Évangile du Dimanche de la 26ème semaine du Temps ordinaire (cycle A) et son commentaire.
Évangile (Mt 21, 28-32)
Quel est votre avis ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : “Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.”
Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.” Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.
Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : “Oui, Seigneur !” et il n’y alla pas.
Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. » Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.
Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru. Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole.
Commentaire
La scène de l'Évangile se déroule dans le Temple de Jérusalem. Jésus enseignait la foule, quand quelques grands prêtres et anciens du peuple s'approchèrent de lui, l'interrompent de façon peu aimable et lui demandent d'expliquer qui lui a donné le pouvoir d'accomplir ce qu'il fait (cf. Mt 21, 23-27). Ces hommes pensaient que eux seuls étaient en droit d'enseigner la loi de Dieu au peuple, en tant qu'interprètes authentiques de la volonté divine et guides du peuple élu du Seigneur.
Jésus leur répond par une parabole reprenant un thème traditionnel en Israël : la réaction différente de deux frères face au même événement. Les histoires de Caïn et Abel, d'Ismaël et Isaac, ou d'Ésaü et Jacob étaient bien connues de ces hommes. Dans la parabole de Jésus, l'un des frères prétend vouloir faire la volonté du Père - comme ces personnes qui affrontent Jésus -, mais ne s’y soumet pourtant pas. À l’opposé, l'autre manifeste publiquement son refus de faire ce que le père lui a demandé - comme tout pécheur, qui agit contre la loi divine - mais finit par reconsidérer sa position, se repentir et accomplir la volonté de son père.
Aujourd’hui comme hier, nombreux sont ceux qui n'ont rien contre Dieu, mais qui, par manque de générosité face à ses exigences, n’agissent plus comme ils le devraient – et s’en trouvent justifiés – dès lors que se présente la moindre complication. Leur pratique religieuse est si routinière qu’ils négligent ce qui est important pour Dieu.
Les paroles de Jésus sont une invitation à réagir. "Nous devons, toi et moi, - disait saint Josémaria - nous rappeler et rappeler aux autres que nous sommes des enfants de Dieu auxquels notre Père a adressé une invitation identique à celle que reçurent les personnages de la parabole évangélique: Mon enfant, va-t’en aujourd’hui travailler à ma vigne. Je vous assure que si nous nous efforçons, jour après jour, d’envisager nos obligations personnelles comme une requête divine, nous apprendrons à terminer notre travail avec la plus grande perfection humaine et surnaturelle dont nous serons capables. Il se pourrait que nous nous rebellions, un jour, comme l’aîné qui répondit : Je ne veux pas. Mais nous saurons réagir, repentis, et nous nous consacrerons alors avec une ardeur renouvelée à l’accomplissement de notre devoir » (Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 57).
Jésus connaît bien le cœur humain, et il est conscient des difficultés et des conflits auxquels nous devons faire face chaque jour, tant dans notre propre intériorité (la tension pour surmonter la paresse ou la mauvaise volonté) que dans les sphères familiale, professionnelle et personnelle (se centrer sur ce que font les autres au lieu de bien faire ce que nous avons à faire, même si les autres ne le font pas). Comme l'observe le Pape François au sujet de cette scène, Jésus « connaît les angoisses et les tensions des familles qu’il introduit dans ses paraboles : des enfants qui abandonnent leurs maisons pour tenter une aventure (cf. Lc15, 11-32) jusqu’aux enfants difficiles, aux comportements inexplicables (cf. Mt21, 28-31) ou victimes de la violence (cf. Mc12, 1-9) » (François, Amoris Laetitia, n°21). Dieu comprend nos difficultés, mais attend patiemment notre réponse généreuse, comme celle du fils rebelle.
La conclusion de la parabole contient des mots forts : "En vérité, je vous le dis, les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu " (v. 31). Autrement dit : ceux qui souffrent à cause de leurs péchés mais qui sont animés par le désir d'un cœur pur sont plus proches du Royaume de Dieu que beaucoup de ceux qui se disent chrétiens mais qui sont indolents. Pensant qu'ils en font assez, ils ne laissent pas le repentir de leurs péchés ou l'amour de Dieu toucher leur cœur.
Commentaire
L'Évangile de ce jour nous rappelle plusieurs des enseignements de Jésus sur la vie chrétienne. La description de Marc est sobre, mais les mots, clairs, atteignent la profondeur de l'âme avec une grande facilité. La première pourrait être interprétée ainsi : Dieu donne ses dons comme il l'entend, et si seulement c'était toujours une source de joie pour nous de voir avec quelle générosité les autres les accueillent et les mettent au service de l'évangile. On se rappelle la grande variété et la richesse de l'Église, et aussi la possibilité que notre cœur, qui lutte chaque jour pour sortir de lui-même et devenir un peu plus grand, peut regarder avec méfiance et même avec un certain rejet certains de ceux qui travaillent à nos côtés dans la vigne du Seigneur. Les paroles de Jésus sont claires : "celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous.". En effet, seul Dieu peut sonder les cœurs et juger des intentions. Nous devons être guidés par des signes extérieurs ; par exemple : "c'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez". Mais pas complètement, car nous ne pouvons pas voir les fruits cachés avant qu'ils ne soient mis en lumière, si jamais nous pouvons les voir.
Jésus nous encourage à considérer que lui travaille de manière cachée dans les cœurs et à travers les cœurs. Que cette action est unique pour chaque personne. Et que nous ne pouvons pas savoir dans quelle mesure les œuvres des autres sont une réponse docile, voire hésitante, à une incitation intérieure de l'Esprit Saint. Ce que ces réponses d'amour produisent dans l'âme et dans le monde nous échappe, nous ne pouvons pas le percevoir, mais Dieu le peut. Il nous est donc rappelé qu'il y a une valeur d'éternité dans tout acte d'amour véritable, et que cet acte, du fait même qu'il est amour, comporte toujours un "salaire", qui n'est pas une récompense mais la conséquence même de l'existence d'un peu de "nouvel amour" dans le monde. Ainsi, nous entendons les paroles de Jésus comme une invitation à valoriser la riche action de l'Esprit Saint dans les âmes et à renforcer les liens de communion avec tous, en particulier avec les baptisés, en priant les uns pour les autres et en apprenant de leur manière concrète à chercher et à faire connaître le Christ aux âmes.
Les paroles sur le scandale sont une autre facette de ce que Jésus a dit précédemment : nous désirons de tout cœur la sainteté des autres et faisons donc tout notre possible pour éviter que notre exemple les déconcerte ou les éloigne de Dieu. C'est une invitation à être les gardiens les uns des autres, à veiller les uns sur les autres dans notre parcours quotidien. Nous ne sommes pas des personnes isolées, nous ne sommes pas des personnes indifférentes à ce que notre façon de parler et d'agir produit chez les autres. Il est certain que nous ne pouvons pas demander l'avis de tout le monde avant de faire un pas. Mais l'Esprit Saint a été répandu dans nos cœurs, ce qui nous permet de penser et d'agir selon la sagesse de Dieu. Nous ne faisons pas les choses simplement parce qu'elles nous semblent justes et c'est tout. Cela ne signifie pas que nous nous laissons emporter par ce que les autres pensent, et qui nous fait cacher notre condition de chrétien. C'est autre chose.
Donner de l'importance au scandale, c'est vivre avec la conscience que nos œuvres ne demeurent jamais uniquement en nous-mêmes. Nous avons des faiblesses, mais, en même temps que nous nous efforçons avec enthousiasme de les maîtriser, nous essayons de ne pas blesser, avec ce qu'ils voient en nous, ni les "forts" ni les "faibles". De plus, Jésus nous rappelle qu'il y a des personnes qui sont particulièrement faibles et fragiles. Parmi eux, il y a les enfants, qui sont tellement aidés par la présence de bons modèles que cela peut leur faire tellement de mal de ne pas en avoir ou d'en avoir de mauvais. Nous pourrions également ajouter ceux qui font leurs premiers pas dans la foi, les personnes qui trouvent refuge en nous, et ainsi de suite.
