- Dieu nous étonnera par son amour et sa miséricorde, dans la vie éternelle
- Le Seigneur a fait un pacte avec nous
- La vie future illumine notre vie sur terre
NOUS CROYONS à la « résurrection de la chair et à la vie éternelle » et nous l’espérons. C’est ce que disent les symboles de la foi, un compendium de la doctrine chrétienne. Nous célébrerons demain la solennité du Christ Roi et l’Église, la veille de cette grande fête, nous invite à penser à la résurrection de la chair. Une vérité de foi qui, dès le début, fait partie du contenu essentiel du message transmis par les apôtres.
Les Juifs étaient partagés quant à la possibilité d’une vie éternelle. Un groupe, celui des saducéens, ne croyait pas à la résurrection de la chair et affirmait que « l’âme meurt avec le corps » [01]. En revanche, un autre groupe, celui des pharisiens, l’acceptait car elle était présente dans certains textes de l’Écriture (cf. Dn 12, 2-3) et dans la tradition orale (cf. Ac 23, 8). C’est pourquoi, un jour certains saducéens, dont l’intention n’était pas tout à fait droite, ont interrogé Jésus sur la question, afin de rendre ridicule la foi en la résurrection. Ils évoquent un cas imaginaire et tarabiscoté : celui d’une femme ayant eu sept maris, sept frères, morts l’un après l’autre sans descendance. Ils interrogent Jésus : « Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? » (Lc 20, 33)
Jésus leur répond avec patience, tout en nous éclairant nous-mêmes : la vie après la mort ne suit pas les mêmes schémas que la vie sur terre. La vie éternelle est « autre ». Les ressuscités seront « semblables aux anges » (Lc 20, 36), vivant dans un état différent, dont nous n’avons aucune expérience et que nous avons du mal à imaginer. « En Jésus, Dieu nous donne la vie éternelle, il la donne à tous, et tous grâce à lui ont l’espérance d’une vie encore plus vraie que celle-ci. La vie que Dieu nous prépare n’est pas un simple embellissement de cette vie actuelle : elle dépasse notre imagination, car Dieu nous surprend constamment avec son amour et sa miséricorde » [02].
DANS SA RÉPONSE aux saducéens, à la fois simple et fort originale, Jésus précise que « Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui » (Lc 20, 38). Jésus rappelle l’épisode de Moïse et du buisson ardent où Dieu se révèle lui-même comme le « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob » (Lc 20, 37). « Celui qui a parlé à Moïse depuis le buisson et s’est déclaré être le Dieu des pères est le Dieu des vivants » [03].
Dieu a voulu que son nom reste lié au nom de ceux avec qui il a établi une alliance, un pacte plus fort que la mort. « Le Seigneur ne se réjouit pas autant lorsqu’il est appelé le Dieu du ciel et de la terre que lorsqu’il est appelé le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob » [04], dit saint Jean Chrysostome. Cette alliance, il l’a aussi scellée avec nous, ce qui nous permet de dire en toute assurance : Il est notre Dieu ! Le Seigneur a rattaché notre nom au sien : je suis à Dieu et Dieu est à moi. « J’ignore ce qu’il en sera pour toi… Mais moi, je suis intérieurement ému, je te le dis, quand je lis ces mots du prophète : “ego vocavi te nomine tuo, meus es tu !” — Je t’ai appelé, je t’ai amené à mon Église, tu es ! Dieu me dit, à moi, que je suis à lui ! De quoi devenir fou d’Amour ! » [05]
Dieu nous aime comme lui appartenant et il a établi une alliance avec nous. Il est le Dieu vivant qui souhaite nous donner la vie dans son Fils. Jésus-Christ vit, lui-même est l’alliance, la vie et la résurrection, parce que son amour crucifié a vaincu la mort et le pouvoir des ténèbres. Dans la vie de Jésus, dans l’expérience de son amour fidèle pour nous, nous pouvons savourer un avant-goût de la vie ressuscitée.
L’ANCIEN TESTAMENT appelle souvent Dieu le « Dieu vivant ». Par exemple, ce psaume : « Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant ; quand pourrai-je m'avancer, paraître face à Dieu ? » (Ps 41, 3). Le prophète Jérémie lui aussi écrit que « le Seigneur est le Dieu véritable, c’est lui le Dieu vivant » (Jr 10 ,10). Dans le Nouveau Testament, nous trouvons la profession de foi de Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu ! » (Mt 16, 16). Cela ne fait pas l’ombre d’un doute : en Dieu il n’y a que la vie et il veut qu’il en soit pareillement pour nous.
Cependant, les saducéens pensaient que la vie de l’homme aboutit définitivement à la mort. Et, comme eux, beaucoup de penseurs tout au long de l’histoire. Or, Jésus-Christ a complètement retourné cette conception. À l’opposé des thèses des sadducéens, nous sommes nés pour ne plus jamais mourir, nous sommes destinés au bonheur éternel. On ne peut même dire que la vie présente illumine celle qui viendra après la mort, mais plutôt que « c’est l’éternité qui illumine et donne espérance à la vie terrestre de chacun de nous ! » [06]
Notre marche sur la terre, qui comporte sans doute des moments agréables mais aussi des contretemps, est un pèlerinage vers l’éternité. C’est là que Dieu nous attend. Nous marchons pendant notre vie terrestre vers la plénitude de la vie. Si nous jugeons uniquement avec nos yeux humains, nous pourrions penser que la route de l’homme va de la vie à la mort. Mais, si nous regardons avec les yeux de Dieu, nous découvrons que c’est justement le contraire : nous avançons vers une vie en plénitude, c’est la vie éternelle qui illumine nos journées. « La mort est derrière, dans notre dos, non pas devant nous. Devant nous se tient le Dieu des vivants, le Dieu de l’alliance, le Dieu qui porte mon nom » [07]. Marie qui a mystérieusement mis au monde le Dieu de la vie, peut nous aider à fixer notre regard sur la vie qui n’en finit jamais, déjà présente dans notre cœur.
[01]. Origène, commentaire du passage dans Catena aurea.
[02]. Pape François, Angélus, 10 novembre 2013.
[03]. Saint Irénée de Lyon, Lib. 4, 5, 2-5, 4.
