Jésus, les hommes pourront avoir la vie éternelle et le salut.
Tout ce mystère est possible parce que Jésus s'est laissé élever sur la croix, pour transformer paradoxalement en exaltation le geste terrible et humiliant de lever le crucifié à la vue de tout le monde. Le point culminant de son échec aux yeux du monde, devient l’emblème de son triomphe aux yeux du Père et donc une source de salut pour l'humanité. Nous y voyons combien Dieu a aimé le monde (v.16).
Pour expliquer cela à Nicodème en quelques mots, Jésus se réfère au célèbre passage du serpent de bronze, contenu dans le livre des Nombres 21,8-9. Dans ce passage, Dieu ordonne à Moïse de forger un serpent de bronze et de le placer au sommet d’un mât pour qu'il soit élevé et contemplé par le peuple dans le désert. Et tout comme les Israélites, mordus par les serpents, ont paradoxalement obtenu le salut et la guérison en regardant un serpent qui a été élevé, de même les hommes qui sont plongés dans le péché peuvent obtenir le salut en regardant celui qui est élevé sur une croix comme s'il était maudit et pécheur.
En réfléchissant à la fête de l'Exaltation de la Croix que nous commémorons aujourd'hui, le pape François a un jour expliqué le passage du dialogue de Jésus avec Nicodème comme suit : « Un non-chrétien pourrait nous demander : pourquoi « exalter » la croix ? Nous pouvons répondre que nous n’exaltons pas une croix quelconque, ou toutes les croix : nous exaltons la Croix de Jésus, parce qu’en elle s’est révélé au plus haut point l’amour de Dieu pour l’humanité. C’est ce que nous rappelle l’Évangile de Jean dans la liturgie d’aujourd’hui : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (3, 16). Le Père a « donné » son Fils pour nous sauver, et cela a comporté la mort de Jésus et sa mort sur la croix. " (Pape François, Angelus, 14 septembre 2014).
Le pape François s'est alors demandé : « Pourquoi la Croix a-t-elle été nécessaire ? À cause de la gravité du mal qui faisait de nous des esclaves. La Croix de Jésus exprime ces deux choses : toute la force négative du mal, et toute la douce toute-puissance de la miséricorde de Dieu. La Croix semble décréter l’échec de Jésus, mais en réalité, elle marque sa victoire. Sur le Calvaire, ceux qui se moquaient de lui disaient: « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix » (cf. Mt 27, 40). Mais c’est l’inverse qui était vrai: c’est justement parce qu’il était le Fils de Dieu que Jésus était là, sur la croix, fidèle jusqu’à la fin au dessein d’amour du Père. Et c’est justement pour cela que Dieu a « exalté » Jésus (Ph 2, 9), en lui conférant une royauté universelle" (Idem.).