Nous apprenons beaucoup du cheminement de tant de personnes qui nous ont précédés : de leurs efforts pour connaître au mieux leurs propres fragilités, de leur enthousiasme pour aller aux racines afin de guérir les malades, de l'aide à laquelle ils ont eu recours ou qu'ils ont acceptée. Car ce chemin ne peut être parcouru seul : comme nous avons besoin d'un bon accompagnement spirituel, comme il est bon de désirer, autant que nous le pouvons, que ceux qui nous entourent avancent avec joie et espérance sur le chemin de la sainteté ! En quelque sorte, Dieu a placé cela entre nos mains.
Évangile (Lc 9,46-50)
Or, une question se posa dans leur esprit : lequel d'entre eux était le plus grand ? Jésus, sachant la question de leur cœur, prit un petit enfant, le mit près de lui et leur dit : "Quiconque reçoit en mon nom ce petit enfant, me reçoit, et quiconque me reçoit, reçoit Celui qui m'a envoyé. Car celui d'entre vous tous qui est le plus petit, c'est celui-là qui est grand."
Jean, prenant la parole, dit : "Maître, nous avons vu un homme qui chasse les démons en ton nom et nous l'en avons empêché, parce qu'il ne te suit pas avec nous.
- Ne l'en empêchez pas, répondit Jésus, car celui qui n'est pas contre vous est pour vous."
Commentaire
Dans l'Évangile de la messe d'aujourd'hui, Jésus propose une voie royale pour s’adresser à Lui : c'est la voie de la simplicité. Alors que ses disciples sont empêtrés dans des questions pour savoir qui d’entre eux serait le plus grand, le Seigneur embrasse un enfant : geste discret mais significatif. Les disciples apprendront ainsi que celui qui est aussi simple qu'un enfant peut être hissé par les bras de Dieu à la hauteur de ses enfants.
Jésus ne veut pas étouffer le désir de plénitude de ses disciples, le désir de quelque chose de grand. Mais il leur fait comprendre que s'ils se laissent piéger par les comparaisons, ils gaspilleront leur énergie. En effet, pour être grands, nous n'avons pas besoin que les autres soient plus petits que nous.
Vouloir contrôler ce que font les autres ou être troublé si d’autres que nous font de bonnes choses ne nous aide pas non plus.
"Celui qui n'est pas contre vous est avec vous" (v. 50) dit le Seigneur. La nouvelle logique proposée par le Seigneur nous aide à assainir nos relations familiales, professionnelles, et surtout nos relations dans la vie de l'Église. C'est pourquoi saint Josémaria encourageait : « Réjouis-toi si tu en vois d’autres travailler à de bons apostolats » (Saint Josémaria, Chemin, n° 965)
Nous sommes tous petits devant Dieu, et les dons qu'il distribue à ses enfants sont une richesse pour nous tous. Se souvenir de cela nous aidera à surmonter des rivalités absurdes, et à voir dans le prochain, non pas un concurrent, mais un frère, quelqu'un avec qui nous pouvons grandir ensemble pour atteindre la gloire du ciel.
Évangile (Jn 1, 47-51)
Jésus vit venir vers lui Nathanaël, et dit à son sujet : "Voici vraiment un Israélite, en qui il n'y a nul artifice !"
Nathanaël lui dit : "D'où me connais-tu? "
Jésus répondit en lui déclarant : "Avant que Philippe ne t'appelle, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu."
Nathanaël lui répondit : "Rabbi, c'est toi le Fils de Dieu, c'est toi le roi d'Israël !"
Jésus lui répondit : "Parce que je t'ai dit : Je t'ai vu sous le figuier tu crois. Tu verras de plus grandes choses que celles-là !" Et il ajouta : "En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez désormais le ciel ouvert, et les anges de Dieu montant et descendant au-dessus du Fils de l'homme."
Commentaire
Le passage proposé par l'Église pour cette fête des Archanges Michel, Gabriel et Raphaël, nous relate la rencontre de Jésus avec Nathanaël, que Saint Jean place au début de son Évangile
Ce sont les premiers moments de la mission de Jésus, qui se fait connaître petit à petit et profite de la question de Nathanaël – étonné que Jésus le connaisse - pour lui dire : "En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu montant et descendant au-dessus du Fils de l'homme".
Jésus se fait connaître comme le Messie et décrit la mission des anges, qui font partie de l'histoire du salut pour accomplir des missions spécifiques confiées par Dieu.
Dès le début de la fondation de l'Œuvre en 1928, le jour des Anges Gardiens, saint Josémaria sentit qu'il avait besoin de beaucoup d'aide du Ciel pour mener à bien la mission que Dieu lui avait confiée : transmettre le message que l'on peut devenir saint par le travail et la vie ordinaire. Cette aide lui est venue en partie des archanges Michel, Gabriel et Raphaël. D’ailleurs, cela s'est passé de manière providentielle : lors d’une retraite en octobre 1932, à Ségovie, près de la tombe de Saint Jean de la Croix. C'est là, pendant sa prière, que Dieu lui fit voir qu'il devait mettre la tâche apostolique qu'il développait sous la protection des trois archanges.
Notre Seigneur venait à la rencontre de saint Josémaria et lui montrait le chemin. Que ressentait-il en ces instants de rencontre intense avec la volonté de Dieu ?
Les paroles de notre Seigneur ont dû résonner en lui comme le claquement d'un coup de fouet : "Voici vraiment un Israélite, en qui il n'y a nul artifice !"
D'un côté, Nathanaël a dû être surpris. D'un autre, cette rencontre nous parle du genre de personnes que Jésus veut avoir près de lui. Des gens conscients de leurs péchés mais sincères. C'est ce que Jésus dit à un autre moment : " que votre langage soit : oui, oui ; non, non. Ce qui est en plus vient du Mauvais." (Mt 5, 37)
Nathanaël est tellement surpris qu'il demande : "D'où me connais-tu ? "
Et Jésus lui dit : « Avant que Philippe ne t'appelle, quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu. »
On peut imaginer qu’à l’ombre du figuier, Nathanaël, en bon israélite, réfléchissait à son projet d'avenir, à ce qu'il ferait de sa vie, à ce que Dieu voudrait de lui, etc. Il méditait peut-être en demandant la lumière du Saint-Esprit et les inspirations de son ange gardien, qui l'aideraient à approfondir sa réflexion pour répondre généreusement à Dieu.
C'est ce que nous fait penser la réponse de Nathanaël à Jésus : "Rabbi, c'est toi le Fils de Dieu, c'est toi le roi d'Israël ! "
Et Jésus lui dit : "Tu verras de plus grandes choses".
C'est ce qui arrive aux personnes qui savent mettre leur confiance dans le Seigneur, qui voient de plus grandes choses. Parce que Dieu ne se laisse jamais dépasser en générosité. Ces personnes voient notamment la paix qui règne dans leur vie.
Nous comptons sur l'aide des Archanges, dont nous célébrons la fête aujourd'hui, et sur celle des Anges Gardiens qui en savent long sur la manière d'enflammer les cœurs froids et de les aider à prendre des décisions généreuses face à Dieu et aux autres.
Évangile (Luc 9,51-56)
Comme arrivaient les jours où il devait être enlevé de ce monde, il prit résolument la route de Jérusalem et envoya des messagers devant lui. Ils se mirent en marche et entrèrent dans un village de Samaritains, afin de tout préparer pour lui. Mais on ne l’accueillit pas parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem. Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions que le feu descende du ciel et les consument ? » Mais, se retournant, il les réprimanda.Et ils firent route vers un autre village.