[04]. Saint Jean Chrysostome, commentaire du passage dans Catena aurea.
[05]. Saint Josémaria, Forge, n° 12.
[06]. Pape François, Angélus, 10 novembre 2013.
[07].Ibidem.
- Jésus est le roi de l'univers et de chacun de nous
- La faiblesse apparente du règne du Christ
- Le service est le vrai pouvoir
LA SOLENNITÉ du Christ Roi met un point final à l’année liturgique. Ces dernières semaines, l’Église nous a invités à considérer les vérités dernières qui aboutissent à une certitude : Jésus-Christ est le Seigneur de l’histoire universelle et, en même temps, de chaque histoire personnelle. « Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite » (Dn 7, 14). Rien de ce qui arrive n’échappe à sa connaissance. Aucun de nos désirs, aucune de nos attentes ne se perd, car il gouverne tout.
Regnare Christum volumus, telle est la devise épiscopale choisie par le bienheureux Álvaro del Portillo : nous voulons que le Christ règne. C’est une des oraisons jaculatoires que saint Josémaria répétait depuis son plus jeune âge. « Le Christ doit avant tout régner en notre âme, disait-il. Mais que pourrions-nous lui répondre s’il nous demandait : et toi, comment me laisses-tu régner en toi ? Je lui répondrais que pour qu’il règne en moi, j’ai besoin de sa grâce en abondance. C’est le seul moyen pour que tout, le moindre battement de cœur, le moindre souffle, le moindre regard, le mot le plus anodin, la sensation la plus élémentaire se transforme en un hosanna à mon Christ Roi » [01].
« Jésus nous demande aujourd’hui de le laisser devenir notre roi. Un roi qui par sa parole, son exemple et sa vie immolée sur la croix, nous a sauvés de la mort, et qui indique — ce roi — le chemin à l’homme égaré, qui donne une lumière nouvelle à notre existence marquée par le doute, par la peur et par les épreuves de chaque jour. Mais nous ne devons pas oublier que le royaume de Jésus n’est pas de ce monde. Il ne pourra donner un sens nouveau à notre vie, parfois mise à rude épreuve également par nos erreurs et par nos péchés, qu’à condition que nous ne suivions pas les logiques du monde et de ses “rois” » [02].
AU COURS du procès qui a précédé la crucifixion, l’Évangile montre comment l’étonnement de Pilate est allé en augmentant dans son dialogue avec le Christ. Non seulement l’accusé faisait preuve d’une dignité qu’il n’avait jamais rencontrée, mais Jésus, par ses mots aimables, débordants de mansuétude, est entré dans les profondeurs de son âme. L’éclat de la vérité éblouit le procurateur qui n’arrive pas à discerner clairement quelle attitude il devait adopter. Le Christ lui-même est la vérité et devant son regard aucun cœur ne reste indifférent.
Le contraste de la scène est fort éloquent : d’un côté, le pouvoir de l’Empire romain qui dominera pratiquement l’ensemble du monde connu à l’époque. De l’autre, le véritable Seigneur de l’univers, empêché apparemment de se défendre. Ces mains qui ont fait des miracles, rendu la vue aux aveugles ou ressuscité des morts, qui ont caressé des malades et essuyé les larmes des malheureux, ces mains semblent maintenant enchaînées. Elles pourraient commander des légions d’anges. Ces mains qui ont converti le pain et le vin en son corps et en son sang sont maintenant attachées.
Voilà un mystère qui nous éblouit : le Christ ne se défend pas. Son règne est celui de quelqu’un qui se livre volontairement, tel est le commencement du salut. Jésus « veut accomplir jusqu’au bout la volonté de son Père et établir son royaume non pas par les armes et la violence, mais par la faiblesse apparente de l’amour qui donne la vie. Le royaume de Dieu est un royaume totalement différent des royaumes terrestres » [03]. Cette « faiblesse apparente » conquiert la liberté des âmes. C’est la fragilité du Seigneur qui infuse la vie dans le monde et chez les gens, qui tire le bien du mal et infuse la grâce sans s’imposer.
CHAQUE CHRÉTIEN est appelé à être le Christ qui passe parmi les hommes. Regarder les mains attachées du Seigneur nous incite à nous donner comme lui. Son exemple nous amène à aimer sans condition. Celui qui se livre dépose les armes et renonce à se défendre. Ainsi, nous apprenons à écouter sans nous imposer, à apprécier ce qu’il y a de bon chez tout le monde, à offrir notre temps et la joie qui est en nous sans rien attendre en retour.
Nous découvrons dans le règne du Christ face à Pilate le peu de valeur de notre prétention à avoir raison ou gain de cause ; même le bien que nous faisons perdrait de son poids si nous n’étions pas animés d’un esprit de service sincère, comme le Christ dans sa Passion. « Service. Comme j’aime ce mot ! Servir mon Roi et, pour lui, tous ceux que son sang a rachetés ! Si les chrétiens savaient servir ! Confions au Seigneur notre décision d’apprendre à accomplir cette mission de service, car ce n’est qu’ainsi que nous pourrons connaître le Christ et l’aimer. Le faire connaître et le faire aimer » [04].
L’archange saint Gabriel a prédit à Marie que son Fils règnerait pour toujours. Elle l’a cru avant même de le mettre au monde. Plus tard, non sans une certaine perplexité, elle va comprendre quelle espèce de royauté est celle de Jésus. Nous demandons à notre Mère de comprendre et de vivre, toujours plus profondément, la manière douce dont son Fils règne.
[01]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 181.
[02]. Pape François, Angélus, 25 novembre 2018.
[03]. Benoît XVI, Homélie, 25 novembre 2012.
[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 182.
- Regarder Jésus, lumière de notre vie
- Dieu nous demande tout pour que nous soyons heureux
- Le don personnel à Dieu devient don aux autres
LA DERNIÈRE SEMAINE du temps ordinaire nous rappelle que la vie sur terre est courte par rapport à celle qui sera la nôtre plus tard. Aussi sommes-nous encouragés à saisir chaque occasion de rencontrer le Seigneur. Saint Augustin parlait de sa crainte que Jésus passe près de sa vie sans qu’il s’en aperçoive. C’est l’incertitude, si normale dans ce monde, de ne pas savoir si nous serons capables d’accueillir habituellement la présence de Dieu, lumière dans notre chemin.