Commentaire
Le bref épisode raconté par saint Luc dans l'Évangile d'aujourd'hui nous aide à méditer sur la grandeur de la patience.
Il marque le début d'une nouvelle étape dans la mission du Maître : « Comme arrivaient les jours où il devait être enlevé de ce monde, il prit résolument la route de Jérusalem » (v. 51). Le Seigneur est déterminé à aller à la ville sainte, où il donnera sa vie pour nous. Sa volonté est ferme, mais il se heurte rapidement à un obstacle : les habitants de la ville par laquelle il passerait ne veulent pas le recevoir.
Jacques et Jean ne tolèrent pas le manque d'hospitalité des Samaritains et demandent une punition exemplaire : que le village brûle ! La réaction des Apôtres peut sembler totalement disproportionnée. Cependant, l'Ancien Testament contient des passages où des peuples entiers sont sévèrement punis, et même dans les Psaumes, on peut trouver des plaidoyers aussi durs contre les adversaires que : "Que des charbons ardents tombent sur eux, qu'ils soient jetés dans une fosse profonde et ne puissent plus se relever" (Psaume 140:11). Peut-être Jacques et Jean pensent-ils que ces châtiments exemplaires d'autrefois devraient être répétés à l'avenir.
Mais Jésus les réprimande. Par ce simple geste, il nous annonce déjà quelle sera son attitude envers les personnes qui le rejetteront au moment de la Passion. Sa réponse est la patience. Jésus nous a sauvés par sa patience. Benoît XVI a commenté au début de son pontificat : "Le Dieu qui s'est fait agneau nous dit que le monde est sauvé par le Crucifié et non par les crucificateurs. Le monde est racheté par la patience de Dieu et détruit par l'impatience des hommes".
L'Évangile nous apprend que Jésus poursuit son voyage par un autre chemin. Jésus est prêt à faire des concessions, mais il ne s'arrête pas dans sa mission. La patience et la compréhension ne sont pas synonymes de passivité ; au contraire, ces vertus nous permettent de trouver les solutions les plus efficaces, qui ne sont généralement pas intempestives ou violentes. L'amour patient porte toujours ses fruits, même si ce n’est qu’à long terme.
Évangile (Lc 9, 57-62)
En cours de route, un homme dit à Jésus : «Je te suivrai partout où tu iras.»
Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. »
Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »
Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. »
Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »
Commentaire
Jésus marche avec détermination vers Jérusalem, pour accomplir la mission que son Père lui a confiée et qui a enflammé son cœur : ouvrir la porte du Ciel à toute l'Humanité. Son passage ne laisse pas indifférents ceux qui le contemplent. Il suscite des réactions audacieuses : "Je te suivrai..." Mais le Seigneur répond de façon encore plus audacieuse : "Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu.". Ces mots rappellent l'histoire d'Elisée à qui Elie, dans l'Ancien Testament, avait laissé le temps d'aller dire au revoir à ses parents avant de rejoindre sa mission (cf. 1 Rois 19, 20-21). Sauf qu’aujourd'hui, l'appel de Jésus semble encore plus pressant : il n'y a pas de temps à perdre pour y répondre.
Peut-être avons-nous vu des films ou des séries dans lesquels un moment crucial arrive où le protagoniste doit prendre une décision qui marquera toute sa vie : acceptera-t-il la déclaration d'amour qu'il reçoit ? Dira-t-il oui à l'aventure qui lui est proposée ? En quelques minutes, il semble que l'histoire peut prendre deux directions totalement différentes... Quelque chose de ce genre se produit dans ce passage de l'Évangile : Jésus lance une proposition qui bouleverse la vie de ses interlocuteurs. Aujourd'hui encore, le Maître continue de nous appeler à nous associer à sa mission, à parcourir les routes du monde pour nous faire les porte-paroles de sa miséricorde. "Pourquoi ne te donnes-tu pas à Dieu une fois pour toutes…, pour de bon…, à l’instant même ?" (Saint Josémaria, Chemin, n°902). C'est la sainte impatience de l'amour.
Nous ne savons pas quelle a été la réponse finale des trois personnages de l'Évangile de ce jour. Peut-être, après un moment d'hésitation, ont-ils suivi Jésus. Quoi qu'il en soit, l'Écriture nous présente un exemple parfait de réponse rapide, totale et enthousiaste : l'exemple de Sainte Marie. Lorsque l'archange Gabriel lui annonce que Dieu veut qu'elle soit la Mère du Christ, elle se demande comment un tel prodige va se réaliser et elle embrasse sa mission sans hésiter : "Voici la servante du Seigneur, que tout m’advienne selon ta parole" (Luc 1,38).
Évangile (Lc 10, 1-12)
Après cela, parmi les disciples le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre.
Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.
Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.
Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin.
Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : “Paix à cette maison.”
S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.
Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.
Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté.
Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.”
Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites :
“Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.”
Je vous le déclare : au dernier jour, Sodome sera mieux traitée que cette ville.
Commentaire
Parmi ceux qui le suivent, Jésus en choisit soixante-douze pour aller annoncer aux hommes qu'il va rencontrer un message bien précis : le Royaume de Dieu est proche.
Avant de les envoyer, il les avertit que la moisson est très vaste : les personnes auxquelles le Royaume de Dieu doit parvenir sont nombreuses, toutes, car Dieu "veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité" (1 Timothée 2:4). Ceux qui doivent proclamer le message sont, par contre, peu nombreux. Face à cette réalité, la première chose à faire est de prier Dieu d'envoyer davantage d'ouvriers pour sa moisson.
Avec cet enseignement de Jésus, il nous apparaît clairement que le protagoniste du salut, c'est Lui, et non pas nous ; que les moyens les plus importants pour faire naître la foi dans les cœurs ne sont pas des moyens humains, mais des moyens surnaturels. La première chose n'est pas de commencer des activités apostoliques, de parler, d'écrire, de se déplacer d'un bout à l'autre du monde. La première chose à faire est de prier. L'apostolat ne sera efficace que s'il est fondé sur la prière, sur l'union de l'amour avec Dieu.
Et qui sont ces travailleurs dont on a tant besoin ? Tous les chrétiens : laïcs, prêtres, religieux ? Nous sommes tous appelés par Dieu à porter la bonne nouvelle du salut au monde entier : Jésus est le Christ, le Messie ; il est mort et ressuscité pour nous ; il est venu établir le Royaume de Dieu dans le monde et dans le cœur de chaque personne.
Le Concile Vatican II a voulu lancer un appel particulier aux laïcs, en leur rappelant que c'est le Seigneur lui-même qui les invite "à s'unir toujours plus étroitement à lui et à s'associer à sa mission de salut, en se sentant les siens (cf. Philippiens 2, 5). Luc 10,1), afin que, avec les diverses formes et modalités de l'unique apostolat de l'Église, qu'ils doivent constamment adapter aux nouvelles exigences des temps, ils s'offrent à lui comme des coopérateurs, sincèrement abondants dans l'œuvre du Seigneur" (Concile Vatican II, Décret Apostolicam actuositatem, n. 33).
Évangile (Luc 10, 13-16)
En ce temps-là, Jésus disait : « Malheureuse es-tu, Corazine ! Malheureuse es-tu, Bethsaïde ! Car, si les miracles qui ont eu lieu chez vous avaient eu lieu à Tyr et à Sidon, il y a longtemps que leurs habitants auraient fait pénitence, avec le sac et la cendre. D’ailleurs, Tyr et Sidon seront mieux traitées que vous lors du Jugement. Et toi, Capharnaüm, seras-tu élevée jusqu’au ciel ? Non, jusqu’au séjour des morts tu descendras ! Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous rejette me rejette ; et celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé. »
Commentaire
Le Seigneur ouvre son cœur avec des cris d'amour. Après avoir formé soixante-douze de ses disciples pour la première mission apostolique, il déplore leur dureté de cœur et leur aveuglement devant l'annonce de la venue du Royaume de Dieu dans ces villes qui avaient été témoins de tant de grands miracles. Pour les stimuler, le Seigneur leur parle du jugement et de l'enfer, de la condamnation de ceux qui rejettent la paix manifestée dans le Christ notre Seigneur.
Aujourd'hui encore, nous sommes témoins de grands miracles, non seulement dans les causes de béatification ou de canonisation, mais aussi de tant de merveilles que la grâce opère en nous et chez les personnes qui nous sont proches, et s'il n'en était pas ainsi, nous devrions nous écrier : Seigneur, que je retrouve la vue ! (Marc 10, 51) Fais-lui voir les merveilles de ta miséricorde.
C'est possible que le Christ passe souvent à côté de nous et nous parle dans les mots d'un ami ou d'un prêtre, et que nous ne lui prêtons pas attention ou que nous méprisons ce qu'ils nous disent parce que nos pensées sont ailleurs. Dans ce cas, il est bon de se rappeler ce que l'Esprit Saint nous dit dans l'Écriture Sainte : "Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre cœur" (Hébreux 3,15), il ouvre tout grand les portes du Christ.
La voix du Seigneur a ceci de particulier qu'elle nous invite à donner le meilleur de nous-mêmes dans les différents moments de notre vie, avec une douce exigence. Et elle le fait parce que notre bonheur et celui des autres est en jeu. Ce n'est pas seulement la mauvaise volonté qui provoque l'endurcissement du cœur, mais aussi l'oisiveté, la paresse qui conduit à rejeter les demandes divines en disant non ou en disant demain, puis plus tard (Chemin n° 251).
Évangile (Mt 18,1-5.10)
À cette heure-là, les disciples s'approchèrent de Jésus et lui dirent : "Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ?" Alors, faisant venir un petit enfant, il le plaça au milieu d'eux et leur dit : "En vérité, je vous le dis: si vous ne changez pas de façon à devenir comme les petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux. Celui donc qui se fera petit comme ce petit enfant, est le plus grand dans le royaume des cieux. Et celui qui reçoit en mon nom un petit enfant comme celui-là, c'est moi qu'il reçoit. (...)
Prenez garde de mépriser aucun de ces petits, car je vous le dis : leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux."
Commentaire
Alors que Jésus était avec ses disciples, nous dit l’Évangile d’aujourd’hui, "il appela un enfant, le plaça au milieu d'eux et leur dit : 'En vérité, je vous le dis, si vous ne changez pas de façon à devenir comme les petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux' (v. 2-4). Lorsque Jésus parle de devenir comme des enfants, il ne parle pas naïvement, ni simplement au figuré, mais il révèle une réalité profonde qui aide l'homme à pénétrer son propre mystère, qui lui fait prendre conscience de l'importance des valeurs que chaque être humain porte au monde avec lui et qui s'expriment spontanément pendant l’enfance. La perte de la simplicité, de la sincérité, de l'amour candide, de la capacité à s'étonner face à la grandeur ou à la beauté des choses, de la confiance et de tant d'autres valeurs propres à l'enfance, ne sont pas synonymes d’une plus grande maturité, mais plutôt d’une limitation à laquelle il faudrait remédier.
Lorsque Jésus parle de l'amour de Dieu le Père pour les enfants et pour ceux qui se font enfants, Il prévient: "Prenez garde de mépriser aucun de ces petits, car je vous le dis : leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux." (v. 10) "Sur la base de ce texte et d'autres textes inspirés, comme le rappelait mgr Echevarria, l'Église enseigne que "de l'enfance au trépas, la vie humaine est entourée de leur garde et de leur intercession ». (Catéchisme de l'Église catholique, 336) Et elle fait sienne une affirmation fréquente dans les écrits des Pères de l'Église : « Chaque fidèle a à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour conduire sa vie. » (Saint Basile, Adversus Eunomium 3, 1 PG 29, 656B) Parmi les êtres spirituels, les anges gardiens ont été placés par Dieu aux côtés de chaque homme et de chaque femme. Ils sont nos proches amis et nos alliés dans la lutte qui nous oppose – c’est l’Écriture qui le dit - aux embûches du diable. » (Javier Echevarría, Lettre 1er octobre 2010) C'est pourquoi saint Josémaria recommande : « Recours à ton ange gardien à l’heure de l’épreuve ; il te protégera contre le démon et te soufflera de saintes inspirations. » (Saint Josémaria, Chemin, 567)
Un jour comme aujourd'hui, le 2 octobre 1928, jour des Anges Gardiens, l'Opus Dei est né. Dieu a voulu déposer dans le cœur bien disposé de saint Josémaria le désir divin de transmettre à chacun l ‘appel universel à rechercher la sainteté dans sa vie ordinaire, en sanctifiant les réalités professionnelles et familiales de la vie quotidienne.
Chaque année, à cette date, son cœur s'élevait en action de grâce vers notre Seigneur avec une simplicité d’enfant, et il s’adressait à son ange gardien pour qu’il l’aide à aimer Dieu en toute intimité, de tout son esprit et de tout son cœur. "Ce matin, écrit-il trois ans plus tard, le 2 octobre 1931, j’ai engagé un tête à tête avec mon Ange. Je lui ai fait des compliments et lui ai demandé de m'apprendre à aimer Jésus, au moins, au moins, comme lui, il l'aime" (Saint Josémaria, Notes intimes, fascicule 4, 307, 2-X-1931). Et sa prière a suivi son cours profond et serein : "Que de choses enfantines ai-je dites à mon Seigneur ! Avec la confiance d'un enfant qui parle au Grand Ami, dont il est certain de l'amour : "Que je ne vive que pour ton Œuvre", lui ai-je demandé, que je ne vive que pour ta Gloire, que je ne vive que pour ton Amour [...]. Je me suis souvenu et j'ai reconnu franchement que je fais tout de travers : cela ne peut pas t’étonner, mon Jésus : il m'est impossible de faire quelque chose de bien. Toi, aide-moi, fais-le pour moi et tu verras comme ça marchera bien. Alors, hardiment et sans m’écarter de la vérité, je Te dis : imprègne-moi, enivre-moi de Ton Esprit et ainsi je ferai Ta volonté. Je veux la faire. Si je ne la fais pas, c'est... que Tu ne m'aides pas. Et j’ai éprouvé des sentiments d'amour pour ma Mère et ma Dame, et je me sens maintenant très enfant de Dieu mon Père. » (Ibid.)
Évangile (Lc 10, 17-24)
Les soixante-douze revinrent avec joie, disant : "Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom !" Il leur répondit : "Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair. Voilà que je vous ai donné le pouvoir de fouler aux pieds les serpents et les scorpions, et toute la puissance de l'ennemi, et elle ne pourra vous nuire en rien. Seulement, ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis, mais réjouissez-vous plutôt de ce que vos noms sont écrits dans les cieux."
Au même moment, il tressaillit de joie sous l'action de l'Esprit Saint et dit : "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de les avoir révélées aux tout-petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Toutes choses m'ont été remises par mon Père, et personne ne connaît qui est le Fils si ce n'est le Père, ni qui est le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler." Puis se tournant vers ses disciples, il leur dit en particulier : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le dis, beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez et ne l'on pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu."
Commentaire
Les disciples reviennent de leur mission et sont tout excités d'avoir fait l'expérience de la puissance que le Seigneur leur avait donnée pour faire des miracles.
Jésus confirme qu'il leur a donné le pouvoir sur l'ennemi et se réjouit de la défaite du diable, mais en même temps il leur enseigne quelle doit être la vraie raison de leur joie : l'espérance du Ciel.