« La confession chrétienne de Jésus, unique sauveur, affirme que toute la lumière de Dieu s’est concentrée en lui, dans sa “vie lumineuse”, où se révèlent l’origine et la consommation de l’histoire. Il n’y a aucune expérience humaine, aucun itinéraire de l’homme vers Dieu, qui ne puisse être accueilli, éclairé et purifié par cette lumière » [01]. La lumière de la foi donne paix et confiance à l’âme du chrétien. Le Christ, lumière née de la lumière, vrai Dieu, donne un sens plénier à tout ce que nous faisons. C’est pourquoi nous avons tout intérêt à chercher son visage, sans repos ni répit, à faire en sorte qu’il soit présent dans nos actions, dans nos amours et dans nos attentes.
Nous voulons commencer la dernière semaine de l’année liturgique les yeux rivés sur Jésus, qui a dit après sa résurrection : « Voyez mes mains et mes pieds » (Lc 24, 39). « Regarder n’est pas seulement voir, c’est plus, cela implique aussi l’intention, la volonté. C’est pourquoi c’est l’un des verbes de l’amour. Une mère et un père regardent leurs enfants, les amoureux se regardent mutuellement ; le bon médecin regarde le patient avec attention… Regarder est un premier pas contre l’indifférence, contre la tentation de détourner son regard devant les difficultés et les souffrances des autres. Regarder. Est-ce que je vois ou est-ce que je regarde Jésus ? » [02]
AVANT LE DISCOURS où le Christ a prophétiquement annoncé la fin de Jérusalem et du monde, une scène cachée, discrète, a lieu au beau milieu de l’activité du Temple. Une femme, possédant peu de ressources, dépose tout ce qu’elle avait devant le Très-Haut. Personne ne la voit, sauf Jésus. « “Elle a mis plus que tous les autres” (Lc 21, 3), dit Jésus dans l’Évangile d’aujourd'hui en s’adressant à ceux qui l’entourent. L’attitude de la veuve restera comme un portrait, fait par le Christ lui-même, de la relation des hommes avec Dieu : Le Seigneur ne regarde pas la quantité offerte, mais l’affection avec laquelle elle est offerte. L’aumône ne consiste pas à donner un peu de ce que l’on a, mais à agir comme cette veuve, qui a donné tout ce qu’elle avait » [03].
La relation d’amitié avec Dieu, inhérente à l’appel chrétien, cherche une réponse qui implique l’existence tout entière. Nous ne restons pas indifférents après l’avoir rencontré. « Le Seigneur sait que donner est le propre de ceux qui aiment, et lui-même nous montre ce qu’il désire de nous. Ni les richesses, ni les fruits, ni les animaux de la terre, de la mer ou de l’air, ne lui importent, parce que tout est sien ; il veut quelque chose d’intime, que nous devons librement lui donner : “Mon fils, donne-moi ton cœur” (Pr 23, 26). Vous voyez ? Il ne se satisfait pas du partage : Il veut tout. Il ne cherche pas ce qui nous appartient. Je le répète : c’est nous-mêmes qu’il veut. C’est de là, et de là seulement que proviennent tous les autres présents que nous pouvons offrir au Seigneur » [04].
Jésus nous invite à déposer nos monnaies sans attirer l’attention. Les décisions que nous prenons au plus profond de nous-mêmes et notre ouverture à la lumière de la foi nous apporteront une joie à nulle autre pareille. La veuve a tout donné mais est sortie du Temple enrichie du regard de Dieu ; tellement heureuse qu’elle n’avait même pas besoin de savoir qu’elle deviendrait un exemple pour tant de gens tout au long de l’histoire.
LA VEUVE que nous contemplons aujourd’hui dans l’Évangile, « en raison de son extrême pauvreté, aurait pu n’offrir qu’une pièce pour le temple et garder l’autre pour elle. Mais elle ne veut pas faire à moitié avec Dieu : elle se prive de tout. Dans sa pauvreté, elle a compris que, ayant Dieu, elle a tout ; elle se sent totalement aimée par lui et à son tour elle l’aime totalement. Quel bel exemple que cette petite vieille ! Aujourd’hui, Jésus nous dit à nous aussi que la mesure du jugement n’est pas la quantité, mais la plénitude. […] Pensez, au cours de cette semaine, à la différence qu’il y a entre quantité et plénitude. Ce n’est pas une question de portefeuille mais de cœur » [05].
La plénitude avec laquelle nous voulons nous abandonner entre les mains du Seigneur, une plénitude qui ne fait aucun calcul et qui nous rendra vraiment heureux, se traduit toujours par un don de soi aux autres. Elle nous remplit d’un amour de Dieu qui cherche à être partagé. Ces deux monnaies que la veuve donne au Seigneur en se rendant au Temple deviennent une manière habituelle de se donner aussi aux autres. Celui qui est vraiment généreux avec Dieu est aussi généreux avec les autres.
« Face aux besoins du prochain, nous sommes appelés à nous priver de quelque chose d’indispensable, pas seulement du superflu ; nous sommes appelés à donner le temps nécessaire, pas seulement celui que nous avons en plus ; nous sommes appelés à donner immédiatement et sans réserve l’un de nos talents, pas après l’avoir utilisé pour nos objectifs personnels ou de groupe. Demandons au Seigneur de nous admettre à l’école de cette pauvre veuve, que Jésus, à la stupéfaction des disciples, fait monter en chaire et présente comme maîtresse d’Évangile vivant. Par l’intercession de Marie, la femme pauvre qui a donné toute sa vie à Dieu pour nous, demandons le don d’un cœur pauvre, mais riche d’une générosité joyeuse et gratuite » [06].
[01]. Pape François, Litt. enc. Lumen fidei, n° 35.
[02]. Pape François, Angélus, 18 avril 2021.
[03]. Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l’épître aux Hébreux, 1, 4.
[04]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 35.
[05]. Pape François, Angélus, 8 novembre 2015.
[06].Ibidem.