Jésus redresse notre regard. Dans cette vie, il y a beaucoup de choses agréables, des cadeaux de Dieu à ses enfants, mais ce qui devrait nous rendre le plus heureux et le plus enthousiaste, c'est l'union d'Amour qui commence déjà maintenant, et qui sera plénière au Ciel.
« Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, - nous enseigne le Catéchisme - cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée « le ciel ». Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif. » (n° 1024).
Nous ne pensons peut-être pas beaucoup au paradis. Penser au Ciel, au bonheur éternel avec Dieu, suscite l'espérance, nous remplit de joie, et nous fait affronter les difficultés de cette vie avec la sérénité de celui qui sait qu'elles sont le chemin de l'Amour. Et cette pensée ne nous conduit pas à nous désengager de nos devoirs sur terre. Bien au contraire. Le Ciel est donné par Dieu à ceux qui essaient de faire de cette terre un prélude au ciel, grâce à leur amour et leur dévouement pour les autres.
Soudain, Jésus tressaille de joie dans l'Esprit Saint et exulte de voir les petits et les humbles recevoir la parole de Dieu. Ceux qui renoncent à l'orgueil, comprennent la parole et croient en Jésus. Les sages et les prudents, c'est-à-dire ceux qui se croient sages avec leur propre sagesse et ne reconnaissent pas leur ignorance avec humilité, restent aveugles pour voir. Avant tout, voir en Jésus le Messie, celui qui est envoyé par Dieu, Dieu lui-même.
Ensuite, Jésus nous montre de façon simple et sublime qu'il est l'égal du Père. Nous ne pouvons pas savoir que Jésus est Dieu si le Père ne nous donne pas la grâce de la foi. Et nous ne pouvons pas savoir qui est le Père si Jésus ne nous le révèle pas.
Les disciples sont appelés bienheureux, heureux, pour avoir vu et entendu Jésus, pour avoir cru en lui. La foi est un don de Dieu, le plus grand don, car sans la foi il n'y a pas de salut. Mais l'homme doit s'ouvrir à ce don avec humilité et y répondre de tout son cœur.
Évangile du dimanche 27ème semaine du Temps ordinaire (cycle A) et son commentaire
Évangile (Mt 21, 33-43)
Écoutez une autre parabole. Il y avait un maître de maison qui planta une vigne. Il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir et y bâtit une tour. Puis l'ayant louée à des vignerons, il partit en voyage. Quand vint le temps des fruits, il envoya ses serviteurs aux vignerons pour recevoir les fruits qui lui revenaient. Mais les vignerons s'étant saisis de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre et lapidèrent le troisième.
Il envoya de nouveau d'autres serviteurs en plus grand nombre que les premiers, mais ils les traitèrent de même.
Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : Ils respecteront mon fils ! Mais quand les vignerons virent le fils, ils se dirent entre eux : Voici l'héritier ; venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. Et, s'étant saisis de lui, ils le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Maintenant,lorsque le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ?" Ils lui répondirent : "Il fera périr misérablement ces misérables, et louera sa vigne à d'autres vignerons, qui lui en remettront les fruits en leur temps."
Jésus leur dit : "N'avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle ? C'est le Seigneur qui a fait cela, et c'est un prodige à nos yeux.
C'est pourquoi, je vous le dis : le royaume de Dieu vous sera ôté et sera donné à un peuple qui en produira les fruits."
Commentaire
Alors qu’approche la fin de la vie terrestre de Jésus, les discours de l'Évangile selon Matthieu prennent un ton plus eschatologique, en lien avec le destin final de toutes choses, aussi bien celui des contemporains de Jésus que celui de l’univers. Maintenant que notre calendrier liturgique approche lui aussi de sa conclusion - il reste quelques semaines pour compléter les 33 habituelles -, les paroles du Maître résonnent avec une actualité particulière.
Jésus lui-même nous encourage à écouter attentivement sa parabole : le propriétaire d'un terrain a planté une vigne et l'a cultivée soigneusement pour qu'elle porte du fruit : "Il l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir et y bâtit une tour" (v. 33). Le propriétaire loue la vigne à des locataires ; il les fait participer à sa prospérité, tout en comptant sur leurs efforts personnels pour faire fructifier le vignoble.
Mais les locataires non seulement négligeaient leur devoir, mais méprisaient et même tuaient les serviteurs envoyés par le propriétaire pour réclamer le fruit de la vigne, dont il avait pris grand soin. Leur conduite a été encore plus aberrante lorsqu'ils ont tué le fils du propriétaire, que celui-ci leur avait envoyé. De l'avis général, les ouvriers de la parabole ont agi injustement. N'importe qui dirait qu'ils sont "misérables" (v. 41), comme les appellent les auditeurs de Jésus.
Avec cette parabole, si évidente et dramatique, Jésus dénonce par contraste l'attitude des chefs du peuple, qui ont méprisé et anéanti les prophètes que Dieu leur avait envoyés ; et, surtout, il dénonce d'avance leur rejet du Fils de Dieu lui-même, qu'ils jetteront hors de Jérusalem et qu'ils tueront, comme le font les paysans avec le fils du propriétaire de la vigne.
Plus largement, la parabole dénonce non seulement le comportement des contemporains de Jésus, mais aussi l'attitude indifférente et même hostile que nous pouvons avoir devant l'action de Dieu, toujours à l’affût et intéressé par notre bien, et qui envoie des personnes qui peuvent nous aider à porter du fruit, mais que nous rejetons peut-être parce qu'elles nous mettent mal à l'aise. La bonté divine, qui nous offre sa grâce et ses soins, comme le fait le propriétaire de la parabole pour sa vigne, et comme Dieu le fait avec Israël, exige de nous la bonne volonté de vouloir porter du fruit de vertu et de sainteté ; de profiter de la grâce et de ne pas rejeter ceux qui nous demandent son fruit.
D'autre part, même si la parabole a une dimension tragique, les paroles de Jésus offrent également un message d'espoir. Comme l'a expliqué le pape François, si le propriétaire de la vigne avait le droit de se venger, tout comme Dieu pouvait venger son Fils crucifié, néanmoins, « la déception de Dieu face au mauvais comportement des hommes n’est pas le dernier mot ! Telle est la grande nouveauté du christianisme: un Dieu qui, même déçu par nos erreurs et par nos péchés, ne manque pas à sa parole, ne se ferme pas, et surtout ne se venge pas ! » (Pape François, Angelus, 8 octobre 2017)
"Frères et sœurs, a poursuivi le Pape, Dieu ne se venge pas! Dieu aime, il ne se venge pas, il nous attend pour nous pardonner, nous embrasser. À travers les «pierres rejetées» — et le Christ est la première pierre que les constructeurs ont rejetée —, à travers des situations de faiblesse et de péché, Dieu continue à mettre en circulation «le vin nouveau» de sa vigne, c’est-à-dire la miséricorde; voilà le vin nouveau de la vigne du Seigneur: la miséricorde. Il n’y a qu’un obstacle face à la volonté tenace et tendre de Dieu: notre arrogance et notre présomption, qui devient parfois également de la violence! Face à ces attitudes et là où l’on ne porte pas de fruit, la Parole de Dieu conserve toute sa force de reproche et d’avertissement: «Le Royaume de Dieu vous sera retiré pour être confié à un peuple qui lui fera produire ses fruits (v. 43) " (Ibid).
Évangile (Marc 10, 2-16)
En ce temps-là, des pharisiens abordèrent Jésus et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? »
Jésus leur répondit : « Que vous a prescrit Moïse ? »
Ils lui dirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. »
Jésus répliqua : « C’est en raison de la dureté de vos cœurs qu’il a formulé pour vous cette règle. Mais, au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! »
De retour à la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question.
Il leur déclara : « Celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre devient adultère envers elle. Si une femme qui a renvoyé son mari en épouse un autre, elle devient adultère. »
Des gens présentaient à Jésus des enfants pour qu’il pose la main sur eux ; mais les disciples les écartèrent vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit :
« Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.
Commentaire
Dans cet Évangile, Jésus-Christ profite d'une question piège des pharisiens pour parler du caractère intime de toute relation : l'amour qui se manifeste, qui se donne, qui donne la vie.
Ils lui demandent si, comme il est dit dans l'Écriture, un homme peut divorcer de sa femme. Jésus-Christ leur montrera une autre voie, une autre logique. La voie et la logique des choses divines.
Le point de départ est une question de légalité : est-ce légal ou non ? Maintenant, cette question, dans le domaine de l'amour, est une question banale. La logique du licite ou de l'illicite est la logique de ce qui peut et ne peut pas être fait, la logique des droits et des devoirs, la logique des limites de l'action de chacun et de l'action de l'autre, la logique, finalement, de l'affirmation personnelle. Et cette logique remplit le cœur de tristesse, le durcit. Nous pouvons faire des centaines d'actes légaux, mais ils sont vides d'amour.
La logique divine est différente. C'est au-delà de la logique humaine des Pharisiens. Car l'amour va au-delà de ce qui est dû.
Aucune personne qui tombe amoureuse ne dit à l'autre : "Avec toi, je pourrai faire ce qui est licite et éviter ce qui est illicite". Cet amour meurt. Parce que l'amour exige de se rencontrer, de partager l'intimité, de supporter les faiblesses et les fragilités de l'autre, de se pardonner, de découvrir la beauté de l'être aimé, d'être fécond, de rêver ensemble...
Quand on se tient dans la logique du ce qui peut être fait, ce qui ne peut pas l'être ; quand on se ferme à la nouveauté, on se ferme à l'amour. Il n'y a plus de relation d'amour, mais une relation d'intérêt.
Jésus-Christ propose une nouvelle perspective : il nous parle du début de la création, du plan de Dieu. Il existe un dessein de vie et de beauté pour nos vies.
Si nous vivons la vie, notre relation avec Dieu et avec les autres, réduite à ce qui est licite ou illicite, nous la vivons de manière froide et statique. Si, par contre, on la vit en sachant que Dieu la regarde avec admiration, on se rend compte que Dieu fait partie de son histoire, qu'il veut vivre sa vie dans l'amour.
Si tu sais que Dieu te regarde avec attention, tu te rendras compte que les défauts de l'autre (mari, femme, enfants, frères et sœurs, amis, ...) font partie de ta propre aventure pour apprendre l'art d'aimer, l'art de devenir comme Jésus.
Quand devons-nous aimer l'autre, uniquement lorsqu'il est parfait, sans défaut, gentil, ponctuel, utile, ou plutôt lorsqu'il est faible, fragile, pauvre et injuste ?
Nous sommes tous appelés à des relations de fidélité, des relations où nous aurons toujours des millions d'excuses pour répudier l'autre (mari, femme, enfants, frères et sœurs, parents, amis, collègues).
Mais si l'autre n'a le droit à l'amour que lorsqu'il le mérite, alors on ne sait pas aimer, on a un cœur de pierre, endurci. L'image splendide de Dieu n'est pas dans ce cœur. Elle est masquée, cachée.
Et pour comprendre cela, il faut apprendre l'art de la petitesse et de la faiblesse, l'art d'être comme les enfants. La deuxième partie de l'Évangile n'est pas là par hasard.
Pour aimer vraiment, il faut être dans la vie comme des enfants, comme ceux qui ont toujours quelque chose de nouveau à apprendre. Apprendre grâce aux difficultés, aux tribulations, aux déceptions.
Si l'autre est le fruit de notre propre épanouissement, de ce que nous devons, de ce qui est utile, l'autre sera toujours insuffisant. En revanche, si nous percevons le regard de Dieu sur nous et sur les autres, nous aurons envie d'apprendre de ce regard chaque jour, comme un enfant apprend du regard aimant de ses parents.
Le secret de cette vie n'est pas que nous soyons parfaits, forts, sympathiques, sans défaut. Le secret de la vie est de se faire aimer dans notre faiblesse et notre fragilité et d'aimer les autres dans leur faiblesse et leur fragilité. C'est pouvoir dire : je suis fidèle à la personne que j'aime.
Et Jésus-Christ vient toujours au secours de notre faiblesse. Il n'y a pas de relation qui ne soit pas appelée à vivre la passion, la mort et la résurrection de Jésus-Christ : la capacité de se perdre pour gagner l'autre, de donner la vie à l'autre, de se donner à l'autre en toute situation. Notre grandeur commence lorsque, en Jésus-Christ, nous nous perdons par amour, lorsque nous osons entrer dans sa logique d'éternité, du renoncement, du don de soi.
Évangile (Lc 10,25-37)
Et voici qu'un docteur de la Loi, s'étant levé, lui dit pour l'éprouver : "Maître, que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ?" Jésus lui dit : "Qu'y a-t-il d'écrit dans la Loi ? Qu'y lis-tu ?" Il répondit : "Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même." Jésus lui dit : "Tu as bien répondu. Fais cela et tu vivras." Mais cet homme voulant se justifier, dit à Jésus : "Et qui est mon prochain ?" Jésus reprit : "Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba entre les mains de brigands, qui le dépouillèrent. Après l'avoir roué de coups, il s'en allèrent, le laissant à demi-mort. Or, il arriva qu'un qu'un prêtre descendait par le même chemin. Il vit cet homme et passa outre. De même, un lévite qui était venu en ce lieu s'approcha, le vit et passa outre. Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de lui et, le voyant, fut touché de compassion. Il s'approcha, banda ses plaies, après y avoir versé de l'huile et du vin. Puis il le mit sur sa propre monture, le mena dans une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain, tirant deux deniers, il les donna à l'hôtelier en lui disant : Prends soin de cet homme, et tout ce que tu dépenseras en plus, je te le rembourserai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de l'homme qui tomba entre les mains des brigands ?" Le docteur de la Loi répondit : "Celui qui a exercé la miséricorde envers lui." Alors Jésus lui dit : "Toi aussi, va et fais de même !"
Commentaire
Luc nous dit qu'un docteur de la Loi - un "juriste", dit le texte - s'adressant à Jésus en sa qualité de Maître, lui demande : « que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle ? » En réalité, dit Luc, ce docteur voulait 'éprouver' Jésus. Attendait-il vraiment des conseils du Maître ? Au lieu de répondre, Jésus lui retourne la question, et l'expert récite par cœur "les paroles", tirées du texte grec du Deutéronome (6,5) et du Lévitique (19,18). Mais le docteur demande encore : « Selon toi, qui est mon prochain ? » Et Jésus répond par une parabole.
Le Maître parle et pose des questions en même temps. Il nous interroge nous aussi : "et toi, que penses-tu devoir faire pour obtenir la vie éternelle, quelle relation vois-tu entre aimer Dieu de tout ton cœur et aimer ton prochain comme toi-même ? Qui considères-tu comme ton prochain ? Jésus utilise la parabole pour nous pousser à aller au-delà de la lettre, afin d’en pénétrer l’esprit". La loi établit des distinctions et réglemente les relations humaines en conséquence. Jésus nous dit qu’il n'y a pas de distinctions quand il s’agit de personnes : chacun est notre prochain, même s'il a une autre foi, même s'il est d'une autre race, même s'il parle une autre langue, même s'il a ses défauts et commet des erreurs.