- Déposer notre confiance en Dieu
- Le Christ dans l'Eucharistie
- Dieu habite chez chaque chrétien
LA BEAUTÉ DU TEMPLE de Jérusalem faisait l’admiration de toutes les civilisations de l’époque. Après sa destruction par Nabuchodonosor et l’exile en Babylone, le Temple a été reconstruit, avec grand effort, grâce à la foi du peuple hébreux. Le nouveau Temple a été rebâti en 536 a. J-C. Le livre des Maccabées décrit de quelle manière, après les profanations, il a été rendu au culte du Seigneur. À l’époque de Jésus, le roi Hérode avait réformé et agrandi l’ensemble. Pour les Juifs, malgré toutes les vicissitudes historiques, le temple était un motif de fierté et un rappel de la fidélité à l’alliance avec Dieu.
Pour toutes ces raisons, la crainte et la surprise s’emparent de ses auditeurs lorsque Jésus révèle que quelques années plus tard le Temple serait une nouvelle fois démoli. L’annonce du risque étant évident et sortant des lèvres du Seigneur, ils se sentaient encore plus inquiets. « Nous pouvons imaginer l’effet de ces paroles sur les disciples de Jésus ! Il ne veut cependant pas offenser le temple, mais leur faire comprendre, ainsi qu’à nous aujourd’hui, que les constructions humaines, même les plus sacrées, sont passagères et qu’il ne faut pas placer en elles notre sécurité. Combien de présumées certitudes de notre vie, que nous avions tenues pour définitives, se sont ensuite révélées éphémères ! » [01]
« Habiter sous la protection de Dieu, vivre avec Dieu : telle est la sécurité “risquée” du chrétien, disait saint Josémaria. Il nous faut être réellement persuadés que Dieu nous entend, qu’il est à l’écoute de nos besoins : alors notre cœur se remplira de paix. Pourtant, vivre avec Dieu, c’est indubitablement un risque, parce que le Seigneur ne se contente pas d’un partage : Il veut tout. S’approcher un peu plus de lui, signifie être disposé à une nouvelle conversion, à un nouveau redressement, être disposé à écouter plus attentivement ses inspirations, les saints désirs qu’il fait jaillir dans notre âme » [02].
APRÈS L’INSTITUTION de l’Église, le temple où les croyants viennent pour adorer Dieu est devenu el corps du Christ et, plus spécialement, sa présence eucharistique. La sainte communion est le « lieu » où il nous attend. « Ce pain que vous voyez sur l’autel, dit saint Augustin, sanctifié par la parole de Dieu, est le corps du Christ ; ce calice, ou plutôt ce qui est contenu dans ce calice, sanctifié par la parole de Dieu, est le sang du Christ. C’est ainsi que notre Seigneur Jésus-Christ a voulu nous laisser son corps et nous laisser son sang, qu’il a versé pour nous en rémission de nos péchés. Si vous le recevez bien, vous deviendrez cela même que vous avez reçu » [03].
« L’Église vit de l’Eucharistie. Cette vérité n’exprime pas seulement une expérience quotidienne de foi, mais elle comporte en synthèse le cœur du mystère de l’Église. Dans la joie, elle fait l’expérience, sous de multiples formes, de la continuelle réalisation de la promesse : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). Mais, dans l’Eucharistie, par la transformation du pain et du vin en corps et sang du Seigneur, elle jouit de cette présence avec une intensité unique » [04]
De facto, les hommes font l’expérience de sa présence sacramentelle comme une antichambre de l’éternité. Plus encore en ce mois des défunts au cours duquel nous avons rêvé du ciel, où Dieu nous attend, avec la Très Sainte Vierge Marie, les saints et les saintes et tant de gens bien-aimés. Recevoir la communion et rendre grâce après, voilà qui peut nous donner un avant-goût de cette joie. L’éclairage des villes pendant la nuit, vu du ciel, ressemble à d’autres points de lumière qui ne s’éteignent jamais, derrière lesquels le Seigneur est caché : chaque tabernacle rayonne une clarté infinie.
LE SEIGNEUR habite dans le cœur du chrétien. Nous savons aussi que nous sommes temple de l’Esprit Saint. C’est pourquoi, dans une certaine mesure, nous n’avons pas besoin d’aller ici ou là pour nous adresser à Dieu. Nous ne devons avoir peur de rien. Si la possibilité de l’offenser nous attriste peut-être, cette pensée non plus ne doit nous faire vivre dans la crainte parce que nous pourrons toujours être pardonnés. L’amour de Dieu est si grand qu’il l’amène à oublier volontairement nos offenses et à nous pardonner.
Toujours avec la joie qui se dégage de tous les « lieux » de la présence de Dieu, rien ne pourra nous enlever la paix, même des difficultés qui peuvent être vraiment importantes et pénibles. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8, 31). La sérénité intérieure, la force d’âme au milieu des contrariétés, voilà un don qui jaillit de l’expérience de la proximité continuelle du Seigneur. Ce qui arrive autour de nous est aussi une occasion permanente de tout rapporter à lui.
« Nous sommes des âmes contemplatives, dit saint Josémaria, engagées dans un dialogue constant avec le Seigneur, à tout moment : de la première pensée du jour à la dernière du soir. Étant des amoureux et vivant de l’amour, nous mettons continuellement notre cœur en Jésus-Christ notre Seigneur, en allant jusqu’à lui par l’intermédiaire de sa mère Marie et, par lui, au Père et à l’Esprit Saint » [05].
[01]. Pape François, Angélus, 13 novembre 2016.
[02]. Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 58.
[03]. Saint Augustin, Sermon 227.
[04]. Saint Jean Paul II, Litt. enc. Ecclesia de Eucharistia, n° 1.
[05]. Saint Josémaria, Lettres 2, n° 59b.
- Martyrs dans la vie ordinaire
- La fécondité de la vie d'un apôtre au milieu du monde
JÉSUS VENAIT DE RÉPONDRE à plusieurs questions lorsque, presqu’à la fin, l’un de ses auditeurs a commencé à faire un éloge de la beauté du Temple. Le Seigneur profite de ce commentaire pour parler, de manière assez étonnante, de sa destruction et du mystère de la fin des temps. Le discours eschatologique du Christ, c’est-à-dire portant sur ce qui arrivera à la fin, a retenu l’attention des évangélistes ; aussi le trouvons-nous dans les trois évangiles synoptiques. Tel est l’enseignement que l’Église soumet à notre réflexion pendant cette semaine, au cours des derniers jours du temps ordinaire.
Nous ne savons pas quand arrivera la fin, Dieu n’ayant pas voulu nous le révéler. Or, l’Évangile d’aujourd’hui nous incite à « rendre témoignage » en tout temps et en toute circonstance, demeurant toujours dans une attitude d’attente. Le martyre est le plus grand témoignage de la foi en Jésus-Christ. De facto, la mot martyre est d’origine grecque et signifie « témoignage ». Jésus sait bien que, depuis le commencement du christianisme jusqu’à nos jours, certains de nos frères subiront cette persécution : « On portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous amènera à rendre témoignage » (Lc 21, 12- 13).
« Les martyrs sont ceux qui font avancer l’Église ; ce sont ceux qui soutiennent l’Église, qui l’ont soutenue et qui la soutiennent aujourd’hui. […] De nombreux chrétiens dans le monde actuel sont bénis parce qu’ils sont persécutés, insultés, emprisonnés. Il y en a tellement en prison, juste pour avoir porté une croix ou pour avoir confessé Jésus-Christ. C’est la gloire de l’Église, notre soutien et aussi notre humiliation […]. Dans les premiers siècles de l’Église, un ancien écrivain disait : “Le sang des martyrs est la semence des chrétiens”. Par leur martyre, par leur témoignage, par leur souffrance, aussi en donnant leur vie, en offrant leur vie, ils sèment des chrétiens pour l’avenir » [01].
CE MONDE dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas tomber dans le désespoir. La beauté, comme la vérité, met la joie dans le cœur des hommes ; elle est le fruit précieux qui résiste à l’usure du temps, qui unit les générations » [02]. L’éclat d’une vie chrétienne humble et joyeuse est une source d’espérance pour notre monde. Chaque effort que bien unis à Dieu nous fournissons dans notre journée est l’occasion de rendre témoignage ; dans les affaires quotidiennes, nous pouvons nous tenir près de tous les chrétiens, spécialement de ceux qui sont confrontés à des difficultés, ayant besoin de nous.
Saint Josémaria rappelait que « la façon spécifique dont les laïcs ont à contribuer à la sainteté et à l’apostolat de l’Église est l’action libre et responsable au sein des structures temporelles, en y portant le ferment du message chrétien. Le témoignage de vie chrétienne, la parole qui éclaire au nom de Dieu, et l’action responsable, de manière à servir les autres en contribuant à la solution des problèmes communs, voilà autant de manifestations de cette présence par laquelle le chrétien ordinaire accomplit sa mission divine » [03].
Il est probable que l’appel que Dieu adresse à chacun de nous consiste à vivre de manière cohérente notre foi, quelles que soient les circonstances : dans notre travail, en famille, avec nos amis ; peut-être le martyre auquel nous sommes appelés sera-t-il incessant, dans les choses ordinaires réalisées avec amour, alors que nous tâchons de rendre heureux les autres. « Tu veux être martyr. — Je vais mettre le martyre à portée de ta main : être apôtre et ne pas te dire apôtre ; être missionnaire — remplissant une mission — et ne point te dire missionnaire ; être homme de Dieu et paraître homme du monde : passer inaperçu ! » [04]
COMBIEN DE SURPRISES nous attendent à la fin de notre vie, lorsque nous découvrirons le bien immense que nous aurons fait au cours de nos années sur terre. Tout étonnés, nous découvrirons les fruits de notre témoignage chrétien, dont nous pensons souvent qu’il passe inaperçu, en ayant peut-être l’impression fausse qu’il n’est pas fécond. À la fin, nous verrons que notre apostolat a été beaucoup plus efficace qu’il n’y paraît.
Saint Pierre, dans une de ses lettres, assurait ceci aux premiers chrétiens : « Qui donc vous fera du mal, si vous cherchez le bien avec ardeur ? Mais s’il vous arrivait de souffrir pour la justice, heureux seriez-vous ! Comme dit l’Écriture : N’ayez aucune crainte de ces gens-là, ne vous laissez pas troubler. Honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ » (1 P 3, 13-15). La loyauté que Dieu attend implique, d’une part, la conviction qu’il nous protège toujours et, d’autre part, le désir de persévérer dans notre témoignage humble et caché.
Il ne vaut pas la peine de s’arrêter sur les obstacles du chemin. « Le découragement est ennemi de ta persévérance. — Si tu ne luttes pas contre le découragement tu en viendras d’abord au pessimisme, puis à la tiédeur. — Sois optimiste » [05]. Nous ne savons pas quand la fin aura lieu, mais ici, sur terre, nous pouvons être toujours joyeux car, même dans les difficultés, nous savons que Dieu est le Maître de l’histoire. Nous voulons que le monde appartienne davantage à Dieu, nourrissant l’espérance de voir, à la fin des temps, notre Mère, Marie, qui nous attend.
[01]. Pape François, Homélie, 30 janvier 2017.
[02]. Saint Paul VI, Message aux artistes, 8 décembre 1965.
[03]. Saint Josémaria, Entretiens, n° 59.
[04]. Saint Josémaria, Chemin, n° 848.
[05].Ibidem, n° 988.
- Dieu sera près de nous au terme du chemin
- L'urgence de rendre les autres heureux
LA PENSÉE QUE LA VIE EST COURTE et que notre passage dans ce monde aura un terme pourrait faire naître en nous la crainte. « “Quand vous verrez Jérusalem encerclée par des armées, alors sachez que sa dévastation approche. […] Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots.” (Lc 21,20-25), dit Jésus aujourd’hui dans le discours eschatologique que l’Église nous présente dans la liturgie. En fait, quelques années plus tard, en voyant les armées encercler la ville, certains chrétiens qui se souvenaient des paroles du Seigneur se sont enfouis en Transjordanie [01].