Si nous aimons vraiment Dieu, nous partagerons son amour pour tous, car nous verrons les gens comme Dieu les voit : tous appelés à être ses enfants dans le Christ. Et si nous nous aimons vraiment nous-mêmes, c'est-à-dire en rendant grâce pour les dons que nous avons reçus et en étant conscients des défauts et des lacunes que nous devons combler, nous comprendrons à quoi ressemble l'amour qui nous est demandé : rendre grâce pour les dons des autres et être compréhensif, lent à la colère et riche en miséricorde, envers leurs défauts et leurs déficiences, en essayant de nous aider mutuellement à nous améliorer au quotidien. Cela signifie être vraiment impliqué dans la sainteté des autres. Et c'est cela l'amour : vouloir pour l'autre le plus grand cadeau qui soit et faire ce qui est à notre portée pour que nous puissions tous l'atteindre.
Évangile (Lc 10,38-42)
Pendant qu'ils étaient en chemin, Jésus entra dans un village, et une femme nommée Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une sœur nommée Marie qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole, tandis que Marthe s'empressait aux divers soins du service. S'étant approchée, elle dit : "Seigneur, tu ne te soucies pas que ma sœur m'ait laissée servir seule ? Dis-lui donc de m'aider." Le Seigneur lui répondit : "Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et t'agites pour beaucoup de choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas enlevée.
Commentaire
L'évangile de la messe d'aujourd'hui nous rappelle une rencontre brève mais très significative entre Jésus, Marthe et Marie.
Marthe, qui reçoit le Seigneur, s'agite, s’inquiète des tâches domestiques ; elle est complètement absorbée par son travail. Sa sœur, en revanche, est assise aux côtés du Seigneur, à ses pieds, s’intéresse à Lui et L’écoute. L'histoire met en évidence le contraste entre l'attitude extérieure des deux femmes ; les paroles de Jésus se réfèrent à ces deux attitudes. Extérieurement, Marie est proche du Seigneur, assise à ses côtés, silencieuse et à l'écoute ; Marthe est loin du Seigneur, debout, agitée et elle parle. Même lorsque Marthe s'approche de Jésus, elle le fait en se tenant devant lui, en le défiant presque.
Tant extérieurement qu'intérieurement, l'histoire nous rappelle un peu celle de la résurrection de Lazare (Jn 11, 1-44) : Marthe est agitée, confuse dans ses idées et a du mal à écouter ; Marie est calme, à l'écoute, docile et confiante aux pieds de Jésus. Dans le texte de Luc, Marthe n'a en tête que le service, les besoins immédiats pour le repas. Jésus profite de la situation pour les instruire toutes les deux. Ce n'est pas un jugement sur le comportement extérieur, mais sur le cœur. La nourriture est nécessaire, mais un seul aliment est indispensable, et c'est la parole du Seigneur, parole de vie éternelle -une vie qui ne passe pas- qui nous éclaire sur le sens de tout le reste.
Jésus vient dans notre maison. Et on pourrait penser que le plus important est ce que l'on peut lui offrir et lui dire. Mais, en fait, le plus important est ce qu'il nous offre : "le royaume de Dieu et sa justice" (Mt 6,33), "la nourriture qui demeure pour la vie éternelle" (Jn 6,27). La vie du corps est importante et, en général, c’est à nous d'en prendre soin. Mais à quoi sert cette vie si l'on n'atteint pas la vie éternelle ? Jésus ne porte pas de jugement sur nos œuvres mais sur l'attitude avec laquelle nous les accomplissons : il nous demande d’en faire une occasion de vrai dialogue avec Dieu et de savoir calibrer leur importance.
Évangile (Lc 11,1-4)
Un jour que Jésus était en prière en un certain lieu, lorsqu'il eut achevé, un de ses disciples lui dit :
"Seigneur, apprends-nous à prier comme Jean l'a appris à ses disciples."
Il leur dit : "Lorsque vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous aujourd'hui le pain nécessaire à notre subsistance, et remets-nous nos offenses, car nous-mêmes aussi remettons à quiconque nous doit ; et ne nous fais pas entrer en tentation."
Commentaire
Saint Luc nous rappelle que Jésus priait fréquemment, dans des endroits calmes et à l'écart. Cette habitude frappait l'attention de ses disciples. On peut s'adresser à Dieu de différentes manières : en tant que Créateur, en tant que Souverain, en tant que Juge. Or ces hommes qui ont entouré et écouté le Christ voulaient avoir avec Dieu des rapports semblables à ceux qu'ils ont vus chez leur Maître, des rapports de confiance d'un fils envers son père.
Cela peut nous aider de penser que nous pouvons nous aussi attirer les personnes qui nous entourent par notre façon de prier, et ainsi devenir pour elles des maîtres de prière.
Les chrétiens sont en effet appelés à être les transmetteurs d'une tradition de prière dont le commencement est Jésus lui-même et qui a été rendue vivante, pendant de plus de deux mille ans, par de nombreuses personnes ayant entretenu avec Dieu le Père une relation filiale.
Le mot "Père" est précédé, dans la version de Saint Matthieu, par "notre". Nous nous adressons à Dieu personnellement, mais avec la conscience que chacun vit et grandit au sein d'une famille.
Personne ne marche seul. Personne ne grandit seul. Notre première compagnie est, bien sûr, celle du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C'est pourquoi, dans le Notre Père, nous exprimons notre désir que tous reconnaissent la sainteté de Dieu, l'accueillent comme Père et permettent au Christ de régner dans leur cœur, afin que l'amour soit le moteur de tous leurs désirs, leurs pensées et leurs actions.
Nous ne pouvons pas traiter Dieu comme un père sans savoir que nous avons des frères et des sœurs. L'amour de Dieu et du prochain vont toujours de pair. C’est pourquoi, au cœur de notre prière nous demandons également la nourriture nous permettant de marcher et de grandir en tant que personnes, en communion avec les autres : en les accueillant, en leur pardonnant, en priant pour eux, en les rapprochant de Dieu. Notre relation avec le Père suppose une expression d'abandon et de confiance face aux difficultés et aux attaques de l'ennemi : ne nous laisse pas entrer en tentation, ne nous laisse pas t'échanger contre quoi que ce soit, ne nous laisse pas faire passer quoique ce soit avant Toi.
Évangile (Luc 1, 26-38)
Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »
Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? »
L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. »
Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.
Commentaire
l'Église nous propose ce passage d'Évangile pour la fête d'aujourd'hui, et il est beau de s’arrêter à penser au nombre de peintres qui ont représenté cette scène, ou à tant de gestes liturgiques qui rappellent ce moment si important pour notre salut (gestes, pauses, chants, etc.), ou de considérer combien de chrétiens s'arrêtent à midi pour prier l'Angélus, et de contempler à nouveau tant de merveilles qui découlent de l'exemple de la Vierge Marie.
Pour préparer le lecteur à un tel événement, l'évangéliste nous donne quelques informations qui nous aident à contextualiser et à situer l'événement. Il nous parle d'un ange qui va rendre visite à une femme, une vierge, qui vit dans un petit village. Il nous introduit dans la vie de cette femme, et donne quelques détails supplémentaires pour la présenter : elle est fiancée à un homme, de la maison de David. Et il termine ce préambule par la mention de son nom : Marie (cf. v. 27).
Ce n’est pas une information quelconque, tout comme il n'est pas indifférent d'avoir un nom. Dieu lui-même a voulu donner un nom à son Fils : "et tu lui donneras le nom de Jésus" (v. 31). Le nom nous permet d’identifier quelqu'un, de parler de lui, de l'invoquer, de l'aimer. Et pour nous, cette mention du nom de la Vierge nous remplit d'espoir, nous remplit de joie. " Si les vents de la tentation se lèvent, si vous trébuchez sur les rochers de la tribulation, regardez l'étoile, invoquez Marie (...). Vous ne vous égarerez pas si vous la suivez, vous ne désespérerez pas si vous la priez, vous ne serez pas perdu si vous pensez à elle. Si elle te tient par la main, tu ne tomberas pas ; si elle te protège, tu n'auras rien à craindre ; tu ne te lasseras pas, si elle est ton guide ; tu arriveras heureux au port, si elle te protège. Et ainsi tu expérimenteras en toi-même combien il a été dit à juste titre : et le nom de la Vierge était Marie" [1] .