Cependant, les apôtres s’étaient déjà trouvés dans une situation semblable à celle que décrit Jésus, au milieu d’une mer agitée et d’une houle puissante. Ils avaient bien enregistré l’épisode dans leur mémoire. Ce jour-là, ils étaient dans une barque et tout laissait prévoir qu’ils allaient mourir noyés dans la tempête. Le Seigneur s’était levé pour calmer les eaux agitées et les rasséréner. « “Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ?”. Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants ; seuls, nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs, des étoiles. Invitons Jésus dans les barques de nos vies. Confions-lui nos peurs, pour qu’il puisse les vaincre. Comme les disciples, nous ferons l’expérience qu’avec lui à bord, on ne fait pas naufrage. Car voici la force de Dieu : orienter vers le bien tout ce qui nous arrive, même les choses tristes. Il apporte la sérénité dans nos tempêtes, car avec Dieu la vie ne meurt jamais » [02].
Saint Josémaria regardait plein d’assurance les réalités dernières que l’Église soumet à notre considération ces jours-ci. Certains, « la mort les arrête et les saisit de crainte. — Nous, la mort — la Vie — nous stimule et nous encourage. Pour eux, c’est la fin ; pour nous, le commencement » [03].
SUR UN BON NOMBRE d’anciens sarcophages, le Christ est représenté sous les traits du bon pasteur. Dans l’art romain, « le pasteur était en général l’expression du rêve d’une vie sereine et simple, dont les gens avaient la nostalgie dans la confusion de la grande ville. L’image était alors perçue dans le cadre d’un scénario nouveau qui lui conférait un contenu plus profond : “Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien… Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi” (Ps 22 [23], 1. 4). Le vrai pasteur est celui qui connaît aussi la voie qui passe par les ravins de la mort ; celui qui marche également avec moi sur la voie de la solitude ultime, où personne ne peut m’accompagner, me guidant pour la traverser : Il a parcouru lui-même cette voie, il est descendu dans le royaume de la mort, il l’a vaincu et il est maintenant revenu pour nous accompagner et pour nous donner la certitude qu’avec lui on trouve un passage. La conscience qu’existe celui qui m’accompagne aussi dans la mort et qui, “avec son bâton, me guide et me rassure”, de sorte que “je ne crains aucun mal” (Ps 22 [23], 4), telle était la nouvelle « espérance » qui apparaissait dans la vie des croyants » [04].
Le moment viendra, quand Dieu voudra, comme Dieu voudra, où le Seigneur nous rappellera à lui. L’Église met sur les lèvres du prêtre qui assiste un moribond quelques mots, prévus pour ce moment : « Maintenant tu peux quitter ce monde, âme chrétienne. Quitte-le au nom de Dieu le Père tout-puissant qui t’a créée, au nom de Jésus Christ, Fils du Dieu vivant qui a souffert pour toi, au nom du Saint-Esprit qui a fait sa demeure en toi par la grâce du baptême. Qu’aujourd’hui tu vives dans la paix et que ta demeure soit auprès de Dieu dans l’Église du ciel, avec la Vierge Marie, la sainte Mère de Dieu, avec saint Joseph, avec tous les anges et tous les saints de Dieu » [05]. La pensée que nous quitterons ce monde sans rien emporter avec nous peut nous aider à vivre plus légers, au rythme de Dieu. Qu’est-ce qui est vraiment important ? Que dois-je protéger dans mon cœur pour franchir, le moment venu, le seuil de la vie terrestre vers l’éternité, sans aucune plainte ? Nous savons bien que seul l’amour est destiné à subsister. Aussi devenons-nous éternels en vivant chaque jour le don de nous-mêmes, dans chacune de nos occupations.
LA CERTITUDE que le temps dont nous disposons est limité ravive le sens de mission de notre vie de baptisés et nous incite à mettre à profit chaque journée comme si c’était la dernière. Y a-t-il de plus grande aspiration que celle d’apporter le bonheur éternel à ceux qui nous entourent ? Nous le ferons graduellement, un par un, en tenant compte des circonstances de chacun et en essayant de discerner quels sont les pas que Dieu entend franchir dans son cœur. Mais avec l’urgence de savoir que chaque moment est unique, que le temps nous file entre les doigts. « Si le Seigneur t’a appelé “mon ami”, tu dois répondre à cet appel, tu dois marcher d’un pas rapide, avec la hâte nécessaire, au pas de Dieu ! Autrement, tu cours le risque de demeurer un simple spectateur » [06].
« L’amitié multiplie les joies et offre du réconfort dans les peines ; l’amitié du chrétien désire le plus grand bonheur – la relation avec Jésus Christ – pour ceux qui sont à ses côtés. Prions, comme le faisait saint Josémaria : Donne-nous, Jésus, un cœur à ta mesure ! Tel est le chemin. Ce n’est qu’en nous identifiant aux sentiments du Christ – ayez entre vous les mêmes sentiments que Jésus-Christ (Ph 2, 5) – que nous pourrons apporter cette plénitude de joie dans notre maison, sur notre lieu de travail et partout où nous nous trouverons, par notre amitié » [07].
S’identifier aux sentiments du Seigneur, sans peur de la mort puisqu’elle nous conduit au ciel et avec le souci de conduire vers ce bonheur ceux que nous aimons, voilà un bon résumé de la vie chrétienne sur terre. Nous voulons arriver devant Dieu entourés des gens de notre famille et de nos amis, pour partager avec Jésus et Marie la vie éternelle.
[01]. Cf. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, 3, 5.
[02]. Pape François, Moment extraordinaire de prière en temps d’épidémie, 27 mars 2020.
[03]. Saint Josémaria, Chemin, n° 738.
[04]. Benoît XVI, Litt. enc. Spe salvi, n° 6.
[05]. Prières pour accompagner les malades et les mourants.
[06]. Saint Josémaria, Sillon, n° 629.
[07]. Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 1er noviembre 2019, n° 23.
- Les paroles de Jésus nous transforment
- La Sainte Écriture : proximité de Dieu qui nous rapproche des autres
- L'Évangile est toujours nouveau
CE VENDREDI, le dernier du temps ordinaire, Jésus dit dans l’Évangile : « Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » (Lc 21, 33). Même s’il évoquait ce jour-là la prophétie concernant la ruine de Jérusalem, la parole de Dieu a une incidence chaque fois que nous l’écoutons dans la prière, la liturgie, la lecture de la Sainte Écriture… Si nous n’y faisons pas obstacle, ces paroles nous transforment petit à petit, au-dedans de nous-mêmes. « Dieu dit : “Que la lumière soit”. Et la lumière fut », affirment les premiers versets du livre de la Genèse.
Saint Josémaria, en examinant attentivement la vie du Christ, affirmait qu’il « a un mot pour tous, il ouvre ses lèvres très douces à tous ; et il les enseigne, leur apprend la doctrine, leur apporte des nouvelles de joie et d’espérance, avec ce fait merveilleux, unique, d’un Dieu qui vit parmi les hommes. Parfois, il leur parle depuis la barque, alors qu'ils sont assis sur le rivage ; parfois sur la montagne, de sorte que toute la foule puisse l’entendre ; parfois dans le brouhaha d’un banquet, dans le calme d’une maison, en marchant parmi les cultures, assis sous les oliviers. Il s’adresse à chacun selon ce que chacun peut comprendre : et il donne des exemples de filets et de poissons, pour les gens de la mer ; de graines et de vignes, pour ceux qui travaillent la terre ; à la ménagère, il parlera de la drachme perdue ; à la Samaritaine, en évoquant l’eau que la femme va chercher au puits de Jacob. » [01].
Les paroles du Seigneur ne passeront pas parce qu’elles trouvent toujours un chemin concret pour parvenir au plus profond de nous-mêmes. « Je crois tout ce qu’a dit le Fils de Dieu, il n’est rien de plus vrai que cette Parole de vérité », disons-nous dans l’hymne Adoro te devote, parce que le Christ est la vérité.
DIEU A VOULU rester près de nous de multiples manières, dont dans la Sainte Écriture. « Parce que – dit le Deutéronome – elle n’est pas loin de nous, mais elle est proche de notre cœur (cf. 30, 14). C’est l’antidote à la peur de rester seuls devant la vie. […] La Parole de Dieu donne cette paix, mais elle ne laisse pas en paix. C’est une Parole de consolation, mais aussi de conversion. “Convertissez-vous”, dit en effet Jésus aussitôt après avoir proclamé la proximité de Dieu. Parce qu’avec sa proximité est fini le temps où l’on prend ses distances avec Dieu et avec les autres, est fini le temps où chacun pense à soi et va de l’avant pour son propre compte. Cela n’est pas chrétien, parce que celui qui fait l’expérience de la proximité de Dieu ne peut pas mettre à distance le prochain, ne peut pas l’éloigner dans l’indifférence. En ce sens, celui qui fréquente la Parole de Dieu reçoit des retournements existentiels salutaires : il découvre que la vie n’est pas le temps pour se méfier des autres et se protéger soi-même, mais l’occasion pour aller à la rencontre des autres au nom du Dieu proche » [02].
La lecture de la Sainte Écriture est, en même temps, proximité par rapport à Dieu et aux autres ; c’est une lecture qui nous transforme et nous rapproche de ceux qui nous entourent. « En ouvrant le saint Évangile, songe que ce qui est rapporté là — les œuvres et les paroles du Christ —, tu ne dois pas seulement le savoir, mais le vivre. Tout, chacun des points relatés, a été recueilli dans le moindre détail, pour que tu l’incarnes dans les circonstances concrètes de ton existence. Le Seigneur nous a appelés, nous autres catholiques, pour que nous le suivions de près et, dans ce texte saint, tu découvriras la vie de Jésus. Mais en outre tu dois y découvrir aussi ta propre vie. Toi aussi, tu apprendras à demander, plein d’amour comme l’Apôtre : “Seigneur, que veux-tu que je fasse…”. La volonté de Dieu ! c’est ce que tu entends très clairement au fond de ton âme. Prends donc l’Évangile tous les jours, et lis-le, vis-le comme une norme concrète à suivre. C’est ce que les saints ont fait » [03]
« COMME L’AFFIRMAIT saint Irénée : “Dans sa venue, [le Christ] a porté avec lui toute nouveauté”. Il peut toujours, avec sa nouveauté, renouveler notre vie et notre communauté, et même si la proposition chrétienne traverse des époques d’obscurité et de faiblesse ecclésiales, elle ne vieillit jamais. Jésus Christ peut aussi rompre les schémas ennuyeux dans lesquels nous prétendons l’enfermer et il nous surprend avec sa constante créativité divine. Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui. En réalité, toute action évangélisatrice authentique est toujours “nouvelle” » [04].
L’Esprit Saint parle dans la Sainte Écriture, le Consolateur que Jésus a promis de nous envoyer jusqu’à la fin des temps (cf. Jn 15, 26). C’est pourquoi c’est là que se révèlent les vérités que Dieu suscite en nous. « Car la Parole de Dieu ne s’oppose pas à l’homme, ne mortifie pas ses désirs authentiques, bien au contraire, elle les illumine, les purifie et les mène à leur accomplissement. Comme il est important pour notre temps de découvrir que seul Dieu répond à la soif qui est dans le cœur de tout homme ! » [05]
La lecture de l’Évangile nous pousse sur des chemins nouveaux et nous fait entrer plus avant, à côté de Jésus, dans la connaissance de notre propre être, les enfants du même Père. Marie nous accompagne sur ce chemin. Même si, comme saint Jean Paul II l’a dit, « nous aurions aimé avoir plus d’indications nous permettant de mieux connaître la Mère de Jésus » [06] ; nous disposons de plusieurs récits sur l’enfance de Jésus et des passages qui nous font connaître la place de Marie au sein de la communauté chrétienne. Permettons-lui de nous accompagner dans notre lecture de la Sainte Écriture.
[01]. Saint Josémaria, Cartas 4, n.°2
[02]. Pape François, Homélie, 24 janvier 2021.
[03]. Saint Josémaria, Forge, n° 754.
[04]. Pape François, Evangelii gaudium, n° 11.
[05]. Benoît XVI, Verbum Domini, n° 23.
[06]. Saint Jean Paul II, Audience générale, 8 novembre 1995.