Dans chaque Ave Maria, comme l'indique le nom même de la prière, nous saluons la Vierge, nous en sommes proches. Nous invoquons la Dame au doux nom, comme le faisait saint Josémaria [2], comme le faisait l'ange, comme le fait Dieu. Et nous le faisons très souvent dans chaque mystère, dans chaque rosaire. Aujourd'hui, en la fête de Notre-Dame du Rosaire, au début du mois de cette prière, goûtons-la comme Dieu le fait, " car tout un Dieu prend plaisir à une beauté si gracieuse " [3], en l'appelant Marie.
[1] Homélie 2 sur l'Annonciation, 17. Saint Bernard.
[2] Saint Rosaire, 1er mystère joyeux. Saint Josémaria.
[3] Cf. la prière "Béni soit ta pureté".
Évangile (Lc 11, 5-13)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : “Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.” Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : “Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose.” Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »
Commentaire
Demandez et il vous sera donné
Par ces mots, le Seigneur nous enseigne que la prière de demande est l'une des façons que nous avons de nous adresser à Dieu. Jésus commence son enseignement en nous parlant d'un homme inopportun à qui son ami finit par accorder la faveur qu'il demande, mais plus en raison de son insistance que par amitié.
Ainsi, l’une des premières caractéristiques de notre demande doit peut-être être la constance. Dieu donne à celui qui demande avec assiduité. Le Seigneur a voulu, dans sa miséricorde, unir ses dons et ses grâces à notre demande. Il nous assure que si nous demandons, Il nous donnera.
Quel soulagement et quelle consolation que ces paroles pour nous qui nous retrouvons si souvent face aux besoins de tant de nos personnes recherchant l’aide de Dieu !
Notre Seigneur nous encourage donc à nous adresser à Lui avec confiance et constance. La prière de demande est basée sur la bonté de Dieu notre Père et non sur nos mérites ou sur nos vertus. Il nous donnera "parce qu'il est bon, car sa miséricorde demeure à jamais" (Psaume 118:1).
Nous pouvons demander beaucoup, beaucoup de choses ; toutefois Jésus termine ce passage en nous disant : "combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ? ». Si nous demandons au Père de nous envoyer son Esprit, pour qu'il remplisse nos cœurs, notre façon de vivre peut changer radicalement. Demandons donc à l'Esprit Saint de remplir notre cœur, et ainsi nous vivrons la vie des enfants de Dieu ; nous saurons que Dieu nous aime et qu'il prend soin de nous.
Évangile du vendredi de la 27ème semaine du temps ordinaire (année paire) et son commentaire
Évangile (Lc 11, 15-26)
En ce temps-là, comme Jésus avait expulsé un démon, certains dirent :
« C’est par Béelzéboul, le chef des démons, qu’il expulse les démons. »
D’autres, pour le mettre à l’épreuve, cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel.
Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit :
« Tout royaume divisé contre lui-même devient désert, ses maisons s’écroulent les unes sur les autres.
Si Satan, lui aussi, est divisé contre lui-même, comment son royaume tiendra-t-il ?
Vous dites en effet que c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons.
Mais si c’est par Béelzéboul que moi, je les expulse, vos disciples, par qui les expulsent-ils ?
Dès lors, ils seront eux-mêmes vos juges.
En revanche, si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous.
Quand l’homme fort, et bien armé, garde son palais, tout ce qui lui appartient est en sécurité.
Mais si un plus fort survient et triomphe de lui, il lui enlève son armement auquel il se fiait, et il distribue tout ce dont il l’a dépouillé.
Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; celui qui ne rassemble pas avec moi disperse.
Quand l’esprit impur est sorti de l’homme, il parcourt des lieux arides en cherchant où se reposer.
Et il ne trouve pas. Alors il se dit :
“Je vais retourner dans ma maison, d’où je suis sorti.”
En arrivant, il la trouve balayée et bien rangée.
Alors il s’en va, et il prend d’autres esprits encore plus mauvais que lui, au nombre de sept ; ils entrent et s’y installent.
Ainsi, l’état de cet homme-là est pire à la fin qu’au début. »
Commentaire
L'Évangile nous montre une fois de plus le contraste qui existe entre le cœur de Jésus et le nôtre.
On l’accuse de chasser les démons au nom de Béelzéboul. Comme le Seigneur a dû souffrir en entendant ces mots ! Il libère l'homme du pouvoir de Satan et on l'accuse d'agir en son nom.
Toutefois, le Seigneur profite de l'aveuglement de ceux qui sont témoins de son action divine pour nous enseigner ce qui sera capitale dans la vie de l'Église : l'unité comme condition fondamentale de sa continuité au fil des siècles.
L'unité joue un rôle si déterminant dans l'Église qu'elle en sera une de de ses caractéristiques.
Aimer le Christ, et donc son Église, implique de prendre soin de son unité. "Défendre l'unité de l'Église implique que nous vivions très unis à Jésus-Christ, notre vigne. Comment ? En augmentant notre fidélité au Magistère immuable de l'Église (...). C'est ainsi que nous maintiendrons l'unité : en vénérant notre Mère sans tache ; en aimant le Souverain Pontife" (Saint Josémaria, Aimer l’Église, n.20).
Tout royaume divisé contre lui-même court à sa ruine, nous avertit le Seigneur. Il a lui-même prié son Père pour l'unité de l'Église : "afin que tous soient un, comme Toi, Père, Tu es en moi et moi en Toi. (Jn 17, 21) Et cette unité se construit en aimant le Souverain Pontife et en étant très uni à lui ; c'est la voie que Jésus lui-même nous a enseignée (cfr. Mt 16, 18).
Dans ce sens, saint Josémaria nous a dit : "Envers le pape, le vice-Christ sur la terre, tu dois montrer aussi le plus grand amour, la plus grande estime, la plus profonde vénération, en même temps que l’obéissance la plus soumise et la plus grande affection. Nous autres catholiques, nous comprenons bien qu'après Dieu et notre Mère la très Sainte Vierge, c'est le Saint-Père qui vient en troisième lieu dans la hiérarchie de l'amour et de l'autorité " (Saint Josémaria, Forge 135)
Évangile (Lc 11, 27-28)
En ce temps-là, comme Jésus était en train de parler, une femme éleva la voix au milieu de la foule pour lui dire : « Heureuse la mère qui t’a porté en elle, et dont les seins t’ont nourri ! » Alors Jésus lui déclara : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent ! »
Commentaire
Cette femme a vraiment touché le cœur du Seigneur en élevant la voix au milieu de la foule pour louer la Sainte Vierge. Il n’est pas difficile d’imaginer la joie du Seigneur en entendant ce compliment sur sa mère. Mais à son tour, Jésus lui donne une raison plus profonde et plus grande de la louer. Marie est bénie non seulement parce qu'elle est la Mère de Dieu, mais aussi parce qu'elle est celle qui a entendu, mieux que quiconque dans l'histoire, la parole de Dieu et l'a conservée. Marie a répondu à l'invitation du Seigneur en disant : "Voici la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole". Et toute sa vie a été un écho de ces paroles : elle qui a toujours cherché à accomplir en elle, de manière totale et radicale, la volonté de Dieu. Marie cherche et sait découvrir, tout au long de la journée, ce que Dieu attend d'elle : « La louange de sa Mère, de son fiat sincère, total, accompli, jusqu'à l'extrême, qui ne s'est pas manifestée par des actes ostentatoires, mais par le sacrifice caché et silencieux de chaque jour ». Suivre l'exemple de Marie, suivre le chemin de la Vierge, c'est chercher à accomplir chaque jour la volonté de Dieu, non pas dans des actions extraordinaires mais dans les mille petites choses qui composent nos journées.