- La liberté qui découle des vertus
- Les vertus nous unissent aux autres
AU SEUIL de l’Avent, un temps qui nous remplit toujours d’espérance, nous écoutons le dernier appel à la vigilance : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste » (Lc 21, 34). Voilà des conseils concis et concrets, issus directement des lèvres du Seigneur. L’attitude de celui qui veille peut se comprendre de deux manières. D’un côté, comme un contrôleur qui veille pour que tout se passe correctement, en donnant l’alerte s’il y a un motif de trouble. Ou bien, comme celui qui attend quelque chose sur le point d’arriver. Dans ce dernier cas, la veille se rapporte à l’immédiateté d’un événement important. Aussi est-il compréhensible que l’attente empêche même de dormir. Ce que nous attendons nous intéresse à un point tel que nous ne voulons pas être pris de court, mais éviter tout ce qui pourrait nous distraire.
Les trois exemples proposés par le Seigneur sont clairs. Ce qui peut nous distraire se rapporte à toute sorte d’excès et aux choses qui nous inquiètent outre mesure. Notre intelligence est troublée si nous nous relâchons dans notre lutte pour mettre en pratique nos bonnes habitudes ou si nous cherchons à nous évader des côtés parfois compliqués de la vie quotidienne, ou encore si nous tournons à l’infini dans notre esprit nos soucis. C’est pourquoi, pour avoir une attitude vigilante aimable avant la venue du Seigneur, que ce soit sa deuxième venue à la fin des temps, ou la première à Noël, nous devons éviter ces obstacles. Comment ? Jésus lui-même nous le dit dans l’Évangile : « Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l’homme » (Lc 21, 36). Avec des mots de saint Josémaria, nous pourrions aussi dire que « pour protéger l’Amour il faut être prudent, constamment aux aguets, et ne pas se laisser dominer par la peur » [01].
NOTRE DÉSIR est grand de demeurer éveillés pour accueillir le Seigneur. Sa venue imminente nous rend nos énergies ; et le fait de nous savoir forts grâce à celui qui nous attend nourrit notre espérance. « Le bonheur personnel ne dépend pas des succès que nous obtenons, mais de l’amour que nous recevons et de l’amour que nous donnons » [02] ; notre joie se rapporte à l’attente d’un Dieu qui nous invite à la partager avec les autres.
Dans ce processus de protection contre tout ce qui ne nous conduit pas à Dieu, une des clés réside dans l’engagement à vivre en état de veille par la pratique des vertus. Grâce à elles, nous apprenons à recevoir l’amour de Dieu pour, ensuite, l’offrir à ceux qui nous entourent. Les vertus sont une voie vers la liberté, parce qu’elles nous libèrent des différents esclavages. Y-a-t-il dans notre vie quelque chose de plus important que d’être libre pour se laisser saisir par le Christ ? Dans notre parcours pour apprendre à chercher ce qui conduit à Jésus, les vertus nous aident à jouir d’une certaine « connaturalité » avec le bien véritable, en faisant que nous aimions de plus en plus le choix des choses qui sont bonnes, celles-là mêmes qui nous rapprochent de Dieu [03] et nous aident à rester fidèles à notre choix.
Comme l’Évangile d’aujourd’hui l’indique, les vertus humaines nous permettent de nous « tenir debout devant le Fils de l’homme » (Lc 21, 36) et de surmonter les soucis de la journée grâce à un contrôle spécial ; elles font partie de la « vigilance » que le Seigneur nous demande. Par moments, elles peuvent sembler un fardeau mais, vivifiées par la charité, elles nous permettent de refléter une image de Jésus de plus en plus nette. « Tout autre fardeau vous oppresse et vous pèse, dit saint Augustin, mais le fardeau du Christ allège le poids. Tout autre fardeau est lourd, mais le fardeau du Christ a des ailes. Si vous enlevez les ailes d’un oiseau, vous semblez le soulager de son poids, mais plus vous lui enlevez son poids, plus vous le liez à la terre. Tu vois sur le sol celui que tu voulais soulager d’un poids ; rétablis le poids de ses ailes et tu verras comment il s’envole » [04].
LES VERTUS sont la voie pour aimer et savourer les choses qui sont bonnes. « “Pondus meum, amor meus” : mon poids, c’est mon amour disait saint Augustin (Confessions XIII, 9,10), se référant non pas au fait évident qu’aimer peut coûter, mais au fait que c’est l’amour que nous portons dans notre cœur qui nous fait agir, qui nous mène partout » [05].
Les vertus ne nous isolent jamais, mais nous unissent nécessairement aux autres. « Nous devons considérer en même temps, disait saint Josémaria, que la décision et la responsabilité sont inséparables de la liberté personnelle de chacun. C’est pourquoi les vertus sont aussi radicalement personnelles, elles appartiennent à la personne. Néanmoins, dans cette bataille d’amour, personne ne combat seul — aucun d’entre nous n’est un verset isolé, ai-je l’habitude de répéter : d’une certaine façon, nous nous aidons ou nous nous faisons du tort. Nous sommes tous des maillons d’une même chaîne. Demande maintenant avec moi à Dieu notre Seigneur que cette chaîne nous ancre dans son Cœur, jusqu’à ce que le jour arrive où nous le contemplerons face à face dans le Ciel, pour toujours » [06]. Dans la mesure où nous luttons pour être meilleurs, nous aidons aussi les autres. Ce « commencer et recommencer », pleins de joie, nous incite à la contemplation du Seigneur, y compris chez ceux qui nous entourent.
S’il est vrai que les vertus humaines nous permettent de donner le meilleur de nous-mêmes, elles nous disposent surtout à recevoir les vertus surnaturelles, qui viennent de Dieu, la foi, l’espérance et la charité. Tout bien considéré, elles nous disposent à nous ouvrir à l’amour de Dieu. Au terme de l’année liturgique, nous nourrissons dans le cœur une intime aspiration : que notre vie tout entière soit pour le Seigneur… Depuis les actions les plus habituelles jusqu’aux décisions les plus réfléchies et importantes. La Vierge Marie nous aide sur cette voie, avec ces mains délicates qui ont fait grandir Jésus et que nous allons fréquemment contempler pendant le temps de l’Avent, déjà imminent.
[01]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 180.
[02]. Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 1er noviembre 2019, n° 17.
[03]. Cf. saint Jean Paul II, Veritatis splendor, n° 64.
[04]. Saint Augustin, Sermon 126.
[05]. Mgr Fernando Ocariz, Lettre pastorale, 9 janvier 2018, n° 7.
[06]. Saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 76.